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lundi 3 novembre 2025

Fallen Idols | 2010, Yi Hao, Chen Sheng Hao, Tea Urchin

J'ai appris hier que David et Leigh Eddings, géants littéraires de mon adolescence, avaient été arrêtés et emprisonnés dans les années 70 pour abus, maltraitance et cruauté envers leurs enfants adoptifs. Ils ont été jugés séparément et ont chacun reçu une peine de 12 mois, qu'ils ont purgé quelques années avant de commencer leur carrière littéraire. J'ai lu les détails de ce qu'ils ont fait. C'est tout simplement atroce. D'ailleurs pour avoir mérité une peine si "sévère" à la fin des années 70, avant que les droits des enfants ne soient établis, c'est que la gravité de ces actes devait dépasser même tout ce que j'ai lu.

C'est une nouvelle que je trouve extrêmement difficile à avaler. 

D'abord parce que ça me touche sur un plan personnel. Moi aussi, j'ai été victime de maltraitances commises par des adultes sur l'enfant que j'étais, et j'ai une connaissance intime de la souffrance qu'une telle trahison peut engendrer. Surtout quand ça vient d'un parent. 

Mais aussi parce que ces deux-là ne sont que les derniers à joindre une longue, très longue liste de mes héros d'enfance qui ont produit des œuvres d'art remarquables, des bouquins qui ont marqué ma vie et sur lesquels j'ai construit mon identité, mes valeurs, et qui au final se révèlent avoir été écrits par des gens qui perpétuent violence et souffrances de toute sorte. Souvent envers les enfants. 

J'ai envie de croire que la rédemption est possible, que ceux qui posent ces actes sont encore capable de bonne foi, de réparation. Mais quand je repense aux histoires qu'ils ont écrites, à certaines scènes en particulier qui m'avaient fait tiquer même à la première lecture, j'en suis incapable. Ce qui à l'époque m'avait semblé être l'une de ces choses qui ne peuvent être comprises que du point de vue d'un adulte, qu'il était si facile de mettre de côté à une époque où ma vie n'était construite que de confusion, je les relis aujourd'hui et n'y trouve plus qu'une justification chambranlante, égoïste, et par-dessus tout hypocrite. Une perpétuation de la souffrance, écrite par des gens qui eux-mêmes ont dû avoir des vies souffrantes, mais qui se sont montrés à l'âge adulte incapables de ne pas la transmettre, de ne pas la justifier. Et le cycle continue, ce cycle de violence qui écrase tout sur son passage, qui finalement définit une bonne portion de l'humanité.

J'ai du mal à ne pas en concevoir une rage sourde qui remonte directement aux racines de ce que j'ai vécu. 

Et j'ai mal. J'ai mal car ces bouquins sont les mêmes qui m'ont aidé à tenir le coup quand j'étais dans une situation de violence. Ce sont les mêmes qui m'ont fait prendre sur moi, qui m'ont forcé à tenter de comprendre le point de vue des adultes qui me maltraitaient, à pardonner, et en vieillissant à maintenir le silence, laisser ces choses dans le passé. Ces choses qui aujourd'hui, à l'annonce de cette nouvelle, me prennent à la gorge et m'étouffent. 

Je voulais me préparer un thé réconfortant aujourd'hui, quelque chose de chaud, sucré, un baume au coeur. Mais après quelques heures à tergiverser, c'est finalement cette Yi Hao que je choisis. Un sheng du terroir de Bulang, pour aller avec ma petite théière à la cassure soulignée de doré, et dont la force intacte me laisse des cendres dans la bouche.

Et avec lequel, finalement, je me sens compris. 

jeudi 23 octobre 2025

Au ralenti | 2005, Li Shan Tie Guan Yin, Tea Urchin

 

Journée frigorifiante aujourd'hui. L'humidité est plus gênante que la température, mais il y a une lourdeur dans l'atmosphère qui me donne un fond de migraine. J'ai l'impression de tourner au ralenti. 

Pas d'envie de thé particulière ce matin. Le besoin de me sentir réchauffé de l'intérieur me fait quand même lancer la bouilloire en fin d'avant-midi. Quelques grammes de ce Li Shan 2005 dans une minuscule théière devrait faire l'affaire. 

