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mercredi 18 mars 2026

2020, "Sun-Dried Wild Purple Buds", Dehong, Yunnan Sourcing

D'abord c'était le vent et les bacs à recyclage... ensuite, les morceaux de glace secoués des arbres qui tombaient en chute libre partout dans l'entrée. Puis rebelote le vent, la pluie, la grêle, et encore le vent. Ce matin, grand ciel bleu, je suis soulagé. Disons que je commençais à avoir hâte de faire une nuit complète sans être réveillé aux petites heures par le vacarme d'un phénomène naturel. 

Nous avons survécu au souper d'anniversaire. Toutes ces préparations m'épuisent, même si j'ai plaisir à les faire.  Pendant trois jours je suis resté sur l'impression d'avoir remplacé mon cerveau par un citron pressé. Mais les plats ont eu beaucoup de succès, puis la soirée elle-même s'est très bien passée, c'était chouette. La fêtée était contente et nous aussi. C'est une chance, car nous recommençons avec un autre groupe dans deux jours. 

Nous avons aussi survécu au verglas de la semaine dernière, encore qu'à voir la taille de ce qui est tombé des branches on aurait pu craindre la commotion cérébrale pour ceux qui se promenaient dessous. J'ai bien pris des photos, mais elles ne rendent pas justice au phénomène. C'était comme être bombardé de cailloux, taille allant de phalanges à balles de ping-pong, qui se fracassent au sol et renvoient des échardes au rebond. 

Je suis quand même bien content d'être à l'intérieur quand la nature se déchaîne comme ça.

Parlant de nature sauvage... Le thé des deux derniers jours (commencé hier, terminé aujourd'hui) est fait de bourgeons de puerh, cultivar "sauvage" (Ye Sheng) et violet, dont je suis vraiment surpris de n'avoir pas fait de compte-rendu par le passé car c'est un thé qui tourne régulièrement chez moi. On le trouve chez Yunnan Sourcing à un prix encore très raisonnable, une fois n'est pas coutume. Fruits exotiques, boisé doux, une touche d'épice (muscade peut-être ?), un léger fumé avec des arômes type BBQ, une texture liquoreuse épaisse qui tapisse les papilles, des feuilles qui durent, qui durent... la liqueur est moins pure et raffinée que la version de Hojo Tea, les bourgeons sont deux à trois fois plus petits, mais c'est bien la même palette, le même type de thé. 

C'est un thé que j'aime boire même les jours où je n'ai pas envie de thé. Peu importe son mode de préparation, il est très difficile à rater. Les bourgeons sont magnifiques, je ne me lasse jamais de les contempler. Toutes ces couleurs qui se révèlent dans l'eau chaude, et puis ces formes délicates aux extrémités pointues qui ont pour moi quelque chose d'attendrissant... un délicieux paradoxe. 

J'ai du mal à me faire au changement d'heure cette année. Peut-être parce que j'ai beaucoup vécu la dernière au rythme de la course solaire plutôt qu'au rythme des horloges, et ce retour de la noirceur en début de matinée m'est difficile. 

L'équinoxe commence à s'annoncer cela dit, et ça, ça me fait bien plaisir. Je le vois à la progression du soleil en bord de fenêtre. La partie sombre de l'année est bien sombre. Mais pendant la moitié lumineuse, les rayons s'avancent à l'intérieur et viennent frapper le mur contre lequel j'ai mon lit... et là ça y est presque ! Lumière naturelle, mon amour. 

Il n'y a vraiment rien de tel pour accompagner le thé. À moins que ce soit un wulong... mais ça c'est une autre histoire.


mercredi 11 mars 2026

Verglas | 2014, Yi Bi Zhai "Wild Arbor", Yiwu, Zhejiang, Yunnan Sourcing

Les derniers jours ont été particulièrement chauds dans mon petit coin tranquille. 16 degrés au mercure alors que les normales de saison frisent le zéro, du soleil éclatant presque toute la journée, la fonte des neiges bien amorcée... 

Ce matin en revanche j'ai été réveillé par le vent qui agitait les bacs de recyclage. C'était tellement bruyant que je croyais qu'il y avait quelqu'un dehors. Quand j'ai ouvert les rideaux, il faisait encore noir et les branches des arbres ressemblaient à ces griffes fourchues aux mouvements erratiques que l'on voit dans les films d'horreur. Pas un son quand j'ai mis le nez à la porte, seulement le sifflement sinistre du vent. Halloween en plein mois de mars. 

On annonce une tempête de verglas aujourd'hui. 

D'ailleurs voilà, ça y est, ça commence. La pluie tombe en stries dans ma fenêtre et déjà la couvre de buée. Les rares passants à cette heure matinale se pressent pour échapper à l'assaut du ciel. Un gros camion laisse des traînées de sel épaisses sur les rues. À l'intérieur, l'eau bouille et le rituel apaise ce léger fond d'angoisse qui m'étreint toujours à la mention de verglas.

