mercredi 18 mars 2026

2020, "Sun-Dried Wild Purple Buds", Dehong, Yunnan Sourcing

D'abord c'était le vent et les bacs à recyclage... ensuite, les morceaux de glace secoués des arbres qui tombaient en chute libre partout dans l'entrée. Puis rebelote le vent, la pluie, la grêle, et encore le vent. Ce matin, grand ciel bleu, je suis soulagé. Disons que je commençais à avoir hâte de faire une nuit complète sans être réveillé aux petites heures par le vacarme d'un phénomène naturel. 

Nous avons survécu au souper d'anniversaire. Toutes ces préparations m'épuisent, même si j'ai plaisir à les faire.  Pendant trois jours je suis resté sur l'impression d'avoir remplacé mon cerveau par un citron pressé. Mais les plats ont eu beaucoup de succès, puis la soirée elle-même s'est très bien passée, c'était chouette. La fêtée était contente et nous aussi. C'est une chance, car nous recommençons avec un autre groupe dans deux jours. 

Nous avons aussi survécu au verglas de la semaine dernière, encore qu'à voir la taille de ce qui est tombé des branches on aurait pu craindre la commotion cérébrale pour ceux qui se promenaient dessous. J'ai bien pris des photos, mais elles ne rendent pas justice au phénomène. C'était comme être bombardé de cailloux, taille allant de phalanges à balles de ping-pong, qui se fracassent au sol et renvoient des échardes au rebond. 

Je suis quand même bien content d'être à l'intérieur quand la nature se déchaîne comme ça.

Parlant de nature sauvage... Le thé des deux derniers jours (commencé hier, terminé aujourd'hui) est fait de bourgeons de puerh, cultivar "sauvage" (Ye Sheng) et violet, dont je suis vraiment surpris de n'avoir pas fait de compte-rendu par le passé car c'est un thé qui tourne régulièrement chez moi. On le trouve chez Yunnan Sourcing à un prix encore très raisonnable, une fois n'est pas coutume. Fruits exotiques, boisé doux, une touche d'épice (muscade peut-être ?), un léger fumé avec des arômes type BBQ, une texture liquoreuse épaisse qui tapisse les papilles, des feuilles qui durent, qui durent... la liqueur est moins pure et raffinée que la version de Hojo Tea, les bourgeons sont deux à trois fois plus petits, mais c'est bien la même palette, le même type de thé. 

C'est un thé que j'aime boire même les jours où je n'ai pas envie de thé. Peu importe son mode de préparation, il est très difficile à rater. Les bourgeons sont magnifiques, je ne me lasse jamais de les contempler. Toutes ces couleurs qui se révèlent dans l'eau chaude, et puis ces formes délicates aux extrémités pointues qui ont pour moi quelque chose d'attendrissant... un délicieux paradoxe. 

J'ai du mal à me faire au changement d'heure cette année. Peut-être parce que j'ai beaucoup vécu la dernière au rythme de la course solaire plutôt qu'au rythme des horloges, et ce retour de la noirceur en début de matinée m'est difficile. 

L'équinoxe commence à s'annoncer cela dit, et ça, ça me fait bien plaisir. Je le vois à la progression du soleil en bord de fenêtre. La partie sombre de l'année est bien sombre. Mais pendant la moitié lumineuse, les rayons s'avancent à l'intérieur et viennent frapper le mur contre lequel j'ai mon lit... et là ça y est presque ! Lumière naturelle, mon amour. 

Il n'y a vraiment rien de tel pour accompagner le thé. À moins que ce soit un wulong... mais ça c'est une autre histoire.


mercredi 11 mars 2026

Verglas | 2014, Yi Bi Zhai "Wild Arbor", Yiwu, Zhejiang, Yunnan Sourcing

Les derniers jours ont été particulièrement chauds dans mon petit coin tranquille. 16 degrés au mercure alors que les normales de saison frisent le zéro, du soleil éclatant presque toute la journée, la fonte des neiges bien amorcée... 

Ce matin en revanche j'ai été réveillé par le vent qui agitait les bacs de recyclage. C'était tellement bruyant que je croyais qu'il y avait quelqu'un dehors. Quand j'ai ouvert les rideaux, il faisait encore noir et les branches des arbres ressemblaient à ces griffes fourchues aux mouvements erratiques que l'on voit dans les films d'horreur. Pas un son quand j'ai mis le nez à la porte, seulement le sifflement sinistre du vent. Halloween en plein mois de mars. 