Pendant que l'eau chauffe, j'ai le nez dans la tasse. Caramélisation profonde, laiteuse, sucrée. C'est vrai qu'il n'a pas son pareil, ce petit Li Shan. Après m'en être fait une première tasse, ça se confirme doublement. L'épaisseur de la liqueur me rappelle celle de la crème. 

Les écureuils continuent de s'affairer devant ma fenêtre, je crois que je vais leur récupérer des noix à coques.

J'avais oublié que ces billes produisaient une liqueur si claire, je m'attendais à une boisson aussi rouge que les feuilles. Est-ce que c'était déjà comme ça ou est-ce que je les infuse mal ? 

En relisant mon dernier billet, je m'étonne d'abord de les avoir préparées en terre duanni la dernière fois, puis je constate que si. La liqueur était déjà d'une clarté lumineuse, et les parfums caramélisés en fond de tasse y étaient aussi. J'ai l'impression d'être dans une confiserie. Ma coloc y trouve des saveurs de noix de coco. 

Cela dit ça fait trois jours que mes wulong sont en retrait, je crois que la température ne leur plaît pas. Il me semble vaguement que c'était quelque chose que j'avais déjà relevé par le passé, cette tendance aux thés de s'effacer pour quelques semaines vers la fin d'octobre, mais c'est très loin...

Enfin, je sens que ça va finir dans le gros yunomi en Grandpa Style tout ça, c'est dommage. Heureusement qu'il m'en reste encore pour deux ou trois dégustations.

Au moins le thé a accompli son oeuvre, j'ai bien chaud maintenant.

Et j'ai envie d'un puerh. 


dimanche 10 avril 2016

2013 – Lao Man E « Spring », Bulang Shan, Bulang, Xishuangbanna, Menghai, Tea Urchin (Évolution)

Dégustation du 10 avril 2016
(La première dégustation se trouve ici.)

Informations et provenance : La fin du sachet de l'OSV Tea Urchin dont j'avais fait une dégustation il y a quelques années... ça ne sera pas la fin de ce thé cela dit car je m'en suis récupéré une galette. 


Détails d'infusion : 5 gr. / 130 ml en DuoQio "Modern" ZhuNi. Eau filtrée Brita, maintenue à 100°C en Yama Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - 40s. - 50s. - 60s. - suite au jugé. Total de 12 infusions (dont une qui a macéré toute la nuit).


Vue : Feuilles identiques, liqueur toute aussi pâle et claire sur la première infusion que la dernière fois, plus orangée sur les suivantes... pas grand changement entre novembre 2013 et mars 2016. Goûtons.


Odeur : Au nez je retrouve de la cassonade, des parfums finement fruités (bleuets et mûres noires, l'acidité d'un abricot frais cueilli, encore un peu vert), et une pointe de noisette très furtive qui ne l'espère se révélera davantage avec le temps car c'était très gourmand. Au fond de la tasse je retrouve le musc sucré que j'aime tant. 

La dernière fois je qualifiais ces arômes par le mot "charnu", je ne suis pas convaincu que ce terme convient toujours. Mais c'est généreux et gourmand, quoique peut-être un peu en retrait maintenant. 


Goût : La première infusion est très douce et végétale, ce à quoi je ne m'attendais pas vu l'explosion d'amertume en bouche la dernière fois. Les saveurs sont fines et fleuries, c'est encore meilleur quand ça refroidit un peu et que les subtilités se développent. 

La deuxième, bien plus prononcée en couleur, me surprend : je n'y retrouve toujours pas l'amertume puissante que j'en étais venu à associer avec ce thé. En bouche c'est savoureux, fruité, boisé, finement végétal, même un peu fleuri. Mais je suis déstabilisé et c'est ça, plus que le thé lui-même, qui retient mon attention. 

La suite est du même calibre, avec une certaine âpreté dans le bois qui s'installe, et qui après la quatrième infusion se développe sur le tabac, les cendres, bref ce qu'on attendrait d'un jeune thé du terroir de Bulang. 

Je suis confus. Je ne le reconnais plus. Il est bien ce sheng, très bien même, mais il faudra que je passe quelques longs moments avec lui... car c'est comme rencontrer une nouvelle personne alors qu'on s'attendait à retrouver un ami. Ça me déstabilise, mais ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose.


