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vendredi 14 novembre 2025

Anxié-thé | 2025, Dong Ding de M. Nen Yu, Camellia Sinensis


Le Lam Dong Bai Hao d'hier était très très caféiné. C'est dans l'après-midi surtout que ça s'est confirmé, avec une énergie fébrile et nerveuse qui ne m'a pas quitté et m'affecte encore un peu aujourd'hui. J'allais d'ailleurs mettre de côté le thé pour la journée, mais quelques minutes de soleil au réveil m'ont fait changer d'idée... ce n'est probablement pas bien sage. Il y a des thés qui agitent et d'autres qui apaisent, il n'y a plus qu'à souhaiter que je connais suffisamment celui que je bois pour savoir dans quelle catégorie il se classe. 

Ce Dong Ding de M. Nen Yu, je l'ai "rencontré" pour la première fois à l'été 2013, quand j'étais allé renflouer mes stocks de wulong frais et qu'on m'avait proposé d'essayer celui-ci, qui venait d'arriver. Sa torréfaction légère donnait dans la tasse des parfums joueurs, floraux et caramélisés à la fois, accompagnés de jeux de texture en bouche qui m'ont immédiatement enchanté. Malheureusement c'était un cru exceptionnel dont je n'ai jamais retrouvé la richesse sur les années subséquentes. Je continue à en faire l'un de mes thés quotidiens, surtout qu'il est somme toute assez bon marché (comparé au reste du marché), et continue à espérer qu'un jour il sera aussi bon que le premier que j'ai goûté.

Alors, qu'est-ce que ça donne ce cru 2025 ?

Je dirais qu'il a quelque chose de liquoreux. On m'a dit à la boutique que c'était systématiquement celui qui s'accorde le mieux avec les fromages et je comprends pourquoi. Il possède une rondeur maltée, légèrement tannique, qui me rappelle la charpente sucrée du vin de Marsala avec lequel j'ai cuisiné hier. Les fleurs de la première tasse s'effacent vite, mais c'est une transformation plutôt qu'une disparition... et la liqueur est très ronde, très "pleine", il y a quelque chose qui se passe sur les trois registres (notes de tête, de coeur, et de base).

Pour le reste... j'avoue que je n'en suis pas complètement sûr. J'avais un odorat très fin avant 2020, mais la Covid est passée par là et j'ai mis des années à retrouver un niveau de sensibilité suffisant pour apprécier le thé. Pour être honnête, j'ai même failli demander au FAT de supprimer mon compte pendant ces années-là. Chaque nouvelle annonce d'une OST me faisait l'effet de coup de poignard.

Heureusement j'ai attendu, une partie de mon odorat est revenu, et aujourd'hui je déguste avec plaisir. Mais je ne vais pas me leurrer : déceler les notes les plus fines, c'est fini. Un thé qui a du coffre comme celui-ci, je perds la capacité d'en percevoir les subtilités. Tout se mêle en un accord harmonieux (ou pas), mais je n'arrive plus à en goûter les notes individuelles. Peut-être qu'avec le temps j'y arriverai, mais là tout de suite c'est physiquement pas possible. 

Donc je peux dire que c'est rond, riche, puissant, moins sucré en bouche qu'on s'y attendrait vu ce que ça sent mais avec une rétro-olfaction mielleuse incroyable et une belle épaisseur... et ça s'arrête là. Je ne peux rien donner de plus précis. Ma coloc le trouve très fruité... moi, pas trop. Je le trouve liquoreux, avec des textures en bouche qui me donnent l'impression de manger un repas plutôt que de boire un thé. 

Je n'y trouve pas l'aspect vif et joueur du cru 2013. Dommage. 

Il est quand même superbe, surtout sa rétro-olfaction sucrée et parfumée. Vraiment, je l'apprécie beaucoup.

Le soleil n'a pas duré, et maintenant la neige reprend. Malheureusement, les prévisions me disent que ça ne va pas s'améliorer d'ici la fin de novembre. Je suppose qu'il faudra garder un oeil ouvert et profiter de ses rayons quand ils apparaissent... et peut-être aussi refaire mes stocks de vitamine D, puisque je me sais sensible à la dépression saisonnière. 

