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samedi 7 mars 2026

First Rain | 2006, brique "Burang Shan", Camellia Sinensis

La pluie cessera dans les trois prochaines heures annonce météomédia en petits caractères inclinés, comme s'il ne réalisait pas l'insolite de sa propre nouvelle. Je suppose que la première vraie pluie non-verglaçante de l'année n'est pas assez sensationnaliste pour faire les manchettes. 

Mes écureuils ont l'air de rats mouillés, les pauvres. 

Cette pluie marque pour moi l'entrée officielle de la saison dans cette étrange période d'entre-deux, où l'hiver cède sa place au printemps qui n'est pas encore tout à fait prêt à répondre présent. Où la chaleur du soleil donne l'illusion d'une température clémente mais le vent encore glacial demande qu'on continue de s'emmitoufler. Une température qu'on vivait plutôt au début d'avril quand j'étais gamin, mais changement climatique oblige, c'est maintenant fin février-début mars. 

Ça arrive plutôt tard cette année en fait.

C'est le moment de l'année où il est le plus facile d'attraper froid aussi, comme mon corps me l'a rappelé cette dernière semaine. Mais je me sens assez remis aujourd'hui pour célébrer cette nature qui évolue vers la chaleur printanière. J'ai donc empli la bouilloire qui était restée vide depuis mon dernier post et sorti le gros yunomi dans lequel je bois du puerh Grand-Pa Style. (Pas de session complète encore. Avec ces étourdissements, j'ai peur pour mes ustensiles.) 

Malheureusement, la briquette choisie est aussi morte que l'hiver. Sèche et insipide en bouche, sans force, avec à peine une trace des saveurs de base que l'on attendrait d'un puerh figé au début de son adolescence. Je ne crois pas que le matériel était de grande qualité au départ, j'ai un souvenir lointain de saveurs cendrées envahissantes sur une amertume faible, mais ce qui est certain c'est que le stockage ne lui a pas fait cadeau non plus.

En GPS ses qualités ne ressortent pas beaucoup mieux, mais l'absence de notes répugnantes rend le breuvage assez générique pour apaiser mon envie de thé sans bousculer mes papilles enrhumées. C'est pas la fête, mais je n'ai pas le corps à la fête. Pour aujourd'hui, ça me va. Je suppose qu'il faut aussi des thés comme ça. 

Et puis ça reflète bien mon humeur, finalement. Je vis une petite crise spirituelle depuis quelques mois, ce repos forcé m'invite à la revisiter. J'ai l'impression de voir dans ce thé décédé non pas mes croyances profondes ou la réalité de mes expériences spirituelles, mais peut-être quelques-unes de mes illusions sur la nature des divinités... ou la nature de la vie, tout simplement. 

Ce n'est pas une crise bien grave. Je n'ai rien perdu. Mais ce que j'ai gagné entre un peu en conflit avec ce qui était déjà là. Admettre que ces deux choses conflictuelles peuvent être vraies en même temps me demande une flexibilité mentale sur un sujet sensible, où je m'étais construit des murs défensifs il y a longtemps. Laisser tomber ces murs, c'est difficile. Même quand je sais bien que c'est la liberté qui m'attend de l'autre côté. 

Dans quelques semaines, les trottoirs seront assez dégagés pour me permettre de reprendre mes marches matinales... et avec un peu de chance, dans quelques jours je serai assez remis pour reprendre mes expériences culinaires. Dans un cas comme dans l'autre, j'ai hâte. Après tous ces jours de lourdeur mentale, j'ai besoin d'un peu de légèreté.


vendredi 19 décembre 2025

Lassitude hivernale | 2013, Solstice d'Été (tisane bio), Camellia Sinensis

 

Trois jours de neige et de grisaille, un jour de répit, puis ça recommence. C'est le cycle saisonnier du moment. Aujourd'hui nous avons du redoux et de la pluie pour changer de la neige, mais toujours pas de soleil.

