Affichage des articles dont le libellé est Eric Soulé. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Eric Soulé. Afficher tous les articles

samedi 21 mars 2026

Printemps ? | 2025, Guo Yun Maocha, Kancha Tea

En regardant le calendrier, on pourrait presque y croire... à condition de se tenir loin de la fenêtre et de la neige qui tombe doucement depuis trois jours.

Bon, ne parlons pas de malheurs. 

Parlons plutôt de ce joli échantillon de puerh qui est venu avec ma commande Kancha l'automne dernier. Je l'avais mis de côté à son arrivée car je n'en avais pas beaucoup et j'avoue, je me sentais intimidé autant par le prix que par les parfums puissants que je craignais être incapable de retrouver dans la tasse.

(En fait, je commence à soupçonner que la tasse pourrait faire partie du problème, elle gomme les saveurs cette petite.. mais ça c'est une autre histoire.)

Bref j'avais peur de ne pas savoir lui rendre justice, c'était pas le moment. Mais maintenant ce l'est et je dois dire, tous mes sens se régalent. À l'oeil, ce sont des feuilles magnifiques, longues, fines et torsadées, très peu de brisures, et des couleurs éclatantes après un passage dans l'eau chaude. La liqueur est d'un jaune pâle sur la première infusion, plus soutenu sur les suivantes, et franchement très pure. Il y a bien quelques poussières dans le fond de ma tasse, mais rien à voir avec le sable que je retrouve parfois sur des thés de moindre qualité.

En bouche, les parfums de fruit des feuilles sèches se fondent dans les saveurs de jeunesse, sève douce aromatique et légèrement épicée, charpente d'amertume pas trop poussée mais quand même décelable, avec quelque chose d'élégant qui se déploie en rétro-olfaction. Curieusement, alors que les deux premières infusions sont souvent mes favorites, sur ce thé c'est à partir de la troisième que je prend vraiment mon pied. La profondeur des saveurs continue de se développer longtemps après avoir avalé, j'adore. Et les parfums musqués au fond de la tasse vide sont succulents. 

Quelle belle trouvaille.

Ça reste un thé très jeune et assez doux, qu'il est probablement préférable de consommer rapidement. Julien mentionne le terroir de Bulang dans sa description et c'est vrai qu'il y a un profil qui rappelle vaguement la Bulang Beauty de Tea Urchin, encore qu'avec moins de puissance et des saveurs un peu plus tranchées, plus raffinées peut-être dans son aspect "one note".

Jusqu'ici je crois que c'est cette douceur et cette élégance des saveurs qui ressort de mes dégustations des thés de Kancha. Si l'on compare avec la cuisine, la "patte" Kancha me rappelle ces plats composés de deux ou trois ingrédients seulement, dont les éléments très simples mettent en avant la maîtrise du chef. C'est prendre un risque, car ce sont des plats (ici, des thés) dans lesquels il est impossible de se cacher si la matière première n'est pas de très haute qualité, ou si l'excellence de la préparation fait défaut. Mais quand tout est à point, ce sont des petits bijoux.

Je suis bien content d'avoir pu déguster ce thé aujourd'hui. Il met dans ma tasse ce soleil qui se fait rare dans le ciel, et cette chaleur dont je rêve depuis des mois.


vendredi 9 janvier 2026

Écureuils et ciel rose | 2014, Qing Mei Shan "Old Arbor", Yunnan Sourcing

Mes écureuils m'amusent. Il y en a trois maintenant qui fréquentent mon bord de fenêtre régulièrement, rivaux pour les noix de Grenoble, noisettes, et amandes en écales que je laisse à leur intention. Par grand froid polaire les visites sont courtes et intermittentes, impossibles à prédire. Mais les jours de redoux, tous les trois se pointent à peu près en même temps et guettent, postés dans l'arbre d'à côté, jusqu'à ce que l'un d'entre eux soit assez brave pour s'approcher des noix.