Ma dégustation se termine, je me sens un peu plus apaisé. Ce n'est pas parfait, mais après faut laisser au corps le temps de se remettre. Dans un cas comme dans l'autre, j'avais raison sur ce point : c'est un thé qui apaise et me fait du bien. 

dimanche 6 avril 2014

2013 – (Hiver) Hung Shui Oolong "fort", Shan Lin Shi, Taiwan, Teamasters


Informations et provenance : Acheté via Stéphane (Teamasters), il s'agit d'un Gao Shan de Shan Lin Shi ayant bénéficié d'une torréfaction poussée -- on apprend d'ailleurs à ce lien (hélas en anglais, mais avec plusieurs vidéos) que cette cuisson lente s'est étalée sur une semaine afin d'obtenir une torréfaction en profondeur sans calciner les feuilles.
Stéphane recommande d'ailleurs de n'utiliser qu'une petite quantité de feuilles et des infusions longues afin d'en tirer le maximum -- mais puisque je cherche ici à faire connaissance pour la première fois avec ce thé, j'utilise cette fois mes paramètres habituels (5 gr. donc) en gardant l'idée en tête pour y revenir plus tard.
Comme d'habitude, s'il y a des comptes-rendus dont vous connaissez l'existence sur le net, faites-moi signe en commentaire !


Détails d'infusion : 5 gr. / 140 ml en ShuiPing de Cai Man Zu. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 15s. - 20s. - 30s. - 40s. - 50s. - 60s. - 75s. - 90s. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : Voilà de bien jolies billes brunes ! Plutôt lourdes et volumineuses, leur couleur marron laisse deviner le vert sombre derrière l'effet de la torréfaction, vert qu'elles retrouvent d'ailleurs après quelques infusions. On retrouve dans la liqueur, d'un jaune-orangé aux reflets verdâtres plus sombres, le côté translucide impressionnant propre aux thés de Stéphane.


Odeur : Un parfum puissant de torréfaction rappelant les céréales grillées et le pain carbonisé accueille les narines au moment de plonger les feuilles dans la théière pré-chauffée.On retrouve également, passée la première vague, une petite odeur acide de pépin de raisin ainsi qu'un parfum plus sucré de lait caramélisé.
Une fois les feuilles mouillées, on découvre sous le couvercle une odeur de toast au miel et d'orge perlé, tandis que la liqueur elle dégage un parfum rappelant les galettes de riz -- parfum que l'on retrouve également en fond de tasse, mais qui avec le temps s'atténue de plus en plus vers le miel. Une belle gourmandise !


Goût : Pas énormément de goût sur cette première infusion -- on a quelque chose d'un peu torréfié avec un rappel de céréales grillées, une légère acidité, un mignon petit retour en bouche sur l'orge perlé sucré, mais rien de bien transcendant... j'attends de voir.
La deuxième infusion, heureusement, commence fort. Galette de riz ! C'est la première chose qui me vient en tête au moment de goûter. La liqueur possède une certaine acidité qui fait saliver et prépare la bouche pour la suite.
Dès la troisième infusion, ça donne l'impression de boire une infusion du riz soufflé dans le genmaicha ! C'est intéressant, toujours un peu acide mais pas de façon désagréable (ni pour l'estomac) -- on retrouve une saveur légère et sucrée, quelque chose de céréalier après le passage de la liqueur. J'en reviens une fois de plus à cette saveur de galette de riz qui me rappelle de beaux souvenirs d'enfance. Les infusions suivantes changeront peu -- c'est moins un thé de bouche qu'un thé de sensations et de textures.


Texture : Déjà intéressante sur la première malgré un goût faible, la texture est très ronde et ample, presque huileuse. Lorsqu'on y ajoute une longueur en bouche plutôt bonne, moins en retours changeants qu'en présence constante et tranquille ainsi qu'un effet sur le corps relaxant qui donne envie de s'installer les bras derrière la tête et de profiter du moment, on comprend mieux pourquoi Stéphane a eu envie d'en faire un thé méditatif pour célébrer le temps des fêtes.


Couleurs : Tourbillons et bulles sur fond contrasté de rouge sombre, de bleu indigo et de noir, le tout en mouvement ascendant -- l'image présentée ici est statique et bien divisée entre bulles et tourbillons, mais en réalité les deux s'entremêlent beaucoup plus que ça...