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jeudi 12 février 2026

Imbolc, ou à peu près | 2015, Mi Xiang Li Shan "Light Fired", Hojo Tea

Hier, un de mes écureuils s'est présenté à la fenêtre le nez ensanglanté, des marques de griffes sur l'épaule et une grosse touffe de poils arrachée. Il avait l'air un peu hagard, le pauvre petit. Ça lui a pris trois noix avant de perdre son air de somnambule et de retrouver sa mine familière. On voyait bien qu'il souffrait quelque part, mais ses pattes semblaient toutes bien fonctionner donc j'espère que c'était simplement des ecchymoses. C'est dur, la saison des amours.

J'ai failli ne pas faire de compte-rendu ce coup-ci, question de paresse mais aussi parce que je n'ai pas l'impression d'avoir grand-chose à dire. Beaucoup de train-train quotidien, quelques projets de cuisine auxquels je ne me suis pas encore mis, j'ai préparé de la bette à carde cette semaine tiens. C'est un légume feuille un peu sucré, assez sympathique avec ses couleurs variées, mais dont les saveurs se sont perdues dans le plat. Pas grave. Je ferai mieux la prochaine fois. 

Bref, beaucoup de survol et la difficulté de me poser. Il y a des périodes comme ça je suppose. 

Le Mi Xiang Li Shan que j'ai pigé dans ma pile d'échantillons n'est plus disponible à la vente depuis longtemps. Je crois qu'il vient de David, mais je n'en suis même pas sûr puisqu'il était rangé à part. Heureusement le FAT vient à ma rescousse avec quelques informations, ici en photo par Sébastien, des compte-rendus par Melawach et Julien (avec Blossom à la suite) qui l'avaient dégusté ensemble, et un commentaire de Blossom dans lequel on peut lire la description originale chez Hojo-san : 

Mi Xiang means muscatel or honey flavor in direct translation. This tea was made only from the leaf attacked by green fly. It gives extremely sweet flavor. Some people think its flavor is more like ripe mango.

Intéressant. 

Dans la tasse ce n'est pas le sucre qui domine cela dit. J'ai plutôt l'impression de boire un croisement entre un roulé taiwanais de haute altitude et un Dancong chinois, avec des parfums extraordinaires (du fruit exotique certes, mais surtout un floral opulent et miellé) sur une base un peu verte, un peu acide mais pas d'une façon déplaisante. La liqueur est très pure et la texture enrobante est une sensation à elle toute seule. Je regrette de ne pas l'avoir dégusté plus tôt. 

Je crois que dans sa jeunesse il m'aurait évoqué l'automne, et au nez quand je l'ai choisi je sentais bien la chaleur des fruits mûrs. Mais son étiquette ("Light Fired") donne en fait la bonne impression. Ses parfums typés me rappellent le Dong Ding de M. Nen Yu. C'est parfait pour aujourd'hui. 

Mes envies de printemps s'accordent au ciel bleu et à la température clémente (toute relative : il fera -3 C au plus chaud de la journée). Je crois que c'est la première fois que je saisis vraiment l'intérêt de célébrer Imbolc, "les prémisses du printemps" en cercles païens, au mois de février. Montréal est sur la même latitude que Bordeaux mais on ne pourrait pas le dire. Mon expérience me dit que les masses de neige accumulée mettront encore deux mois à fondre, et on est à risque d'une tempête jusqu'au début mai. 

Et pourtant, la nature s'éveille. Les plantes sont encore en dormance mais les jours allongent à une vitesse folle, les animaux sont actifs, et puis il y a quelque chose dans l'air. Un frémissement, une fébrilité joyeuse qui, faute d'exutoire, peut rapidement devenir de l'impatience. Le froid va être difficile à supporter ces prochaines semaines, avec toutes ces promesses de printemps.