Il y avait un moment que je n'avais pas vu mes écureuils, ils ont même délaissé les noix que j'avais déposé à leur intention sous la fenêtre pendant ces premiers jours de grand froid la semaine dernière. J'imagine que par ces températures ils font comme nous et restent abrités en attendant le retour de la chaleur... et puis c'est à ça que servent leurs réserves, hein. Tant pis. Ils trouvent la manne quand ils sont prêt à remettre le nez dehors. Moi pendant ce temps j'économise les friandises.

Il y avait une colonie de pigeons chez mes voisins la semaine dernière, une douzaine sur le toit et quatorze de plus, appairés en rang d'oignons sur les fils électriques devant la maison, c'était très drôle. Je ne sais pas pourquoi ils s'étaient installés là en plein milieu d'une tempête, on voit bien sur les photos qu'ils sont pas confortables. En plus il y avait encore plein de place sur le toit ou dans les arbres autour, ils auraient été mieux protégés. Enfin bref, ils ont fini par s'envoler après quelques heures d'être fouettés par les éléments... la tempête, elle, a duré deux jours de plus.

La lassitude me pèse. Si je n'ai pas envie de thé au réveil il devient vite très tard, trop pour profiter d'une boisson caféinée sans risquer mon sommeil. J'en délaisse la pratique, ce qui de fil en aiguille me fait délaisser l'écriture de ce blog, les méditations matinales, mes moments de solitude intime, et un paquet d'autres choses qui me font du bien. Après évidemment je perd pied et m'enlise dans la déprime saisonnière. Qu'est-ce que j'ai hâte que la lumière revienne. 

La bonne nouvelle c'est qu'on en est presque au solstice d'hiver. Encore quelques semaines de noirceur, puis on commencera à voir du progrès. 

Qu'est-ce qu'on boit alors, par ces journées froides et sombres ? Quelque chose qui met du soleil dans la tasse. J'ai envie de saveurs légères, sucrées et acidulées, florales peut-être, de la rondeur, la chaleur du soleil d'été plutôt que du feu de bois. Qu'est-ce qui colle à cette description ? Le temps de me décider, la matinée est déjà bien entamée et il est trop tard encore. 

Bon. Tisane alors.

J'en ai quelques-unes de chez Camellia Sinensis qui semblent ne jamais s'éventer ou s'épuiser malgré les années ou le nombre de fois que je les bois. Le nom apte de l'une d'entre elles me fait tendre la main. Solstice d'Été, c'est de bon augure. 

Le mélange n'est plus sur la carte, en fait je me demande s'il l'a jamais été car j'ai souvenir d'une période où la boutique de Québec offrait des échantillons de mélanges faits sur place avec l'achat d'un thé sur la carte... En ouvrant le paquet, je vois surtout de la fleur de sureau, des aiguilles de sapin (Baumier probablement), et des boutons de rose. Et puis autre chose encore, une sorte de feuille verte très dentelée. Framboisier ?

En tout cas ça date d'au moins 2013 et c'est encore fragrant, infusons. 

Franchement, c'est bon. C'est très bon même. Je savais que ça serait encore buvable car les tisanes ont tourné assez régulièrement chez moi au fil des années même quand le thé ne tournait pas, mais ça faisait un moment que je n'avais pas bu celle-ci en particulier. 

Ça comble toutes mes envies, en fait. L'acidulé du sureau, le sucré résineux du sapin, le floral du reste du mélange, c'est parfait. 

J'étais plein de bonne volonté au sujet de ce blog mais il faut croire que le tenir régulièrement par cette période (surtout quand "régulièrement" veut dire "quotidiennement") m'est impossible. Il doit y avoir trois personnes à tout casser qui me lisent donc je sais bien que ce n'est pas grave, mais j'espère que vous me pardonnerez ce manque de constance.

samedi 6 décembre 2025

Indéfinissable | 2009, Meng Song Cha « Vieux Théiers » Maocha, Wang Xian Hao, Camellia Sinensis

Quand j'étais petit, je croyais qu'il y avait un mot exact pour chaque chose. J'étais avide de les apprendre. Tous les soirs j'ouvrais mon petit dictionnaire et j'en lisais les colonnes grises, une par une, en notant l'orthographe des mots définis. J'étais fasciné par les racines qui se déclinent à l'infini, les homophones aux orthographes trompeuses, les lettres silencieuses, toutes ces bizarreries de la langue française qui donnent tant de mal à ceux qui l'étudient. Je croyais que chacune avait un apport qui contribuait directement au sens des mots.