Texture : C'est bien rond et lisse, relaxant sans être énergisant, et j'avoue que je ne dirais pas non à une petite sieste maintenant. Je sens bien l'énergie qui était présente autrefois mais elle s'est assagie, son action n'est plus aussi marquée et joueuse. Un thé en retrait ? Ou simplement un thé qui prend de l'âge ? C'est le temps lui-même qui saura me le dire...


Couleurs : Comme j'écrivais à Niva (Humeurs d'un Paradoxe) à l'instant : "C'est super marrant la synesthésie. :happy: En reniflant les feuilles sèches de mon thé, j'ai eu du bleu et du vert sombre sur fond noir en type "brume"... et à un moment y'a une note d'abricot qui a fait "wham je suis là !" et j'ai vu une grosse traînée lumineuse dorée traverser mon tableau mental.
Et là j'ouvre mon document d'il y a deux ans pour comparer les parfums et saveurs.
Et je vois ça. :happy:"

mardi 1 mars 2016

2013 – Yiwu Peacock Blend "Spring", Yi Wu, Mengla, Xishuangbanna, Tea Urchin


Informations et provenance : Voici une dégustation... que je n'aurais pas dû faire. ^^
Elle a été faite à Montréal, dans des circonstances où j'étais sans cesse dérangé, avec une eau peu recommandable, dans un environnement peu familier (enfin, chez ma mère quoi, familier mais pas pour le thé !) et surtout dans un état d'esprit qui n'était pas idéal pour une dégustation.
Mais je l'ai faite, et voilà, autant la poster même si elle arrive deux ans en retard. Elle n'est pas complètement dénuée d'intérêt.
Ce jeune puerh produit par Tea Urchin est l'un des thés de l'OS : Tea Urchin du Forum des Amateurs de Thé, opération spéciale qui a déjà été présentée dans d'autres posts et que je ne me sens pas le besoin de réexpliquer. C'était au moment de sa sortie un thé d'entrée de gamme et qui encore aujourd'hui demeure à un prix très raisonnable. Les retours de l'opération se trouvent ici, si vous en avez lue ou faite une ailleurs, n'hésitez pas à me contacter.


Détails d'infusion : 5 gr. / 125 ml en Gaiwan JiHua. Eau du robinet de Montréal, non filtrée et chauffée en bouilloire de plastique. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 25s. - 35s. (bu par ma mère) - 45s. - pause pour refaire chauffer l'eau - 50s. - 60s. Total de 7 infusions.


Vue : C'est une galette très peu compressée -- en sortant les feuilles vert clair du sachet, on pourrait presque croire qu'il s'agit de maocha. Mes photos ne rendent pas justice à la teinte des feuilles mouillées, mais la liqueur est particulièrement claire et lumineuse. Un peu d'écume a tendance à s'accumuler sur les bords des tasses -- peut-être qu'avec une autre eau, on aurait droit à quelques effets d'huile dansants sur la liqueur.


Odeur : C'est frais, c'est floral avec quelques relents fruité, c'est sucré, c'est printanier. Les feuilles sèches dans le gaiwan chaud sentent les abricots secs et le menthol. Les feuilles mouillées gardent une composante fruitée mais ont surtout une odeur de musc, et c'est le parfum sous le couvercle qui étrangement développe une certaine amertume (bien qu'étant par ailleurs sur les mêmes odeurs que les feuilles mouillées). La liqueur a peu d'odeur, le fond de tasse pareil. Je mets l'eau en cause.


Goût : La première infusion, peut-être un peu légère, est presque typée jus de fruits ! En fait, à force d'infuser, je réalise que c'est vraiment un thé très léger de goût, délicat -- le type de thé qu'on doit boire en faisant attention au risque d'en voir passer les complexités sans avoir pu les saisir... très floral en tout cas, type nénuphar je dirais... mériterait probablement un dosage un peu plus fort. Je suspecte aussi que l'eau de Montréal a tendance à l'étouffer... il faudra revérifier à Québec !


Texture : Plutôt rond, mais passe dans la bouche de façon assez fluide, sans laisser beaucoup de traces. Mes notes s'arrêtent là.


Couleurs : C'est vert, mauve, rose, blanc... ça me fait penser à un bouquet de fleurs de printemps dans un nuage de brume. Difficile de percevoir les détails, les couleurs, les mouvements... C'est une vision un peu onirique.

samedi 27 février 2016

2013 – Tea Urchin's "Gao Shan Zhai", Yi Wu, Mengla, Xishuangbanna, Tea Urchin (Évolution)

(La première dégustation se trouve ici.)