C'est un truc malheureusement bien banal, bien Québécois. Début janvier 1998 a vu l'une des pires tempêtes de verglas dans l'histoire enregistrée du pays, bris et dégâts et chûtes et décès et coupures d'électricité qui ont duré quelques semaines en ville, plusieurs mois en campagne. Je pense que quiconque était assez âgé pour prendre une mesure même partielle de ce qui se passait en est ressorti avec quelques séquelles. D'ailleurs on le voit bien sur les réseaux sociaux, les Québécois ont tendance à paniquer et se sur-préparer avec toute annonce de verglas. C'était l'un de ces événements qui définit une génération et j'ai bien peur qu'il nous ait laissé avec un petit choc traumatique collectif. 

Mon thé est prêt. 

Les feuilles que j'ai choisi sont très sombre, presque noires. La liqueur est douce et parfumée. C'est un joli petit thé de la région de Yiwu acheté chez Yunnan Sourcing qu'aujourd'hui encore je bois en grand-pa style (sacrilège !). La galette n'est plus disponible mais on trouve encore quelques échantillons à la vente à un prix qui me fait hausser les sourcils. Bon, faut dire que c'est pas mal tous les prix ces jours-ci qui me font hausser les sourcils, je vais donc passer vite là-dessus. 

À priori, c'est un thé du quotidien. Un joli truc dans le haut du bas de gamme, ou peut-être au bas du moyen. Rien de particulièrement éclatant, mais ce que j'ai en bouche est vraiment sympathique. Une belle balance entre subtilité des saveurs, amertume de jeunesse et notes âgées, un pôle boisé-épicé avec une trace de sève, douceur et force à la fois, et toujours succulent même quand on pousse et sur-infuse un peu les feuilles. Ça se boit tout seul. Du bon Yiwu d'entrée de gamme qui donne une idée du minimum que devrait donner ce terroir... 

... mais rien de joueur, rien de surprenant. Au niveau de la texture, c'est lisse, sans aspérités, et finalement sans grand intérêt. Savoureux cela dit. Je pense que c'est en partie pour ça que j'aime tant le grand-pa style. Au-delà de la commodité de jeter quelques feuilles dans la tasse et basta, j'aime ces infusions changeantes d'une gorgée à l'autre. J'ai l'impression qu'elles me permettent de mieux prendre la mesure d'un thé. Les défauts mineurs sont gommés certes, mais les défauts majeurs ne peuvent pas se cacher, et les liqueurs sont riches sans souffrir d'une infusion parfois maladroite. Le GPS m'indique tout de suite si ça vaut la peine de faire une dégustation plus poussée ou pas, alors que si je commence avec un gaiwan ou une théière, je n'arrive jamais à savoir si j'ai un problème de mauvais thé ou de mauvaise technique d'infusion. 

Bon, j'irai revisionner les vidéos de Stéphane, des fois que. 

Avec la neige qui fond, les écureuils retrouvent les mannes d'automne qui n'avaient pas été mangées et je vois déjà l'effet bénéfique de la chaleur et d'une diète plus fréquente sur ceux qui passent du temps chez moi. La saison des amours est terminée, malheureusement il ne semble y avoir que des mâles qui nichent dans les environs cette année... probablement la faute du chat des voisins qui les a bien perturbés ces dernières semaines. Dommage, mais c'est la vie. Et puis c'est plus facile d'espacer l'horaire de nourriture pour les sevrer de l'aide humaine pendant l'été si je n'ai pas l'impression d'affamer des femelles gestantes. 

Après une période d'averses intermittentes, la pluie semble être prise pour de bon. Elle tombe lourde contre le sol, à l'entendre on jurerait que c'est de la grêle, ou le tapotement sec d'une main impatiente. Je suppose que c'est le ciel qui me signale que j'ai encore beaucoup de choses à faire aujourd'hui pour le souper d'anniversaire que nous organisons demain soir. (Ça devait être aujourd'hui mais avec ce verglas, personne ne veut conduire.) Bref, lorsque la vie réelle fait intrusion dans mes dégustations, c'est l'heure de déposer ma tasse.


dimanche 8 février 2026

Premiers signes du printemps | 2020, Ning'er "Golden Honey Aroma", Yunnan Sourcing

Mes écureuils ont commencé à se pourchasser dans les rues, la saison des amours est arrivée. Depuis la fin novembre je n'en vois généralement qu'un ou deux à la fois, ce matin il y en avait six ! La plupart d'entre eux beaucoup plus intéressés par la petite femelle en chaleur qui cherchait à déjeuner que par les noix laissées devant ma fenêtre. Mais comme la belle est l'une de mes régulières... Va falloir faire gaffe aux horaires de nourriture sinon les petits prédateurs vont prendre leurs repères. Le chat des voisins est déjà en alerte. 

Le retour tranquille de la lumière matinale me fait un bien fou. Ne manque plus que la chaleur. J'ai bien hâte de pouvoir retourner marcher régulièrement, les rues glacées me rendent trop prudent et craintif pour apprécier l'exercice. On attend du redoux la semaine prochaine, avec un peu de chance les épisodes de grand froid seront bientôt terminés. 