La première journée les mouvements sont furtifs, ils économisent leur énergie et sont beaucoup plus craintifs. Ils attendent leur tour, s'approchent lentement, s'enfuient rapidement. Mais quand il y a un deuxième jour de redoux, ça devient beaucoup plus animé. Si j'ai la chance d'être posté à la fenêtre quand ils sont dans les parages, les courses-poursuites auxquelles j'assiste sont hilarantes. 

Parlant de chance, j'ai attrapé mon premier lever de soleil 2026 ce matin, ça m'a bien fait plaisir. Je savais que ça me manquait de les voir, mais je n'avais pas mesuré l'impact jusqu'à ce que je remarque les stries roses sur le bleu foncé du ciel. Mon coeur aurait pu éclater de joie. 

Et le thé, dans tout ça ? 

Je n'ai pas été buveur assidu ces dernières semaines. Quelques tasses au GPS (grandpa-style), une théière de kamairicha, c'est à peu près tout. Ce matin du coup c'est la première dégustation sérieuse de l'année, le moment idéal pour revisiter ma galette de Qing Mei Shan et voir si elle tient ses promesses. Ses parfums en tout cas sont sublimes, sombres et fruités, au nez ça donne super envie.

Trois infusions plus tard je suis enchanté, si bien que j'ai complètement oublié de prendre des notes. 

Ce qui était agressif la dernière fois s'est arrondi. Ce qui était acide est devenu sucré. Il y a une note résineuse amère qui est bien présente sur les premières infusion, puis disparaît sous une abondance de fruits et ne s'exprime plus que lorsqu'on pousse les feuilles un peu, vers la fin de la dégustation. Gustativement, il est très agréable. Ni très fin ou surprenant, mais avec une belle force stable, satisfaisante, qui maintient des saveurs typées Lincang sur toute la session.

C'est aussi un thé qui donne chaud. L'énergie que je percevais la dernière fois est encore bien là. Je suis content de n'avoir pas essayé de le boire plus tard en après-midi car je suis convaincu que mon sommeil en serait perturbé.

Honnêtement, je ne regrette pas mon achat mais j'ai gaspillé pas mal d'argent à le faire si tard. Ça aurait été un excellent thé du quotidien dans ses premières années et le prix de l'époque (43 dollars américains l'année de sa sortie si ma mémoire est bonne) reflétait bien ça. Aujourd'hui évidemment c'est hors de prix... 

Mais bon, tant pis. Je ne sais pas si je recommande la galette, mais les échantillons sont encore abordables. C'est un bon petit thé moyen de gamme avec des feuilles luisantes, des parfums renversants, des saveurs adolescentes et beaucoup d'énergie à donner. Pour parler chiffre, avec les prix fous d'aujourd'hui, 16.50 dollars américains pour 25 grammes sur un thé de 11 ans, ça va. C'est une gourmandise qui peut valoir le coup.

Sur ce, je file, j'ai une journée remplie qui m'attend. 

Bonne année tout le monde !


samedi 22 novembre 2025

Paris | 2025, Lincang Lao Shu (maocha), Kancha Tea

 

Le ciel a une drôle de couleur aujourd'hui, envahi de nuages à droite et parsemé de ciel bleu à gauche, comme s'il n'arrivait pas tout à fait à se décider. La météo nous annonce un mélange de neige et de pluie en matinée donc j'imagine que tout ça va se couvrir sous peu. Il est encore tôt, j'en profite.

Dans la commande Kancha j'avais deux puerh. C'est le Lincang Lao Shu que je choisis, celui-ci m'avait été chaudement recommandé sur le Forum des Amateurs de Thé donc j'ai hâte de goûter. J'ai mis un mois avant d'y toucher parce que comme je n'en ai que 15 grammes, je voulais être sûr que les feuilles soient remises du voyage et du changement de saison. C'est maintenant chose faite, alors plus de raison d'attendre.