Ça sera bientôt le temps des sucres sinon, j'ai bien hâte de voir ce que donneront les récoltes cette année. Est-ce que "l'hiver d'antan" que l'on vient d'avoir prédit aussi un "printemps d'antan"? Il est encore un peu tôt pour le dire, mais j'imagine que les gens qui ont des érablières ont les doigts croisés et les fesses serrées. Le changement climatique a beaucoup affecté les producteurs d'érable ces dernières années. Une petite accalmie dans la montée des prix ne ferait de mal à personne.

Longévité incroyable sur ce thé au passage. L'aspect vert acide s'est complètement résorbé, j'ai maintenant de jolies tasses de jus de fruit. Les parfums se perçoivent encore plus aisément qu'au début, c'est comme si toutes les saveurs parasites se sont évaporées pour ne plus laisser que le sucre et le fruit. Et la texture est encore plus épaisse, enveloppante, souple. Superbe. 

Une petite montée de chaleur me fait mettre cette dégustation en pause, c'est trop d'énergie là, mais sans aucun doute je la poursuivrai plus lentement tout l'après-midi. Un énorme merci, David (ou si ça ne venait pas de toi, merci à la personne qui me l'a gentiment offert). 


mercredi 23 mars 2016

2015 – Wild Spring Buds (maocha), Da Xue Shan, Lincang, Yunnan, Chine, Hojo Tea

Dégustation du 23 mars 2016


Informations et provenance : Échantillon de Blossom du Forum des Amateurs de Thé, à l'origine de chez Hojo Tea. C'est la deuxième édition de ce thé dont la version 2014 a fait fureur chez les copains buveurs de thé. Hojo Akira-san a écrit un article à son sujet là. 


Détails d'infusion : 5 gr. / 90 ml en Gaiwan "Poissons". Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 5s. - 10s. -15s. - 25s. - 35s. - 45s. - 60s. - 90s. - 2m. - 3m. - 5m. - suite au jugé. Total de 15 infusions.


Vue : Sans blague, ces bourgeons sont magnifiques. Il y en a de toutes les couleurs, vert, rouge, rose, brun clair, certains on des pointes violettes, d'autres sont jaunes, ça foisonne si bien qu'on ne sait plus où regarder. La liqueur est si pâle et cristalline qu'en photos on pourrait croire que c'est de l'eau. La méprise est impossible si on l'a devant soi cela dit, car... 


Odeur : ... c'est une bombe de parfums absolue. Un peu en retrait comparée au cru 2014 peut-être, mais c'est vraiment un détail minime, et ça pourrait être dû au souvenir impérissable que m'a laissé cette première dégustation. 

C'est fruité, sur la pêche ou nectarine citronnée, avec le sucré de fruits exotiques, la papaye, l'ananas même, et une petite pointe fumée qui soutient l'ensemble. L'ensemble est très, très pur. C'est généralement vrai de tous les thés de Hojo-san, mais celui-ci particulièrement.


Goût : La première infusion n'était pas assez poussée, je la trouve un peu fade, comme de l'eau de fruits. La deuxième est bien meilleure. Toujours cette pêche mûre et cette papaye arrosés d'un peu de citron que je retrouvais au nez, c'est exotique, sucré, acidulé, presque un jus de fruits. 

Ce sont des bourgeons de théiers sauvages (variété Ye Sheng), du coup c'est un peu moins complexe qu'un blend... c'est très single note. Ça évolue peu au cours des infusions, cependant c'est tellement rafraîchissant et pur que je ne m'en tanne pas. Ça se boit vraiment tout seul. 


Texture : J'ai un picotement sur la langue si marqué que ça me rappelle les kiwis, auxquels je suis allergique. Je n'ai aucun autre symptôme d'allergie en buvant ce thé, mais l'effet en bouche est si fort qu'on pourrait s'y méprendre. La liqueur est d'une épaisseur ! C'est à quelques degrés seulement d'une texture de gelée ou confiture, et vraiment j'exagère à peine. 

Ça s'arrête ici sinon, par la quatrième infusion j'étais si teadrunk que j'ai oublié de noter mes impressions. Ce qui est plutôt bon signe ! 

Merci Blossom de m'avoir donné la chance de goûter cette édition 2015, c'est un thé superbe.

