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jeudi 12 février 2026

Imbolc, ou à peu près | 2015, Mi Xiang Li Shan "Light Fired", Hojo Tea

Hier, un de mes écureuils s'est présenté à la fenêtre le nez ensanglanté, des marques de griffes sur l'épaule et une grosse touffe de poils arrachée. Il avait l'air un peu hagard, le pauvre petit. Ça lui a pris trois noix avant de perdre son air de somnambule et de retrouver sa mine familière. On voyait bien qu'il souffrait quelque part, mais ses pattes semblaient toutes bien fonctionner donc j'espère que c'était simplement des ecchymoses. C'est dur, la saison des amours.

J'ai failli ne pas faire de compte-rendu ce coup-ci, question de paresse mais aussi parce que je n'ai pas l'impression d'avoir grand-chose à dire. Beaucoup de train-train quotidien, quelques projets de cuisine auxquels je ne me suis pas encore mis, j'ai préparé de la bette à carde cette semaine tiens. C'est un légume feuille un peu sucré, assez sympathique avec ses couleurs variées, mais dont les saveurs se sont perdues dans le plat. Pas grave. Je ferai mieux la prochaine fois. 

Bref, beaucoup de survol et la difficulté de me poser. Il y a des périodes comme ça je suppose. 

Le Mi Xiang Li Shan que j'ai pigé dans ma pile d'échantillons n'est plus disponible à la vente depuis longtemps. Je crois qu'il vient de David, mais je n'en suis même pas sûr puisqu'il était rangé à part. Heureusement le FAT vient à ma rescousse avec quelques informations, ici en photo par Sébastien, des compte-rendus par Melawach et Julien (avec Blossom à la suite) qui l'avaient dégusté ensemble, et un commentaire de Blossom dans lequel on peut lire la description originale chez Hojo-san : 

Mi Xiang means muscatel or honey flavor in direct translation. This tea was made only from the leaf attacked by green fly. It gives extremely sweet flavor. Some people think its flavor is more like ripe mango.

Intéressant. 

Dans la tasse ce n'est pas le sucre qui domine cela dit. J'ai plutôt l'impression de boire un croisement entre un roulé taiwanais de haute altitude et un Dancong chinois, avec des parfums extraordinaires (du fruit exotique certes, mais surtout un floral opulent et miellé) sur une base un peu verte, un peu acide mais pas d'une façon déplaisante. La liqueur est très pure et la texture enrobante est une sensation à elle toute seule. Je regrette de ne pas l'avoir dégusté plus tôt. 

Je crois que dans sa jeunesse il m'aurait évoqué l'automne, et au nez quand je l'ai choisi je sentais bien la chaleur des fruits mûrs. Mais son étiquette ("Light Fired") donne en fait la bonne impression. Ses parfums typés me rappellent le Dong Ding de M. Nen Yu. C'est parfait pour aujourd'hui. 

Mes envies de printemps s'accordent au ciel bleu et à la température clémente (toute relative : il fera -3 C au plus chaud de la journée). Je crois que c'est la première fois que je saisis vraiment l'intérêt de célébrer Imbolc, "les prémisses du printemps" en cercles païens, au mois de février. Montréal est sur la même latitude que Bordeaux mais on ne pourrait pas le dire. Mon expérience me dit que les masses de neige accumulée mettront encore deux mois à fondre, et on est à risque d'une tempête jusqu'au début mai. 

Et pourtant, la nature s'éveille. Les plantes sont encore en dormance mais les jours allongent à une vitesse folle, les animaux sont actifs, et puis il y a quelque chose dans l'air. Un frémissement, une fébrilité joyeuse qui, faute d'exutoire, peut rapidement devenir de l'impatience. Le froid va être difficile à supporter ces prochaines semaines, avec toutes ces promesses de printemps.

Ça sera bientôt le temps des sucres sinon, j'ai bien hâte de voir ce que donneront les récoltes cette année. Est-ce que "l'hiver d'antan" que l'on vient d'avoir prédit aussi un "printemps d'antan"? Il est encore un peu tôt pour le dire, mais j'imagine que les gens qui ont des érablières ont les doigts croisés et les fesses serrées. Le changement climatique a beaucoup affecté les producteurs d'érable ces dernières années. Une petite accalmie dans la montée des prix ne ferait de mal à personne.

Longévité incroyable sur ce thé au passage. L'aspect vert acide s'est complètement résorbé, j'ai maintenant de jolies tasses de jus de fruit. Les parfums se perçoivent encore plus aisément qu'au début, c'est comme si toutes les saveurs parasites se sont évaporées pour ne plus laisser que le sucre et le fruit. Et la texture est encore plus épaisse, enveloppante, souple. Superbe. 