Il y a une petite émotion là quand même... c'est le premier puerh si jeune que je bois depuis très longtemps, du coup il porte le poids d'attentes peut-être disproportionnées. À la base j'espère une liqueur fine et parfumée, beaucoup de fraîcheur mentholée, le musc typique des puerh de cette région, et l'opulence des parfums et textures que mentionne Julien dans sa description. Voyons voir ce que ça donne.

La première infusion est d'un jaune très clair, limpide, qui glisse tout seul dans la gorge. Je n'y trouve pas l'explosion de saveurs à laquelle je m'attendais et surtout ça part sur un pôle complètement différent, mais ce n'est pas une mauvaise chose. C'est raffiné, ça me laisse dans le nez et sur la langue un parfum qui me rappelle les biscuits Savoiardi Ladyfingers (doigts de dame ?) de la marque Bonomi que j'utilise pour les tiramisu. Un truc pâtissier, moins sucré que j'aurais cru vu les parfums, avec de l'orange confite par-dessous qui soutient l'ensemble.

Très différent de mes attentes finalement. Mais c'est un truc très bien, original, différent. Pas de déception à première vue.

Les infusions suivantes continuent dans le même registre, les saveurs se développent et se font plus présentes, ou peut-être plus amples. Ça reste quand même assez léger en bouche, mais ça s'étale dans l'espace. Je ne sais pas si ce que j'essaie de dire est bien clair. Julien a raison, on est dans l'opulence des parfums plutôt que dans l'amertume charpentée, si c'était plus sucré j'aurais pu croire que c'était un wulong.

C'est très différent des thés du Lincang auxquels je suis habitué. Mais j'y trouve autre chose, d'autres nostalgies. 

En fait ce thé m'évoque la France en général et Paris en particulier. Les rues étroites au pavé assombri par la pluie, l'architecture typique qui change trois fois d'époque sur le même pan de rue, les parapluies multicolores des passants qui se pressent d'une porte à l'autre. Les librairies et petits cafés entre deux monuments historiques, les parfums de vieux livres, d'encens et de nourriture qui s'échappent des portes ouvertes. L'ambiance qui se veut raffinée sur les moments du quotidien, la culture avec un grand C, et l'humanité derrière qui entre en jeu, qui à la fois soutient et démolis cette image léchée d'un rêve un peu lointain.

Ça me plaît.

Je ne pensais pas voyager de cette façon aujourd'hui, c'est une belle surprise. Et dans une certaine mesure, considérant ce que ça m'évoque, je me demande si ce thé n'est pas... adapté ? Conçu, peut-être ? Pour le palais français spécifiquement. Cette abondance de parfums de nez, cette opulence toute en finesse qui s'exprime une fois la gorgée avalée, c'est exactement comme les confiseries que j'ai dégusté en France. Ça me rappelle Paris plutôt qu'Aix-en-Provence principalement car je n'y trouve pas la chaleur du sud, mais ça reste dans le même domaine, le même type de personnalité. 

Voilà, c'est peut-être ça les bons mots : un thé chinois avec la personnalité d'une pâtisserie française. 

Bref, bonne pioche. Je suis bien content d'en avoir quelques grammes encore. 

lundi 3 novembre 2025

Fallen Idols | 2010, Yi Hao, Chen Sheng Hao, Tea Urchin

J'ai appris hier que David et Leigh Eddings, géants littéraires de mon adolescence, avaient été arrêtés et emprisonnés dans les années 70 pour abus, maltraitance et cruauté envers leurs enfants adoptifs. Ils ont été jugés séparément et ont chacun reçu une peine de 12 mois, qu'ils ont purgé quelques années avant de commencer leur carrière littéraire. J'ai lu les détails de ce qu'ils ont fait. C'est tout simplement atroce. D'ailleurs pour avoir mérité une peine si "sévère" à la fin des années 70, avant que les droits des enfants ne soient établis, c'est que la gravité de ces actes devait dépasser même tout ce que j'ai lu.

C'est une nouvelle que je trouve extrêmement difficile à avaler. 

D'abord parce que ça me touche sur un plan personnel. Moi aussi, j'ai été victime de maltraitances commises par des adultes sur l'enfant que j'étais, et j'ai une connaissance intime de la souffrance qu'une telle trahison peut engendrer. Surtout quand ça vient d'un parent. 