En vieillissant, j'ai appris au contact de l'anglais qu'en fait, il y a beaucoup de choses en français qui demeurent innommables. Des sentiments, des expressions dont les nuances sont bien définies dans d'autres langues et qui font défaut à la mienne. Mais aussi, d'autres sentiments et expressions qui me sont familiers et font défaut chez les autres. Mon intérêt pour l'étymologie et les liens entre racines de mots au sein de la très large culture indo-européenne s'est affiné. Apprendre, comprendre ces choses me semblait d'une importance cruciale.

Puis je suis devenu psychonaute et j'ai découvert à quel point la langue est un véhicule imparfait, qui ne peut refléter qu'une infime approximation de l'expérience humaine. Les choses les plus significatives demeurent indéfinies, mieux exprimées par la retenue. Par un silence. Un regard, une image. L'écho d'un son bien particulier. La caresse d'une main tendre. L'impact d'un coup porté.

Ces expériences multi-dimensionnelles se rapportent au thé comme à tout le reste. Le thé, c'est un microcosme au centre de ma vie. Une fondation sur laquelle je me bâtis depuis près de 20 ans, qui va bien au-delà des feuilles, des ustensiles, et de l'eau, qui va au-delà d'une pratique quotidienne même. Et sur laquelle j'ai parfois beaucoup de mal à mettre des mots.

Comment parvenir à capturer l'intensité d'une boisson dont les saveurs prenantes, à la limite de la violence, ont davantage changé le cours de ma vie que toute rencontre humaine ? Dont le souvenir lointain m'affecte tant, m'a si bien marqué, qu'aujourd'hui j'y puise encore une source vitale ?

Même si je tentais d'expliquer, il y a des choses qu'il faut vivre soi-même afin d'en comprendre la portée. Tous mes mots sont sujet à l'interprétation d'autrui, qui me lit à partir de sa propre expérience, laquelle en retour est différente de la mienne. Et tout ce que j'écris, vu à travers ce prisme d'humanité, devient... mundane, disent les anglais. Affligeant de banalité.

Un billet d'humeur sur un blog de thé. 

En vrai je ne sais pas si ce petit sheng de Mengsong est de grande qualité. Certainement les feuilles sont odorantes, ça sent bon le puerh dans la théière et dans la tasse. Certainement j'en apprécie les saveurs, les textures, et l'énergie qu'il transmet. Mais est-ce un Grand Thé, une boisson complexe qui enchanterait n'importe quel amateur ? Je l'ignore. On aura beau me dire que ce sont des feuilles de théiers "ancien", dans ce contexte (surtout à cette époque, au tout début du boom, et encore plus maintenant après 15 ans dans mes tiroirs) on peut se demander ce que ça veut dire en terme de qualité.

Je préfère laisser ces questions aux experts. 

Pour moi, ce sheng de Mengsong c'est l'éclair foudroyant qui a tout lancé. Un thé qui dans sa jeunesse m'a choqué les papilles comme nul autre ne l'a fait depuis. J'étais déjà un amateur de thé avant sa découverte, j'étais même bien obsédé. Mais le puerh, j'en avais peur. On parlait d'amertume foudroyante, dans ma tête je m'imaginais déjà croquer l'équivalent liquide d'un rapini

La vérité, c'est que j'ai détesté cette première gorgée. 

