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mercredi 11 mars 2026

Verglas | 2014, Yi Bi Zhai "Wild Arbor", Yiwu, Zhejiang, Yunnan Sourcing

Les derniers jours ont été particulièrement chauds dans mon petit coin tranquille. 16 degrés au mercure alors que les normales de saison frisent le zéro, du soleil éclatant presque toute la journée, la fonte des neiges bien amorcée... 

Ce matin en revanche j'ai été réveillé par le vent qui agitait les bacs de recyclage. C'était tellement bruyant que je croyais qu'il y avait quelqu'un dehors. Quand j'ai ouvert les rideaux, il faisait encore noir et les branches des arbres ressemblaient à ces griffes fourchues aux mouvements erratiques que l'on voit dans les films d'horreur. Pas un son quand j'ai mis le nez à la porte, seulement le sifflement sinistre du vent. Halloween en plein mois de mars. 

On annonce une tempête de verglas aujourd'hui. 

D'ailleurs voilà, ça y est, ça commence. La pluie tombe en stries dans ma fenêtre et déjà la couvre de buée. Les rares passants à cette heure matinale se pressent pour échapper à l'assaut du ciel. Un gros camion laisse des traînées de sel épaisses sur les rues. À l'intérieur, l'eau bouille et le rituel apaise ce léger fond d'angoisse qui m'étreint toujours à la mention de verglas.

C'est un truc malheureusement bien banal, bien Québécois. Début janvier 1998 a vu l'une des pires tempêtes de verglas dans l'histoire enregistrée du pays, bris et dégâts et chûtes et décès et coupures d'électricité qui ont duré quelques semaines en ville, plusieurs mois en campagne. Je pense que quiconque était assez âgé pour prendre une mesure même partielle de ce qui se passait en est ressorti avec quelques séquelles. D'ailleurs on le voit bien sur les réseaux sociaux, les Québécois ont tendance à paniquer et se sur-préparer avec toute annonce de verglas. C'était l'un de ces événements qui définit une génération et j'ai bien peur qu'il nous ait laissé avec un petit choc traumatique collectif. 

Mon thé est prêt. 

Les feuilles que j'ai choisi sont très sombre, presque noires. La liqueur est douce et parfumée. C'est un joli petit thé de la région de Yiwu acheté chez Yunnan Sourcing qu'aujourd'hui encore je bois en grand-pa style (sacrilège !). La galette n'est plus disponible mais on trouve encore quelques échantillons à la vente à un prix qui me fait hausser les sourcils. Bon, faut dire que c'est pas mal tous les prix ces jours-ci qui me font hausser les sourcils, je vais donc passer vite là-dessus. 

À priori, c'est un thé du quotidien. Un joli truc dans le haut du bas de gamme, ou peut-être au bas du moyen. Rien de particulièrement éclatant, mais ce que j'ai en bouche est vraiment sympathique. Une belle balance entre subtilité des saveurs, amertume de jeunesse et notes âgées, un pôle boisé-épicé avec une trace de sève, douceur et force à la fois, et toujours succulent même quand on pousse et sur-infuse un peu les feuilles. Ça se boit tout seul. Du bon Yiwu d'entrée de gamme qui donne une idée du minimum que devrait donner ce terroir... 

... mais rien de joueur, rien de surprenant. Au niveau de la texture, c'est lisse, sans aspérités, et finalement sans grand intérêt. Savoureux cela dit. Je pense que c'est en partie pour ça que j'aime tant le grand-pa style. Au-delà de la commodité de jeter quelques feuilles dans la tasse et basta, j'aime ces infusions changeantes d'une gorgée à l'autre. J'ai l'impression qu'elles me permettent de mieux prendre la mesure d'un thé. Les défauts mineurs sont gommés certes, mais les défauts majeurs ne peuvent pas se cacher, et les liqueurs sont riches sans souffrir d'une infusion parfois maladroite. Le GPS m'indique tout de suite si ça vaut la peine de faire une dégustation plus poussée ou pas, alors que si je commence avec un gaiwan ou une théière, je n'arrive jamais à savoir si j'ai un problème de mauvais thé ou de mauvaise technique d'infusion. 

Bon, j'irai revisionner les vidéos de Stéphane, des fois que. 

Avec la neige qui fond, les écureuils retrouvent les mannes d'automne qui n'avaient pas été mangées et je vois déjà l'effet bénéfique de la chaleur et d'une diète plus fréquente sur ceux qui passent du temps chez moi. La saison des amours est terminée, malheureusement il ne semble y avoir que des mâles qui nichent dans les environs cette année... probablement la faute du chat des voisins qui les a bien perturbés ces dernières semaines. Dommage, mais c'est la vie. Et puis c'est plus facile d'espacer l'horaire de nourriture pour les sevrer de l'aide humaine pendant l'été si je n'ai pas l'impression d'affamer des femelles gestantes. 