Il fait encore trop moche pour sortir les thés frais, c'est donc dans la chaleur et les notes sombres d'un thé rouge que je me réfugie. Après quelques hésitations, je me jette sur un Ning'er "Golden Honey Aroma" du printemps 2020 qui vient de chez Yunnan Sourcing (et qui s'y trouve encore dans une version plus récente, à très petit prix d'ailleurs).

Je ne sais plus trop quand je l'ai acheté, probablement en solde début 2022. Un bon petit thé du quotidien. Pas trop complexe, mais les feuilles sont belles et la note maltée est sympathique. C'est au niveau des parfums je crois qu'il se démarque le plus. Je retrouve au nez des notes de chocolat et un truc fruité-floral envoûtant que je me souviens avoir aussi trouvé dans la tasse quand il était plus frais (ou peut-être quand j'avais une meilleure eau). Ça s'est dissipé depuis, dommage.

Bon, il a presque six ans quand même, on lui demandera pas de performer comme un jeune premier. 

Heureusement il se boit encore très bien. Des saveurs tanniques très rondes, typiques sur tous les thés rouges du Yunnan que j'ai goûté, la note de malt relevée que j'ai mentionné plus tôt, pas beaucoup de sucre mais beaucoup de douceur, une épaisseur dans la bouche surprenante. C'est un peu single-note et ça s'épuise vite (deux infusions et c'est déjà terminé), mais ça se boit avec plaisir. Pour l'instant ça me convient. L'énergie et la caféine qui circulent dans mes veines n'ont pas besoin d'amplification supplémentaire.

La liqueur est très jolie, j'aime ce rouge-orangé bien translucide, sombre et lumineux à la fois. Il s'accorde de façon magnifique avec les couleurs et textures synesthésiques que me renvoient mon cerveau, une envolée de bulles sur fond sombre, un verre de vin rouge dans un rayon de soleil. Mes photos ne lui rendent pas justice. Cette couleur a pour moi quelque chose de magnétique, poétique, je pourrais m'y perdre en contemplation quelques heures. Plus jeune, j'aurais empreint une histoire de ses teintes. 

Je me suis beaucoup demandé ces derniers mois si je ne devrais pas écrire mes billets en anglais. Après tout, c'est une langue que j'ai mis beaucoup d'effort à apprendre à un niveau littéraire pour pouvoir écrire de la fiction. En ce moment, je baigne dans un milieu très francophone... j'ai peur de perdre mon vocabulaire anglo à force de manquer de pratique. Et il y a aussi tout plein de billets qui me viennent spontanément en anglais, mais dont je n'arrive pas à traduire le ton ou le sujet correctement en français et qui finalement passent à la corbeille. Je déteste cette impression d'auto-censure.

De l'autre côté, j'apprécie le petit refuge que je me suis bâti ici, qui me sert de phare en quelque sorte. Un élément stable dans une situation de vie en suspens où je n'ose pas encore me rebâtir par crainte d'un nouveau déracinement. Et une partie, peut-être négligeable mais peut-être pas, de ce qui me rend confortable c'est l'emploi du français, une langue dans laquelle il me semble plus naturel, ou en tout cas certainement plus facile, de m'étaler. Toutes ces virgules ne sont probablement pas un tic d'écriture à encourager cela dit...

Bref, j'y réfléchis encore, à suivre. Peut-être que le prochain post sera en anglais. Ou peut-être pas. On verra.

L'un des mâles étrangers qui pourchassait la femelle avant de découvrir sa manne de noix... une seconde après avoir pris cette photo il se relevait sur ses pattes arrières et me toisait full frontal 👌 pas de doute, c'était bien un petit garçon.

vendredi 9 janvier 2026

Écureuils et ciel rose | 2014, Qing Mei Shan "Old Arbor", Yunnan Sourcing

Mes écureuils m'amusent. Il y en a trois maintenant qui fréquentent mon bord de fenêtre régulièrement, rivaux pour les noix de Grenoble, noisettes, et amandes en écales que je laisse à leur intention. Par grand froid polaire les visites sont courtes et intermittentes, impossibles à prédire. Mais les jours de redoux, tous les trois se pointent à peu près en même temps et guettent, postés dans l'arbre d'à côté, jusqu'à ce que l'un d'entre eux soit assez brave pour s'approcher des noix.

La première journée les mouvements sont furtifs, ils économisent leur énergie et sont beaucoup plus craintifs. Ils attendent leur tour, s'approchent lentement, s'enfuient rapidement. Mais quand il y a un deuxième jour de redoux, ça devient beaucoup plus animé. Si j'ai la chance d'être posté à la fenêtre quand ils sont dans les parages, les courses-poursuites auxquelles j'assiste sont hilarantes. 

Parlant de chance, j'ai attrapé mon premier lever de soleil 2026 ce matin, ça m'a bien fait plaisir. Je savais que ça me manquait de les voir, mais je n'avais pas mesuré l'impact jusqu'à ce que je remarque les stries roses sur le bleu foncé du ciel. Mon coeur aurait pu éclater de joie. 

Et le thé, dans tout ça ? 