Ces couleurs, wouah ! 

Couleurs : Un fouillis de couleurs à l'image des bourgeons, du rouge-rose et de l'orangé-vert en voiles superposés les uns par-dessus les autres, avec des filaments jaune vif légers serpentant par-dessus.

jeudi 17 mars 2016

2015 – (mai) Futsumushi Sencha, cultivar Asatsuyu, Asamiya, Shigaraki, Shiga, Japon

Dégustation du 17 mars 2016
Une première dégustation peu détaillée se trouve là.


Informations et provenance : Merci à Niva du blog Humeurs d'un Paradoxe et aussi du Forum des Amateurs de Thé pour cet échantillon en provenance de chez Florent, qui tient la boutique Thés du Japon. Malheureusement l'échantillon n'est plus à la vente si bien que les informations détaillées ne sont plus disponibles, ne reste plus qu'à goûter.


Détails d'infusion : 3 gr. / 85 ml en Kyusu de Tokoname et tasse basse de Julie Lavoie. Eau filtrée Brita, maintenue entre 70 et 80°C en Yama Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 30s. - 15s. - 45s. - pause pour manger - 1m.30s. - 2m.45s. - 5m. - dernière au jugé. Total de 7 infusions.


Vue : De longue et fines aiguilles vert sombre, rien à voir avec le hachis de feuilles auquel je suis plus habitué avec les fukamushi qui passent plus souvent dans ma kyusu. La liqueur est très claire, limpide, et le demeure toute la dégustation. 


Odeur : Déroutant pour moi qui n'ai pas l'habitude des sencha futsu mais très gourmand ! Une odeur charcutière de saucisse bouillie domine sur des parfums épicés de biscuits au gingembre, pain d'épice, et autres pâtisseries du même type. Dans le fond de tasse j'y retrouve la pâte de fruits, compote de coings et de poire, c'est très sucré et fruité, rien à voir avec le reste de la dégustation. 


Goût : La première infusion est végétale et fruitée, par la suite se développe de l'amertume, des arômes légèrement fumés, et autres saveurs de charcuterie (saucisson sec, chair à saucisse, etc.). Sur la deuxième ça devient plus vert, légumes bouillis et une petite pointe de menthe en fin de tasse. Ça s'atténue bien vite mais ça reste plaisant, j'en ai fait 7 infusions au final. Bien agréable malgré l'âge de cet échantillon, c'était un bon moment. Merci Niva !


Texture : En bouche la texture est merveilleuse, douce et caressante. La petite pointe d'amertume qui se développe chatouille les côtés de la langue et porte bien les saveurs, et la liqueur laisse un effet de fraîcheur dans la bouche après la troisième infusion. Franchement ça tombe dans l'estomac comme on tombe dans son lit, une sensation moelleuse et calme, relaxante. Une belle détente, vraiment. J'y reviendrai. 


Couleurs : Un rêve onirique de bleus et de verts, parsemé d'éclats blancs et jaunes qui s'envolent comme des petites bulles. 

lundi 14 mars 2016

2015 – Se-jak, Jiri, Corée, Eclos de Lyon

Dégustation du 14 mars 2016


Informations et provenance : Ah, ce fameux Sejak de l'Eclos ! ^^ Échantillon gentiment offert par Melawach, il s'agit de la version 2015 du thé de 2013 dont j'avais parlé ici. J'avoue, ça fait deux ans que j'ai envie d'y retremper les lèvres vu que la première fois, ma dégustation s'était faite dans des conditions peu idéales. Alors sans plus attendre, allons-y !


Détails d'infusion : 4 gr. / 125 ml en Gaiwan Lotus et tasse "Les Mains de Gilles". Eau filtrée Brita, maintenue entre 75 et 85°C en Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 30s. - 45s. - 1m. - 2m. - 5m. - dernière au jugé. Total de 6 infusions.


