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mardi 4 novembre 2025

Prise 2 | 2019 (?), Organic Dong Ding (lot 836), Taiwan Tea Crafts


Mes petits écureuils s'en donnent à coeur joie depuis que je leur ai trouvé des noix en remplacement du maïs qui n'est pas très bon pour eux. Ils sont particulièrement friands de noisettes, d'une céréale blanche allongée que je n'arrive pas à identifier, et de noix de Grenoble en écale. Mais aussi, par-dessus tout, de noix de coco qu'il faut leur donner avec parcimonie parce qu'ils s'en empiffrent, ces petits goinfres, et la prise de poids est vite arrivée. Les fruits frais disparaissent aussi en quelques heures.

En attendant ça me fait plaisir de les voir s'affairer et taquiner les chats du voisinage. Ils ont une société beaucoup plus complexe que je croyais, avec des territoires bien définis entre écureuils... j'en viens à reconnaître les adultes qui viennent se nourrir le matin, et les autres, plus jeunes, qui viennent chiper les restes en après-midi. Si ça continue il faudra leur donner des noms.

Mon Dong Ding est bien meilleur aujourd'hui. 

Rond et doux comme la plupart des produits Taiwan Tea Crafts, sans aspérités dans la liqueur, ça coule tout seul dans la gorge et me laisse des parfums floraux et vaguement fruités dans les sinus. C'est intéressant comme l'essentiel de l'action avec ce thé se passe en rétro-olfaction. J'aime bien.

Je ne peux m'empêcher de le comparer à des thés plus torréfiés, plus frais aussi peut-être, car je reste un peu sur ma faim. La complexité se développe entre les tasses, je n'y trouve jamais tout à fait les mêmes choses, mais chaque tasse individuellement est un peu monotone. J'ai envie de plus de profondeur... très franchement, je m'ennuie du Dong Ding de M. Nen Yu.

J'apprécie le retour du soleil bien doré ce matin après la pluie de la dernière semaine. Il y a quelque chose dans l'air, et peut-être aussi dans mon thé, qui me donne une impression de fraîcheur lavée. Il est encore un peu tôt, mais bientôt ça sera l'heure de la douche pour moi aussi, puis des mots... 

Allez hop, on y va. 

dimanche 19 octobre 2025

Amitié | 2020, High Mountain Red Ai Lao Shan, Zhenyuan, Simao, Chine, Yunnan Sourcing


C'est l'anniversaire d'un ami de longue date aujourd'hui. 

Il y a eu beaucoup de casse chez moi ces derniers jours. L'endroit où je vis est une construction assez récente. Les planchers sont durs. Lattes de bois posées directement sur dalles de béton, carrelage de céramique à l'entrée, dans la cuisine... Tapis certes, mais seulement dans le salon. Rien pour amortir la chute des jolis ustensiles qui, avec ma maladresse congénitale, ont une tendance continue à me glisser des mains.

C'est une chose de perdre un gaiwan commercial, un peu grossier, dont je me servais régulièrement mais qui est facilement remplaçable.

C'en est une autre de voir fracassées des pièces de potier uniques, certaines antiques, d'autres modernes, chacune irremplaçable autant au niveau de la forme que de la valeur sentimentale.

Je considère que j'ai eu beaucoup de chance jusqu'ici de n'avoir pas cassé de théière. Mais c'est la chance dans la malchance, car dans l'idéal je préférerais bien sûr que toutes mes pièces demeurent intactes. Les voir détruites me crève le coeur, chacune une amitié perdue. Et en ramasser les morceaux dans l'espoir peut-être futile de les réparer un jour, ça m'affecte tout autant. 

À une époque j'avais tendance à les recoller à l’époxy souligné de poudre dorée, version étudiante bon marché du kintsugi japonais (l’époxy durci étant un matériel stable et inerte, c'est une technique finalement assez sécuritaire côté saveurs pourvu que ça ait eu le temps de sécher une bonne semaine). Mais ça fait des années que je ne m'y suis pas essayé. Considérant les pièces que j'ai cassé depuis et mes mains maladroites, j'avoue avoir un peu la trouille. 