Je n'ai pas été buveur assidu ces dernières semaines. Quelques tasses au GPS (grandpa-style), une théière de kamairicha, c'est à peu près tout. Ce matin du coup c'est la première dégustation sérieuse de l'année, le moment idéal pour revisiter ma galette de Qing Mei Shan et voir si elle tient ses promesses. Ses parfums en tout cas sont sublimes, sombres et fruités, au nez ça donne super envie.

Trois infusions plus tard je suis enchanté, si bien que j'ai complètement oublié de prendre des notes. 

Ce qui était agressif la dernière fois s'est arrondi. Ce qui était acide est devenu sucré. Il y a une note résineuse amère qui est bien présente sur les premières infusion, puis disparaît sous une abondance de fruits et ne s'exprime plus que lorsqu'on pousse les feuilles un peu, vers la fin de la dégustation. Gustativement, il est très agréable. Ni très fin ou surprenant, mais avec une belle force stable, satisfaisante, qui maintient des saveurs typées Lincang sur toute la session.

C'est aussi un thé qui donne chaud. L'énergie que je percevais la dernière fois est encore bien là. Je suis content de n'avoir pas essayé de le boire plus tard en après-midi car je suis convaincu que mon sommeil en serait perturbé.

Honnêtement, je ne regrette pas mon achat mais j'ai gaspillé pas mal d'argent à le faire si tard. Ça aurait été un excellent thé du quotidien dans ses premières années et le prix de l'époque (43 dollars américains l'année de sa sortie si ma mémoire est bonne) reflétait bien ça. Aujourd'hui évidemment c'est hors de prix... 

Mais bon, tant pis. Je ne sais pas si je recommande la galette, mais les échantillons sont encore abordables. C'est un bon petit thé moyen de gamme avec des feuilles luisantes, des parfums renversants, des saveurs adolescentes et beaucoup d'énergie à donner. Pour parler chiffre, avec les prix fous d'aujourd'hui, 16.50 dollars américains pour 25 grammes sur un thé de 11 ans, ça va. C'est une gourmandise qui peut valoir le coup.

Sur ce, je file, j'ai une journée remplie qui m'attend. 

Bonne année tout le monde !


mardi 25 novembre 2025

2011, Cha Tou Sheng Yun, Yunnan Sourcing

 

Je suis surpris de n'avoir jamais fait de compte-rendu de ce thé.

En 2014 je suis passé d'une chambre d'étudiant à un appartement 3 pièces. L'endroit était situé dans un quartier ouvrier historique bourré de constructions datant de la fin des années 1800... spécifiquement de la période entre 1868 (la date d'un feu majeur ayant complètement rasé le quartier) et 1891 (la date derrière la photo historique prise sur ma rue et sur laquelle je reconnaissais les bâtiments). La ville faisait de son mieux pour gentrifier les environs, mais les efforts se concentraient sur les deux rues facilement accessibles par l'autoroute. Par chez moi ça sentait encore la fatigue ouvrière, la violence des bas-fonds et la pauvreté. 

J'adorais ce petit appartement. Pour moi il était un symbole de liberté, mon refuge contre le monde, à cinq minutes d'un parc magnifique dans lequel je suis souvent allé marcher. Malheureusement tout ça venait avec une facture invisible. En 2015-16 je me suis mis à développer tout un tas de problèmes de santé liés à l'insalubrité du bâtiment. Rhumes qui ne semblaient jamais guérir, allergies de toute sortes et asthme se développant à l'âge adulte, poumons qui grattent en permanence... bref tous les symptômes d'une infestation de moisissure dans les murs.

Environ à la même époque je me suis mis à faire des réactions étranges sur certains thés, l'une d'entre elles se trouve même sur ce blog. Ça m'est arrivé plusieurs fois quand même. De mémoire c'était systématique sur les thés de plantations où l'on pouvait soupçonner l'emploi fréquent de pesticides (ou contamination via ceux des voisins, dans le cas de thés s'annonçant bio). Je l'ignorais à l'époque, mais mon système immunitaire était en train d'y développer une réaction allergique. 

Tous ces symptômes se sont beaucoup amélioré depuis mon déménagement, mais à l'époque les shu étaient particulièrement affectés. Pour la plupart d'entre eux, je ne pouvais pas les boire sans développer un serrement de gorge douloureux sur la première tasse, une respiration sifflante sur la deuxième, et une crise d'asthme sur la troisième (complète avec crise de panique car je ne comprenais pas ce qui m'arrivait). Des thés que j'avais bu avec plaisir en 2011, 2012, 2013 me donnaient des réactions si désagréables que mon corps en venait à réagir rien qu'en reniflant les feuilles sèches. Le même genre de haut-le-corps qu'on a à la vue d'alcool un lendemain de veille, ou de nourriture riche après une crise de foie. 