Vue : Les feuilles sèches sont sombres et semblent recouvertes d'une couche de poussière -- à première vue seulement, car aucune trace de poussière blanche sur les doigts lorsqu'on les frotte un peu, c'est donc simplement la couleur des feuilles qui sont à la fois vert sombre et blanc argenté (spécial cette dualité). Les spirales plongées dans l'eau sont un plaisir à regarder se teinter d'un vert vif en se déployant.
La liqueur est plutôt pâle, un jaune argenté un peu trouble qui dégage beaucoup d'écume sur la première infusion surtout.


Odeur : Il y a une certaine odeur sucrée poussiéreuse sur les feuilles sèches -- c'est d'ailleurs ce qui m'a poussé à frotter une spirale du bout des doigts. Mais l'impression passe et je décèle quelque chose qui me rappelle un peu les fruits jaunes, la mirabelle surtout, les prunes rouges.
En gaiwan préchauffé, ce sont les noix et le cacao qui ressortent le plus -- assez surprenant ce revirement complet de fruits à noix d'ailleurs. Après quelques inspirations, une odeur végétale sucrée fait son apparition -- je n'arrive pas exactement à l'identifier, est-ce du concombre ? De la tomate fraîche ? Ça donne faim en tout cas ! ^^
Les parfums sous le couvercle sont très frais, avec des notes d'huile de noix, de concombre, de courgette et de poivron vert cuits -- des parfums qui changent de façon étonnante lors de la deuxième infusion pour dégager des effluves plus florales de nénuphar au parfum sucré et "humide".
Finalement, en fond de tasse, ce sont des odeurs de melon miel (vert) et de melon d'eau (pastèque) qui prédominent, avec une pointe de fleur que je reconnais mais dont le nom m'échappe. C'est léger et mielleux, ça sent bon.


Goût : Beaucoup de choses perçues en rétro-olfaction dans cette première infusion, mais pas grand-chose dans la liqueur proprement dite. Une légère amertume porte des saveurs d'huile de noix et de concombre frais -- ça me fait un peu penser à ce Du Yun Mao Jian de la boutique Camellia Sinensis que j'avais goûté début 2014.
La deuxième est plus franche, avec des notes sucrées et végétales qui me rappellent le pépin de pastèque, les épinards frais, les feuilles de laitue... Une pointe très légèrement florale se dissipe avant d'être proprement identifiée, et en refroidissant la liqueur donne des saveurs de graines de tournesol.
La troisième infusion et les subséquentes sont plus douces avec des pôles semblables, donnant parfois un peu plus de noix que de végétaux selon les infusions. C'est très rafraîchissant en tout cas.


Texture : Ce thé rend une belle liqueur huileuse avec une texture très glissante. Une petite astringence irrite mon estomac sensible, mais ce n'est rien de vraiment dramatique. À partir de la troisième infusion c'est un peu plus aqueux, mais la tenue des arômes en bouche est toujours aussi longue grâce à cette amertume qui chatouille la langue.
Sur les deux premières infusions, j'ai eu un peu mal à la gorge -- l'impression d'avoir une pierre chauffée au soleil posée sur la gorge, ou encore l'impression d'avoir tenté d'avaler une bouchée un peu trop grosse (pas de boulettes de viande dans mon thé, promis ! ^^). Cela dit ça se dissipe avec la troisième infusion et c'est tout bon.


Couleurs : Assez ressemblant à ce que je voyais sur la version 2013 ! Un peu plus vif, avec une texture filamenteuse blanche qui flotte au-dessus des autres teintes -- en comparaison, les couleurs de la version 2013 semblent être plongées dans le brouillard.