Quand j'ai écrit qu'il m'a choqué les papilles, je parle bien d'un choc à la limite du traumatisme. La saveur dans ma bouche me rappelait cette tentative en petite-enfance de mâchouiller une feuille d'érable (l'arbre, le vrai, pas les petits biscuits). Une sorte de sève à la fois acide et très amère qui brûle la langue et laisse derrière elle des arômes de marais. Quelque chose comme du terreau de jardin envahi de mousse verte, avec un truc par-dessous qui rappelle la décomposition. Absolument rien, rien, rien de fruité ou sucré qui aurait pu adoucir la donne, ni même un peu de rondeur pour en adoucir la texture acérée. Ou en tout cas rien que j'ai perçu dans cette gorgée-là. De tous les thés que j'ai goûté dans ma vie, c'était probablement le moins adapté aux débutants. 

J'ai avalé aussi vite que j'ai pu, puis je me suis rincé la bouche avec le reste de wulong dans ma tasse qui n'a rien rincé du tout. Au contraire. Les parfums de nez fleuris mettaient en valeur la minéralité extraordinaire qui m'alourdissait la langue. Ce wulong n'était plus qu'une saveur parasite sur le puerh dont je sentais qu'il était ma dégustation principale. 

Les fleurs se sont dissipées. Les cailloux vaseux ont continué à évoluer sur ma langue, dans ma gorge, et dans mes sinus. Cauchemar gustatif. 

Je suis incapable d'expliquer ce qui m'a fait en quémander une deuxième gorgée, qui était aussi mauvaise que la première, ou ce qui m'a poussé plus tard à en acheter quelques grammes. Masochisme probablement. Surtout je suis incapable d'expliquer l'effet que ça a eu sur moi, cette tenue en bouche incroyable, ces saveurs repoussantes. Ça a redéfini mon univers, peut-être. Ou une partie de celui-ci en tout cas.

On s'est apprivoisés depuis le temps, ce petit sheng et moi. Et puis on a mûri tous les deux. Son amertume, bien que toujours présente, s'est assagie au rythme où j'ai perdu mon enthousiasme. Il a développé des saveurs plus riches, moins vertes, alors que j'ai gagné en expérience. Je n'y détecte plus le pôle marin iodé qui m'avait tant choqué, j'espère de mon côté avoir laissé derrière certains comportement naïfs. En revanche, la rocaille tannique est toujours présente... et moi, j'ai toujours mes aspérités. Ça, ce sont nos fondations. 

Dans un cas comme dans l'autre, on a encore du travail à faire.

D'autres choses aussi. Une lente transformation des saveurs et du souvenir, de l'effet qu'il a toujours sur moi. Bien sûr, les mots me manquent pour en parler davantage à ce stade. Je ne sais même pas s'ils existent. Mais l'état, lui, s'impose comme un fait. Ce thé demeure l'une de mes références phares. 

Avec ou sans mots, je serais bien heureux si mon évolution était aussi gracieuse que la sienne.

vendredi 5 décembre 2025

Cycle saisonnier | 2025, Da Hong Pao de M. Wu, Camellia Sinensis

C'est quoi ce truc en haut centre gauche ? Drône, hélicoptère, ovni...

Je n'avais pas tout à fait réalisé à quel point la monotonie de l'hiver m'affecte. Ce n'est pas seulement le froid, bien qu'il soit conséquent, ou le manque de lumière. C'est l'absence de couleurs dans mon environnement immédiat, la grisaille permanente qui imprègne tout, la neige qui recouvre le sol, le ciel qui ne cesse de poudrer... j'y trouve souvent plus de claustrophobie que d'émerveillement, ça ne me rend pas particulièrement volubile. 

L'écriture de blog quotidienne c'est peut-être plutôt un truc de mi-saison chez moi en fait. En tout cas les archives de ce blog me disent que ça se passe exclusivement entre août et avril, avec une concentration de posts plus prononcée en octobre et novembre puis de février à avril, et une interruption quasi totale en décembre et janvier. 

Makes sense.

Le mercure annonce -16 ce matin. C'est très froid. Par temps froid il faut un thé qui réchauffe de l'intérieur. Équation basique. Je me dirigeais vers un taïwanais torréfié quand ce Da Hong Pao m'est littéralement tombé dans les mains. Je n'en avais pas encore parlé ici, il fera l'affaire. 