Une petite montée de chaleur me fait mettre cette dégustation en pause, c'est trop d'énergie là, mais sans aucun doute je la poursuivrai plus lentement tout l'après-midi. Un énorme merci, David (ou si ça ne venait pas de toi, merci à la personne qui me l'a gentiment offert). 


jeudi 23 octobre 2025

Au ralenti | 2005, Li Shan Tie Guan Yin, Tea Urchin

 

Journée frigorifiante aujourd'hui. L'humidité est plus gênante que la température, mais il y a une lourdeur dans l'atmosphère qui me donne un fond de migraine. J'ai l'impression de tourner au ralenti. 

Pas d'envie de thé particulière ce matin. Le besoin de me sentir réchauffé de l'intérieur me fait quand même lancer la bouilloire en fin d'avant-midi. Quelques grammes de ce Li Shan 2005 dans une minuscule théière devrait faire l'affaire. 

Pendant que l'eau chauffe, j'ai le nez dans la tasse. Caramélisation profonde, laiteuse, sucrée. C'est vrai qu'il n'a pas son pareil, ce petit Li Shan. Après m'en être fait une première tasse, ça se confirme doublement. L'épaisseur de la liqueur me rappelle celle de la crème. 

Les écureuils continuent de s'affairer devant ma fenêtre, je crois que je vais leur récupérer des noix à coques.

J'avais oublié que ces billes produisaient une liqueur si claire, je m'attendais à une boisson aussi rouge que les feuilles. Est-ce que c'était déjà comme ça ou est-ce que je les infuse mal ? 

En relisant mon dernier billet, je m'étonne d'abord de les avoir préparées en terre duanni la dernière fois, puis je constate que si. La liqueur était déjà d'une clarté lumineuse, et les parfums caramélisés en fond de tasse y étaient aussi. J'ai l'impression d'être dans une confiserie. Ma coloc y trouve des saveurs de noix de coco. 

Cela dit ça fait trois jours que mes wulong sont en retrait, je crois que la température ne leur plaît pas. Il me semble vaguement que c'était quelque chose que j'avais déjà relevé par le passé, cette tendance aux thés de s'effacer pour quelques semaines vers la fin d'octobre, mais c'est très loin...

Enfin, je sens que ça va finir dans le gros yunomi en Grandpa Style tout ça, c'est dommage. Heureusement qu'il m'en reste encore pour deux ou trois dégustations.

Au moins le thé a accompli son oeuvre, j'ai bien chaud maintenant.

Et j'ai envie d'un puerh. 


mardi 1 mars 2016

2013 – Li Shan "cuit maison 12h", Li Shan, Taiwan, Camellia Sinensis


Informations et provenance : Très peu d'information malheureusement sur ce Li Shan acheté chez Camellia Sinensis et torréfié par la maison. On sait que c'est un Li Shan, on sait qu'il vient de Taiwan... et c'est tout.
Cependant, il existe un article très intéressant sur la torréfaction maison des wulongs (ceux que l'on n'a pas apprécié, ceux qui sont un peu passé ou tout simplement parce qu'on a envie d'essayer) sur le blog de la maison de thé -- le genre d'article qui donne envie d'essayer de s'y mettre soi-même...


Détails d'infusion : 5 gr. / 140 ml en ShuiPing de Cai Man Zu. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 30s. - 20s. - 45s. - 1m.30s. - suite au jugé. Total de 7 infusions.


Vue : De belles boules vert-bleuté de taille moyennes roulent dans la théière -- certaines d'entre elles sont étonnamment lourdes pour leur taille. C'est toujours un plaisir de les voir se déployer, mais ici c'est également une surprise : malgré la torréfaction, elles demeurent très vertes et pour la plupart intactes.
La liqueur est d'un jaune-vert limpide qui perd sa verdeur sur les dernières infusions. Très joli et plutôt inattendu d'un wulong torréfié.


Odeur : Placées dans la théière chaude, les billes qui dégageaient auparavant des parfums légers de lys se mettent à embaumer les fleurs et le caramel chaud. Les parfums sous le couvercle sont très fragrants, dans des notes florales surtout -- le lys toujours, les fleurs sauvages, avec quelque chose de mielleux et résineux en arrière-plan. La liqueur est très résineuse mais sans agresser les narines -- la seule déception demeure le fond de tasse dont l'odeur est très légère, à peine une touche de sucre et rien d'autre.