Informations et provenance : Même thé, différents paramètres... Voyons voir ce que ce thé a dans le corps six mois après la première dégustation. ^^
(À noter que la première dégustation avait eu lieu en novembre 2013 et celle-ci date du printemps 2014... oops ! Oui j'ai du retard sur mes transcriptions. XD)


Détails d'infusion : 5 gr. / 100 ml en Purion de Lin's Ceramics. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 20s. -25s. - 30s. - 35s. - 40s. - 50s. - 60s. - 1m.20s. - suite au jugé. Total de 13 infusions.


Vue : Comme on peut voir sur les photos, là où les feuilles étaient plutôt vertes il y a six mois, elles ont depuis considérablement foncé. Elles n'ont pourtant pas été exposées à l'air de façon exagérée : elles étaient conservées dans le petit sachet fourni par Tea Urchin, qui était lui conservé dans un sac de plastique, lequel était rangé avec mes autres échantillons dans mon meuble à thé. C'est plutôt intéressant de voir son thé évoluer comme ça !
La liqueur a peu changé, elle demeure dans des teintes jaune vif peut-être un peu plus sombres qu'il y a six mois.


Odeur : Sorties de leur sachet, le parfum des feuilles sèches est très frais -- finement végétal et floral, ça me rappelle les odeurs qu'on a au nez en marchant dans un terrain vague envahi de végétation. Dans la théière chaude c'est merveilleusement fruité, avec une pointe d'épices chaudes et réconfortantes. Les feuilles mouillées sont fumées et acides avec une pointe de sucre -- rien qui sort de l'ordinaire, mais très différent de la dernière fois. Le couvercle en revanche a un parfum très végétal qui me rappelle le bok choy, alors que la dernière fois il me semblait plutôt sur le fruit -- fruit qu'en revanche je retrouve dans le fond de tasse en compagnie d'une bonne dose de musc.


Goût : La première infusion est plutôt végétale, j'y retrouve les bok choy dont je parlais plus tôt au niveau des parfums du couvercle. La deuxième retombe dans un modèle plus semblable à celui d'il y a six mois, un mélange végétal et floral qui me rappelle le nénuphar. Les suivantes gardent le même pôle, avec quelques pointes de cuir et de fumée ici et là autour des infusions quatre et cinq, mais s'épuisent un par un pour ne plus laisser vers la fin que des saveurs ténues dans une texture épaisse et huileuse (qui est explicitée dans le prochain paragraphe).

En comparaison avec la dernière fois, les arômes semblent beaucoup moins délicats -- bien que toujours élégants, on découvre cette fois un peu plus de puissance et de "jus" comme on dit. J'aime moins le pôle sur le légume cuit mais l'ensemble est plutôt agréable et harmonieux, surtout sur les infusions sept à neuf.


Texture : Là où c'était une huile légère qui s'évaporait vite la dernière fois, c'est maintenant une texture d'huile de tournesol presque visqueuse -- et du coup j'ai vraiment l'impression de boire une infusion de légumes verts ! Côté longueur en bouche, ça tombe un peu court et je n'ai pas l'impression de garder les saveurs en bouche très longtemps. C'est dommage parce qu'avec une texture pareille, il y avait moyen que ça reste. Encore une fois, peu d'effet sur le corps passé les sensations de bouche. Un thé intéressant, mais pas mémorable et qui à ce prix, encore une fois, me laisse sur ma soif.


Couleurs : Ben c'est la même chose. Les couleurs me semblent plus prononcées peut-être, mais j'ai toujours ce visuel de gouttes de pluie qui tombent dans un lac, avec cercles concentriques sur une surface calme. C'est superbe et, paradoxalement, mieux que le thé lui-même...