Ce n'est pas tant une question de valeur monétaire, quoique ça peut jouer un peu. C'est plutôt que je ne suis pas un expert. Certains matériaux et certaines casses, je m'en suis bien rendu compte, sont plus difficiles à recoller. Quelques-uns ne tiennent tout simplement pas à l'usage, ou alors je n'arrive pas à assembler les pièces correctement et elles continuent à suinter, inutilisables. Parfois il manque des éclats, ça rend la balafre plus large et glissante que je l'aurais souhaité. D'autres fois il manque carrément un morceau, et là il faut façonner de la pâte dans l'interstice, croiser les doigts et serrer les fesses. C'est un travail délicat pour lequel je ne me sens aucun talent.

Mais si mes choix sont entre une réparation qui horrifierait un potier ou mettre les morceaux à la poubelle... honnêtement, mon choix est fait. On va tenter la réparation. Éventuellement. Quand j'aurai trouvé le courage.

Maintenant que c'est écrit, j'y reviendrai. 

J'ai mis du temps à choisir un thé aujourd'hui car je voulais rendre hommage à mon ami avec une boisson qui pourrait lui plaire. Malheureusement je n'ai plus de Zheng Shan Xiao Zhong, le thé fumé qu'on partageait à l'époque, mais je pense pouvoir trouver quelque chose quand même... 

Après réflexion c'est vers ce High Mountain Red Ai Lao Mountain que je me tourne, cette curiosi-thé du Yunnan fabriquée par un producteur d'origine Taïwanaise avec des techniques généralement réservées aux wulong. Les saveurs me rappellent beaucoup ces thés rouges de Taïwan fruités, légers, sucrés dont je suis friand, mais avec la profondeur maltée des feuilles du Yunnan qui se pose en retrait et donne un peu de corps à l'ensemble.

Et puis, ce mariage heureux entre deux cultures, c'est aussi le nôtre. 

Ce thé du printemps 2020 était certes un peu plus fragrant dans sa prime jeunesse, mais il est encore agréable aujourd'hui. Plus tard je ferai tourner un puerh de 2007, qui était l'année de notre rencontre, mais pour l'instant avec l'infusion au gaiwan (réparé il y a bien longtemps à "l'epoxytsugi" que je mentionnais un peu plus tôt), je me régale. 

Ces amitiés de jeunesse qui se nouent très rapidement et qui sont très intenses durent rarement dans la durée. De toutes les rencontres qui m'ont marquées, et il y en a quand même un certain nombre, je peux compter sur les doigts d'une main celles qui ont survécu intactes au passage du temps. 

Certaines se sont fracassées et demeurent en morceaux, irréparables, car nous étions jeunes et impulsifs et beaucoup trop fiers pour s'excuser. Pour d'autres, c'est l'éloignement mutuel qui a eu raison de nous quand notre passion commune s'est épuisée, que nous nous sommes tournés vers d'autres choses, et que nos évolutions respectives se sont avérées incompatibles. 

Et puis il y a mon Wan, rencontré par le biais d'une amitié commune qui n'a survécu ni avec l'un, ni avec l'autre, et avec qui la relation ne cesse de s'approfondir malgré les échanges sporadiques. Il y a très longtemps que nous n'avons pas été une part active dans la vie l'un de l'autre, éloignement géographique et responsabilités oblige. Mais je sais que chaque année, autour de nos anniversaires, nous échangerons une correspondance authentique et vulnérable, qui nourrit et touche l'âme. Quelque chose de précieux qui survit intact aux chambardements de la vie, et qui je l'espère continuera à nous unir par-delà le temps et la distance.

Une amitié comme celle-là, ça n'a pas de prix. Joyeux anniversaire, mon ami.