Celui-ci, c'était l'une des très rares exceptions. Jamais eu de souci ni à le renifler ni à le boire. Du coup ça m'étonne de n'avoir jamais pris le temps d'en parler car il ne doit m'en rester environ que 30 grammes sur la brique qui en faisait 250 (heureusement j'en ai trois autres). Je veux bien croire qu'une bonne moitié de brique est partie chez les copains, mais quand même. J'en ai bu souvent et avec plaisir. Aucun billet à son sujet, vraiment ? Il faut croire que non. 

Je suppose que c'est parce que je le bois généralement pour accompagner une activité de repos, lecture ou visionnement de séries télé, quand mon côté analytique est absorbé ailleurs. Un shu et un bon roman, plaisirs simples et sans mots, ni sur ce blog ni ailleurs.

Bref. 

Ça fait quelques années depuis la dernière fois, je le retrouve avec plaisir. Les saveurs de noix sont encore bien présentes, avec un côté plus âgé. Les fruits secs et confits se sont beaucoup estompés, mais je perçois encore un petit parfum de dattes sèches accompagné de sucre sur la langue quand je pousse un peu les infusions. Le menthol s'est décuplé, j'ai toujours une sensation froide sur la langue dix minutes après ma dernière gorgée. Les saveurs âgées de bois sec que je retrouvais sur les vieilleries de la dernière fois sont déjà un peu présentes, mais légères sous la terre et la boulangerie. Son énergie est bien présente, plus puissante que dans mon souvenir. Un shu du matin plutôt que du soir. 

Ce n'est pas le thé le plus complexe que j'ai bu, mais c'est probablement l'un des plus satisfaisant. J'ai bien fait d'en stocker une bonne quantité.

mercredi 19 novembre 2025

Confusion | 2012, « Impression », Lincang, Wu Liang & Simao, Yunnan Sourcing


Cette galette goûte l'eau.

Je ne sais pas comment l'exprimer autrement. Elle a peu de saveur, de l'acidité, un poil d'amertume, quelques parfums peu développés, ce n'est pas mauvais, c'est surtout très diffus. Mais c'est l'image mentale que ce thé me renvoie qui est si présente, si précise, que j'ai du mal à la dépasser pour me concentrer sur ce que j'ai en bouche : une eau sombre, vive, dont la surface est effleurée d'une aile de canard en vol. L'omniprésence des couleurs vert cèdre et violet sombre, parsemés de reflets d'or et d'un mouvement calme, concentrique, brisé par le vent et ses vaguelettes, par le flot naturel de la rivière.

Je ne la décris plus tout à fait de la même façon mais de toute évidence c'est la même image. Elle se retrouve au bas du premier compte-rendu que j'en ai fait en 2013, et encore sur l'autre de 2016

Je crois que c'est peut-être une question de texture en bouche... la liqueur est à la fois épaisse et coulante, me rappelle les gorgées d'eau dure que j'ai bu en visite chez une amie à St-Hyacinthe. Ça n'en a pas les saveurs (heureusement), mais la texture, ça pourrait être ça.

Drôle de thé.

Une mauvaise pioche celle-là aussi, il faut bien l'admettre. Je me demande si la personne qui a monté le mélange avait de l'expérience dans le vieillissement des feuilles de ces régions, ou si c'est tout simplement les restes de maocha qui ont été mêlés et pressés ensemble juste pour épuiser les stocks, sans trop se soucier de ce que ça allait donner en vieillissant. Elle était correcte dans sa première année, très fraîche bien qu'un poil agressive, des beaux parfums, j'en avais gardé un bon souvenir. Mon deuxième test trois ans plus tard n'était pas aussi concluant. Et maintenant ? 

L'astringence qui me dérangeait n'y est plus, le côté fumé s'est complètement dissipé. La texture est toujours bien ronde et épaisse. C'est vaguement sucré, à mi-chemin entre fruité et boisé sans être vraiment ni l'un ni l'autre. Mais il manque quelque chose. Je n'arrive pas à décrire ce que c'est. Une porte ouverte qui devrait être fermée, une absence là où j'attendais une présence, et en contrepartie trop de présence là où je préférerais quelque chose qui s'efface. Un assemblage réussi devrait donner un thé dont le tissu gustatif se déploie sur plusieurs registres, dans celui-ci j'ai une étoffe triple épaisseur à gauche et parsemée de trous à droite.

Bref cette confusion des parfums et saveurs me donne de la confusion mentale. Beaucoup trop de yang, pas assez de yin, ça fait mentir son emballage. Qu'est-ce que je bois là en fait ? Je n'arrive pas à le déterminer. C'est comme si j'avais dans la tasse un Élément plutôt qu'un thé, et en plus c'est pas exactement celui qui m'est le plus amical. 

C'est meilleur un peu tiède, j'y trouve plus de complexité, allez savoir... c'est pas mauvais, mais c'est complètement débalancé.

Mes infusions de sheng avaient tellement de succès ces derniers jours que je me suis dit allez, c'est l'heure de re-tester les trucs que j'avais classé il y a 10 ans dans la pile des savates, j'ai eu des bonnes surprises en octobre dernier. Mais en fait non, celle-là y'a rien à faire, ça passe toujours pas. Elle me rappelle une autre de mes galettes d'ailleurs, une "Yun Chun Jinggu Da Bai Hao" de 2008 que j'avais récupéré chez ChaWangShop il y a 15 ans et qui a grosso modo les mêmes travers. Confusion, débalancement, liqueur épaisse avec des saveurs qui m'évoquent l'eau. Elles étaient rangées l'une près de l'autre, la contamination n'est pas impossible.

