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jeudi 12 février 2026

Imbolc, ou à peu près | 2015, Mi Xiang Li Shan "Light Fired", Hojo Tea

Hier, un de mes écureuils s'est présenté à la fenêtre le nez ensanglanté, des marques de griffes sur l'épaule et une grosse touffe de poils arrachée. Il avait l'air un peu hagard, le pauvre petit. Ça lui a pris trois noix avant de perdre son air de somnambule et de retrouver sa mine familière. On voyait bien qu'il souffrait quelque part, mais ses pattes semblaient toutes bien fonctionner donc j'espère que c'était simplement des ecchymoses. C'est dur, la saison des amours.

J'ai failli ne pas faire de compte-rendu ce coup-ci, question de paresse mais aussi parce que je n'ai pas l'impression d'avoir grand-chose à dire. Beaucoup de train-train quotidien, quelques projets de cuisine auxquels je ne me suis pas encore mis, j'ai préparé de la bette à carde cette semaine tiens. C'est un légume feuille un peu sucré, assez sympathique avec ses couleurs variées, mais dont les saveurs se sont perdues dans le plat. Pas grave. Je ferai mieux la prochaine fois. 

Bref, beaucoup de survol et la difficulté de me poser. Il y a des périodes comme ça je suppose. 

Le Mi Xiang Li Shan que j'ai pigé dans ma pile d'échantillons n'est plus disponible à la vente depuis longtemps. Je crois qu'il vient de David, mais je n'en suis même pas sûr puisqu'il était rangé à part. Heureusement le FAT vient à ma rescousse avec quelques informations, ici en photo par Sébastien, des compte-rendus par Melawach et Julien (avec Blossom à la suite) qui l'avaient dégusté ensemble, et un commentaire de Blossom dans lequel on peut lire la description originale chez Hojo-san : 

Mi Xiang means muscatel or honey flavor in direct translation. This tea was made only from the leaf attacked by green fly. It gives extremely sweet flavor. Some people think its flavor is more like ripe mango.

Intéressant. 

Dans la tasse ce n'est pas le sucre qui domine cela dit. J'ai plutôt l'impression de boire un croisement entre un roulé taiwanais de haute altitude et un Dancong chinois, avec des parfums extraordinaires (du fruit exotique certes, mais surtout un floral opulent et miellé) sur une base un peu verte, un peu acide mais pas d'une façon déplaisante. La liqueur est très pure et la texture enrobante est une sensation à elle toute seule. Je regrette de ne pas l'avoir dégusté plus tôt. 

Je crois que dans sa jeunesse il m'aurait évoqué l'automne, et au nez quand je l'ai choisi je sentais bien la chaleur des fruits mûrs. Mais son étiquette ("Light Fired") donne en fait la bonne impression. Ses parfums typés me rappellent le Dong Ding de M. Nen Yu. C'est parfait pour aujourd'hui. 

Mes envies de printemps s'accordent au ciel bleu et à la température clémente (toute relative : il fera -3 C au plus chaud de la journée). Je crois que c'est la première fois que je saisis vraiment l'intérêt de célébrer Imbolc, "les prémisses du printemps" en cercles païens, au mois de février. Montréal est sur la même latitude que Bordeaux mais on ne pourrait pas le dire. Mon expérience me dit que les masses de neige accumulée mettront encore deux mois à fondre, et on est à risque d'une tempête jusqu'au début mai. 

Et pourtant, la nature s'éveille. Les plantes sont encore en dormance mais les jours allongent à une vitesse folle, les animaux sont actifs, et puis il y a quelque chose dans l'air. Un frémissement, une fébrilité joyeuse qui, faute d'exutoire, peut rapidement devenir de l'impatience. Le froid va être difficile à supporter ces prochaines semaines, avec toutes ces promesses de printemps.

Ça sera bientôt le temps des sucres sinon, j'ai bien hâte de voir ce que donneront les récoltes cette année. Est-ce que "l'hiver d'antan" que l'on vient d'avoir prédit aussi un "printemps d'antan"? Il est encore un peu tôt pour le dire, mais j'imagine que les gens qui ont des érablières ont les doigts croisés et les fesses serrées. Le changement climatique a beaucoup affecté les producteurs d'érable ces dernières années. Une petite accalmie dans la montée des prix ne ferait de mal à personne.