Il a bien vieilli ce petit Yo Ji Cha 2007 dis-donc ! Beaucoup plus agréable maintenant qu'à l'époque de ma dernière dégustation. Le fumé s'est adouci tout comme l'amertume, les fruits demeurent. Il faudra que je prenne un jour le temps d'en faire un retour complet... peut-être dans deux ans, pour les 20 ans de notre amitié.

mardi 5 avril 2016

2010 – Oriental Beauty, Hsinchu, Taiwan, Hojo Tea

Dégustation du 5 avril 2016


Informations et provenance : À l'origine un thé de Hojo Tea, qui en a parlé ici, c'est un échantillon gentiment offert par Sébastien du blog Vacuithé et aussi du Forum des Amateurs de Thé, dont il est l'un des trois administrateurs. 


Détails d'infusion : 5.1 gr. / 120 ml en Gaiwan "Lotus". Eau filtrée Brita, maintenue à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 15s. - 15s. - 25s. - 40s. - 60s. - 90s. - suite au jugé. Total de 8 infusions.


Vue : Les feuilles sont magnifiques, y'a pas à dire, d'ailleurs on le voit bien sur la photo. Jolie liqueur orange bien saturé, c'est vif et éclatant, et les parfums suivent. 


Odeur : Le muscat est très présent, c'est profond et boisé, très très parfumé, probablement l'un des meilleurs OB qui soit passé dans mon gaiwan. Un concentré de miel d'automne, des fruits rouges, des raisins bleus, de la cardamome, cannelle, poivre rose... un pur délice, et un fond de tasse léger, presque floral. 


Goût : La première infusion est légère et mielleuse, avec une pointe d'acidité végétale qui développe encore davantage le miel. Ça donne un peu une impression de muscat alcoolisé à vrai dire, ces saveurs qui se développent d'une façon encore plus présente sur les trois infusions suivantes. Des fruits rouges acides, groseille ou sureau, apparaissent par la suite mais se mêlent harmonieusement avec le miel. Le thé évolue doucement et s'estompe en laissant derrière lui des parfums qui sont bien présents jusqu'à la toute fin de la dégustation. Vraiment la crème de la crème. Merci encore Sébastien. 


Texture : Ça laisse du miel boisé et une sensation de chaleur en gorge, c'est plutôt surprenant. La sensation miellée se décuple au fil des infusions, j'ai du mal à me concentrer sur la texture qui est plutôt fine et lisse, sans grande épaisseur. Mais quel cha qi ! Dynamisant et relaxant à la fois. 


Couleurs : Les trois couleurs que je retrouve presque toujours sur mes Oriental Beauty sont bien présentes, jaune doré, rouge vif, et bleu clair en touches transparentes posées délicatement les unes par-dessus les autres. Les motifs me renvoient une impression de puissance tranquille, bien à l'image des parfums de ce thé.

dimanche 3 avril 2016

2011 – (printemps) Shade Grown Tie Guan Yin, Anxi, Fujian, Chine, Norbu Tea

Dégustation du 3 avril 2016


Informations et provenance : Norbu Tea est une compagnie qui était arrivée dans ma ligne de mire via le blog d'un amateur de thé anglophone, Sir William of the Leaf, qui comme moi semble avoir un faible pour les OVNI (objet végétal non-identifié) et autre curiosi-thés. C'est son article sur un thé blanc fait à partir d'un cultivar wulong qui m'avait interpellé à l'origine, mais il a également présenté ce Tie Guan Yin d'ombre, aux théiers couverts à la façon d'un matcha ou kabusecha japonais. 

Malheureusement Norbu Tea ne source plus que pour les revendeurs, ce qui est bien dommage car sa sélection était intéressante, originale, et de bonne qualité. Mais il me reste un peu de son thé, que je vais préparer à l'instant. 


Détails d'infusion : 5 gr. / 90 ml en Gaiwan "Poissons" et tasse Julie Lavoie. Eau filtrée Brita, maintenue à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 15s. - 10s. - 20s. - 30s. - 45s. - 70s. - dernière au jugé. Total de 7 infusions.