Après une période d'averses intermittentes, la pluie semble être prise pour de bon. Elle tombe lourde contre le sol, à l'entendre on jurerait que c'est de la grêle, ou le tapotement sec d'une main impatiente. Je suppose que c'est le ciel qui me signale que j'ai encore beaucoup de choses à faire aujourd'hui pour le souper d'anniversaire que nous organisons demain soir. (Ça devait être aujourd'hui mais avec ce verglas, personne ne veut conduire.) Bref, lorsque la vie réelle fait intrusion dans mes dégustations, c'est l'heure de déposer ma tasse.


mardi 21 octobre 2025

Fraîcheur | 2014, Wang Bing Shen Tai Cha, Wang Bing, Yiwu Shan, Menghai, Puerh Asia

 

C'est une envie de fraîcheur qui me taraude ce matin. Les notes vives, végétales, d'un Gao Shan de Taïwan. La couleur vert soutenu du sencha Yumewakaba de Hiruma-san, avec ses parfums si prononcés. La morsure amère d'un jeune sheng du Lincang qui se développe en menthol après la gorgée avalée. 

Évidemment je n'ai rien de frais dans mes stocks. J'ai bien deux commandes en cours, mais entre la grève de la poste et l'éloignement géographique, rien n'est encore arrivé. Il faut donc faire avec ce que j'ai chez moi. 

Mon thé vert du matin, un Huiming 2022 de chez Camellia Sinensis qui avait déjà un an au moment de son achat, ne me comble pas. Aucune de mes références ne m'inspire. Je décide donc d'explorer les échantillons gentiment offerts par les copains. À défaut de fraîcheur, au moins j'aurai un peu d'originali-thé.

Après une examination sommaire de ce qui se trouve dans mes tiroirs, c'est sur un thé de Wang Bing que je jette mon dévolu, la galette Shen Tai Cha de 2014 dont Vincent (autrefois du Forum des Amateurs de Thé) m'avait offert quelques grammes. Le petit sachet plastique aurait dû lui perdre toutes ses saveurs, mais la conservation de tous ces sheng au même endroit les ont préservés. Ces feuilles sont encore très fragrantes. 

Les deux premières infusions sont bien légères et me font craindre un raté. Est-ce que c'est l'eau qui gomme toutes les saveurs, ou est-ce que j'ai tout simplement attendu trop longtemps et maintenant les feuilles sont perdues? Est-ce que c'est une question de grammage trop léger ? Aucune idée... je n'ai pas eu ces problèmes sur les échantillons précédents. L'odeur renversante au fond de la tasse vide me signale qu'il faut continuer, tout comme l'épaisseur crémeuse qu'il laisse sur la langue.

Sur la troisième tasse, le thé se réveille enfin. Et quel éveil. À la surface de la liqueur je retrouve des parfums aux notes vaguement animales (tellement typées que pour un moment je me suis demandé s'il ne s'agissait pas d'un thé de Feng Qing mal étiqueté), et dans la bouche c'est complexe, c'est joueur, c'est intense. Par-dessus tout c'est d'une fraîcheur éclatante à laquelle je ne m'attendais pas. L'amertume prononcée est agréable, boisée et végétale à la fois. Alors que j'avais sélectionné ce thé à l'aveugle, après quelques recherches j'y retrouve en fait tout ce dont parlait Luk Zijeko dans cette dégustation de 2017.

Les notes d'Olivier Schneider mentionnent aussi cette timidité des feuilles qui prennent un peu de temps avant de se dévoiler. Bon, ça va alors.

J'ai l'impression d'un retour dans le temps, d'un thé préservé exactement tel qu'il était au moment d'arriver chez moi. Et puis bon sang que c'est bon. Je regrette bien les ennuis monétaires qui m'ont retenu d'en récupérer une galette à l'époque, mais surtout j'ai une grande reconnaissance envers Vincent sans qui je n'aurais même pas eu la chance d'y goûter.

Le temps continue sa course effrénée vers l'hiver, jonche le sol de feuilles mortes et m'apporte une fraîcheur d'un tout autre genre. Les derniers jours ont été très chaud pour la saison, mais là on sent bien que c'est terminé. L'automne se meurt... et ça a beau être ma saison préférée, j'ai l'impression d'avoir passé beaucoup de temps cette semaine à combattre un début de dépression saisonnière.