2013 – Premium Da Hong Pao, WuYi Shan, Fujian, Chine, Tea Urchin


Informations et provenance : Voici l'un des thés de l'OSV : Tea Urchin qui a eu lieu sur le Forum des Amateurs de Thé à l'automne 2013. J'ai déjà fait la présentation de l'OSV sur ce post, du coup il ne reste qu'à vous présenter le thé lui-même.
Il s'agit ici d'un Da Hong Pao, qui est un yancha, un thé de rochers en provenance des monts Wuyi dans le Fujian. Da Hong Pao (大紅袍) signifie "Grande Robe Rouge" et fait référence, si je ne me trompe pas, non à la couleur particulière de l'infusion (pourtant il y aurait eu matière là !) mais à une histoire chinoise intéressante. Celle-ci raconte comment la mère d'un empereur de la dynastie Ming aurait été guérie d'une maladie mortelle par ce thé particulier -- en remerciement envers les buissons de thé qui auraient été à l'origine du thé miraculeux, l'empereur les aurait recouvert de grands tissus rouges afin de les protéger des éléments.
Maintenant, puisque c'est un thé qui faisait partie d'une opération spéciale du forum, les retours sont nombreux et variés ! La majorité se trouvent là, mais si vous avez fait des comptes-rendus sur d'autres supports, comme d'habitude, j'ajouterai les liens ici.


Détails d'infusion : 7.4 gr. / 125 ml en poire ZiSha. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash (bu). Temps d'infusion : 10s. - 20s. - pause pour calmer l'estomac - 30s. - 45s. - 60s. Total de 5 infusions, dégustation arrêtée pour cause de maux d'estomac.


Vue : Les feuilles violet sombre semblent plutôt fragiles à première vue, mais étonnamment sont assez résistantes. C'est le rinçage en revanche qui retient toute mon attention : d'un rouge sombre, aussi foncé que ce que j'attendrais d'une première infusion, il est couvert sur le dessus de volutes d'huiles essentielles et de poussière mêlées. Ça donne un effet visuel spécial.


Odeur : Les feuilles sèches, à la sortie de leur petit sachet, on des parfums de torréfaction, de noix grillées et de quelque chose qui me semble légèrement... frais ? Fruité, floral, résineux... aucun des trois et les trois à la fois.
Lorsqu'elles sont déposées dans la théière chaude, les odeurs de noix sont toujours présentes mais elles dégagent en plus des parfums fruités, quelque chose qui me rappelle la prune ou le pruneau sec. Les feuilles mouillées, elles, sont carrément sur des arômes de cacao ! J'adore !
La liqueur est fragrante, dégage les mêmes parfums de fruits secs que les feuilles sèches dans la théière chaude (ce qui est quand un inédit chez moi), et le fond de tasse laisse échapper des effluves caramélisés.


Goût : L'eau de rinçage est si foncée et fragrante que je l'ai bue ! Peu de goût et un peu sablonneuse, mais déjà je sais que ce Da Hong Pao me plaira beauuuuuuucoup plus que tous les autres que j'ai goûté jusqu'ici : sous la saveur de torréfaction poudreuse on perçoit déjà des arômes de fruits secs, prune et abricots je dirais !
La première infusion (beaucoup plus satisfaisante que l'eau de rinçage quand même... ^^) reprend les mêmes saveurs, mais en plus concentré. Pour l'instant la torréfaction est très puissante, mais comme elle n'est pas monolithique, ça va. Il y a quelque chose derrière la torréfaction, derrière les fruits, qui laisse penser que les infusions suivantes risquent de développer une belle minéralité -- qui d'ailleurs est attendue, ce n'est pas pour rien qu'on dit que ce sont des "thés de rochers" !
La quatrième infusion voit l'atténuation des saveurs torréfiées au profit de saveurs douces et d'un arôme de fleurs très puissant en rétro-olfaction auquel je ne m'attendais pas du tout puisque les infusions précédentes étaient plutôt sur les fruits secs. C'est frais et léger, mais ça reste longtemps en bouche -- agréable !


Texture : Très ronde et enveloppante, mais aussi un peu sablonneuse sur les deux premières infusions. Un petit point désagréable : l'eau de rinçage est bien passée, mais les premières gorgées de l'infusion elle-même ont fait réagir mon estomac... La deuxième infusion confirme les choses : goût plutôt agréable, mais liqueur très agressive, au point de devoir arrêter pour manger un peu de yogourt histoire de calmer les brûlures. Si tôt dans la dégustation, ça ne m'était jamais arrivé, ce qui m'inquiète un peu je dois l'avouer.
Après la cinquième, rebelote - je crains de ne pouvoir terminer ce thé, qui pourtant est très bon au goût mais qui m'attaque trop l'estomac pour que je tire plaisir de cette dégustation.
Verdict final : probablement le meilleur DHP au niveau des arômes, saveurs et parfums, et définitivement le plus convaincant. Quel dommage qu'il soit si agressif que je ne puisse pas le boire...