Vue : De jolies billes vertes bien serrées, certaines peut-être un peu plus sombres que d'habitude, d'autres aux pointes vert vif. Elles donnent une liqueur pure et translucide, d'un jaune très clair tirant sur le vert. Ça en met plein la vue. 


Odeur : Les parfums sautent au nez dès les feuilles sèches posées dans le gaiwan préchauffé. C'est floral et sucré, j'y trouve du nectar, du nénuphar, un miel léger, cette herbe sucrée qu'on appelle "sweetgrass" en anglais et dont la traduction française m'échappe (avoine odorante ? foin de senteur ?), oh et du melon d'eau aussi ! Autant le fruit que les pépins au parfum plus végétal. Le fond de tasse me rappelle les fleurs de tilleul dont je suis friand.


Goût : La première infusion est très légère et végétale, douce et sucrée, et me rappelle un peu le tencha (matcha avant réduction en poudre) vendu par Camellia Sinensis il y a quelques années. 

La deuxième est plus opulente, avec des saveurs florales sur le nénuphar et le lys blanc. C'est lourd sur les fleurs de prime abord, mais ça s'atténue au fil des infusions alors que la liqueur elle développe quelque chose de plus vert, épinards, laitue fraîche, endives crues, avec des petites touches citronnées.

À la septième infusion c'est déjà terminé, dommage. Ça ne tient pas très longtemps pour un wulong, mais c'est intéressant tant que ça dure.  


Texture : En bouche c'est rond et caressant, active la salivation et garde ma bouche humide au contraire des thés très tanniques dont j'ai plus l'habitude. Une jolie rétro-olfaction sucrée apparaît sur la deuxième infusion avec des notes de nénuphar et d'écorce de pastèque, c'est très doux cela dit, aucune acidité ni astringence. J'y trouve un calme et une détente légère, mais ça demeure je crois un thé expérimental qui n'est pas encore tout à fait maîtrisé par le producteur. J'apprécie l'expérience ! C'est d'ailleurs bien pour ça que j'en avais acheté.


Couleurs : C'est un ruban vert, rose, et blanc qui s'agite et se déploie sur fond noir, avec quelques ombres bleues et vertes qui se superposent par-dessus l'ensemble, et des éclats blancs comme des petites étoiles qui rayonnent. Joli et original.

jeudi 17 mars 2016

2015 – (mai) Futsumushi Sencha, cultivar Asatsuyu, Asamiya, Shigaraki, Shiga, Japon

Dégustation du 17 mars 2016
Une première dégustation peu détaillée se trouve là.


Informations et provenance : Merci à Niva du blog Humeurs d'un Paradoxe et aussi du Forum des Amateurs de Thé pour cet échantillon en provenance de chez Florent, qui tient la boutique Thés du Japon. Malheureusement l'échantillon n'est plus à la vente si bien que les informations détaillées ne sont plus disponibles, ne reste plus qu'à goûter.


Détails d'infusion : 3 gr. / 85 ml en Kyusu de Tokoname et tasse basse de Julie Lavoie. Eau filtrée Brita, maintenue entre 70 et 80°C en Yama Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 30s. - 15s. - 45s. - pause pour manger - 1m.30s. - 2m.45s. - 5m. - dernière au jugé. Total de 7 infusions.


Vue : De longue et fines aiguilles vert sombre, rien à voir avec le hachis de feuilles auquel je suis plus habitué avec les fukamushi qui passent plus souvent dans ma kyusu. La liqueur est très claire, limpide, et le demeure toute la dégustation. 


Odeur : Déroutant pour moi qui n'ai pas l'habitude des sencha futsu mais très gourmand ! Une odeur charcutière de saucisse bouillie domine sur des parfums épicés de biscuits au gingembre, pain d'épice, et autres pâtisseries du même type. Dans le fond de tasse j'y retrouve la pâte de fruits, compote de coings et de poire, c'est très sucré et fruité, rien à voir avec le reste de la dégustation. 