L'odeur de cacao sucré des feuilles sèches est superbe, me met l'eau à la bouche. C'est un parfum très gourmand qui me rappelle l'enfance, sans que je puisse tout à fait identifier le souvenir qui y est lié. Je ne sais pas s'il y en a un en vrai, je n'ai jamais été très chocolat en général. La liqueur rouge ambré m'attire l'oeil, une belle tache de couleur contre le gris-blanc environnant. 

La torréfaction est encore un peu prononcée, on sent bien qu'elle est encore assez récente, mais les saveurs de fruit par-dessous sont exactement ce dont j'avais besoin aujourd'hui. C'est puissant, ça ravigote et chasse le froid qui par cette température s'infiltre jusqu'à la moelle. 

Ma coloc y trouve un petit côté épicé, à la limite de la menthe poivrée. Je décèle bien le poivre et même l'arôme du poivre, mais perso la menthe m'échappe... cela dit, je ne sais pas si elle a perçu un parfum de menthe ou si son impression provient de l'effet frais que ce thé laisse sur les lèvres. C'est intéressant d'ailleurs, je ne le percevais pas du tout la première fois que je l'ai bu. Un joli contraste avec la boule de chaleur dans mon estomac. 

J'ai eu la chance d'attraper une pleine lune énorme au réveil, ça fait plaisir. En saison froide les événements astronomiques me semblent plus difficiles à capturer, mais c'est peut-être simplement parce que mes horaires sont chamboulés. Je me lève avec le soleil, du coup il y a décalage. En tout cas ce matin elle était magnifique. Pour moi, un bon présage pour cette journée qui en ce moment m'offre un ciel dégagé et la chaleur timide du soleil d'hiver.

samedi 29 novembre 2025

Idée Fixe | 2025, Lam Dong Bai Hao, Camellia Sinensis

Cette dernière semaine a été un peu folle. On a commencé les premières préparations de nourriture en prévision de Noël, on a reçu de la visite à la maison, j'ai aussi beaucoup cuisiné. Les journée s'enfilent, ne se ressemblent pas, et ne me laissent pas de temps pour le thé. J'ai surtout bu du puerh en Grandpa Style entre deux tâches cette semaine, et là c'est la première occasion que j'ai de boire du thé "proprement" depuis mon dernier post. Pfiou.

Cela dit j'ai appris à faire des sushis ! Et ça j'en suis fier. En plus, n'ayant pas vraiment les moyens d'acheter des darnes de poisson cru à 10 dollars les 100 grammes, j'ai tenté le thon vegan fait de melon d'eau cuit et au final c'était savoureux. Un peu trop de riz dans les rouleaux et faut rectifier un peu l'assaisonnement du thon vegan, mais c'était ma première fois. J'apprendrai.

Après toutes ces aventures, je retrouve avec plaisir mes petits écureuils et la quiétude de nos routines matinales. Le ciel est complètement dégagé, le soleil brille... la fatigue me taraude encore mais ça va s'améliorer car je fais repasser ce Lam Dong Bai Hao bien caféiné dans mon gaiwan. 4 grammes cette fois, la dernière c'était un peu trop fort à mon goût. Ses arômes sont toujours aussi envoûtant.

Toutes mes pensées tournent autour des sushis en ce moment pour être bien honnête, c'est un peu une idée fixe. En même temps ça faisait près de 20 ans que je me laissais décourager par la délicatesse de la manœuvre. Le riz qui doit être aromatisé de façon spécifique en faisant attention à la texture, les ingrédients qui doivent être préparés avec précision et minutie, absolument tout ce qui a trait à l'opération de roulage, le temps que ça prend, l'argent... tout ça s'accumulait et me semblait insurmontable.