Mais aussi parce que ces deux-là ne sont que les derniers à joindre une longue, très longue liste de mes héros d'enfance qui ont produit des œuvres d'art remarquables, des bouquins qui ont marqué ma vie et sur lesquels j'ai construit mon identité, mes valeurs, et qui au final se révèlent avoir été écrits par des gens qui perpétuent violence et souffrances de toute sorte. Souvent envers les enfants. 

J'ai envie de croire que la rédemption est possible, que ceux qui posent ces actes sont encore capable de bonne foi, de réparation. Mais quand je repense aux histoires qu'ils ont écrites, à certaines scènes en particulier qui m'avaient fait tiquer même à la première lecture, j'en suis incapable. Ce qui à l'époque m'avait semblé être l'une de ces choses qui ne peuvent être comprises que du point de vue d'un adulte, qu'il était si facile de mettre de côté à une époque où ma vie n'était construite que de confusion, je les relis aujourd'hui et n'y trouve plus qu'une justification chambranlante, égoïste, et par-dessus tout hypocrite. Une perpétuation de la souffrance, écrite par des gens qui eux-mêmes ont dû avoir des vies souffrantes, mais qui se sont montrés à l'âge adulte incapables de ne pas la transmettre, de ne pas la justifier. Et le cycle continue, ce cycle de violence qui écrase tout sur son passage, qui finalement définit une bonne portion de l'humanité.

J'ai du mal à ne pas en concevoir une rage sourde qui remonte directement aux racines de ce que j'ai vécu. 

Et j'ai mal. J'ai mal car ces bouquins sont les mêmes qui m'ont aidé à tenir le coup quand j'étais dans une situation de violence. Ce sont les mêmes qui m'ont fait prendre sur moi, qui m'ont forcé à tenter de comprendre le point de vue des adultes qui me maltraitaient, à pardonner, et en vieillissant à maintenir le silence, laisser ces choses dans le passé. Ces choses qui aujourd'hui, à l'annonce de cette nouvelle, me prennent à la gorge et m'étouffent. 

Je voulais me préparer un thé réconfortant aujourd'hui, quelque chose de chaud, sucré, un baume au coeur. Mais après quelques heures à tergiverser, c'est finalement cette Yi Hao que je choisis. Un sheng du terroir de Bulang, pour aller avec ma petite théière à la cassure soulignée de doré, et dont la force intacte me laisse des cendres dans la bouche.

Et avec lequel, finalement, je me sens compris. 

mercredi 22 octobre 2025

Spirituali-thé | 2012, Cha Hun "Spirit of Tea", Mengku Rongshi, Mengku, Lincang, Yunnan Sourcing

Il y a quatre ans j'ai failli lancer un blog spirituel païen. 

Je me sentais appelé vers une voie dont je percevais le potentiel transformateur, et dont j'avais envie d'en documenter les changements à ma vie. Je voulais aussi communiquer avec d'autres qui partageaient mes croyances, transmettre une sagesse que je ne possédais pas encore (toujours pas d'ailleurs), et trouver, ou peut-être fonder, cette communauté de gens "comme moi" dont j'ai soif depuis l'enfance. J'étais saisi d'extase religieuse, en vrai, et quand celle-ci est retombée le projet s'est étiolé.

Et franchement c'est tant mieux. 

L'expérience à l'origine de cette envie est l'une de celles dont il est difficile de parler. Pas tant à cause de la vulnérabilité qu'elle me demande, quoique celle-ci soit énorme, plutôt parce que c'est l'une de ces situations complexes, indéfinissables, dont les mots n'arriveront jamais à transmettre l'immensité. Mais aussi parce que je sais déjà qu'aucune des histoires personnelles qui justifient mes propres croyances ne suffirait à les justifier pour les autres. Et puis j'ai horreur du prosélytisme. Si je tente de les partager ici un jour ça sera dans un autre contexte, avec d'autres choses à dire.