mardi 8 mars 2016

2015 – Ma An Shan « Gong Fu Puerh » (maocha), Zhenkan, Lincang, Hojo Tea

Dégustation du 8 mars 2016

Informations et provenance : Cet échantillon de Marcelline, qu'elle a récupéré via une commande groupée chez Hojo Tea sur le Forum des Amateurs de Thé, est ce qu'on appelle communément un OVNI -- Objet Végétal Non-Identifié (copyright Sébastien). À en croire Hojo Akira-san, il s'agit d'un thé en provenance de Ma An Shan qui est une montagne reculée du Lincang à la frontière ouest de Myanmar, fait de feuilles de puerh traitées à la façon d'un dancong (pour ceux qui lisent l'anglais, plus d'infos ici).
Puisque ce thé a fait l'objet d'une commande groupée sur le Forum des Amateurs de Thé, on y retrouve de nombreux retours dans le topic concerné.
On peut également lire un compte-rendu de Sébastien à ce lien sur son blog Vacuithé.
Et si quelqu'un d'autre a fait un compte-rendu quelque part, vous connaissez la procédure -- un p'tit commentaire avec le lien et je l'ajoute à ce post.


Détails d'infusion : 5 gr. / 140 ml en DuoQio Zhuni et tasse Julie Lavoie. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - 40s. - 50s. - 70s. - 90s. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : Le maocha est composé de belles feuilles sombres et effilées, de pas mal de tiges et de quelques feuilles jaune. La liqueur, d'un ambré qui rappelle la teinte particulière du rhum brun vieilli, est limpide, aussi claire que de l'eau de roche (l'eau de roche fut-elle ambrée ^^). Une fois la dégustation terminée, j'en ai profité pour examiner les feuilles mouillées -- bien m'en a pris, comme vous pourrez le constater dans la dernière photos. Passant du rouge au vert dans un dégradé naturel, bien épaisses et pour la plupart entières, elles sont magnifiques.


Odeur : Les feuilles sèches ont un parfum envoûtant, frais et légèrement résineux mêlé d'un fruité très puissant  qui me rappelle les fruits exotiques. Hojo-san parle de mangue... moi j'y perçois aussi de l'ananas frais.
Dans la théière humide, c'est tout autre chose qui ressort -- quelque chose de "rouge", de légumier, de tannique. C'est vraiment étrange, j'ai l'impression d'avoir dans le nez les odeurs de mon sauté de légumes et de tofu à la sauce général tao ! o.O Il y a bien un léger fruité quelque part sous ce parfum de légumes, mais il est impossible à identifier.
Les feuilles humides et les parfums sous le couvercle sont sur les mêmes pôles de légumes, avec peut-être une emphase sur la châtaigne d'eau (toujours dans cette sauce général tao -- j'ai des sautés de légumes fancy ^^). La liqueur, elle, a un parfum qui me rappelle le Ceylan Uva Adawatte 2011 de Camellia Sinensis -- pour ceux qui n'ont pas la référence à la maison, c'est un parfum très tannique de fruits rouges secs et d'une pointe mentholée.
Finalement, un beau musc se dévoile dans le fond de tasse et se mêle à la dernière gorgée, c'est léger et finement sucré. J'aime.


Goût : La première infusion me fait penser à un darjeeling -- elle en a l'astringence et une légère amertume tannique. En fait ça me fait vraiment penser à un thé rouge ! Je n'y retrouve pas du tout le dancong mentionné par Hojo-san (ou par certains comptes-rendus). Bon, j'ai aussi toujours ces légumes sautés en sauce au nez, c'est presque une manie. ^^ En refroidissant, l'amertume se précise et porte des saveurs étranges à mi-chemin entre résine et fruité.
La deuxième infusion est plus ronde et harmonieuse, comme le sont beaucoup de deuxièmes infusions d'ailleurs. De fins tanins dévoilent des saveurs de fruits qui m'évoquent les cerises amères sauvages dont mon arrière grand-père faisait du vin. Il y a une saveur sucrée éphémère qui me rappelle la pêche, mais elle fuit trop rapidement pour que j'en sois sûr -- d'ailleurs je commence à me dire que je n'ai peut-être pas assez de références gustatives pour décrire ce thé. Une fois refroidie, l'infusion a des saveurs végétales de sève et de quelque chose qui me rappelle un peu le romarin.