On annonce une tempête de verglas aujourd'hui. 

D'ailleurs voilà, ça y est, ça commence. La pluie tombe en stries dans ma fenêtre et déjà la couvre de buée. Les rares passants à cette heure matinale se pressent pour échapper à l'assaut du ciel. Un gros camion laisse des traînées de sel épaisses sur les rues. À l'intérieur, l'eau bouille et le rituel apaise ce léger fond d'angoisse qui m'étreint toujours à la mention de verglas.

C'est un truc malheureusement bien banal, bien Québécois. Début janvier 1998 a vu l'une des pires tempêtes de verglas dans l'histoire enregistrée du pays, bris et dégâts et chûtes et décès et coupures d'électricité qui ont duré quelques semaines en ville, plusieurs mois en campagne. Je pense que quiconque était assez âgé pour prendre une mesure même partielle de ce qui se passait en est ressorti avec quelques séquelles. D'ailleurs on le voit bien sur les réseaux sociaux, les Québécois ont tendance à paniquer et se sur-préparer avec toute annonce de verglas. C'était l'un de ces événements qui définit une génération et j'ai bien peur qu'il nous ait laissé avec un petit choc traumatique collectif. 

Mon thé est prêt. 

Les feuilles que j'ai choisi sont très sombre, presque noires. La liqueur est douce et parfumée. C'est un joli petit thé de la région de Yiwu acheté chez Yunnan Sourcing qu'aujourd'hui encore je bois en grand-pa style (sacrilège !). La galette n'est plus disponible mais on trouve encore quelques échantillons à la vente à un prix qui me fait hausser les sourcils. Bon, faut dire que c'est pas mal tous les prix ces jours-ci qui me font hausser les sourcils, je vais donc passer vite là-dessus. 

À priori, c'est un thé du quotidien. Un joli truc dans le haut du bas de gamme, ou peut-être au bas du moyen. Rien de particulièrement éclatant, mais ce que j'ai en bouche est vraiment sympathique. Une belle balance entre subtilité des saveurs, amertume de jeunesse et notes âgées, un pôle boisé-épicé avec une trace de sève, douceur et force à la fois, et toujours succulent même quand on pousse et sur-infuse un peu les feuilles. Ça se boit tout seul. Du bon Yiwu d'entrée de gamme qui donne une idée du minimum que devrait donner ce terroir... 

... mais rien de joueur, rien de surprenant. Au niveau de la texture, c'est lisse, sans aspérités, et finalement sans grand intérêt. Savoureux cela dit. Je pense que c'est en partie pour ça que j'aime tant le grand-pa style. Au-delà de la commodité de jeter quelques feuilles dans la tasse et basta, j'aime ces infusions changeantes d'une gorgée à l'autre. J'ai l'impression qu'elles me permettent de mieux prendre la mesure d'un thé. Les défauts mineurs sont gommés certes, mais les défauts majeurs ne peuvent pas se cacher, et les liqueurs sont riches sans souffrir d'une infusion parfois maladroite. Le GPS m'indique tout de suite si ça vaut la peine de faire une dégustation plus poussée ou pas, alors que si je commence avec un gaiwan ou une théière, je n'arrive jamais à savoir si j'ai un problème de mauvais thé ou de mauvaise technique d'infusion. 

Bon, j'irai revisionner les vidéos de Stéphane, des fois que. 

Avec la neige qui fond, les écureuils retrouvent les mannes d'automne qui n'avaient pas été mangées et je vois déjà l'effet bénéfique de la chaleur et d'une diète plus fréquente sur ceux qui passent du temps chez moi. La saison des amours est terminée, malheureusement il ne semble y avoir que des mâles qui nichent dans les environs cette année... probablement la faute du chat des voisins qui les a bien perturbés ces dernières semaines. Dommage, mais c'est la vie. Et puis c'est plus facile d'espacer l'horaire de nourriture pour les sevrer de l'aide humaine pendant l'été si je n'ai pas l'impression d'affamer des femelles gestantes. 