Heureusement que j'ai encore le thé pour mettre un peu de soleil dans ma tasse.


vendredi 17 octobre 2025

Tutoyer les étoiles | 2003, Yi Wu Pu Erh Qizi Bing Cha, Yiwu Shan, Menghai, Teamasters

 

J'ai eu 40 ans la semaine dernière. 

Les émotions que ça me fait vivre, les réflexions que j'en tire, sont complexes. Cet âge a toujours été une sorte de limite psychologique pour moi. Une barrière au-delà de laquelle on ne peut plus reculer. Comme s'il y avait une séparation nette entre les deux "espèces", les humains qui ont 40 ans fait, et les autres qui n'en sont pas encore là. Et aussi, que ceux qui sont de l'autre côté sont "nettement différent", comme s'ils avaient traversé une grande épreuve, vécu un grand changement. 

C'est une sorte de pensée magique enfantine qui m'amuse, dont je ne comprends pas l'origine, mais dont je ne peut que constater l'existence avec perplexité. Évidemment, maintenant que je l'ai passée moi aussi la barrière, je me demande un peu à quoi je m'attendais. Un tremblement de terre ? Une crise cardiaque foudroyante ? Mon côté cynique m'assure que ça peut toujours arriver. Les trois prochaines années seront critiques. 

Depuis mon déménagement en 2023, beaucoup de choses ont été remisées. L'endroit où je vis est une situation temporaire, et passer d'un appartement 4 pièces à une chambre simple, ça veut dire faire des choix. Du coup, avec ma bouilloire de verre dans la remise, l'eau du robinet dans la bouilloire canard de ma propriétaire, et mon manque d'envie de thé régulier, ce choix-là me semblait simple.

Pas si simple, finalement. 

L'envie de thé régulière a commencé à me tarauder fin septembre, quand les grandes chaleurs de l'été ont fini par tomber. Avec les moyens du bord, je ne me suis pas cassé la tête. Quelques grammes directement dans le gros yunomi Yamane Seigan, on remplit d'eau chaude, et voilà. Grandpa Style. Et pour un moment, c'était suffisant. 

Le truc c'est que j'ai des très belles références dans ma théothèque. Des thés vieillis, wulong et puerh, frais et torréfiés, sheng et shu. Certains qui avaient déjà un peu d'âge au moment d'arriver chez moi, qui en ont encore davantage maintenant. D'autres que j'ai acheté dans leur jeunesse et qui ont mûri tranquille dans mon petit meuble de bois pendant toutes ces années, un peu à l'oubli. 

Les dernières grandes commandes de thé, à "la belle époque", ont été faites en 2014. Après, il y a eu quoi ? Quelques échantillons récupérés localement, vert et rouge surtout. Des thés de grande consommation, achetés sans prise de tête, bus sans prise de tête, et c'est tout.

Toute ma collection a pris au moins 10 ans pendant que j'avais le dos tourné, et il y a un truc là-dedans que je n'arrive pas à bien appréhender. C'est comme si une partie de moi était restée coincée dans le passé. Comment ça, la première édition de la Bulang Beauty de Tea Urchin c'est une vieillerie maintenant ? Tu plaisantes ? Je ne l'ai que depuis quelques mois ! Bon, peut-être une année ou deux. Ou cinq. Ou douze en fait, quand on regarde les chiffres proprement. 

Des feuilles de cet âge, ça mérite un respect que je n'étais pas encore préparé à leur accorder.

Pendant environ 10 jours, j'ai fait tourner mes références de sheng habituelles dans le yunomi sans trop y penser. Yong De Factory, 2006. Mengku Rongshi, 2006 à 2012. Tea Urchin, 2013. Lan Ting Chun, 2007 à 2010. Les wulong aussi, 2008 à 2014, ainsi de suite. Et puis un matin, juste quelques jours avant mon anniversaire, j'ai décidé d'entamer la galette de Yiwu "sauvage" 2003, vendue à une époque lointaine par Teamasters, et qui était encore intacte. 

Et là c'était plus possible de faire semblant, car même sans en connaître le prix aujourd'hui je savais bien que c'était une référence à trois chiffres au moment de son achat. L'une des galettes les plus onéreuses de ma collection, équivalente au carré Lao BanZhang 2011 dont la réputation n'est plus à faire. 

Eh ben, je l'ai fait quand même. Quelques grammes dans le gros yunomi, l'eau chaude du canard rouillé, et hop. 

Le choc que cette dégustation m'a fait ressentir est impossible à mettre en mots. Ça m'a saisi tout entier, au point d'en écrire un petit mot sur le FAT qui a bien surpris les copains car je n'y avais pas mis les pieds depuis des années. 