Longévité incroyable sur ce thé au passage. L'aspect vert acide s'est complètement résorbé, j'ai maintenant de jolies tasses de jus de fruit. Les parfums se perçoivent encore plus aisément qu'au début, c'est comme si toutes les saveurs parasites se sont évaporées pour ne plus laisser que le sucre et le fruit. Et la texture est encore plus épaisse, enveloppante, souple. Superbe. 

Une petite montée de chaleur me fait mettre cette dégustation en pause, c'est trop d'énergie là, mais sans aucun doute je la poursuivrai plus lentement tout l'après-midi. Un énorme merci, David (ou si ça ne venait pas de toi, merci à la personne qui me l'a gentiment offert). 


mardi 5 avril 2016

2010 – Oriental Beauty, Hsinchu, Taiwan, Hojo Tea

Dégustation du 5 avril 2016


Informations et provenance : À l'origine un thé de Hojo Tea, qui en a parlé ici, c'est un échantillon gentiment offert par Sébastien du blog Vacuithé et aussi du Forum des Amateurs de Thé, dont il est l'un des trois administrateurs. 


Détails d'infusion : 5.1 gr. / 120 ml en Gaiwan "Lotus". Eau filtrée Brita, maintenue à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 15s. - 15s. - 25s. - 40s. - 60s. - 90s. - suite au jugé. Total de 8 infusions.


Vue : Les feuilles sont magnifiques, y'a pas à dire, d'ailleurs on le voit bien sur la photo. Jolie liqueur orange bien saturé, c'est vif et éclatant, et les parfums suivent. 


Odeur : Le muscat est très présent, c'est profond et boisé, très très parfumé, probablement l'un des meilleurs OB qui soit passé dans mon gaiwan. Un concentré de miel d'automne, des fruits rouges, des raisins bleus, de la cardamome, cannelle, poivre rose... un pur délice, et un fond de tasse léger, presque floral. 


Goût : La première infusion est légère et mielleuse, avec une pointe d'acidité végétale qui développe encore davantage le miel. Ça donne un peu une impression de muscat alcoolisé à vrai dire, ces saveurs qui se développent d'une façon encore plus présente sur les trois infusions suivantes. Des fruits rouges acides, groseille ou sureau, apparaissent par la suite mais se mêlent harmonieusement avec le miel. Le thé évolue doucement et s'estompe en laissant derrière lui des parfums qui sont bien présents jusqu'à la toute fin de la dégustation. Vraiment la crème de la crème. Merci encore Sébastien. 


Texture : Ça laisse du miel boisé et une sensation de chaleur en gorge, c'est plutôt surprenant. La sensation miellée se décuple au fil des infusions, j'ai du mal à me concentrer sur la texture qui est plutôt fine et lisse, sans grande épaisseur. Mais quel cha qi ! Dynamisant et relaxant à la fois. 


Couleurs : Les trois couleurs que je retrouve presque toujours sur mes Oriental Beauty sont bien présentes, jaune doré, rouge vif, et bleu clair en touches transparentes posées délicatement les unes par-dessus les autres. Les motifs me renvoient une impression de puissance tranquille, bien à l'image des parfums de ce thé.

mercredi 23 mars 2016

2015 – Wild Spring Buds (maocha), Da Xue Shan, Lincang, Yunnan, Chine, Hojo Tea

Dégustation du 23 mars 2016


Informations et provenance : Échantillon de Blossom du Forum des Amateurs de Thé, à l'origine de chez Hojo Tea. C'est la deuxième édition de ce thé dont la version 2014 a fait fureur chez les copains buveurs de thé. Hojo Akira-san a écrit un article à son sujet là


Détails d'infusion : 5 gr. / 90 ml en Gaiwan "Poissons". Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 5s. - 10s. -15s. - 25s. - 35s. - 45s. - 60s. - 90s. - 2m. - 3m. - 5m. - suite au jugé. Total de 15 infusions.


Vue : Sans blague, ces bourgeons sont magnifiques. Il y en a de toutes les couleurs, vert, rouge, rose, brun clair, certains on des pointes violettes, d'autres sont jaunes, ça foisonne si bien qu'on ne sait plus où regarder. La liqueur est si pâle et cristalline qu'en photos on pourrait croire que c'est de l'eau. La méprise est impossible si on l'a devant soi cela dit, car... 


Odeur : ... c'est une bombe de parfums absolue. Un peu en retrait comparée au cru 2014 peut-être, mais c'est vraiment un détail minime, et ça pourrait être dû au souvenir impérissable que m'a laissé cette première dégustation. 