Goût : Dès la première infusion, les saveurs s'annoncent : la note prédominante est celle de l'abricot ! Passé cette première saveur, des pôles floraux, fruités, caramélisés et légèrement résineux se laissent découvrir en courants et reflux sur la langue.
La deuxième infusion est plus faible, probablement sous-infusée mais donnant tout de même un joli fruité caramélisé ainsi que des notes végétales et fraîches.
Les notes végétales deviennent plus prononcées au fil des infusions et une grande douceur s'installe. Malheureusement, au bout du compte cette douceur sera nuisible à l'endurance de ce Li Shan par ailleurs délicieux.


Texture : La liqueur est plutôt coulante, pas très épaisse mais tout de même bien présente en bouche. La permanence des saveurs est de longueur moyenne, correcte pour un wulong (surtout sur les premières infusions) mais j'ai déjà vu mieux.
Ce qui est plus décevant en revanche c'est l'effet sur le corps : très légère énergie suivie d'un très léger effet d'apaisement... et c'est tout. C'est dommage, car j'ai souvenir d'avoir goûté ce Li Shan en version fraîche au printemps de sa sortie, et là l'effet était très puissant ! Ça me pousse à dire que si la cuisson est agréable en bouche, elle n'est pas encore bien maîtrisée par les employés de Camellia Sinensis. Mais bon, ils ont encore bien le temps de s'améliorer... et se sont d'ailleurs bien améliorés depuis 2013 ! ^^


Couleurs : C'est une image en deux plans. Au-devant, on voit des éclats de bleu, de jaune et de vert composées de pointes et de plages plus douces. Au second plan, ce sont des flammes rouges sur fond noir, des cercles concentriques orangés, des gouttes de lumière tamisée.

lundi 9 décembre 2013

2013 – "High Mountain Spirit" Lot 230, Mr. Gao, Lishan, Taichung, Taiwan, Taiwan Tea Crafts


Informations et provenance : Il y a presque six mois, Philippe (blog Addicttea) s'était offert une infusion de ce thé pour son anniversaire. J'ai mis un moment avant de me décider à le goûter -- ça fait bien un mois et demi qu'il prend l'air dans mes tablettes...
C'est le joli post informatif de Philip Brook (Taiwan Tea Crafts) qui m'a décidé. Après tout, comment ne pas déjà aimer son créateur avec un tel lot d'informations, une telle authenticité dans cette façon de narrer le contact entre deux hommes de thé ! Et une fois que l'on apprécie le créateur, comment ne pas avoir envie de découvrir la création...
Pour l'instant, ce Li Shan est toujours disponible, mais qui sait pour combien de temps ? Et si quelqu'un d'autre que Philippe a goûté et apprécié ce thé, faites-vous connaître en commentaire...


Détails d'infusion : 5 gr. / 150 ml en gaiwan de porcelaine. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 20s. - 45s. - 1m.30s. - 2m.30. - 4m. - suite au jugé. Total de 9 infusions.


Vue : Les feuilles roulées en toutes petites boules sont d'un vert vibrant -- de petites tiges forment parfois des taches jaune clair qui contrastent avec la couleur des feuilles. Mouillé, le tout prend une teinte vraiment particulière, le vert des feuilles d'été encore sur l'arbre ! Rien à voir avec l'olivâtre pâlot qu'on retrouve beaucoup plus souvent, ces feuilles-là sont bien vivantes.
La liqueur est d'un jaune très clair, presque blanc, même lorsque les infusions sont plutôt poussées -- dans la lumière du jour, j'imagine qu'on pourrait aisément s'y tromper.


Odeur : Les feuilles sèches sont particulièrement fragrantes -- c'est très floral, ça rappelle le parfum des inspirations d'air pur qu'on prend en montagne. Dans le gaiwan pré-chauffé, ça devient plus rond et fruité, avec une petite touche difficile à décrire... est-ce du pin, de la résine ? Peut-être bien...
Le parfum sous le couvercle est limpide (!) et laiteux, caramélisé mais toujours floral, complexe et changeant, avec une pointe d'acidité végétale que l'on retrouve dans les feuilles mouillées et dans la liqueur. Un seul mot me vient en tête pour décrire les odeurs : pur !


Goût : Fraîches saveurs de pin, une pointe de résine, et des fleurs... étonnant mélange ! Contrairement à l'odeur, c'est plutôt astringent, on perçoit peu le côté floral qui ressort essentiellement en rétro-olfaction -- par contre si l'on a des fleurs, ce ne sont pas les jolis machins que l'on cueille pour faire agrémenter la table. C'est le parfum fort de la lavande, quelque chose de presque médicinal et sauvage -- une saveur qui, accompagné de cet arôme de résine de pin, correspond tout à fait au nom "High Mountain Spirit" de ce thé. Une finale très légèrement sucrée apparaît sur les dernières infusions... une petite douceur qui vient caresser la langue.