Au risque d'être accusé d'exagération, c'est comme si ce puerh avait réveillé mon âme.

Et là soudain je me suis mis à avoir envie de thé, du vrai, préparé de la bonne façon. J'ai eu envie de retrouver ma bonne bouilloire, une bonne eau, mes ustensiles, le plaisir sensuel et visuel des dégustations de ma jeunesse, au début de la vingtaine quand je découvrais tout juste le thé. J'ai eu envie de prendre mon temps, d'y puiser à la source le réconfort, la présence, l'essence d'être que j'y trouvais autrefois, et que j'ai perdu par un détour de la vie. Peut-être quand mon odorat s'est estompé suite à Covid. Peut-être longtemps avant ça.

Puis avec l'envie de thé viennent les autres : l'envie d'écrire, l'envie d'un espace à moi où déverser mes humeurs, l'envie de me réapproprier les mots qui me font défaut. L'envie de discussions passionnées, l'envie d'échanges vrais et spontanés autour de sujets qui nous touchent. L'envie d'une communauté qui me ressemble, d'une structure sur laquelle je peux moi aussi poser ma pierre. L'envie de bouger. L'envie d'exploser les carcans rigides dans lesquels je suis empêtré, ceux qui datent de ma petite enfance et ceux qui se sont imposés dans les dernières années.

L'envie de tutoyer les étoiles au quotidien, pour emprunter son expression à Francine du blog La Théière Nomade, et d'y trouver une liberté que je n'ai pas ressentie depuis longtemps. 

Tous les éléments d'une crise de la quarantaine, peut-être. Un joli cliché, non ? La vérité, c'est que ces envies ne sont devenues un cliché que parce qu'elles sont si courantes, arrivé à cet âge. Je ne suis pas différent. Et en fait, je n'ai pas envie d'être différent. J'ai envie de vivre mes étapes une à la fois, de m'ancrer dans le présent au lieu d'être toujours à la course vers le futur, ou encore d'être coincé dans le passé. 

Je me refais de ce thé aujourd'hui, après l'avoir bu deux fois dans le gros yunomi, parce que j'avais envie de voir ce qu'il devient en théière. 

Eh bien, il est superbe. 

Reprendre ma Voie du Thé, c'est ça le grand changement en fait. C'est ça le tremblement de terre, la crise cardiaque foudroyante. C'est par là que ça passe, cette prise de conscience qui éveille et secoue l'inertie.

La différence entre 39 et 40 ans, chez moi, c'est la décision de respecter ses feuilles, d'en tirer tout ce qu'on peut. 

Et par le fait même, de se respecter soi et sa propre vie. 

Ça, on verra bien ce que j'arrive à en tirer.

mardi 1 mars 2016

2013 – Yiwu Peacock Blend "Spring", Yi Wu, Mengla, Xishuangbanna, Tea Urchin


Informations et provenance : Voici une dégustation... que je n'aurais pas dû faire. ^^
Elle a été faite à Montréal, dans des circonstances où j'étais sans cesse dérangé, avec une eau peu recommandable, dans un environnement peu familier (enfin, chez ma mère quoi, familier mais pas pour le thé !) et surtout dans un état d'esprit qui n'était pas idéal pour une dégustation.
Mais je l'ai faite, et voilà, autant la poster même si elle arrive deux ans en retard. Elle n'est pas complètement dénuée d'intérêt.
Ce jeune puerh produit par Tea Urchin est l'un des thés de l'OS : Tea Urchin du Forum des Amateurs de Thé, opération spéciale qui a déjà été présentée dans d'autres posts et que je ne me sens pas le besoin de réexpliquer. C'était au moment de sa sortie un thé d'entrée de gamme et qui encore aujourd'hui demeure à un prix très raisonnable. Les retours de l'opération se trouvent ici, si vous en avez lue ou faite une ailleurs, n'hésitez pas à me contacter.


Détails d'infusion : 5 gr. / 125 ml en Gaiwan JiHua. Eau du robinet de Montréal, non filtrée et chauffée en bouilloire de plastique. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 25s. - 35s. (bu par ma mère) - 45s. - pause pour refaire chauffer l'eau - 50s. - 60s. Total de 7 infusions.


Vue : C'est une galette très peu compressée -- en sortant les feuilles vert clair du sachet, on pourrait presque croire qu'il s'agit de maocha. Mes photos ne rendent pas justice à la teinte des feuilles mouillées, mais la liqueur est particulièrement claire et lumineuse. Un peu d'écume a tendance à s'accumuler sur les bords des tasses -- peut-être qu'avec une autre eau, on aurait droit à quelques effets d'huile dansants sur la liqueur.


