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mercredi 11 mars 2026

Verglas | 2014, Yi Bi Zhai "Wild Arbor", Yiwu, Zhejiang, Yunnan Sourcing

Les derniers jours ont été particulièrement chauds dans mon petit coin tranquille. 16 degrés au mercure alors que les normales de saison frisent le zéro, du soleil éclatant presque toute la journée, la fonte des neiges bien amorcée... 

Ce matin en revanche j'ai été réveillé par le vent qui agitait les bacs de recyclage. C'était tellement bruyant que je croyais qu'il y avait quelqu'un dehors. Quand j'ai ouvert les rideaux, il faisait encore noir et les branches des arbres ressemblaient à ces griffes fourchues aux mouvements erratiques que l'on voit dans les films d'horreur. Pas un son quand j'ai mis le nez à la porte, seulement le sifflement sinistre du vent. Halloween en plein mois de mars. 

On annonce une tempête de verglas aujourd'hui. 

D'ailleurs voilà, ça y est, ça commence. La pluie tombe en stries dans ma fenêtre et déjà la couvre de buée. Les rares passants à cette heure matinale se pressent pour échapper à l'assaut du ciel. Un gros camion laisse des traînées de sel épaisses sur les rues. À l'intérieur, l'eau bouille et le rituel apaise ce léger fond d'angoisse qui m'étreint toujours à la mention de verglas.

C'est un truc malheureusement bien banal, bien Québécois. Début janvier 1998 a vu l'une des pires tempêtes de verglas dans l'histoire enregistrée du pays, bris et dégâts et chûtes et décès et coupures d'électricité qui ont duré quelques semaines en ville, plusieurs mois en campagne. Je pense que quiconque était assez âgé pour prendre une mesure même partielle de ce qui se passait en est ressorti avec quelques séquelles. D'ailleurs on le voit bien sur les réseaux sociaux, les Québécois ont tendance à paniquer et se sur-préparer avec toute annonce de verglas. C'était l'un de ces événements qui définit une génération et j'ai bien peur qu'il nous ait laissé avec un petit choc traumatique collectif. 

Mon thé est prêt. 

Les feuilles que j'ai choisi sont très sombre, presque noires. La liqueur est douce et parfumée. C'est un joli petit thé de la région de Yiwu acheté chez Yunnan Sourcing qu'aujourd'hui encore je bois en grand-pa style (sacrilège !). La galette n'est plus disponible mais on trouve encore quelques échantillons à la vente à un prix qui me fait hausser les sourcils. Bon, faut dire que c'est pas mal tous les prix ces jours-ci qui me font hausser les sourcils, je vais donc passer vite là-dessus. 

À priori, c'est un thé du quotidien. Un joli truc dans le haut du bas de gamme, ou peut-être au bas du moyen. Rien de particulièrement éclatant, mais ce que j'ai en bouche est vraiment sympathique. Une belle balance entre subtilité des saveurs, amertume de jeunesse et notes âgées, un pôle boisé-épicé avec une trace de sève, douceur et force à la fois, et toujours succulent même quand on pousse et sur-infuse un peu les feuilles. Ça se boit tout seul. Du bon Yiwu d'entrée de gamme qui donne une idée du minimum que devrait donner ce terroir... 

... mais rien de joueur, rien de surprenant. Au niveau de la texture, c'est lisse, sans aspérités, et finalement sans grand intérêt. Savoureux cela dit. Je pense que c'est en partie pour ça que j'aime tant le grand-pa style. Au-delà de la commodité de jeter quelques feuilles dans la tasse et basta, j'aime ces infusions changeantes d'une gorgée à l'autre. J'ai l'impression qu'elles me permettent de mieux prendre la mesure d'un thé. Les défauts mineurs sont gommés certes, mais les défauts majeurs ne peuvent pas se cacher, et les liqueurs sont riches sans souffrir d'une infusion parfois maladroite. Le GPS m'indique tout de suite si ça vaut la peine de faire une dégustation plus poussée ou pas, alors que si je commence avec un gaiwan ou une théière, je n'arrive jamais à savoir si j'ai un problème de mauvais thé ou de mauvaise technique d'infusion. 

Bon, j'irai revisionner les vidéos de Stéphane, des fois que. 