Les infusions suivantes sont déjà plus douces, moins précises dans leurs saveurs et un peu plus sucrées aussi. Seb a raison, ça ressemble de plus en plus à un thé rouge, plus précisément au Ceylan mentionné plus haut -- et comme avec un thé rouge, il faut pousser les infusions un peu plus rapidement qu'un puerh pour avoir de la substance.
Je ne suis pas déçu de cette dégustation, elle était plutôt intéressante et le thé est bon -- mais c'est vrai que c'est assez différent de ce qu'on peut s'attendre en lisant "puerh façonné comme un dancong".


Texture : La liqueur est aqueuse mais lisse, sans aspérités. De légers picotements agréables traversent la bouche et la gorge à son passage, suivi d'une belle rétro-olfaction qui du coup donne une grande longueur en bouche -- sur les premières infusions du moins, car ça s'atténue assez vite. En refroidissant, les tanins attaquent un peu l'oesophage, ça gratte -- mais pas assez pour que ce soit un problème et je n'exclus pas une sensibilité résiduelle après le désastre d'il y a deux jours.

Côté effet sur le corps, c'est le néant... jusqu'à la sixième infusion où paf, en l'espace de deux gorgées je suis brusquement teadrunk. o.O Tête légère, envie de rigoler pour un rien, bonne humeur générale... j'ai été complètement pris par surprise et franchement, c'était plutôt agréable.


Couleurs : Des couleurs sombres essentiellement -- ça se décline en pétales rouges, violets et bleus sur un fond noir, avec un point focal de lumière blanche décentrée qui semble venir de nulle part. Il y a quelque chose de très semblable à ce que je voyais sur ce wulong de Teamasters -- quelque chose dans l'ambiance, dans les couleurs, dans l'impression générale. Pourtant ce sont deux thés complètement différents au niveau gustatif et au niveau effet sur le corps... Je ne saurais l'expliquer, mais voilà.

lundi 7 mars 2016

2015 – Kukicha, Hiruma Yoshiaki, Iruma, Saitama, Japon

Dégustation du 7 mars 2016
 

Informations et provenance : Ce kukicha est un échantillon généreusement offert par Niva (Humeurs d'un paradoxe), obtenu à l'origine dans l'OST6 du Forum des Amateurs de Thé -- opération spéciale portant sur les thés d'Hiruma Yoshiaki, un producteur de sencha au Japon.
L'OST6 était une redite de l'OST4 qui avait eu lieu l'année précédente -- j'avais alors pu participer, mais je n'avais pas pris de Kukicha car je craignais les effets nocifs sur mon estomac (ayant eu des expériences précédentes désagréables avec ce type de thé). Cela dit, j'ai bien changé depuis la dernière fois que j'en ai bu, je n'y ai pas retouché depuis 2010, et après la dégustation d'hier je ne crains plus rien. Testons ! ^^


Détails d'infusion : 3 gr. / 85 ml en Kyusu de Tokoname. Eau filtrée Brita, maintenue entre 70 et 80°C en Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 30s. -15s. - 45s. - 1m30s. - 3m. - dernière au jugé. Total de 6 infusions.


Vue : C'est un kukicha, l'échantillon est donc fait de feuilles et de tiges mêlées. L'effet est joli, plus qu'avec le dernier que j'ai eu -- ici les tiges sont très pâles et jaunes, ce qui rend un contraste intéressant à l'oeil avec les feuilles bien vertes.
La liqueur est jaunâtre sur la première infusion, mais dès la deuxième elle prend une teinte vert clair, probablement en partie à cause des nombreuses particules de feuilles en suspend dans l'eau.


Odeur : Dans le paquet que Niva m'a envoyé, il y avait entre autres choses deux sachets de thé (dont celui-ci) et des brisures de bonbons des Vosges à l'eucalyptus. La description des parfums avant infusion de ces thés est donc délicate, car je soupçonne une contamination -- les deux ont les mêmes odeurs de bonbons et de pain d'épice. o.O (ça sent bon hein, c'est pas ça le souci ^^)
Dans le kyusu préchauffé, cela dit, je commence à me demander ce qui s'est produit -- alors que je perçois bien une trace de la verdure dont les autres comptes-rendus parlent, je renifle également de la brioche, des saucisses bouillies, du sucre, du pain d'épice et des friandises. o.O Les feuilles humides et l'odeur sous le couvercle ayant les mêmes parfums, je jette l'éponge. Ça sent bon, mais ça ne sent pas le kukicha. ^^
Heureusement le fond de tasse rattrape tout ça -- les parfums ici sont sur le fruit exotique, à mi-chemin entre la pêche et l'ananas.