Odeur : C'est frais, c'est floral avec quelques relents fruité, c'est sucré, c'est printanier. Les feuilles sèches dans le gaiwan chaud sentent les abricots secs et le menthol. Les feuilles mouillées gardent une composante fruitée mais ont surtout une odeur de musc, et c'est le parfum sous le couvercle qui étrangement développe une certaine amertume (bien qu'étant par ailleurs sur les mêmes odeurs que les feuilles mouillées). La liqueur a peu d'odeur, le fond de tasse pareil. Je mets l'eau en cause.


Goût : La première infusion, peut-être un peu légère, est presque typée jus de fruits ! En fait, à force d'infuser, je réalise que c'est vraiment un thé très léger de goût, délicat -- le type de thé qu'on doit boire en faisant attention au risque d'en voir passer les complexités sans avoir pu les saisir... très floral en tout cas, type nénuphar je dirais... mériterait probablement un dosage un peu plus fort. Je suspecte aussi que l'eau de Montréal a tendance à l'étouffer... il faudra revérifier à Québec !


Texture : Plutôt rond, mais passe dans la bouche de façon assez fluide, sans laisser beaucoup de traces. Mes notes s'arrêtent là.


Couleurs : C'est vert, mauve, rose, blanc... ça me fait penser à un bouquet de fleurs de printemps dans un nuage de brume. Difficile de percevoir les détails, les couleurs, les mouvements... C'est une vision un peu onirique.

samedi 27 février 2016

2013 – Tea Urchin's "Gao Shan Zhai", Yi Wu, Mengla, Xishuangbanna, Tea Urchin (Évolution)

(La première dégustation se trouve ici.)


Informations et provenance : Même thé, différents paramètres... Voyons voir ce que ce thé a dans le corps six mois après la première dégustation. ^^
(À noter que la première dégustation avait eu lieu en novembre 2013 et celle-ci date du printemps 2014... oops ! Oui j'ai du retard sur mes transcriptions. XD)


Détails d'infusion : 5 gr. / 100 ml en Purion de Lin's Ceramics. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 20s. -25s. - 30s. - 35s. - 40s. - 50s. - 60s. - 1m.20s. - suite au jugé. Total de 13 infusions.


Vue : Comme on peut voir sur les photos, là où les feuilles étaient plutôt vertes il y a six mois, elles ont depuis considérablement foncé. Elles n'ont pourtant pas été exposées à l'air de façon exagérée : elles étaient conservées dans le petit sachet fourni par Tea Urchin, qui était lui conservé dans un sac de plastique, lequel était rangé avec mes autres échantillons dans mon meuble à thé. C'est plutôt intéressant de voir son thé évoluer comme ça !
La liqueur a peu changé, elle demeure dans des teintes jaune vif peut-être un peu plus sombres qu'il y a six mois.


Odeur : Sorties de leur sachet, le parfum des feuilles sèches est très frais -- finement végétal et floral, ça me rappelle les odeurs qu'on a au nez en marchant dans un terrain vague envahi de végétation. Dans la théière chaude c'est merveilleusement fruité, avec une pointe d'épices chaudes et réconfortantes. Les feuilles mouillées sont fumées et acides avec une pointe de sucre -- rien qui sort de l'ordinaire, mais très différent de la dernière fois. Le couvercle en revanche a un parfum très végétal qui me rappelle le bok choy, alors que la dernière fois il me semblait plutôt sur le fruit -- fruit qu'en revanche je retrouve dans le fond de tasse en compagnie d'une bonne dose de musc.


Goût : La première infusion est plutôt végétale, j'y retrouve les bok choy dont je parlais plus tôt au niveau des parfums du couvercle. La deuxième retombe dans un modèle plus semblable à celui d'il y a six mois, un mélange végétal et floral qui me rappelle le nénuphar. Les suivantes gardent le même pôle, avec quelques pointes de cuir et de fumée ici et là autour des infusions quatre et cinq, mais s'épuisent un par un pour ne plus laisser vers la fin que des saveurs ténues dans une texture épaisse et huileuse (qui est explicitée dans le prochain paragraphe).

En comparaison avec la dernière fois, les arômes semblent beaucoup moins délicats -- bien que toujours élégants, on découvre cette fois un peu plus de puissance et de "jus" comme on dit. J'aime moins le pôle sur le légume cuit mais l'ensemble est plutôt agréable et harmonieux, surtout sur les infusions sept à neuf.