Qu'est-ce qu'on fait avec nos mauvaises pioches ? C'est beaucoup de thé à mettre au compost. Pensez-vous que mes écureuils aimeraient en grignoter les feuilles ? Je ne me vois pas refourguer cette galette à quelqu'un d'autre... ou alors en présentant des excuses quoi. Peut-on cuisiner du mauvais sheng ? Faudrait que je trouve une recette qui fonctionnerait avec ces saveurs, mais c'est tellement timide dans la tasse que j'ai l'impression que ça n'apporterait pas grand-chose au plat que j'en ferais. Une sauce à faire réduire peut-être... mais pour aller avec quoi ?

Bon. J'ai le temps d'y penser, je suppose. C'est pas comme si la galette allait se faire pousser des pieds pour partir en courant. 

(Mais si elle y songe je vais pas l'en empêcher.)


2013, Mu Shu Cha bio, Mengku Rongshi, Yunnan Sourcing

 

Deux matins ensoleillés à la suite, je suis comblé.

Mes petits écureuils se portent bien, j'en ai maintenant trois qui viennent se nourrir de noix de coco, noisettes en écale, et grains de maïs à ma fenêtre. Demain je crois que je leur offrirai des morceaux de carotte crue, histoire de varier les plaisirs.

Mes thés se portent encore mieux : c'est le troisième jour que des feuilles testées pendant la mauvaise période fin octobre / début novembre retrouvent leur pleine vigueur dans ma tasse, et ça c'est toujours un grand plaisir. C'est au tour de la MuShuCha 2013 aujourd'hui (encore disponible chez Yunnan Sourcing, mais à quel prix ! enfin c'est un thé de 12 ans je suppose...). J'avais un souvenir très net de l'avoir trouvée agressive et sans saveurs le mois passé, maintenant elle me rappelle la galette 2006 que j'adore. Un beau succès.

Des copains m'avaient dit à son achat de ne pas trop me faire d'idées car la qualité des feuilles a changé après le boom de 2007, mais franchement à la boire je ne suis pas sûr d'être bien d'accord. C'est moins généreux en parfums musqués et fruités peut-être, un peu plus vert et sec que dans mon souvenir, mais j'y retrouve le même raffinement incisif, la même finesse des parfums de tête, le même foisonnement de la texture et des saveurs, et la même charpente charnue qui soutient l'ensemble. Le producteur a fait de son mieux pour recréer l'assemblage et pour moi c'est franchement réussi.

Je pense qu'il faut surtout retenir que la 2006 avait passé 4 ans de plus dans le Yunnan avant d'arriver chez moi parfaite pour boire. Celle-ci était arrivée l'année après son assemblage et beaucoup trop verte pour dégustation immédiate. Les différences pourraient finalement n'être dues qu'au stockage. Et ce qui se trouve dans ma tasse est très, très bon.

Dans tous les cas, pour une galette qui m'avait coûté 23 dollars à l'époque, je suis plus que comblé. C'est un joli puerh que je vais boire avec plaisir, et laisser évoluer avec encore plus de plaisir.

Est-ce que je payerais le prix d'aujourd'hui pour une galette complète ? Certainement pas à l'aveugle ou sur les recommandations d'autrui comme j'avais fait à l'époque. Mais j'en prendrais bien un échantillon et, si ça me plaît, alors là je n'hésiterais pas. Une centaine de dollars pour un thé de 12 ans, comparé à la MuShuCha 2006 qui était 70 dollars en 2014 ? Pour une fois, ça le fait. Ça le fait même très bien. 


mercredi 5 novembre 2025

2014, Qing Mei Shan "Old Arbor", Yong De, Mengku, Lincang, Yunnan Sourcing


En 2014 j'ai gagné le premier prix du concours de Yunnan Sourcing. 

Scott avait commencé deux ans plus tôt à presser ses propres galettes. C'était la troisième fois qu'il lançait en janvier un appel pour recevoir des soumissions de design en accord avec l'année chinoise en cours. Les concours des deux années précédentes avaient été remportées par des illustrateurs professionnels. Leurs designs, minimalistes et bien léchés, rassemblaient toutes les qualités qu'on peut attendre du travail de quelqu'un qui en a fait son métier. 

En janvier 2014, moi, j'étais accablé par le deuil. Philippe nous avait quitté quelques mois plus tôt et j'en ressentais encore un impact vif... mais surtout, mon grand-père était aux soins palliatifs depuis le début novembre, en train de perdre son combat contre la leucémie. J'avais besoin d'un échappatoire et ce concours, c'était exactement ce qu'il me fallait. 