Goût : La première infusion est étrange -- j'ai d'abord un goût de charcuteries sur la langue, puis une vague d'amertume à laquelle se succède des saveurs de mangues et d'ananas ! Une belle finale mentholée bouche l'ensemble.
La deuxième infusion, elle, est directement sur l'ananas. Je l'ai laissée refroidir et à un moment elle a laissé apparaître quelques traces plus végétales, mais c'est rapidement passé et bam, retour sur l'ananas.
La troisième en revanche est plus douce et végétale, les saveurs d'ananas ne revenant qu'au moment où la liqueur refroidit un peu, avec une petite pointe des saucisses qu'on retrouve dans les parfums. La suite sera du même tonneau, de plus en plus doux, pour ne plus laisser qu'une belle dernière infusion contenant peu de saveurs mais d'une grande douceur.


Texture : Une sensation de picotement passe sur la langue avec la liqueur, qui a autrement une texture crémeuse et épaisse. Comme tous les thés de Hiruma-san, la longueur en bouche est extraordinaire -- mais sinon c'est doux, c'est simple, c'est bon.
Un petit brûlement d'estomac à la première infusion me crispe, mais ça s'atténue rapidement et les suivantes passent comme du beurre. J'en conclus que c'était une réaction de l'estomac matinal mal réveillé, peut-être couplé d'une réaction réflexe liée à ce qui s'est produit lors de la dégustation d'hier. Ouf ! =)


Couleurs : Je ne sais pas pourquoi, alors que les thés verts de Chine ou de Corée se déclinent en différentes couleurs allant du rose au bleu, les verts du Japon jusqu'ici ont toujours des teintes vertes à l'exception du Hojicha (qui n'a plus grand-chose à voir avec un thé vert du coup). Ici ce sont des tourbillons de vert parsemés d'étincelles vert pomme, jaunes et blanches sur un fond noir et profond qu'on distingue à peine derrière tout ce vert.

dimanche 6 mars 2016

2015 – Chiang Mai « Silver Buds », Thailande, Bannacha

Dégustation du 6 mars 2016


Informations et provenance : Ce thé blanc thaïlandais est un échantillon gentiment offert par Éric (ÉxcèTHÉra), sourcé à l'origine par William de Bannacha. On apprend dans sa fiche indicative que c'est un thé produit dans des cultures agroforestières, ce qui signifie que les buissons de thé poussent à l'ombre d'une forêt, laquelle s'occupe de fournir aux théiers les fertilisants naturels leur permettant de pousser en santé.


Détails d'infusion : 5 gr. / 90 ml en Gaiwan "Poissons". Eau filtrée Brita, maintenue entre 80 et 90°C en Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 45s. - 2m. - stop, corps qui rejette le thé. Total de deux infusions.


Vue : Les feuilles sèches sont superbes et originales, faites de longs et fins bourgeons aux teintes claires et de feuilles très sombres. L'ensemble donne une impression de blanc et noir, yin et yang -- visuellement c'est très beau. Lorsqu'elles sont mouillées, le contraste continue en couleurs : le crème clair devient vert, le chocolat noir devient rouge.
La liqueur elle aussi a de magnifiques contrastes -- très pâle, d'un jaune crémeux presque blanc sur la première infusion, elle passe à l'orangé soutenu sur la seconde et prend des teintes rougeâtres sur la troisième (que j'ai infusé mais pas bu).