Texture : Là où c'était une huile légère qui s'évaporait vite la dernière fois, c'est maintenant une texture d'huile de tournesol presque visqueuse -- et du coup j'ai vraiment l'impression de boire une infusion de légumes verts ! Côté longueur en bouche, ça tombe un peu court et je n'ai pas l'impression de garder les saveurs en bouche très longtemps. C'est dommage parce qu'avec une texture pareille, il y avait moyen que ça reste. Encore une fois, peu d'effet sur le corps passé les sensations de bouche. Un thé intéressant, mais pas mémorable et qui à ce prix, encore une fois, me laisse sur ma soif.


Couleurs : Ben c'est la même chose. Les couleurs me semblent plus prononcées peut-être, mais j'ai toujours ce visuel de gouttes de pluie qui tombent dans un lac, avec cercles concentriques sur une surface calme. C'est superbe et, paradoxalement, mieux que le thé lui-même...

mercredi 24 février 2016

2013 – Tea Urchin's "Gao Shan Zhai", Yi Wu, Mengla, Xishuangbanna, Tea Urchin


Informations et provenance : À l'automne 2013, quelques mois à peine après l'ouverture du Forum des Amateurs de Thé début septembre, s'est tenue l'OS (Opération Spéciale) qui demeure à ce jour ma préférée je crois. Non pas parce que les autres étaient moches, bien au contraire, mais parce que c'est avec celle-ci que j'ai fait la découverte des thés de Tea Urchin -- au plus grand bonheur de mes papilles et au plus grand malheur de mon porte-feuille. ^^
Ce thé-ci, un puerh de Gao Shan Zhai dans la région de YiWu, est l'un des six thés reçus en échantillons de 15 grammes via l'OS en question et s'il n'est pas mon favori de l'ensemble, je dois admettre avoir été impressionné par son élégance.


Détails d'infusion : 5 gr. / 150 ml en LongDan DuanNi. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - 40s. - pause - 40s. - 50s. - 1m. - 1m30s. - suite au jugé. Total de 12 infusions.


Vue : L'échantillon est constitué de quelques morceaux découpés d'une galette très peu compressée. Il ne faut pas se fier aux photos -- le morceau se défait quasiment en soufflant dessus. Les feuilles sont pour la plupart grandes, dans des teintes de kaki avec un joli duvet argenté au dessous, avec de longues tiges.
La liqueur est claire et limpide, d'un jaune très léger qui est mal rendu sur les photos. Beaucoup d'écume s'échappe au-dessus de la théière au moment d'infuser la première tasse.


Odeur : Les feuilles sèches ont un parfum très frais, plutôt floral avec une pointe de résine. En théière chauffée, elles prennent des odeurs fruitées de compote pomme/poire et de pruneaux secs. Les feuilles mouillées sentent très bon, ce que je trouve surprenant : au lieu de l'âcreté habituelle, je découvre quelque chose de légèrement fumé avec des notes qui me rappellent l'encens et le charbon de bois. Le parfum de fond de tasse, lui, est très musqué mais beaucoup plus "frais" que l'odeur que je retrouve chez les puerh adolescents (je pense par exemple aux Mu Shu Cha et Ming Feng 2006).


Goût : Le goût de cette première infusion est très doux, plutôt fruité et sucré avec une pointe de musc, ça me rappelle beaucoup la Bang Wei du même vendeur avec peut-être un soupçon d'amertume supplémentaire (ce qui n'est pas pour me déplaire).
Ça devient beaucoup plus floral dès la deuxième infusion, avec un courant sous-jacent de cuir et de fumée que je n'ai pas souvenir d'avoir beaucoup retrouvé sur les sheng -- peut-être est-ce une question d'âge, mon expérience avec les sheng de l'année demeurant quasi anecdotique. Quoi qu'il en soit, c'est vraiment agréable.
L'amertume est plus présente dès la troisième infusion et les saveurs qui apparaissent en retour en bouche demeurent plus longtemps sur la langue... mais c'est encore un peu court, ce qui est dommage car au goût c'est très bon. La suite de la dégustation confirmera cette impression : très agréable mais je reste un poil sur ma soif vu le prix de cette galette.


Texture : La texture est particulièrement intéressante, faite d'un filin très légèrement huileux -- c'est une texture qui fait penser à de l'huile essentielle en fait, c'est huileux pendant une seconde puis ça s'évapore en sécheresse. C'est plutôt doux sinon, peu voire pas d'aspérités en bouche, cependant j'y perçois peu d'effet sur le corps -- ça demeure un thé agréable, mais pas particulièrement marquant.