Quand j'étais petit, je croyais que la spiritualité était un état d'être passif. Une collection de croyances et de valeurs morales par lesquelles on trouve le sens de son existence, certes, mais pas quelque chose qui faisait particulièrement intrusion dans la vie quotidienne. J'entendais bien sûr parler de gens comme le Pape ou Mère Teresa qui avaient fait de la religion le centre de leur être, mais tout ça me semblait exceptionnel et très loin de moi, de "la vie réelle". 

Aujourd'hui je découvre qu'en fait la spiritualité c'est un état actif, qui s'exprime par les actes que l'on pose bien plus que par les choses en lesquelles on croit. Qu'une prière peut se passer de mots pourvu que l'état d'esprit en soit un de recueillement. Et en suivant l'exemple de Lionel, c'est tout naturellement que le thé est devenu l'un des piliers de ma vie spirituelle. Chaque tasse préparée et bue en pleine conscience.

Le thé de ce matin a un nom qui m'amuse un peu dans ce contexte, mais la vérité c'est que cette galette est bien nommée. J'avais fait un compte-rendu d'une année précédente, mais c'est la 2012 que je choisis pour des raisons purement pratiques : la galette est immédiatement accessible alors que sa grande soeur est cachée loin, tout au fond du gros tiroir à galettes que je n'ai pas encore osé ouvrir.

Beaucoup plus sombre que dans sa jeunesse, toujours bien amère, des saveurs franches de bois mort, de terre sèche, et de sève qui pique la langue dès la première infusion... une énergie qui remonte, émane à travers mon corps, et me prend tout entier. Sous le couvercle je perçois toujours ces petites touches légères de raisin sec, mais c'est la seule note de fruit ou de sucre dans ce sheng bien charpenté, solide, franchement masculin. J'avais écrit "un jus de nature" de sa grande soeur, pour reprendre les mots du sieur Lionel, et c'est toujours bien ça pour autant que "nature" veut dire "parfums et arômes que l'on retrouverait volontiers si on tentait d'infuser une branche morte ramassée par terre, et que celle-ci offrait une liqueur gracieuse".

Ça n'a peut-être pas l'air très invitant dit comme ça, mais moi j'adore. 

Surtout j'adore cette chaleur qui m'envahit, qui après juste quelques gorgées me donne un sentiment d'être dégagé, ouvert, libre. Prêt à accueillir la journée qui commence et tout ce qu'elle m'apportera, en bien et en mal. 

Le dieu auquel je suis dévoué est un être qui tend vers le monde naturel, les chemins sauvages moins fréquentés, les espaces liminaux où oppositions et contradictions se rencontrent. Les endroits où je perçois sa présence autour de moi d'une façon très puissante, ces lieux dans lesquels la communion est si facile, sont toujours à mi-chemin entre la terre et l'eau. Malheureusement, tous sont inaccessibles l'hiver. 

Ma deuxième meilleure option ?

Une tasse de sheng.


lundi 20 octobre 2025

Évolution | 2006, Da Xue Shan Ye Sheng Cha, Mengku Rongshi, Puerh Asia


J'ai retrouvé ce matin une galette de puerh dont je n'ai aucun souvenir.

De toute évidence j'en ai bu plus d'une fois car elle est bien grignotée. C'est un sheng, rangé avec mes références 2006-2007 donc de ces années-là... d'ailleurs sur l'emballage c'est écrit 2006. Bon, une galette de Mengku Rongshi que j'ai dû acheter chez Puerh Asia autour de 2010-2011, mais pas la MuShuCha dont l'emballage a beaucoup plus de rouge et qui m'est bien familière. Il y a une bonne odeur de puerh qui flotte autour de la galette, un truc complexe et doux, peut-être un peu fruité ? Un peu fumé ? Quelque chose de vaguement acidulé... du citron ?? Attends, ça me dit quelque chose ce pôle fumé-citronné...