Après une période d'averses intermittentes, la pluie semble être prise pour de bon. Elle tombe lourde contre le sol, à l'entendre on jurerait que c'est de la grêle, ou le tapotement sec d'une main impatiente. Je suppose que c'est le ciel qui me signale que j'ai encore beaucoup de choses à faire aujourd'hui pour le souper d'anniversaire que nous organisons demain soir. (Ça devait être aujourd'hui mais avec ce verglas, personne ne veut conduire.) Bref, lorsque la vie réelle fait intrusion dans mes dégustations, c'est l'heure de déposer ma tasse.


samedi 7 mars 2026

First Rain | 2006, brique "Burang Shan", Camellia Sinensis

La pluie cessera dans les trois prochaines heures annonce météomédia en petits caractères inclinés, comme s'il ne réalisait pas l'insolite de sa propre nouvelle. Je suppose que la première vraie pluie non-verglaçante de l'année n'est pas assez sensationnaliste pour faire les manchettes. 

Mes écureuils ont l'air de rats mouillés, les pauvres. 

Cette pluie marque pour moi l'entrée officielle de la saison dans cette étrange période d'entre-deux, où l'hiver cède sa place au printemps qui n'est pas encore tout à fait prêt à répondre présent. Où la chaleur du soleil donne l'illusion d'une température clémente mais le vent encore glacial demande qu'on continue de s'emmitoufler. Une température qu'on vivait plutôt au début d'avril quand j'étais gamin, mais changement climatique oblige, c'est maintenant fin février-début mars. 

Ça arrive plutôt tard cette année en fait.

C'est le moment de l'année où il est le plus facile d'attraper froid aussi, comme mon corps me l'a rappelé cette dernière semaine. Mais je me sens assez remis aujourd'hui pour célébrer cette nature qui évolue vers la chaleur printanière. J'ai donc empli la bouilloire qui était restée vide depuis mon dernier post et sorti le gros yunomi dans lequel je bois du puerh Grand-Pa Style. (Pas de session complète encore. Avec ces étourdissements, j'ai peur pour mes ustensiles.) 

Malheureusement, la briquette choisie est aussi morte que l'hiver. Sèche et insipide en bouche, sans force, avec à peine une trace des saveurs de base que l'on attendrait d'un puerh figé au début de son adolescence. Je ne crois pas que le matériel était de grande qualité au départ, j'ai un souvenir lointain de saveurs cendrées envahissantes sur une amertume faible, mais ce qui est certain c'est que le stockage ne lui a pas fait cadeau non plus.

En GPS ses qualités ne ressortent pas beaucoup mieux, mais l'absence de notes répugnantes rend le breuvage assez générique pour apaiser mon envie de thé sans bousculer mes papilles enrhumées. C'est pas la fête, mais je n'ai pas le corps à la fête. Pour aujourd'hui, ça me va. Je suppose qu'il faut aussi des thés comme ça. 

Et puis ça reflète bien mon humeur, finalement. Je vis une petite crise spirituelle depuis quelques mois, ce repos forcé m'invite à la revisiter. J'ai l'impression de voir dans ce thé décédé non pas mes croyances profondes ou la réalité de mes expériences spirituelles, mais peut-être quelques-unes de mes illusions sur la nature des divinités... ou la nature de la vie, tout simplement. 

Ce n'est pas une crise bien grave. Je n'ai rien perdu. Mais ce que j'ai gagné entre un peu en conflit avec ce qui était déjà là. Admettre que ces deux choses conflictuelles peuvent être vraies en même temps me demande une flexibilité mentale sur un sujet sensible, où je m'étais construit des murs défensifs il y a longtemps. Laisser tomber ces murs, c'est difficile. Même quand je sais bien que c'est la liberté qui m'attend de l'autre côté. 

Dans quelques semaines, les trottoirs seront assez dégagés pour me permettre de reprendre mes marches matinales... et avec un peu de chance, dans quelques jours je serai assez remis pour reprendre mes expériences culinaires. Dans un cas comme dans l'autre, j'ai hâte. Après tous ces jours de lourdeur mentale, j'ai besoin d'un peu de légèreté.


jeudi 12 février 2026

Imbolc, ou à peu près | 2015, Mi Xiang Li Shan "Light Fired", Hojo Tea

Hier, un de mes écureuils s'est présenté à la fenêtre le nez ensanglanté, des marques de griffes sur l'épaule et une grosse touffe de poils arrachée. Il avait l'air un peu hagard, le pauvre petit. Ça lui a pris trois noix avant de perdre son air de somnambule et de retrouver sa mine familière. On voyait bien qu'il souffrait quelque part, mais ses pattes semblaient toutes bien fonctionner donc j'espère que c'était simplement des ecchymoses. C'est dur, la saison des amours.