Goût : La première infusion est végétale et fruitée, par la suite se développe de l'amertume, des arômes légèrement fumés, et autres saveurs de charcuterie (saucisson sec, chair à saucisse, etc.). Sur la deuxième ça devient plus vert, légumes bouillis et une petite pointe de menthe en fin de tasse. Ça s'atténue bien vite mais ça reste plaisant, j'en ai fait 7 infusions au final. Bien agréable malgré l'âge de cet échantillon, c'était un bon moment. Merci Niva !


Texture : En bouche la texture est merveilleuse, douce et caressante. La petite pointe d'amertume qui se développe chatouille les côtés de la langue et porte bien les saveurs, et la liqueur laisse un effet de fraîcheur dans la bouche après la troisième infusion. Franchement ça tombe dans l'estomac comme on tombe dans son lit, une sensation moelleuse et calme, relaxante. Une belle détente, vraiment. J'y reviendrai. 


Couleurs : Un rêve onirique de bleus et de verts, parsemé d'éclats blancs et jaunes qui s'envolent comme des petites bulles. 

lundi 14 mars 2016

2012 – Wild Purple Tree black tea, Mangshi, Dehong, Yunnan, Chine, Yunnan Sourcing

Dégustation du 14 mars 2016

Informations et provenance : Voici un échantillon de Nicolas (Le Thé et le Chemin) qui provient à l'origine de chez Yunnan Sourcing, où l'on apprend qu'il s'agit d'un thé rouge de Dehong fait de feuilles violettes "sauvages" -- autrement dit faites à partir du cultivar "ye sheng", qui semble de plus en plus répandu maintenant comparé à il y a moins de cinq ans où on ne le trouvait quasiment nulle part.
Alors que le cultivar "ye sheng" dans sa version verte ne me plaît pas des masses, j'avoue avoir un faible pour les thés violets qui sont vraiment très bon à condition d'être bien fait. Moitié-avis défavorable, moitié-parti pris, ce thé se retrouve donc en terrain neutre. Voyons voir de quel côté il penchera au final. ^^


Détails d'infusion : 7.9 gr. / 120 ml en Gaiwan JuHua. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 15s. - 30s. - 1m. - 2m. - 5m. - dernière au jugé. Total de 6 infusions.


Vue : Le thé est essentiellement fait de belles petites feuilles noires et lustrées, parmi lesquelles on retrouve quelques feuilles jaunes et tiges. Mouillées, surprise ! Parmi les feuilles rouges se cachent deux ou trois feuilles d'un beau vert émeraude. Qu'est-ce qu'elles font là ? Mystère... ^^
La liqueur a une superbe couleur ambrée presque rouille, en revanche comme c'est une fin de sachet il y a beaucoup de petits débris -- j'ai dû utiliser un filtre sur les trois premières infusions.


Odeur : Des feuilles sèches émane un parfum renversant de fruits rouges -- canneberges, framboises, grenade, je suis fan. C'est surtout la canneberge qu'on retrouve quand on plonge ces feuilles dans la théière préchauffée, mais sous le couvercle les autres reviennent accompagnés de zeste de citron et une petite odeur de fumée qui me rappelle vaguement le Zheng Shan Xiao Zhong. Finalement, en fond de tasse on a des odeurs très sucrées de sucre de canne, de cassonade (vergeoise) et de pâte de fruits.