Couleurs : Du rouge, du bleu, du brun, du vert en spirales et volutes colorées, toujours en mouvement et séparées en "strates". Des éclats blancs se reflètent au-dessus des couleurs, comme si le soleil venait se refléter sur l'eau d'un lac agité.

mercredi 24 février 2016

2013 – Tea Urchin's "Gao Shan Zhai", Yi Wu, Mengla, Xishuangbanna, Tea Urchin


Informations et provenance : À l'automne 2013, quelques mois à peine après l'ouverture du Forum des Amateurs de Thé début septembre, s'est tenue l'OS (Opération Spéciale) qui demeure à ce jour ma préférée je crois. Non pas parce que les autres étaient moches, bien au contraire, mais parce que c'est avec celle-ci que j'ai fait la découverte des thés de Tea Urchin -- au plus grand bonheur de mes papilles et au plus grand malheur de mon porte-feuille. ^^
Ce thé-ci, un puerh de Gao Shan Zhai dans la région de YiWu, est l'un des six thés reçus en échantillons de 15 grammes via l'OS en question et s'il n'est pas mon favori de l'ensemble, je dois admettre avoir été impressionné par son élégance.


Détails d'infusion : 5 gr. / 150 ml en LongDan DuanNi. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - 40s. - pause - 40s. - 50s. - 1m. - 1m30s. - suite au jugé. Total de 12 infusions.


Vue : L'échantillon est constitué de quelques morceaux découpés d'une galette très peu compressée. Il ne faut pas se fier aux photos -- le morceau se défait quasiment en soufflant dessus. Les feuilles sont pour la plupart grandes, dans des teintes de kaki avec un joli duvet argenté au dessous, avec de longues tiges.
La liqueur est claire et limpide, d'un jaune très léger qui est mal rendu sur les photos. Beaucoup d'écume s'échappe au-dessus de la théière au moment d'infuser la première tasse.


Odeur : Les feuilles sèches ont un parfum très frais, plutôt floral avec une pointe de résine. En théière chauffée, elles prennent des odeurs fruitées de compote pomme/poire et de pruneaux secs. Les feuilles mouillées sentent très bon, ce que je trouve surprenant : au lieu de l'âcreté habituelle, je découvre quelque chose de légèrement fumé avec des notes qui me rappellent l'encens et le charbon de bois. Le parfum de fond de tasse, lui, est très musqué mais beaucoup plus "frais" que l'odeur que je retrouve chez les puerh adolescents (je pense par exemple aux Mu Shu Cha et Ming Feng 2006).


Goût : Le goût de cette première infusion est très doux, plutôt fruité et sucré avec une pointe de musc, ça me rappelle beaucoup la Bang Wei du même vendeur avec peut-être un soupçon d'amertume supplémentaire (ce qui n'est pas pour me déplaire).
Ça devient beaucoup plus floral dès la deuxième infusion, avec un courant sous-jacent de cuir et de fumée que je n'ai pas souvenir d'avoir beaucoup retrouvé sur les sheng -- peut-être est-ce une question d'âge, mon expérience avec les sheng de l'année demeurant quasi anecdotique. Quoi qu'il en soit, c'est vraiment agréable.
L'amertume est plus présente dès la troisième infusion et les saveurs qui apparaissent en retour en bouche demeurent plus longtemps sur la langue... mais c'est encore un peu court, ce qui est dommage car au goût c'est très bon. La suite de la dégustation confirmera cette impression : très agréable mais je reste un poil sur ma soif vu le prix de cette galette.


Texture : La texture est particulièrement intéressante, faite d'un filin très légèrement huileux -- c'est une texture qui fait penser à de l'huile essentielle en fait, c'est huileux pendant une seconde puis ça s'évapore en sécheresse. C'est plutôt doux sinon, peu voire pas d'aspérités en bouche, cependant j'y perçois peu d'effet sur le corps -- ça demeure un thé agréable, mais pas particulièrement marquant.


Couleurs : Les motifs que ce thé me fait voir me font penser à la pluie -- des "gouttes" blanches, bleu clair, orangées et jaunes tombent en faisant des cercles concentriques sur un fond de brume verte et noire. C'est, j'avoue, quelque chose que je ne me lasse pas de contempler...