De fil en aiguille, je me suis aperçu qu'il s'agissait de la fameuse galette d'arbres sauvages de Da Xue Shan pour laquelle j'avais noté quelques impressions sur mon tout premier blog de thé en 2011, et aussi fait un compte-rendu ici. Le premier n'est plus en ligne, mais voici ce que j'avais écrit à l'époque : 

 

Un calme champ d’été, un soir après la canicule, quand la terre a chauffé et qu’une odeur sucrée de foin et d’herbes en santé flotte dans l’air. C’est ce que m’évoque l’odeur de cette galette, une fois le morceau choisi placé dans la théière chaude.

[...]  une texture à la fois liquide et crémeuse, qui laisse une sensation très définie sur la langue après son passage. Il y a même un petit retour de goût qui me rappelle légèrement la crème — quelque chose de soyeux, sucré, légèrement animal.

Au niveau des arômes en revanche, j’en reste au niveau de l’odeur du vent chargé des champs autour. Quelque chose qui rappelle la ferme, l’odeur sèche, un peu amère, caractéristique de la paille coupée mêlée des récoltes encore sur pied… Ici, pas du tout d’humidité forestière, pas d’impression de champignon ou de « jungle » (c’est à dire une odeur lourde de végétation humide mêlée de relent sauvage légèrement animal)… Purement le sud de la France de cet été, en pleine sécheresse caniculaire.

C’est une liqueur très enveloppante, très… calme. Peut-être est-ce simplement mon état d’esprit, mais c’est le genre de thé qui me donne envie de me coucher sur l’herbe, sous les étoiles… ou de méditer. Voire les deux.

[...] C’est très difficile de décrire le goût de ce puerh. Selon l’infusion, je le perçois sur la langue, par le palais, littéralement dans la gorge ou carrément par rétro-olfaction — rien dans la bouche, rien en avalant, mais en expirant après avoir avalé… houla ! plein d’arômes. La seule chose dont je suis certain, c’est cette texture crémeuse de lait.


Ça me fait rigoler maintenant, ces impressions ultra détaillées de quelqu'un qui visiblement n'a aucune expérience, aucun discernement, et beaucoup d'enthousiasme. C'est pas aussi drôle que mes vieux textes de fiction, mais en comparant les deux on sentirait bien que ça a été écrit par la même personne. Cette paille et ces odeurs de ferme, je suis à peu près persuadé qu'en fait c'était des parfums provenant de la "base" de puerh, celle que l'on en vient finalement à ignorer en tant que dégustateur car c'est toujours la même, la signature d'un jeune sheng. 

Le thé que je me fais ce matin est, lui aussi, à la fois le même et bien différent. J'y retrouve une trace des saveurs caractéristique du cultivar Ye Sheng, qu'apparemment j'avais complètement loupé dans cette première dégustation. J'y trouve une belle base de saveurs sourdes, complexe comme un parfum de cigare, et dans laquelle je crois identifier l'évolution des saveurs fumées et de l'amertume qui s'est pour ainsi dire dissipée. J'y retrouve le bois (de tilleul ?) de la dégustation plus récente, une odeur sèche et sucrée dont mes souvenirs de lutherie sont imprégnés. J'y trouve une texture beaucoup moins grasse, beaucoup plus asséchante, mais toujours généreuse.

Surtout j'y retrouve la rétro-olfaction joueuse, l'impression de percevoir ce thé par son jeu de textures sur ma langue, par ses retours surprenants plutôt que par ses saveurs et arômes un peu en retrait.

La couleur de la liqueur a bien changé depuis le temps. Sur les photos la dernière fois elle était encore très, très jaune. Maintenant c'est un bel orange brûlé, dont la saturation est visible même contre la tasse de terre rêche d'Eric Soulé. 