Goût : Avec un tel dosage, je m'attendais à quelque chose de très puissant en bouche -- mais non, surprise ! C'est plutôt doux, légèrement citronné avec une belle amplitude boisée. Ça goûte fortement la citronnelle, avec ses saveurs végétales, acidulées et zestées.
Dans la deuxième infusion, en plus de la citronnelle, j'ai un petit effet frais persistant sur la langue. Scott et quelques reviewers parlent d'eucalyptus, ça doit être ce qu'ils ont identifié. Ça ne me semble pas être assez puissant pour parler d'eucalyptus, mais c'est bien l'idée générale... C'est très doux dans une infusion pourtant pleine de saveurs, bref ça me semble assez cohérent avec à la fois l'origine violette et le cultivar "ye sheng".
C'est dans la troisième infusion que l'eucalyptus ressort dans sa pleine puissance -- mais plutôt comme une composante végétale fraîche que dans une sensation mentholée. La citronnelle est toujours bien là, accompagnée cette fois d'accents fruités qui me rappellent la canneberge ou la groseille.
Finalement c'est très doux sur les infusions suivantes, malgré les infusions poussées. Les arômes sont en retrait, un petit citronné est toujours présent lorsque la liqueur refroidit mais ça s'estompe vite au profit de la douceur de la texture.


Texture : C'est lisse et coulant -- la texture est un peu aqueuse, rien n'accroche en bouche. On a l'impression de ne pas la sentir passer... jusqu'au moment où les saveurs frappent les papilles de plein fouet et durent, durent ! Et lorsqu'elles s'estompent, on réalise que les tanins ont agi sans qu'on s'en rende compte. La bouche est sèche, on reprend une gorgée... Cercle sans fin.
De façon plus personnelle, j'ai la bonne surprise de me retrouver pas mal détendu dès la première infusion -- franchement c'est pile le thé qu'il me fallait ce soir. Je n'ai pas beaucoup mangé, mais j'ai une impression de satiété -- au départ j'ai eu du mal à voir comment j'arriverais à faire plus de quelques infusions, mais dans les faits ça s'infuse tout seul. J'adopte ! ^^


Couleurs : Probablement un des thés aux couleurs les plus marquantes visuellement -- du jaune doré bien saturé et quelques volutes de rouge brillant qui tournoient devant un fond aux teintes allant de l'indigo violacé au rouge bordeaux, dont le mouvement brumeux contraste avec la vivacité des tournoiements du doré.

mardi 8 mars 2016

2015 – Ma An Shan « Gong Fu Puerh » (maocha), Zhenkan, Lincang, Hojo Tea

Dégustation du 8 mars 2016

Informations et provenance : Cet échantillon de Marcelline, qu'elle a récupéré via une commande groupée chez Hojo Tea sur le Forum des Amateurs de Thé, est ce qu'on appelle communément un OVNI -- Objet Végétal Non-Identifié (copyright Sébastien). À en croire Hojo Akira-san, il s'agit d'un thé en provenance de Ma An Shan qui est une montagne reculée du Lincang à la frontière ouest de Myanmar, fait de feuilles de puerh traitées à la façon d'un dancong (pour ceux qui lisent l'anglais, plus d'infos ici).
Puisque ce thé a fait l'objet d'une commande groupée sur le Forum des Amateurs de Thé, on y retrouve de nombreux retours dans le topic concerné.
On peut également lire un compte-rendu de Sébastien à ce lien sur son blog Vacuithé.
Et si quelqu'un d'autre a fait un compte-rendu quelque part, vous connaissez la procédure -- un p'tit commentaire avec le lien et je l'ajoute à ce post.


Détails d'infusion : 5 gr. / 140 ml en DuoQio Zhuni et tasse Julie Lavoie. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - 40s. - 50s. - 70s. - 90s. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : Le maocha est composé de belles feuilles sombres et effilées, de pas mal de tiges et de quelques feuilles jaune. La liqueur, d'un ambré qui rappelle la teinte particulière du rhum brun vieilli, est limpide, aussi claire que de l'eau de roche (l'eau de roche fut-elle ambrée ^^). Une fois la dégustation terminée, j'en ai profité pour examiner les feuilles mouillées -- bien m'en a pris, comme vous pourrez le constater dans la dernière photos. Passant du rouge au vert dans un dégradé naturel, bien épaisses et pour la plupart entières, elles sont magnifiques.