J'ai failli ne pas faire de compte-rendu ce coup-ci, question de paresse mais aussi parce que je n'ai pas l'impression d'avoir grand-chose à dire. Beaucoup de train-train quotidien, quelques projets de cuisine auxquels je ne me suis pas encore mis, j'ai préparé de la bette à carde cette semaine tiens. C'est un légume feuille un peu sucré, assez sympathique avec ses couleurs variées, mais dont les saveurs se sont perdues dans le plat. Pas grave. Je ferai mieux la prochaine fois. 

Bref, beaucoup de survol et la difficulté de me poser. Il y a des périodes comme ça je suppose. 

Le Mi Xiang Li Shan que j'ai pigé dans ma pile d'échantillons n'est plus disponible à la vente depuis longtemps. Je crois qu'il vient de David, mais je n'en suis même pas sûr puisqu'il était rangé à part. Heureusement le FAT vient à ma rescousse avec quelques informations, ici en photo par Sébastien, des compte-rendus par Melawach et Julien (avec Blossom à la suite) qui l'avaient dégusté ensemble, et un commentaire de Blossom dans lequel on peut lire la description originale chez Hojo-san : 

Mi Xiang means muscatel or honey flavor in direct translation. This tea was made only from the leaf attacked by green fly. It gives extremely sweet flavor. Some people think its flavor is more like ripe mango.

Intéressant. 

Dans la tasse ce n'est pas le sucre qui domine cela dit. J'ai plutôt l'impression de boire un croisement entre un roulé taiwanais de haute altitude et un Dancong chinois, avec des parfums extraordinaires (du fruit exotique certes, mais surtout un floral opulent et miellé) sur une base un peu verte, un peu acide mais pas d'une façon déplaisante. La liqueur est très pure et la texture enrobante est une sensation à elle toute seule. Je regrette de ne pas l'avoir dégusté plus tôt. 

Je crois que dans sa jeunesse il m'aurait évoqué l'automne, et au nez quand je l'ai choisi je sentais bien la chaleur des fruits mûrs. Mais son étiquette ("Light Fired") donne en fait la bonne impression. Ses parfums typés me rappellent le Dong Ding de M. Nen Yu. C'est parfait pour aujourd'hui. 

Mes envies de printemps s'accordent au ciel bleu et à la température clémente (toute relative : il fera -3 C au plus chaud de la journée). Je crois que c'est la première fois que je saisis vraiment l'intérêt de célébrer Imbolc, "les prémisses du printemps" en cercles païens, au mois de février. Montréal est sur la même latitude que Bordeaux mais on ne pourrait pas le dire. Mon expérience me dit que les masses de neige accumulée mettront encore deux mois à fondre, et on est à risque d'une tempête jusqu'au début mai. 

Et pourtant, la nature s'éveille. Les plantes sont encore en dormance mais les jours allongent à une vitesse folle, les animaux sont actifs, et puis il y a quelque chose dans l'air. Un frémissement, une fébrilité joyeuse qui, faute d'exutoire, peut rapidement devenir de l'impatience. Le froid va être difficile à supporter ces prochaines semaines, avec toutes ces promesses de printemps.

Ça sera bientôt le temps des sucres sinon, j'ai bien hâte de voir ce que donneront les récoltes cette année. Est-ce que "l'hiver d'antan" que l'on vient d'avoir prédit aussi un "printemps d'antan"? Il est encore un peu tôt pour le dire, mais j'imagine que les gens qui ont des érablières ont les doigts croisés et les fesses serrées. Le changement climatique a beaucoup affecté les producteurs d'érable ces dernières années. Une petite accalmie dans la montée des prix ne ferait de mal à personne.

Longévité incroyable sur ce thé au passage. L'aspect vert acide s'est complètement résorbé, j'ai maintenant de jolies tasses de jus de fruit. Les parfums se perçoivent encore plus aisément qu'au début, c'est comme si toutes les saveurs parasites se sont évaporées pour ne plus laisser que le sucre et le fruit. Et la texture est encore plus épaisse, enveloppante, souple. Superbe. 

Une petite montée de chaleur me fait mettre cette dégustation en pause, c'est trop d'énergie là, mais sans aucun doute je la poursuivrai plus lentement tout l'après-midi. Un énorme merci, David (ou si ça ne venait pas de toi, merci à la personne qui me l'a gentiment offert). 


dimanche 8 février 2026

Premiers signes du printemps | 2020, Ning'er "Golden Honey Aroma", Yunnan Sourcing

Mes écureuils ont commencé à se pourchasser dans les rues, la saison des amours est arrivée. Depuis la fin novembre je n'en vois généralement qu'un ou deux à la fois, ce matin il y en avait six ! La plupart d'entre eux beaucoup plus intéressés par la petite femelle en chaleur qui cherchait à déjeuner que par les noix laissées devant ma fenêtre. Mais comme la belle est l'une de mes régulières... Va falloir faire gaffe aux horaires de nourriture sinon les petits prédateurs vont prendre leurs repères. Le chat des voisins est déjà en alerte. 