Texture : Au début, c'est très limpide, on a l'impression de boire de l'eau -- mais la gorgée n'est pas encore avalée qu'un filin huileux tapisse l'ensemble de la bouche et de la gorge. La rétro-olfaction est particulièrement longue, une inspiration fait apparaître des parfums, une expiration en laisse découvrir d'autres. C'est vraiment un thé d'exception... pas étonnant que Philippe l'aimait tellement !
Côté Qi, ce thé énergise beaucoup -- j'aurais probablement dû éviter la dégustation du milieu de la nuit... C'est un thé à boire en fin de matinée, je dirais, au moment où les papilles sont assez éveillées pour percevoir toute la complexité des saveurs, avant le repas de midi qui léthargise, au moment où le soleil brille encore haut dans le ciel et qu'un petit regain d'énergie suffit à mettre un sourire aux lèvres pour le reste de la journée.

 

Couleurs : C'est très "eau et vent" -- des vagues vertes, des mouvements erratiques bleu et turquoise, l'impression générale de se tenir sur une falaise au-dessus de la mer, avec des petits éclats blanc-jaune qui montent et descendent, imitant l'écume, les embruns de la mer. Les mouvements ont chacun leur propre rythme et, bien qu'ils puissent paraître légèrement chaotique, l'ensemble semble géré malgré tout par une sorte de dénominateur commun à la frontière de la conscience -- "tout colle" finalement, comme les courants marins, les marées et les coups de vents s'associent pour créer l'océan.

samedi 23 novembre 2013

2005 – Li Shan Tie Guan Yin, Li Shan Diao Qiao Tou, Taiwan, Tea Urchin


Informations et provenance : Il s'agit ici d'un des six échantillons du pack "OSV 1 : Tea Urchin" du Forum des Amateurs de Thé. Possédant sa fiche individuelle chez ce vendeur, on y apprend (entre autres informations) qu'il s'agit d'un thé d'hiver, récolté en 2005 et ayant été soumis à un long flétrissage avant de passer au fil des années par neuf torréfactions traditionnelles successives avant d'être offert à la vente. Merci aux admins qui ont organisé cet événement !


Détails d'infusion : 5 gr. / 150 ml en XiShi DuanNi et yunomi de David Rose. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 25s. - 35s. - pause pour la nuit. Reprise : 40s. - 60s. - 90s. - suite au jugé. Total de 9 infusions.


Vue : De jolies boules bien compactes aux teintes brun clair entremêlés de reflets vert et rouge... et comme mentionné sur la page de Tea Urchin, c'est vrai qu'elles font une sorte de "ping" aigu en tombant dans la théière ! En se déployant, beaucoup d'entre elles demeurent sombres, à demi-recroquevillées -- l'effet de la torréfaction, je suppose. La liqueur passe du jaune clair à l'orangé profond, et surprise au matin ! Un épais cercle d'écume blanche lors du rinçage pré-réinfusion, alors que la veille il n'y avait rien.


Odeur : Les feuilles sèches dans leur sachet ont un parfum boisé/torréfié qui a des accents de mélasse et de réglisse. Dans la théière chauffée, elles dégagent des odeurs de bois de santal -- un parfum que je n'apprécie pas normalement, mais qui ici passe étonnamment bien. Je retrouve dans les feuilles humides un fort parfum de miel de sarrasin plutôt corsé, et la liqueur dégage elle aussi des effluves puissants, beaucoup plus frais en revanche... végétaux, presque floraux. Le fond de la tasse conserve des parfums de miel et de sucre très longtemps après que la liqueur ait été épuisée et le couvercle, lui, retient plutôt les notes boisées.


Goût : La première gorgée est intense en saveurs mêlées de boisé et de fruité -- j'y trouve du miel et de la réglisse, quelque chose qui me rappelle vaguement la sève de bouleau (résineux avec une pointe mentholée fraîche en fin de gorgée), et bien sûr le bois de santal qui est toujours bien présent dans les notes de torréfaction. Les infusions subséquentes balancent le boisé, le fruit mûr miellé et les notes réglissées, le tout laissant parfois apparaître des notes minérales qui rappellent bien qu'il s'agit d'un Tie Guan Yin originaire de haute montagne.


Texture : La texture est irréprochable -- fluide avec peu d'aspérité, mais une grande présence en bouche et une bonne longueur. L'effet sur le corps est cependant ce qui m'impressionne le plus -- peut-être est-ce le fait que j'étais déjà très fatiguée, mais quelques gorgées de la première infusion seulement et j'ai les yeux qui se ferment tout seuls !


Couleurs : Violet, brun, couleurs sombres... c'est flou et très difficile à identifier, peut-être à cause de la fatigue ? L'ensemble n'est pas très clair...