Odeur : Les feuilles sèches ont un parfum envoûtant, frais et légèrement résineux mêlé d'un fruité très puissant  qui me rappelle les fruits exotiques. Hojo-san parle de mangue... moi j'y perçois aussi de l'ananas frais.
Dans la théière humide, c'est tout autre chose qui ressort -- quelque chose de "rouge", de légumier, de tannique. C'est vraiment étrange, j'ai l'impression d'avoir dans le nez les odeurs de mon sauté de légumes et de tofu à la sauce général tao ! o.O Il y a bien un léger fruité quelque part sous ce parfum de légumes, mais il est impossible à identifier.
Les feuilles humides et les parfums sous le couvercle sont sur les mêmes pôles de légumes, avec peut-être une emphase sur la châtaigne d'eau (toujours dans cette sauce général tao -- j'ai des sautés de légumes fancy ^^). La liqueur, elle, a un parfum qui me rappelle le Ceylan Uva Adawatte 2011 de Camellia Sinensis -- pour ceux qui n'ont pas la référence à la maison, c'est un parfum très tannique de fruits rouges secs et d'une pointe mentholée.
Finalement, un beau musc se dévoile dans le fond de tasse et se mêle à la dernière gorgée, c'est léger et finement sucré. J'aime.


Goût : La première infusion me fait penser à un darjeeling -- elle en a l'astringence et une légère amertume tannique. En fait ça me fait vraiment penser à un thé rouge ! Je n'y retrouve pas du tout le dancong mentionné par Hojo-san (ou par certains comptes-rendus). Bon, j'ai aussi toujours ces légumes sautés en sauce au nez, c'est presque une manie. ^^ En refroidissant, l'amertume se précise et porte des saveurs étranges à mi-chemin entre résine et fruité.
La deuxième infusion est plus ronde et harmonieuse, comme le sont beaucoup de deuxièmes infusions d'ailleurs. De fins tanins dévoilent des saveurs de fruits qui m'évoquent les cerises amères sauvages dont mon arrière grand-père faisait du vin. Il y a une saveur sucrée éphémère qui me rappelle la pêche, mais elle fuit trop rapidement pour que j'en sois sûr -- d'ailleurs je commence à me dire que je n'ai peut-être pas assez de références gustatives pour décrire ce thé. Une fois refroidie, l'infusion a des saveurs végétales de sève et de quelque chose qui me rappelle un peu le romarin.

Les infusions suivantes sont déjà plus douces, moins précises dans leurs saveurs et un peu plus sucrées aussi. Seb a raison, ça ressemble de plus en plus à un thé rouge, plus précisément au Ceylan mentionné plus haut -- et comme avec un thé rouge, il faut pousser les infusions un peu plus rapidement qu'un puerh pour avoir de la substance.
Je ne suis pas déçu de cette dégustation, elle était plutôt intéressante et le thé est bon -- mais c'est vrai que c'est assez différent de ce qu'on peut s'attendre en lisant "puerh façonné comme un dancong".


Texture : La liqueur est aqueuse mais lisse, sans aspérités. De légers picotements agréables traversent la bouche et la gorge à son passage, suivi d'une belle rétro-olfaction qui du coup donne une grande longueur en bouche -- sur les premières infusions du moins, car ça s'atténue assez vite. En refroidissant, les tanins attaquent un peu l'oesophage, ça gratte -- mais pas assez pour que ce soit un problème et je n'exclus pas une sensibilité résiduelle après le désastre d'il y a deux jours.

Côté effet sur le corps, c'est le néant... jusqu'à la sixième infusion où paf, en l'espace de deux gorgées je suis brusquement teadrunk. o.O Tête légère, envie de rigoler pour un rien, bonne humeur générale... j'ai été complètement pris par surprise et franchement, c'était plutôt agréable.