Avec la neige qui fond, les écureuils retrouvent les mannes d'automne qui n'avaient pas été mangées et je vois déjà l'effet bénéfique de la chaleur et d'une diète plus fréquente sur ceux qui passent du temps chez moi. La saison des amours est terminée, malheureusement il ne semble y avoir que des mâles qui nichent dans les environs cette année... probablement la faute du chat des voisins qui les a bien perturbés ces dernières semaines. Dommage, mais c'est la vie. Et puis c'est plus facile d'espacer l'horaire de nourriture pour les sevrer de l'aide humaine pendant l'été si je n'ai pas l'impression d'affamer des femelles gestantes. 

Après une période d'averses intermittentes, la pluie semble être prise pour de bon. Elle tombe lourde contre le sol, à l'entendre on jurerait que c'est de la grêle, ou le tapotement sec d'une main impatiente. Je suppose que c'est le ciel qui me signale que j'ai encore beaucoup de choses à faire aujourd'hui pour le souper d'anniversaire que nous organisons demain soir. (Ça devait être aujourd'hui mais avec ce verglas, personne ne veut conduire.) Bref, lorsque la vie réelle fait intrusion dans mes dégustations, c'est l'heure de déposer ma tasse.


samedi 2 avril 2016

2012 – Lao Huang Ye, Wang Bing, Yi Wu, Mengla, Xishuangbanna, Puerh Asia

Dégustation du 2 avril 2016


Informations et provenance : Échantillon de Vincent, qui était à l'époque de cette dégustation un membre du Forum des Amateurs de Thé et un bon copain... d'ailleurs la preuve c'est qu'il m'a partagé son thé avant de disparaître dans l'éther. 

Il s'agit ici de Huang Pian, ces feuilles jaunes plus âgées rassemblées en une seule galette par Wang Bing, le producteur de Yiwu dont Olivier de Puerh Asia a vanté les mérites.


Détails d'infusion : 5 gr. / 130 ml en DuoQio ZhuNi. Eau filtrée Brita, maintenue à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - suite au jugé. Total de 7 infusions.


Vue : Des feuilles grossières, brisées, mais bien vertes une fois réhydratées. La liqueur un peu trouble est d'un jaune très foncé pour un thé qui n'a que 4 ans au moment de le boire. 


Odeur : Comme beaucoup des thés que Vincent affectionne, les parfums sont sur le fruit et les épices. Pruneaux sucrés, abricot, kumquat, et citron sont mêlés de cardamome et de poivre rose, ainsi qu'un profil "vert" de genièvre, thé du labrador, et échinacée. Je crois même y déceler de la baie poivrée de Tasmanie ! Le parfum de la liqueur est vert et résineux, impressionnant de clarté, et l'odeur au fond de la tasse est particulièrement musquée.


Goût : À la première infusion, le côté "échinacée" se confirme, avec un peu d'acidité fraîche. Olivier parle de citron mais je ne sais pas si c'est vraiment ce que je goûte. Peut-être plutôt du zeste ? Cela dit, il y a une profondeur, une dimension épicée (poivre et herbes de Provence ?) qui se développe derrière le voile du palais, c'est plutôt étonnant d'ailleurs parce que ce n'est pas quelque chose que je rencontre souvent dans un thé. Dans la gorge oui, mais pas derrière le nez... 

D'ailleurs, parlant de nez, je viens d'avoir une jolie rétro-olfaction sur les fruits frais, et sur la deuxième infusion l'amertume décide de pointer le bout de son nez ! C'est beaucoup plus prononcé que dans la première. Le citron (définitivement du zeste) est aussi beaucoup plus présent, avec des épices (poivre noir et herbes de Provence je dirais). 

À la troisième infusion ça devient tout de suite plus doux. Les herbes prennent le dessus, le zeste et les épices sont en retrait. On peut tout de même goûter une pointe de poivre rose encore. 

Mais à la quatrième c'est final, l'amertume s'est presque toute enfuie déjà. On ne la perçoit que lorsque la liqueur refroidit. Je pousse les infusion un peu plus vite que normalement et ça aide, la sixième tasse est pleine de saveurs... À la septième les arômes se barrent pour ne laisser qu'une eau épaisse légèrement colorée. C'est terminé, et franchement c'était bien agréable. Merci Vincent ! 