Odeur : J'ai passé un long moment à renifler les feuilles sèches avant de démarrer les infusions. Le parfum est subtil et sucré, difficile à identifier -- ça m'a donné envie de m'y pencher davantage. Mes conclusions sont loin d'être des certitudes, mais j'ai eu l'impression d'y déceler des fleurs vaguement citronnées et des parfums de poire pas mûre. Il y a une grande profondeur dans ce parfum, une dimension supplémentaire -- quelque chose que je ne suis pas habitué de retrouver dans les odeurs fleuries.
Enfin posées dans le gaiwan préchauffé, ce sont des odeurs de zeste de citron, de miel, de poires et de fleurs de tilleul qui se précisent. Les feuilles humides ont le parfum qu'on retrouve sous le couvercle : quelque chose de très sucré (voire même un peu trop) qui me rappelle le miel de tilleuil, les oranges confites et sur les infusions subséquentes, la brioche et les compotes de poires. Je retrouve également la brioche et la marmelade dans le fond de tasse -- une odeur qui s'évapore vite en laissant une trace de sucre.


Goût : La première infusion est légère, finement complexe avec des notes de zeste d'orange et de citron confit. On décèle également des notes florales, lesquelles prennent parfois le dessus, parfois sont plus en retrait -- tout ça dans la première infusion. Ces deux saveurs semblent à la fois être en contradiction et se mêler l'une à l'autre pour former un ensemble harmonieux, comme deux voix chantant les lignes convergentes mais bien distinctes d'une même chanson. En expirant, une superbe rétro-olfaction sur la marmelade envahit la bouche et les narines.
La deuxième infusion a laissé de côté ses notes florales pour s'approprier la marmelade ainsi que des notes de brioche épicée -- comme de la cannelle ou de la muscade peut-être. C'est doux, c'est bon, ça reste longtemps en bouche.


Texture : Ce thé est un nectar épais et huileux, qui tapisse les joues et la langue d'un filin gras et fragrant qui reste en bouche très longtemps. La deuxième infusion, bien que toujours aussi lourde, est un peu plus astringente et assèche légèrement la bouche. Rien qu'un peu de salivation ne peut arranger, et du coup la persistance des saveurs en semble décuplée.
Ce thé serait parfait...

... si mon corps ne le rejetait pas.
Car dès la première infusion, mon estomac gargouille de façon désagréable, comme si je venais de manger un aliment périmé. À la deuxième, c'est terminé : un picotement désagréable au niveau de la gorge devient brusquement un serrement qui me rend la respiration difficile, mon estomac est douloureux comme si je venais d'ingérer de l'acide de batterie. Au bout d'un moment une grosse nausée se déclare ainsi qu'un mal de tête lancinant, le tout accompagné de quelques étourdissements et d'un syndrôme de "pisse-mémère" comme l'appelait une amie -- j'ai dû boire 180 ml à tout casser, qu'à cela ne tienne, je dois aller vider ma vessie trois fois dans l'heure suivant la dégustation. J'ai fini l'après-midi couché dans le noir, à tenter de dormir pour évacuer le malaise. Ma journée de thé s'arrête là.

Alors qu'est-ce qui s'est passé ?

Il ne semble pas y avoir de cause "extérieure" -- ce n'est pas un thé particulièrement acide, il possède un peu d'astringence mais pas suffisamment pour faire réagir mon estomac (j'ai bu des thés bien pires que celui-là sans aucun souci), de toute évidence il est dénué d'insecticides et de fertilisants nocifs pour la santé. Rien pour expliquer les symptômes de mauvaise cuite, rien non plus pour expliquer la violence avec laquelle mon corps a réagi. Et pourtant... cette réaction semble bien confirmer une allergie à quelque chose. Mais quoi ? Mystère et boule de gomme.

J'ai quand même passé un bon moment gustatif et ça demeurera un thé que je recommande. Simplement moi, je n'en reprendrai plus. xD


Couleurs : C'est la guerre ! Les pointes orangées et bleues livrent un duel à mort contre les pointes vertes et roses, qui se défendent honorablement mais semblent être incapable de reprendre le dessus. Le champ de bataille est chaotique, au bout d'un moment il devient impossible de distinguer quoi que ce soit.