Couleurs : Des couleurs sombres essentiellement -- ça se décline en pétales rouges, violets et bleus sur un fond noir, avec un point focal de lumière blanche décentrée qui semble venir de nulle part. Il y a quelque chose de très semblable à ce que je voyais sur ce wulong de Teamasters -- quelque chose dans l'ambiance, dans les couleurs, dans l'impression générale. Pourtant ce sont deux thés complètement différents au niveau gustatif et au niveau effet sur le corps... Je ne saurais l'expliquer, mais voilà.

jeudi 3 mars 2016

2012 – Bang Xie Maocha, Mr. Feng, Bang Xie, Shahe, Shuangjiang, Lincang, Puerh Asia


Informations et provenance : Voici le deuxième échantillon dans la série des maocha de Bang Xie : celui de 2012. Comme mentionné dans la précédente dégustation, il s'agit d'un échantillon généreusement offert par Sébastien, du blog Vacuithé, que je remercie chaudement.


Détails d'infusion : 5 gr. / 125 ml en LongDan DuanNi. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 15s. - 10s. - 20s. - 25s. - pause - 30s. - 35s. - 40s. - 50s. - 60s. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : Le maocha de 2012 est aussi beau que celui de 2010 -- les feuilles semblent légèrement plus larges que celles de la version précédente, mais on se trouve dans la même palette visuelle. La liqueur en revanche est nettement plus claire, d'un jaune lumineux légèrement trouble sur laquelle se forme facilement de l'écume.


Odeur : L'odeur des feuilles sèches est très différente de celle de son frère de 2010 -- plutôt que des notes animales, je perçois ici quelque chose de frais et mentholé, avec une petite pointe de sève épicée qui chatouille le nez. Dans la théière préchauffée en revanche je reconnais bien l'air de famille : je retrouve avec un certain plaisir cette odeur de bois sec et de poussière, de poivre frais mêlé cette fois encore d'une note mentholée.
L'acidité des feuilles humides de la version 2010 n'est pas encore aussi présente dans cette version -- c'est à la fois sucré et fumé, avec quelque chose qui me rappelle les pépins de raisins. Sous le couvercle en revanche c'est carrément du marc de raisin, des épices, du sucre -- des parfums que je retrouve également dans le fond de tasse. Finalement la liqueur, elle, dégage une odeur fraîche de sève et de musc sucré.


Goût : La première infusion est très fraîche et végétale, faite d'un menthol très médicinal qui est presque du camphre mais pas tout à fait -- pas encore, j'ai envie de dire.
La deuxième infusion, semblable à la première, développe quelques notes poivrées. Jusqu'ici, je trouve les saveurs de ce thé plus fines et élégantes que celles de la version 2010.
Une petite amertume apparaît dans la troisième infusion et ramène avec elle des saveurs de sève et de bois vert. Ça goûte la forêt.
Puis une pause pour calmer l'estomac qui semble avoir un peu de mal avec ce jus de nature.
Au retour de la pause, l'amertume s'est développée et soutient avec une belle efficacité le duo menthol et sève d'arbre, qui envahit la bouche jusqu'au creux de la gorge.


Texture : La liqueur est plutôt ronde, faite d'une texture soyeuse qui assèche pourtant la bouche. Elle offre cependant une belle persistance mentholée sur la langue et derrière le voile du palais, qui y demeure longtemps après avoir avalé, ainsi qu'une sensation poivrée qui joue sur la langue à partir de la troisième infusion. Cependant pas grand-chose d'autre ne persiste -- quelques échos de musc ici et là mais rien qui ne soit vraiment présent au-delà du menthol.
Ce thé me laisse avec un petit pic d'énergie, mais celui-ci retombe rapidement -- cela dit, c'est peut-être dû à la pause entre la troisième et la quatrième infusion.


Couleurs : Spirales et farandoles vert menthe sur fond noir, accompagnées de courbes jaunes et de pointes roses -- ces formes et couleurs tournoient de façon un peu erratiques, certaines en laissant des traînes lumineuses derrières elles.