Texture : Très "gras" en bouche dès la première infusion, mais les arômes sont si pointus et incisifs que c'est difficile de s'en rendre compte. Picotements sur le bout de la langue puis à l'arrière de la langue. L'amertume de la deuxième infusion aide à porter les saveurs, mais finalement ce n'est pas très persistant en bouche. Au bout de quelques minutes seulement il ne reste qu'une légère sensation astringente qui retient un écho citronné.

Couleurs : Une série de filaments colorés qui serpentent et s'agitent sur fond sombre. Vert et bleuté par-dessus jaune doré avec un peu d'orange, quelques éclats de violet qui apparaissent et disparaissent comme des comètes. L'ensemble est délicat, pointu, ciselé, et lumineux.

samedi 27 février 2016

2012 – Zi Juan (maocha), Wang Bing, Yiwu Shan, Yi Wu, Mengla, Xishuangbanna

 
Informations et provenance : Échantillon gentiment fourni par Sébastien (Vacuithé)quelque part fin 2013 / début 2014 (difficile d'être plus précis xD), il s'agit d'un maocha du producteur Wang Bing en provenance des monts Yiwu dans le Yunnan. Olivier en a fait la présentation dans cet article, je vous invite donc à vous y rendre le lire.
Côté comptes-rendus de dégustation, il y a ici celui de Sébastien, sinon on trouve quelques notes éparses sur le Forum des Amateurs de Thé (ici par exemple celles de Marcelline). Si vous en avez d'autres, faites-moi signe !


Détails d'infusion : 4.9 gr. / 150 ml en terre Duan Ni. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 15s. - 10s. - 15s. - 20s. - 30s. - 40s. - 50s. - 60s. - dernière infusion au jugé. Total de 9 infusions.


Vue : Les feuilles sont exceptionnelles : sombres (elles le demeurent d'ailleurs après avoir été infusées), très minces et effilées, à un point où on se demande comment de tels petits bâtons peuvent se déployer autrement qu'en tiges. Mais non, la récolte constituée du bourgeon et des trois premières feuilles a été bien faite ! La différence est impressionnante.
Au moment de verser l'eau pour la première infusion, un peu d'écume s'échappe de la théière et vient se coller à la parois -- et y reste. o.O La liqueur légèrement trouble est d'un jaune grisâtre très particulier, qui me rappelle d'ailleurs la couleur d'infusion de la "100%" à sa première dégustation mais en plus foncé et soutenu.


Odeur : Au nez, je retrouve dans la théière chaude un parfum épicé tout à fait alléchant : mélange de cardamome, de poivre et de pruneau sec... ça me fait penser aux premières étapes d'un curry, j'adore. Il y a une note étrange en revanche sur les feuilles humides (que je trouve également sous le couvercle) -- quelque chose que je n'arrive pas du tout à identifier, et pourtant j'ai essayé hein... rien à faire. La liqueur a des effluves d'origan et de verdure sucrée -- c'est frais, ça sent bon, j'ai hâte de goûter.


Goût : La première infusion, tout de suite, est étrange -- définitivement citronnée, quelque chose qui rappelle les herbes de Provence et une pointe sucrée que je n'arrive pas à associer à quoi que ce soit.
Déjà la deuxième infusion est plus impressionnante -- des arômes épicés qui restent longtemps sur la langue, toujours accompagnés de ce pôle citronné très différent de tout ce que j'ai retrouvé jusqu'ici dans le puerh. Les suivantes changent peu.
"On est vraiment dans un registre différent d'un puerh conventionnel, dans les plantes médicinales, les herbes aromatiques, la fraîcheur épicé [...]" disait Olivier dans son compte-rendu et je dois admettre que c'est vraiment un excellent résumé de ce que j'ai en tasse (et en bouche !).


Texture : Douce et enveloppante, la liqueur a beau en avoir des saveurs semblables, elle est très loin de l'effet énergisant d'une décoction médicinale. C'est fin voire élégant, d'une grande précision dans ses effets qui chatouillent légèrement le voile du palais. Ça n'évolue pas beaucoup, mais c'est intéressant et j'aime bien.