C'est fruité, sur la pêche ou nectarine citronnée, avec le sucré de fruits exotiques, la papaye, l'ananas même, et une petite pointe fumée qui soutient l'ensemble. L'ensemble est très, très pur. C'est généralement vrai de tous les thés de Hojo-san, mais celui-ci particulièrement.


Goût : La première infusion n'était pas assez poussée, je la trouve un peu fade, comme de l'eau de fruits. La deuxième est bien meilleure. Toujours cette pêche mûre et cette papaye arrosés d'un peu de citron que je retrouvais au nez, c'est exotique, sucré, acidulé, presque un jus de fruits. 

Ce sont des bourgeons de théiers sauvages (variété Ye Sheng), du coup c'est un peu moins complexe qu'un blend... c'est très single note. Ça évolue peu au cours des infusions, cependant c'est tellement rafraîchissant et pur que je ne m'en tanne pas. Ça se boit vraiment tout seul. 


Texture : J'ai un picotement sur la langue si marqué que ça me rappelle les kiwis, auxquels je suis allergique. Je n'ai aucun autre symptôme d'allergie en buvant ce thé, mais l'effet en bouche est si fort qu'on pourrait s'y méprendre. La liqueur est d'une épaisseur ! C'est à quelques degrés seulement d'une texture de gelée ou confiture, et vraiment j'exagère à peine. 

Ça s'arrête ici sinon, par la quatrième infusion j'étais si teadrunk que j'ai oublié de noter mes impressions. Ce qui est plutôt bon signe ! 

Merci Blossom de m'avoir donné la chance de goûter cette édition 2015, c'est un thé superbe.

Ces couleurs, wouah ! 

Couleurs : Un fouillis de couleurs à l'image des bourgeons, du rouge-rose et de l'orangé-vert en voiles superposés les uns par-dessus les autres, avec des filaments jaune vif légers serpentant par-dessus.

mercredi 16 mars 2016

2013 – Gu Shu Yinzhen, Yunnan, Chine, Hojo Tea

Dégustation du 16 mars 2016


Informations et provenance : Échantillon de David du blog La Voie du Thé, mais également du Forum des Amateurs de Thé dont il est l'un des admins (et où on le trouve beaucoup plus souvent ces temps-ci d'ailleurs). 

Il s'agit d'un thé blanc du Yunnan fait de feuilles de théiers anciens, collecté et vendu par Hojo Akira de la boutique Hojo Tea, qui a écrit tout un article à son sujet ici. Hojo-san est reconnu pour la grande qualité de ses thés et un profil gustatif très particulier, fin et inhabituel dans le monde du thé arrache-bourrin que je fréquente plus régulièrement, donc j'admets que j'attends beaucoup de cette dégustation. 


Détails d'infusion : 5.2 gr. / 125 ml en Gaiwan Lotus. Eau filtrée Brita, maintenue entre 75 et 90°C en Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 1m. - 1m. - 2m. - 3m. - 4m. - 5m. - suite au jugé. Total de 8 infusions.


Vue : Comme tous les thés de Hojo-san, les feuilles sont absolument magnifiques. Longues, droites et duveteuses, certaines d'entre elles reluisantes d'huiles essentielles, le plaisir sensoriel commence avec les yeux. La liqueur est d'une clarté exceptionnelle, pâle sur la première infusion, légèrement trouble sur la deuxième, et d'un orangé désaturé particulièrement translucide par la suite. Les feuilles mouillées révèlent un peu de hachis auquel je ne m'attendais pas, mais qui n'a pas affecté la pureté de la dégustation (c'est bien pour ça que c'était une surprise de les voir). 


Odeur : L'un des aspects que j'apprécie le plus en dégustation, et ces feuilles m'en mettent vraiment plein le nez. Les parfums sont légers et sucrés, me rappellent le nougat sans la lourdeur. Ça part sur la fleur d'oranger, le miel, et le zeste d'orange confit dans la théière chaude, avec un floral lourd et riche qui s'impose dès les feuilles mouillées. Lys, glycine peut-être ? Et l'eau de fleur d'oranger bien sûr. Le nougat revient en force sur les dernières infusions, et le fond de tasse me rappelle le nectar et les biscuits secs pour le thé. C'est très rond, très fin, pile poil la signature des thés de Hojo-san.


Goût : Saveurs très légères malgré la première longue infusion, comme si les feuilles avaient un peu de mal à se réveiller. Mais puisque l'ampleur de ce thé se dévoile surtout par ses textures, ça ne m'a pas dérangé. C'est végétal et floral, peut-être de l'eucalyptus ? Avec une pointe d'amertume qui révèle son cultivar et me rappelle le jeune sheng, et un effet rafraîchissant assez prononcé en fin de gorgée. 