Le retour tranquille de la lumière matinale me fait un bien fou. Ne manque plus que la chaleur. J'ai bien hâte de pouvoir retourner marcher régulièrement, les rues glacées me rendent trop prudent et craintif pour apprécier l'exercice. On attend du redoux la semaine prochaine, avec un peu de chance les épisodes de grand froid seront bientôt terminés. 

Il fait encore trop moche pour sortir les thés frais, c'est donc dans la chaleur et les notes sombres d'un thé rouge que je me réfugie. Après quelques hésitations, je me jette sur un Ning'er "Golden Honey Aroma" du printemps 2020 qui vient de chez Yunnan Sourcing (et qui s'y trouve encore dans une version plus récente, à très petit prix d'ailleurs).

Je ne sais plus trop quand je l'ai acheté, probablement en solde début 2022. Un bon petit thé du quotidien. Pas trop complexe, mais les feuilles sont belles et la note maltée est sympathique. C'est au niveau des parfums je crois qu'il se démarque le plus. Je retrouve au nez des notes de chocolat et un truc fruité-floral envoûtant que je me souviens avoir aussi trouvé dans la tasse quand il était plus frais (ou peut-être quand j'avais une meilleure eau). Ça s'est dissipé depuis, dommage.

Bon, il a presque six ans quand même, on lui demandera pas de performer comme un jeune premier. 

Heureusement il se boit encore très bien. Des saveurs tanniques très rondes, typiques sur tous les thés rouges du Yunnan que j'ai goûté, la note de malt relevée que j'ai mentionné plus tôt, pas beaucoup de sucre mais beaucoup de douceur, une épaisseur dans la bouche surprenante. C'est un peu single-note et ça s'épuise vite (deux infusions et c'est déjà terminé), mais ça se boit avec plaisir. Pour l'instant ça me convient. L'énergie et la caféine qui circulent dans mes veines n'ont pas besoin d'amplification supplémentaire.

La liqueur est très jolie, j'aime ce rouge-orangé bien translucide, sombre et lumineux à la fois. Il s'accorde de façon magnifique avec les couleurs et textures synesthésiques que me renvoient mon cerveau, une envolée de bulles sur fond sombre, un verre de vin rouge dans un rayon de soleil. Mes photos ne lui rendent pas justice. Cette couleur a pour moi quelque chose de magnétique, poétique, je pourrais m'y perdre en contemplation quelques heures. Plus jeune, j'aurais empreint une histoire de ses teintes. 

Je me suis beaucoup demandé ces derniers mois si je ne devrais pas écrire mes billets en anglais. Après tout, c'est une langue que j'ai mis beaucoup d'effort à apprendre à un niveau littéraire pour pouvoir écrire de la fiction. En ce moment, je baigne dans un milieu très francophone... j'ai peur de perdre mon vocabulaire anglo à force de manquer de pratique. Et il y a aussi tout plein de billets qui me viennent spontanément en anglais, mais dont je n'arrive pas à traduire le ton ou le sujet correctement en français et qui finalement passent à la corbeille. Je déteste cette impression d'auto-censure.

De l'autre côté, j'apprécie le petit refuge que je me suis bâti ici, qui me sert de phare en quelque sorte. Un élément stable dans une situation de vie en suspens où je n'ose pas encore me rebâtir par crainte d'un nouveau déracinement. Et une partie, peut-être négligeable mais peut-être pas, de ce qui me rend confortable c'est l'emploi du français, une langue dans laquelle il me semble plus naturel, ou en tout cas certainement plus facile, de m'étaler. Toutes ces virgules ne sont probablement pas un tic d'écriture à encourager cela dit...

Bref, j'y réfléchis encore, à suivre. Peut-être que le prochain post sera en anglais. Ou peut-être pas. On verra.

L'un des mâles étrangers qui pourchassait la femelle avant de découvrir sa manne de noix... une seconde après avoir pris cette photo il se relevait sur ses pattes arrières et me toisait full frontal 👌 pas de doute, c'était bien un petit garçon.