Puis je l'ai fait et maintenant ça me semble simple, facile à articuler dans une plage d'une heure et demi pourvu que les préparations plus compliquées (pickles de gingembre et d'écorce de melon, wasabi, vinaigre aromatisé, cuisson des marinades de melon et tofu, sauces d'accompagnement qui ont besoin de réduire un peu, etc.) aient été faites la veille. Après c'est surtout une question d'attendre que le riz soit cuit et de préparer le reste des ingrédients pendant cette attente.

Cette fois-ci c'était plutôt quatre heures de boulot, mais c'est parce que j'essayais de tout faire en même temps et aussi de préparer une soupe au miso à côté. Ma manie des premières expériences culinaires ambitieuses me joue souvent des tours, ces quatre heures étaient intenses, mais cette fois ça a porté fruit. J'ai beaucoup appris, et puis c'était délicieux. La question maintenant c'est qu'est-ce que je mets dans les suivant... 

Cinq infusions plus tard, j'ai soudain l'impression d'une course de chevaux dans mes veines. 

C'est fou quand même comme l'énergie de ce thé est écrasante. Un vrai raz-de-marée, on pourrait s'y noyer. Plus aucune trace de léthargie ça c'est sûr. La dégustation doit s'arrêter là sinon je risque la crise d'angoisse. 

C'est un peu dommage, ça m'avait aussi fait ça la dernière fois. Peut-être que c'est tout simplement un thé à étaler sur deux jours, ou encore à partager en toutes petites tasses. Tiens, c'est une bonne idée ça. Mes invités s'en régaleront autant que moi et son côté liquoreux puissant en fera un bon allié des fromages et desserts, pourvu qu'ils soient un peu délicat. 

Une pensée entraînant l'autre, je me demande maintenant comment intégrer du matcha dans mes sushis et quels ingrédients s'accorderaient avec une sauce de thé réduite... 

Quand je disais que c'était une idée fixe.

vendredi 14 novembre 2025

Anxié-thé | 2025, Dong Ding de M. Nen Yu, Camellia Sinensis


Le Lam Dong Bai Hao d'hier était très très caféiné. C'est dans l'après-midi surtout que ça s'est confirmé, avec une énergie fébrile et nerveuse qui ne m'a pas quitté et m'affecte encore un peu aujourd'hui. J'allais d'ailleurs mettre de côté le thé pour la journée, mais quelques minutes de soleil au réveil m'ont fait changer d'idée... ce n'est probablement pas bien sage. Il y a des thés qui agitent et d'autres qui apaisent, il n'y a plus qu'à souhaiter que je connais suffisamment celui que je bois pour savoir dans quelle catégorie il se classe. 

Ce Dong Ding de M. Nen Yu, je l'ai "rencontré" pour la première fois à l'été 2013, quand j'étais allé renflouer mes stocks de wulong frais et qu'on m'avait proposé d'essayer celui-ci, qui venait d'arriver. Sa torréfaction légère donnait dans la tasse des parfums joueurs, floraux et caramélisés à la fois, accompagnés de jeux de texture en bouche qui m'ont immédiatement enchanté. Malheureusement c'était un cru exceptionnel dont je n'ai jamais retrouvé la richesse sur les années subséquentes. Je continue à en faire l'un de mes thés quotidiens, surtout qu'il est somme toute assez bon marché (comparé au reste du marché), et continue à espérer qu'un jour il sera aussi bon que le premier que j'ai goûté.

Alors, qu'est-ce que ça donne ce cru 2025 ?

Je dirais qu'il a quelque chose de liquoreux. On m'a dit à la boutique que c'était systématiquement celui qui s'accorde le mieux avec les fromages et je comprends pourquoi. Il possède une rondeur maltée, légèrement tannique, qui me rappelle la charpente sucrée du vin de Marsala avec lequel j'ai cuisiné hier. Les fleurs de la première tasse s'effacent vite, mais c'est une transformation plutôt qu'une disparition... et la liqueur est très ronde, très "pleine", il y a quelque chose qui se passe sur les trois registres (notes de tête, de coeur, et de base).