Ça me trouble, cette absence d'amertume qui semble généralisée sur tous mes puerh un peu vieux (!), même sur les infusions poussées. Je me doute bien que c'est une question de maturation, mais je n'arrive pas à me souvenir d'avoir perçu une rondeur fruitée similaire sur les échantillons de sheng un peu plus âgés que j'avais dégusté à l'époque. Le Chung Cha 96 dont j'adorais les saveurs minérales, le Vrac 23 / Puerh "A" 97 qui était plus sur un pôle cuir terreux, aucun de mes compte-rendus ne mentionnent l'amertume mais j'ai quand même souvenir d'un quelque chose qui prend la bouche, rien à voir avec cette douceur de fruits boisés qui ne donne pas encore dans la minéralité. Bon, celles-là c'était du stockage humide, quand même...

Je suppose que je n'ai tout simplement jamais eu de sheng dans cette période de maturation où les fruits évoluent sur le bois. Mais j'ai du mal à me convaincre que ce n'est pas un effet de l'eau ou du stockage très sec que ces galettes ont enduré, et donc ça me trouble.

On attend de l'orage aujourd'hui. Je me demande si c'est pas le moment de dégainer les "vraies" vieilleries, histoire de voir. 


samedi 26 mars 2016

2008 – Mulan, Lie Yun Tang / Ming et Zhong He, Nan Kong Shan, Simao, Terre de Ciel

Dégustation du 26 mars 2016


Informations et provenance : Échantillon de Marceline du Forum des Amateurs de Thé, en provenance de la boutique Terre de Ciel. Le thé n'est plus disponible à la vente aujourd'hui mais a été dégusté et commenté par de nombreux amateurs, par exemple ICI, ICI, encore ICI, et .


Détails d'infusion : 5 gr. / 130 ml en DuoQio ZhuNi. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 25s. - 30s. - 35s. - 40s. - 50s. - 60s. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : La compression de cet échantillon étant assez forte, j'ai dû utiliser le pic pour déliter l'échantillon. La couleur des feuilles est très sombre pour un puerh de 2008, je trouve. C'est curieux, on lui donnerait quelques années de plus. La liqueur orange saturée laisse beaucoup d'écume coincée dans le couvercle de la théière et des petits nuages à la surface de la tasse. 


Odeur : Parfums musqués et sucrés de raisins secs, la cassonade (ou plutôt vergeoise pour vous français), brioche aux raisins et à la cannelle, quelque chose d'un peu poivré même à la surface de la liqueur. C'est intriguant, ce pôle épicé bien présent et qui domine même par-dessus le fruit. 


Goût : J'ai l'impression de boire un vin chaud aux épices... J'y trouve une saveur qui me rappelle quelque chose comme le raisin cuit, peut-être confit, avec de la cannelle, du poivre, du cerfeuil... C'est doux, sans amertume, presque un jus de fruits vaguement liquoreux. 

Sur la deuxième infusion le côté herbacé se développe, cerfeuil, basilic, persil séché. Une très fine pointe d'amertume apparaît mais ce sont les tannins surtout qui sont plus présents. Je reste sur l'impression de déguster l'aspect aromatique d'un alcool sans la morsure de l'alcool.

Troisième infusion un peu plus poussée, aaaah voilà l'amertume ! Elle prend un peu la bouche d'ailleurs, porte des saveurs aromatiques herbacées avec une finale sur le fruit confit. Elle me rappelle la Gu Hua Cha de Mengku ou la Red Sun Drum de Jinuoshan dans ses saveurs, le cuir en moins... mais je me trompe peut-être ? Ça fait longtemps que je ne les ai pas goûtées ces deux-là.

La suite est du même calibre. C'est intéressant et complexe, j'ai bien apprécié. Merci Marcelline ! 


Texture : Bonne présence en bouche après avoir avalé, liqueur plutôt souple, tenue des saveurs moyenne que je suspecte amoindrie par l'absence d'amertume. Retour rétro-olfactif très présent sur des notes d'herbes aromatiques. L'astringence est marquée dès la deuxième infusion. Très petit effet frais en fin de gorgée à partir de la quatrième infusion, mais éphémère.


Couleurs : Un tableau abstrait de bleu royal, indigo, violet et vert sombre, traversé par des filaments presque électriques blanc et orangé.