Considérant mon statut d'amateur, je n'avais pas vraiment en tête de gagner. Quand on m'a annoncé que j'avais remporté le premier prix, ça m'a donné un choc. Malheureusement, les galettes ont été pressées tardivement cette année-là et pour plusieurs raisons, je n'ai pas eu l'occasion de m'en récupérer une à l'époque. 

11 ans plus tard, c'est maintenant chose faite. Elle est arrivée hier. 

Évidemment, dans l'idéal j'attendrais jusqu'au début décembre avant de la faire tourner dans mes théières. Mais est-ce que j'ai la sagesse et la patience d'attendre jusque là, alors que je viens de recevoir 400 grammes d'un thé que je n'arriverai probablement pas à finir avant la fin de ma vie, simplement parce que j'en ai déjà beaucoup trop ? Absolument pas. 

D'une façon tout à fait prévisible, la liqueur est brusquée, sèche et râpeuse sur les premières infusions... les arômes sont verts façon salade confite, en retrait, mettant de l'avant des saveurs métalliques et désagréables. Exactement tous les problèmes que je rencontre encore et encore sur des thés testés trop tôt, ou à la mauvaise période de l'année. Bref, tout ça, on y reviendra dans un mois ou deux pour voir ce que ça donne car en ce moment c'est impossible de juger vraiment.

Mais je remarque aussi une belle épaisseur à cette liqueur, qui est d'ailleurs d'une limpidité exceptionnelle pour un puerh. Je remarque que ses arômes me tapissent la bouche, y demeurent un long moment. Je remarque la chaleur qui me prend la gorge après son passage, l'énergie qui m'étreint comme un amant. La description originale, inchangée depuis 2014, mentionne un "kick-ass cha qi"... il y est encore. Mon derrière confirme. Le reste de mon corps aussi. 

On a une bonne idée de ce que les arômes donneront en reniflant la surface de la galette. J'y trouve là un fruité musqué juteux, généreux, qui me rappelle ce que je retrouve sur mes autres galettes du Lincang. Dans ma bouche, une magnifique finale camphrée-mentholée qui s'impose et se développe à partir de la troisième infusion. Ça me fait saliver. J'ai bon espoir (à la limite de la certitude) que dans un mois tout ça se dévoilera davantage, et aussi d'une façon plus agréable pour moi. Après tout, c'est pas mon premier rodéo.

Et sinon... pour la première fois de la semaine, j'ai l'impression d'avoir l'esprit clair et vif. Ça compte, surtout quand on s'est lancé un peu à l'arrache sur un défi d'écriture de roman. 

Trois chapitres à mon actif ! Allez, c'est l'heure d'entamer le quatrième. 

samedi 1 novembre 2025

En Vérité | 2013, Da Ye Qing Bing, Mengku Rongshi, Yunnan Sourcing

J'avais tapé tout un post à propos de NaNoWriMo hier en planifiant de le poster vers minuit, mais les imprévus ont fait qu'à minuit, j'étais sur autre chose. Mon petit billet est obsolète. En le relisant, je réalise que c'est mieux comme ça. Il avait quelque chose de malhonnête, qui ne reflétait pas mes pensées telles qu'elles le sont vraiment. 

La vérité c'est que je ne sais pas si je vais participer cette année. Là tout de suite j'ai du mal à rassembler l'énergie mentale qu'il me faut pour pondre 2,000 mots de fiction avant la fin de la journée, et de savoir qu'il y aura 29 jours supplémentaires de ça m'épuise à l'avance. 

Mais j'ai peut-être tout simplement besoin d'un peu de thé et de faire la paix avec moi-même, puis de me retrousser les manches. 

J'avais pris soin de sélectionner un puerh hier soir, c'est donc celui que je déguste aujourd'hui : Da Ye Qing Bing de Mengku Rongshi, millésime 2013, acheté à l'époque sur Yunnan Sourcing. Elle y est encore à un prix ma foi bien plus élevé que celui que j'avais payé, mais encore raisonnable pour un puerh de 12 ans. Et... je prend un peu d'avance sur le reste, mais il faut le dire : leur stockage étant bien meilleur que le mien, les différences sont probablement considérables.

Honnêtement, je ne sais pas trop quoi en penser. 

Mes papilles sont peut-être mal réveillées, je le trouve fade. Les deux premières infusions étaient intéressantes sur les textures en bouche, mais par la troisième ça me râpe la langue. La petite chaleur de gorge est chouette cela dit, et puis ça semble tendre vers le sucré au fil des infusions. Ce n'est pas déplaisant, mais c'est un thé qui se boirais mieux dans le gros yunomi je pense. Pas beaucoup de saveurs, ce qui m'étonne car les versions 2011 et 2012 que j'ai chez moi sont encore très goûteuse. 

Dans mon souvenir, la 2013 était équivalente en force et qualité à la 2011, c'était la 2012 qui était en retrait. Et les autres galettes conservées avec elle se portent bien, c'est difficile de croire qu'elle seule aurait mal tourné. Hmm. Mystères d'évolution.

Sinon c'est peut-être tout simplement parce que je l'ai laissé reposer toute la nuit à l'air libre, près du radiateur en marche. La galette était déjà pas mal sèche, là j'ai empiré les choses. 