Couleurs : Sur un fond noir d'encre qui donne une impression de vide et de vertige, des filaments de fumée violets et jaunes bougent lentement au gré d'un vent capricieux. Quelques éclats plus saturés viennent égayer le tout, mais l'essentiel fait penser à des nuages changeants dans un ciel d'été.

lundi 9 décembre 2013

2013 – EoT GuaFengZhai, Cha Wang Shu, YiWu, Essence of Tea


Informations et provenance : Échantillon très gentiment offert par Sébastien de Vacuithé (merciiiiii ! ^^) et qui provient à l'origine de la boutique anglaise Essence of Tea. Outre les informations données sur la page donnée, plusieurs personnes en ont fait un compte-rendu :
Sébastien bien sûr a écrit dessus là.
Hobbes (The Half-Dipper) en a brièvement parlé ici.
Jakub (T - Jabutomek) l'a aussi mentionné là.
Comme d'habitude, si quelqu'un d'autre a fait un compte-rendu, refilez-moi les liens pour que je les ajoute ! ^^


Détails d'infusion : 3.8 gr. / 150 ml en terre Duan Ni. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - 40s. - 60s. - 90s. - une dernière de plusieurs heures. Total de 9 infusions.


Vue : Difficile de constater sur un échantillon, mais à priori les feuilles sont longues et belles, ce qui laisse soupçonner un pressage faible, peut-être même fait à la main. C'est très coloré en tout cas, on passe du vert clair des bourgeons au brun foncé des feuilles plus oxydées, avec un camaïeux de teintes entre-deux... La liqueur est jaune orangée, plutôt foncée pour un puerh si jeune.


Odeur :Les feuilles sèches ont peu d'odeur, probablement dû au passage dans le petit sachet plastique... Mais dans la théière chaude ça se réveille, et on découvre quelque chose de plutôt intéressant qui me rappelle vaguement le tabac ou plutôt les cigares, avec un pôle très poivré mêlé d'une pointe de musc fruité (mais juste une pointe, hein). Plaisant !
Les feuilles mouillées ont un parfum acide comme souvent l'ont les feuilles de puerh, mais le dos d'une cuillère de porcelaine trempée dans la liqueur amène quasi-littéralement au paradis : tabac fruité et légèrement mentholé, musc sucré, épices poivrées, tout ce que j'aime retrouver dans le parfum des thés que je m'apprête à boire...


Goût : La première infusion est plutôt faible -- le dosage étant légèrement inférieur à ce à quoi je suis habituée, ceci explique cela. On devine cependant des notes plutôt parfumées qui présagent de la suite de la dégustation... et malgré un passage en bouche plutôt faible, quel retour d'arômes ! Je ne suis pas certaine que j'ai envie d'augmenter les temps d'infusion, finalement !
Deuxième passage en théière -- ben j'ai bien fait de ne pas augmenter les temps d'infusion, finalement, parce que j'ai une composante fumée très présente du coup... qui heureusement se transforme après quelques secondes et redevient plus "tabac" que "fumée", ce qui est nettement plus agréable.
Les coupes suivantes jouent un peu sur les mêmes notes de tabac, de fruité sucré, de musc, de quelque chose légèrement végétal (du foin, peut-être ?), et peut-être aussi quelque chose qui ressemble à de l'encens, mais pas sûre. En tous les cas, très agréable ! Mais comme Sébastien, pas non plus quelque chose qui a révolutionné ma vision du puerh... et un peu déçue, aussi, parce que les parfums étaient nettement plus intéressants que la liqueur elle-même.


Texture : Une bonne présence en bouche, c'est "gras" et même presque beurré, ça laisse un filin qui tapisse l'ensemble de la bouche mais plus particulièrement la langue, les joues et le voile du palais. Après quelques infusions, la langue s'engourdit un peu, surtout à la pointe, et la salive devient très fraîche et sucrée. Peu d'amertume, ou plutôt elle y est mais par en-dessous, contrairement à beaucoup de thés jeunes où l'amertume et la fougue éclate (voire même submerge) le reste de la dégustation.


Couleurs : Et donc, comme je disais plus haut, c'est très coloré -- rouge et bleu, turquoise et jaune, blanc et rosé, avec des mouvements semblables à la façon dont les nuages se font et se défont par journées de grand vent.