Les infusions suivantes sont plus présentes en bouche, j'y retrouve essentiellement ce qu'il y avait au nez. Nectar de fleur sucré, zeste d'orange confit, quelque chose qui me rappelle le nougat. C'est doux, floral, léger, très rond, et vraiment très très bon. Ce n'est pas difficile de comprendre pourquoi David parle des thés de Hojo-san avec tant de respect.


Texture : Une liqueur grasse et huileuse tout en demeurant légère en bouche, c'est un tour de force. C'est vraiment dans cette dimension que les feuilles s'expriment le mieux. Il y a une bonne persistance des saveurs, mais comme mentionné plus tôt la force de ce thé se trouve dans sa texture exceptionnelle et ses effets sur le corps, cette clarté mentale et cette chaleur reposante qui accompagne ma dégustation. Merci beaucoup David, c'était toute une expérience.


Couleurs : La douceur et la rondeur au rendez-vous ! Une luminosité enveloppante allant du vert pâle à l'orangé crémeux, avec des mouvements qui rappellent les caresses d'une personne aimée. 

jeudi 10 mars 2016

2004 – Song Zhong Zhi Lan Xiang Phoenix Oolong, Wu Dong Shan, Feng Huang, Guangdong, Chine, Hojo Tea

Dégustation du 10 mars 2016

Informations et provenance : Ce Zhi Lan Xiang ("parfum d'orchidée") est un échantillon de Manuela (du blog Tanuki-san) qui provenait à l'origine de chez Hojo Tea. Manuela l'a très bien résumé sur la page qui le concerne (avec un joli compte-rendu en prime), je lui laisse donc la parole.
Au jour où j'écris ce billet il est encore en vente, mais pour combien de temps ?
De façon plus personnelle, c'est un thé qui m'impressionnait beaucoup et que j'ai mis du temps avant de me décider à le boire, sachant que c'était l'un de ceux que Philippe (Addictea) aimait beaucoup -- je voulais m'assurer de l'apprécier "à sa juste valeur". Au final, il a été bu sans cérémonial mais en compagnie virtuelle de gens que j'apprécie, ce qui en a fait un thé de l'amitié.
Du coup c'était parfait.


Détails d'infusion : 5.7 gr. / 140 ml en LiXin ZiSha et tasse Nakao Tetsuaki. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 15s. - 10s. - 20s. - 30s. - 40s. - 50s. - 1m. - 1m.20s.  - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : Les feuilles torsadées sont plutôt fines, de couleur rouge vin -- pas le rouge grenat d'un bourgogne mais plutôt le rouge sombre et riche d'un bordeaux, parsemé d'éclats clairs d'une teinte qui me rappelle la chair de la pêche. Mouillées, elles redeviennent d'un vert kaki, mais leurs extrémités conservent une teinte rougeâtre qui indique une oxydation poussée.
La liqueur est d'un orangé clair tirant sur le pêche rosé, avec un peu d'écume flottant à la surface des deux premières infusions. C'est très pâle pour un thé de plus de 10 ans.


Odeur : Les feuilles sèches, à peine sorties de leur petit sachet, ont un parfum prononcé de framboises et de mûres fraîches -- parfum qui se transforme lentement au contact de l'air pour bifurquer vers la compote de fruits rouges et le miel. Dans la théière préchauffée, cette tendance s'inverse -- d'abord le miel, ensuite la compote de cerises, ensuite les framboises fraîches, les pêches blanches, les fruits d'été. C'est riche et capiteux, ça donne faim de soleil.
Sous le couvercle la tendance se maintient, on reste sur des odeurs de pêches douces et de nectarines, parfums que l'on retrouve mêlés de gardénia et de cassonade dans le fond de tasse. La liqueur elle-même, enfin, a des effluves fruités, fleuris et vanillés.