Bon, elle repassera dans ma théière éventuellement. On verra bien à ce moment-là si elle redevient un peu plus éclatante ou si la première impression se confirme. Doigts croisés. 

La caféine fait son effet. J'ai encore quelques toiles d'araignées mentales mais je me sens un peu plus d'attaque. Tentons le coup. Les premières fois que j'ai fait le défi, j'étais porté par un enthousiasme qui est complètement absent aujourd'hui... ça rend les choses plus difficiles. J'ai envie de croire que ce n'est pas insurmontable.

Comme avec l'évolution de cette Da Ye Qing Bing, c'est le temps qui me dira si c'était un souhait réaliste.

mercredi 22 octobre 2025

Spirituali-thé | 2012, Cha Hun "Spirit of Tea", Mengku Rongshi, Mengku, Lincang, Yunnan Sourcing

Il y a quatre ans j'ai failli lancer un blog spirituel païen. 

Je me sentais appelé vers une voie dont je percevais le potentiel transformateur, et dont j'avais envie d'en documenter les changements à ma vie. Je voulais aussi communiquer avec d'autres qui partageaient mes croyances, transmettre une sagesse que je ne possédais pas encore (toujours pas d'ailleurs), et trouver, ou peut-être fonder, cette communauté de gens "comme moi" dont j'ai soif depuis l'enfance. J'étais saisi d'extase religieuse, en vrai, et quand celle-ci est retombée le projet s'est étiolé.

Et franchement c'est tant mieux. 

L'expérience à l'origine de cette envie est l'une de celles dont il est difficile de parler. Pas tant à cause de la vulnérabilité qu'elle me demande, quoique celle-ci soit énorme, plutôt parce que c'est l'une de ces situations complexes, indéfinissables, dont les mots n'arriveront jamais à transmettre l'immensité. Mais aussi parce que je sais déjà qu'aucune des histoires personnelles qui justifient mes propres croyances ne suffirait à les justifier pour les autres. Et puis j'ai horreur du prosélytisme. Si je tente de les partager ici un jour ça sera dans un autre contexte, avec d'autres choses à dire.

Quand j'étais petit, je croyais que la spiritualité était un état d'être passif. Une collection de croyances et de valeurs morales par lesquelles on trouve le sens de son existence, certes, mais pas quelque chose qui faisait particulièrement intrusion dans la vie quotidienne. J'entendais bien sûr parler de gens comme le Pape ou Mère Teresa qui avaient fait de la religion le centre de leur être, mais tout ça me semblait exceptionnel et très loin de moi, de "la vie réelle". 

Aujourd'hui je découvre qu'en fait la spiritualité c'est un état actif, qui s'exprime par les actes que l'on pose bien plus que par les choses en lesquelles on croit. Qu'une prière peut se passer de mots pourvu que l'état d'esprit en soit un de recueillement. Et en suivant l'exemple de Lionel, c'est tout naturellement que le thé est devenu l'un des piliers de ma vie spirituelle. Chaque tasse préparée et bue en pleine conscience.

Le thé de ce matin a un nom qui m'amuse un peu dans ce contexte, mais la vérité c'est que cette galette est bien nommée. J'avais fait un compte-rendu d'une année précédente, mais c'est la 2012 que je choisis pour des raisons purement pratiques : la galette est immédiatement accessible alors que sa grande soeur est cachée loin, tout au fond du gros tiroir à galettes que je n'ai pas encore osé ouvrir.

Beaucoup plus sombre que dans sa jeunesse, toujours bien amère, des saveurs franches de bois mort, de terre sèche, et de sève qui pique la langue dès la première infusion... une énergie qui remonte, émane à travers mon corps, et me prend tout entier. Sous le couvercle je perçois toujours ces petites touches légères de raisin sec, mais c'est la seule note de fruit ou de sucre dans ce sheng bien charpenté, solide, franchement masculin. J'avais écrit "un jus de nature" de sa grande soeur, pour reprendre les mots du sieur Lionel, et c'est toujours bien ça pour autant que "nature" veut dire "parfums et arômes que l'on retrouverait volontiers si on tentait d'infuser une branche morte ramassée par terre, et que celle-ci offrait une liqueur gracieuse".

Ça n'a peut-être pas l'air très invitant dit comme ça, mais moi j'adore. 

Surtout j'adore cette chaleur qui m'envahit, qui après juste quelques gorgées me donne un sentiment d'être dégagé, ouvert, libre. Prêt à accueillir la journée qui commence et tout ce qu'elle m'apportera, en bien et en mal. 

Le dieu auquel je suis dévoué est un être qui tend vers le monde naturel, les chemins sauvages moins fréquentés, les espaces liminaux où oppositions et contradictions se rencontrent. Les endroits où je perçois sa présence autour de moi d'une façon très puissante, ces lieux dans lesquels la communion est si facile, sont toujours à mi-chemin entre la terre et l'eau. Malheureusement, tous sont inaccessibles l'hiver. 

Ma deuxième meilleure option ?

Une tasse de sheng.