Couleurs : Les motifs que ce thé me fait voir me font penser à la pluie -- des "gouttes" blanches, bleu clair, orangées et jaunes tombent en faisant des cercles concentriques sur un fond de brume verte et noire. C'est, j'avoue, quelque chose que je ne me lasse pas de contempler...

lundi 3 mars 2014

2013 – Yiwu Peacock Blend "Spring", Yi Wu, Mengla, Xishuangbanna, Tea Urchin (Évolution)

(Seconde dégustation de janvier 2014 - premier compte-rendu succinct ici)

 
Informations et provenance : Il s'agit ici de l'un des échantillons de l'OSV1 : Tea Urchin du Forum des Amateurs de Thé -- d'ailleurs, c'est le premier que j'avais goûté, ceci est le compte-rendu de la deuxième dégustation. Vu le premier, il était temps de lui donner son heure de gloire...
Pour plus d'informations sur le thé lui-même, il y a bien sûr la page de Tea Urchin, sinon de nombreux comptes-rendus en ont été faits sur la page attitrée du forum. Je n'ai pas trouvé de compte-rendu plus détaillé sur le web, donc s'il y en a un quelque part, n'hésitez pas à m'en faire part.


Détails d'infusion : 5 gr. / 100 ml en théière Purion de Lin's Ceramics et tasse Julie Lavoie. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 5s. - 10s. - 15s. - pause - 20s. - 25s. - 30s. - pause pour la nuit. Reprise le lendemain en gaiwan de porcelaine, 5 gr. / 90 ml : 40s. - 50s. - 60s. - suite au jugé. Total de 11 infusions.


Vue : J'avais déjà parlé du fait que cette galette est très peu compressée dans mon précédent compte-rendu, concentrons-nous donc sur la liqueur. La dernière fois, j'en avais tiré l'impression d'une liqueur claire et lumineuse. Cette impression se confirme : d'un jaune très pâle légèrement plus soutenu sur les dernière infusions. Comme la dernière fois, beaucoup d'écume -- je n'ai pas réussi à prendre en photo l'huile dansante sur le dessus de la tasse, mais elle y est sur les trois première infusions.


Odeur : Des parfums très frais et floraux émanent des feuilles sèches dans leur sachet. L'air leur a fait du bien -- la première fois que j'ai testé ce puerh, je n'y avais rien compris, mais cette fois l'odeur est plus équilibrée et agréable. Dans la théière chaude, les parfums sont un peu plus étranges -- sucrés et astringents à la fois, j'y trouve une odeur de prunes mêlée de quelque chose d'indéfinissable, quelque chose que je n'ai jamais retrouvé par le passé dans un puerh. Je n'arrive pas à savoir si c'est désagréable ou pas.
Les feuilles mouillées sont très acides, mais le parfum sous le couvercle compense amplement : prunes chaudes toujours, mais filtrée par la terre qui semble retirer cette composante bizarre perçue précédemment. C'est définitivement sucré et fruité, assez loin du floral auquel je m'attendais. Le fond de tasse est intéressant, plutôt sucré et léger avec une très légère pointe de musc qui se développe si on prend le temps de laisser reposer la tasse.


Goût : Je voulais commencer par un temps d'infusion plus court que d'habitude puisque la théière Purion que j'utilise est plus petite que ma Duan Ni oeuf de dragon qui est normalement réservée aux puerh. Bien m'en a pris, puisque déjà, on perçoit sous les saveurs légères une astringence beaucoup plus puissante... amis de vos estomacs...
Autrement, il s'agit finalement d'un thé plutôt sympathique. Léger, sucré et fleuri, Eugene parlait de sucre brun (cassonnade / vergeoise) et il a parfaitement raison -- le côté fruité s'atténue sur les premières infusions pour laisser place à cette saveur de sucre mentionnée plus tôt et à quelque chose qui rappelle la menthe. Peu d'amertume, en revanche beaucoup d'astringence, la tendance se confirme -- mais du coup, pour moi c'est un peu moins intéressant puisque l'astringence porte moins les saveurs et abîme plus mon estomac.
La quatrième infusion (la première après une pause) développe une saveur un peu plus marquée, fumée, légèrement fruitée mais surtout végétale, un peu acide. En refroidissant, le musc est plus présent. Les suivantes seront du même tonneau.


Texture : C'est rond et fluide, plus harmonieux que la dernière fois je trouve. L'astringence qui assèche bien la bouche gâche un peu les choses pour moi cela dit -- j'ai dû faire de nombreuses pauses pour éviter les brûlements d'estomac et du coup j'ai probablement dû perdre un poil de complexité et de longueur. Pour la même raison, je n'ai pas noté d'effet sur le corps notable.
Dans tous les cas, c'est un thé de tous les jours à un prix raisonnable (encore très raisonnable deux ans plus tard) mais pas un sur lequel je reviendrai.