Goût : La première infusion donne de prime abord une légère saveur de torréfaction acide, laquelle tombe très rapidement sur le fruit -- pêches, nectarines, cantaloup mûre. Une belle rétro-olfaction florale rend des arômes de gardénia et de glycérine après avoir avalé.
La deuxième infusion est très différente -- là où il y avait beaucoup de fruit dans la précédente, celle-ci est plutôt sur le miel et les fleurs. Une petite pointe de torréfaction toujours présente porte les saveurs et les aide à s'ancrer en bouche.
Par la suite c'est plus doux, une certaine amertume se mêle des saveurs confuses à mi-chemin entre le fruit et les fleurs -- et puis une nette saveur de poivre s'installe en bouche ! C'est vraiment surprenant, quelque chose qui prend la bouche d'un coup au bout de deux ou trois gorgées. Les infusions subséquentes, en plus des saveurs déjà mentionnées, laissent apparaître de la vanille et une belle diversité d'épices alternant entre la cardamome et les feuilles d'origan.
C'est rare pour moi de trouver une telle complexité au-delà de la quatrième infusion -- souvent les surprises s'arrêtent après la troisième, on reste sur les mêmes pôles qui sont plus ou moins marqués selon l'infusion... pas celui-ci. C'est vraiment un beau thé.


Texture : La première gorgée est une surprise -- une certaine amertume (ou acidité ? difficile de juger...) s'étale dans la bouche. La sensation est très marquée au centre de la langue, mais peu aux extrémités et elle semble s'évaporer comme de la brume. C'est très bizarre comme sensation.
La deuxième infusion quand à elle a brusquement une texture d'huile de tournesol. Elle amène avec elle un certain engourdissement de la gorge, puis par la suite un picotement au bout de la langue lorsque les saveurs de poivre s'installent. Avec tous ces jeux en bouche, la persistance des saveurs est plutôt longue, ce qui est vraiment agréable.
Autre chose -- l'énergie de ce thé est très nette dès la première infusion. Dès le début, j'ai une sensation de flottement dans l'estomac et je me sens la tête un peu légère -- des sensations qui annoncent habituellement un effet "teadrunk". La deuxième infusion amène à ces sensations une chaleur dans l'estomac. Malheureusement, les interruptions répétées de mon chat malade ont empêché ces sensations de se concrétiser et les promesses d'être teadrunk n'ont pas été tenues.
Les infusions 4-5-6 se sont enchaînées plutôt rapidement, du coup l'astringence qui s'est développée à ce moment a fait légèrement réagir mon estomac. Rien qui ne soit guérissable par le fait de manger quelque chose cela dit, et les infusions reprennent de plus belle ensuite. La sixième infusion a d'ailleurs ramené des sensations de tête légère et une chaleur dans le ventre. Dommage que l'échantillon soit terminé, je ne dirais pas non à m'en refaire une dose pour voir... ^^


Couleurs : C'est très lumineux pour un dancong ! Des éclats de jaune-orange vif et de bleu sprintent d'un côté à l'autre sur un fond blanc et jaune clair. C'est une image qui donne l'impression d'être vue de haut plutôt que d'être vue de face -- pas quelque chose de courant et, dans ce cas-ci, tous ces mouvements rapides me donnent un peu le vertige.

mardi 8 mars 2016

2015 – Ma An Shan « Gong Fu Puerh » (maocha), Zhenkan, Lincang, Hojo Tea

Dégustation du 8 mars 2016

Informations et provenance : Cet échantillon de Marcelline, qu'elle a récupéré via une commande groupée chez Hojo Tea sur le Forum des Amateurs de Thé, est ce qu'on appelle communément un OVNI -- Objet Végétal Non-Identifié (copyright Sébastien). À en croire Hojo Akira-san, il s'agit d'un thé en provenance de Ma An Shan qui est une montagne reculée du Lincang à la frontière ouest de Myanmar, fait de feuilles de puerh traitées à la façon d'un dancong (pour ceux qui lisent l'anglais, plus d'infos ici).
Puisque ce thé a fait l'objet d'une commande groupée sur le Forum des Amateurs de Thé, on y retrouve de nombreux retours dans le topic concerné.
On peut également lire un compte-rendu de Sébastien à ce lien sur son blog Vacuithé.
Et si quelqu'un d'autre a fait un compte-rendu quelque part, vous connaissez la procédure -- un p'tit commentaire avec le lien et je l'ajoute à ce post.


Détails d'infusion : 5 gr. / 140 ml en DuoQio Zhuni et tasse Julie Lavoie. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - 40s. - 50s. - 70s. - 90s. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : Le maocha est composé de belles feuilles sombres et effilées, de pas mal de tiges et de quelques feuilles jaune. La liqueur, d'un ambré qui rappelle la teinte particulière du rhum brun vieilli, est limpide, aussi claire que de l'eau de roche (l'eau de roche fut-elle ambrée ^^). Une fois la dégustation terminée, j'en ai profité pour examiner les feuilles mouillées -- bien m'en a pris, comme vous pourrez le constater dans la dernière photos. Passant du rouge au vert dans un dégradé naturel, bien épaisses et pour la plupart entières, elles sont magnifiques.


Odeur : Les feuilles sèches ont un parfum envoûtant, frais et légèrement résineux mêlé d'un fruité très puissant  qui me rappelle les fruits exotiques. Hojo-san parle de mangue... moi j'y perçois aussi de l'ananas frais.
Dans la théière humide, c'est tout autre chose qui ressort -- quelque chose de "rouge", de légumier, de tannique. C'est vraiment étrange, j'ai l'impression d'avoir dans le nez les odeurs de mon sauté de légumes et de tofu à la sauce général tao ! o.O Il y a bien un léger fruité quelque part sous ce parfum de légumes, mais il est impossible à identifier.
Les feuilles humides et les parfums sous le couvercle sont sur les mêmes pôles de légumes, avec peut-être une emphase sur la châtaigne d'eau (toujours dans cette sauce général tao -- j'ai des sautés de légumes fancy ^^). La liqueur, elle, a un parfum qui me rappelle le Ceylan Uva Adawatte 2011 de Camellia Sinensis -- pour ceux qui n'ont pas la référence à la maison, c'est un parfum très tannique de fruits rouges secs et d'une pointe mentholée.
Finalement, un beau musc se dévoile dans le fond de tasse et se mêle à la dernière gorgée, c'est léger et finement sucré. J'aime.


Goût : La première infusion me fait penser à un darjeeling -- elle en a l'astringence et une légère amertume tannique. En fait ça me fait vraiment penser à un thé rouge ! Je n'y retrouve pas du tout le dancong mentionné par Hojo-san (ou par certains comptes-rendus). Bon, j'ai aussi toujours ces légumes sautés en sauce au nez, c'est presque une manie. ^^ En refroidissant, l'amertume se précise et porte des saveurs étranges à mi-chemin entre résine et fruité.
La deuxième infusion est plus ronde et harmonieuse, comme le sont beaucoup de deuxièmes infusions d'ailleurs. De fins tanins dévoilent des saveurs de fruits qui m'évoquent les cerises amères sauvages dont mon arrière grand-père faisait du vin. Il y a une saveur sucrée éphémère qui me rappelle la pêche, mais elle fuit trop rapidement pour que j'en sois sûr -- d'ailleurs je commence à me dire que je n'ai peut-être pas assez de références gustatives pour décrire ce thé. Une fois refroidie, l'infusion a des saveurs végétales de sève et de quelque chose qui me rappelle un peu le romarin.

Les infusions suivantes sont déjà plus douces, moins précises dans leurs saveurs et un peu plus sucrées aussi. Seb a raison, ça ressemble de plus en plus à un thé rouge, plus précisément au Ceylan mentionné plus haut -- et comme avec un thé rouge, il faut pousser les infusions un peu plus rapidement qu'un puerh pour avoir de la substance.
Je ne suis pas déçu de cette dégustation, elle était plutôt intéressante et le thé est bon -- mais c'est vrai que c'est assez différent de ce qu'on peut s'attendre en lisant "puerh façonné comme un dancong".


Texture : La liqueur est aqueuse mais lisse, sans aspérités. De légers picotements agréables traversent la bouche et la gorge à son passage, suivi d'une belle rétro-olfaction qui du coup donne une grande longueur en bouche -- sur les premières infusions du moins, car ça s'atténue assez vite. En refroidissant, les tanins attaquent un peu l'oesophage, ça gratte -- mais pas assez pour que ce soit un problème et je n'exclus pas une sensibilité résiduelle après le désastre d'il y a deux jours.

Côté effet sur le corps, c'est le néant... jusqu'à la sixième infusion où paf, en l'espace de deux gorgées je suis brusquement teadrunk. o.O Tête légère, envie de rigoler pour un rien, bonne humeur générale... j'ai été complètement pris par surprise et franchement, c'était plutôt agréable.


Couleurs : Des couleurs sombres essentiellement -- ça se décline en pétales rouges, violets et bleus sur un fond noir, avec un point focal de lumière blanche décentrée qui semble venir de nulle part. Il y a quelque chose de très semblable à ce que je voyais sur ce wulong de Teamasters -- quelque chose dans l'ambiance, dans les couleurs, dans l'impression générale. Pourtant ce sont deux thés complètement différents au niveau gustatif et au niveau effet sur le corps... Je ne saurais l'expliquer, mais voilà.