Couleurs : On retrouve approximativement les mêmes teintes que la dernière fois : du vert, du blanc, du jaune... mais quelle différence dans les mouvements ! Quelle différence dans les associations ! C'est comme si la brume s'était levée -- plutôt que de contempler un arbre avec une parure de frêles pétales de printemps, on est ici dans la pleine fougue de l'été et de ses feuilles sombres, veineuses et pleines de vie.

dimanche 24 novembre 2013

2012 – Gu Shu Cha (maocha), Wang Bing, Yiwu Shan, Yi Wu, Mengla, Xishuangbanna


Informations et provenance : Encore un échantillon de Sébastien, un grand merci ! ^^ De plus, si j'ai bien regardé sa liste de thés, il s'agit de l'un de ceux dont il n'a pas (encore ?) parlé sur son blog... suspense !
Il s'agit donc d'un maocha de Yiwu acheté via Olivier, produit par Wang Bing et, à moins que je me trompe, il s'agit du maocha utilisé pour produire cette galette (ou en tout cas, à priori, les noms correspondent).


Détails d'infusion : 5.4 gr. / 150 ml en terre Duan Ni. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 10s. - 15s. - 20s. - 25s. - pause - 30s. - 40s. - 60s. - 90s. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : De belles longues feuilles entières, bien torsadées, d'un brun clair louchant vers le jaune ocre. Mouillées, elle redeviennent rapidement du vert clair typique des thés plutôt jeunes, peu oxydés par le temps. De même, la liqueur est plutôt pâle, un jaune clair d'une grande limpidité dans lequel on retrouve très peu d'impuretés.


Odeur : Le parfum des feuilles sèches est frais ! Comme une bouffée de vent un matin d'hiver en montagne, avec la petite pointe résineuse qui rend l'effet d'une grande pureté. Dans la théière chaude, contraste : le parfum est rond, difficilement identifiable -- j'ai l'impression de retrouver le poudreux des biscuits au beurre peu sucrés que ma grand-mère trempait dans son thé quand j'étais petite, mêlé d'un quelque chose vaguement fruité (pruneaux peut-être ?) et résineux/épicé... bon, passons à la suite, même en mettant mon nez carrément dans la théière, j'arrive pas à en tirer plus que ça...
Les feuilles mouillées, le couvercle et la liqueur reprennent le même type d'odeur que lorsqu'elles étaient chauffées, avec une pointe d'acidité en plus. J'ai toujours cette impression vague de poudre de biscuits mêlée d'épices, mais je n'arrive pas à bien identifier... Le fond de tasse est magnifique, ce musqué fruité que j'aime tellement en grande intensité, mêlé de subtils parfums épicés qu'on perçoit jusque dans le fond de la gorge (et ça reste longtemps dans la tasse, sapristi !).


Goût : C'est définitivement épicé ! Changeante, la liqueur est subtile -- il suffit d'une seconde pour perdre des arômes qu'on perçoit partout dans la bouche : langue bien sûr, palais, sous la langue, dans les joues, sur et derrière le voile du palais, j'ai même une pointe de sucre fruité pile sur la glotte... ! Franchement, il ne m'en faudra pas beaucoup pour être complètement conquise.
Épices, donc, et sucre fruité, on retrouve également le résineux que je percevais dans le parfum des feuilles sèches -- c'est enrobant sans être particulièrement rond... profond, disait Olivier, et c'est un terme avec lequel je me trouve en accord. Pas de trace d'amertume dans la première infusion, mais une bonne longueur en bouche. Si seulement j'arrivais à identifier ces épices, ça commence vraiment à me travailler...
La deuxième infusion développe un début d'amertume qui s'intensifiera en saveurs résineuses à mesure que les infusions se succèdent -- et paradoxalement, c'est ce qui m'aide à identifier des saveurs de coriandre ! Enfin ! Avec la saveur subtile du poivre long qui se développe longtemps après la dernière gorgée avalée.


Texture : Enrobante ! Pas réellement grasse ni huileuse, la liqueur s'étale bien pourtant dans la bouche et y reste. Un peu de sécheresse suit le passage, mais pas assez pour que ce soit désagréable -- c'est juste suffisant pour avoir envie de prendre une autre gorgée. C'est un thé qui rend de bonne humeur, avec juste ce qu'il faut d'énergie pour donner envie de sautiller, sans rendre fébrile pour autant. Parfait pour les moments précédant un peu de jogging, je dirais !


Couleurs : Doré, vert, orangé sur fond noir, avec quelques étincelles bleues et jaunes ici et là. C'est très vivant, ça bouge de façon harmonieuse -- d'ailleurs ce mouvement est bien présent, impossible à manquer !