Pour le reste... j'avoue que je n'en suis pas complètement sûr. J'avais un odorat très fin avant 2020, mais la Covid est passée par là et j'ai mis des années à retrouver un niveau de sensibilité suffisant pour apprécier le thé. Pour être honnête, j'ai même failli demander au FAT de supprimer mon compte pendant ces années-là. Chaque nouvelle annonce d'une OST me faisait l'effet de coup de poignard.

Heureusement j'ai attendu, une partie de mon odorat est revenu, et aujourd'hui je déguste avec plaisir. Mais je ne vais pas me leurrer : déceler les notes les plus fines, c'est fini. Un thé qui a du coffre comme celui-ci, je perds la capacité d'en percevoir les subtilités. Tout se mêle en un accord harmonieux (ou pas), mais je n'arrive plus à en goûter les notes individuelles. Peut-être qu'avec le temps j'y arriverai, mais là tout de suite c'est physiquement pas possible. 

Donc je peux dire que c'est rond, riche, puissant, moins sucré en bouche qu'on s'y attendrait vu ce que ça sent mais avec une rétro-olfaction mielleuse incroyable et une belle épaisseur... et ça s'arrête là. Je ne peux rien donner de plus précis. Ma coloc le trouve très fruité... moi, pas trop. Je le trouve liquoreux, avec des textures en bouche qui me donnent l'impression de manger un repas plutôt que de boire un thé. 

Je n'y trouve pas l'aspect vif et joueur du cru 2013. Dommage. 

Il est quand même superbe, surtout sa rétro-olfaction sucrée et parfumée. Vraiment, je l'apprécie beaucoup.

Le soleil n'a pas duré, et maintenant la neige reprend. Malheureusement, les prévisions me disent que ça ne va pas s'améliorer d'ici la fin de novembre. Je suppose qu'il faudra garder un oeil ouvert et profiter de ses rayons quand ils apparaissent... et peut-être aussi refaire mes stocks de vitamine D, puisque je me sais sensible à la dépression saisonnière. 

Ma dégustation se termine, je me sens un peu plus apaisé. Ce n'est pas parfait, mais après faut laisser au corps le temps de se remettre. Dans un cas comme dans l'autre, j'avais raison sur ce point : c'est un thé qui apaise et me fait du bien. 

jeudi 13 novembre 2025

Wulong, mon amour | 2025, Lam Dong Bai Hao, Lam Dong, Vietnam, Camellia Sinensis


Hier après-midi j'ai appris que la grève des transports en commun de Montréal s'est terminée, ou plutôt a été cassée. Les choses ne sont pas réglées, les négociations autour de la table continuent et je souhaite aux employés une résolution acceptable, mais en attendant le service reprend. Et ça, pour moi en tout cas, ça veut dire une ligne directe à la boutique Camellia Sinensis que je m'étais promis de visiter dès que les transports retrouveraient un horaire normal.

Promesse tenue. 

Je regrette de n'avoir pas amené mon appareil photo. La rue St-Denis était magnifique, noire de monde comme d'habitude, coiffée de neige et de pluie et pourtant colorée par les dernières feuilles d'automne, les lumières des boutiques, les panneaux d'affiche... Une sorte de New York à l'échelle humaine, avec le charme typique de l'architecture québécoise d'il y a 100 ans mêlée des avancées technologiques du monde moderne. Un paradis urbain qui me ramène tout droit au début de ma vingtaine quand j'y étudiais, car malgré le temps qui passe l'ambiance n'y a que peu changé.

J'aime Montréal. Retrouver le Quartier Latin l'espace d'un moment a été un vrai plaisir. Il faudra que j'y retourne quand les beaux jours reviendront. 

Bref. J'en suis revenu avec quatre thés, trois wulong et un kamairicha qui m'a été chaudement recommandé en remplacement des sencha que je zieutais. (Apparemment la meilleure période pour acheter les sencha frais arrivé c'est début août. Je prends note.) 

L'un des wulong avec lesquels je suis revenu c'est un Oriental Beauty qui vient du Vietnam. Il n'était pas du tout dans ma ligne de mire, moi je regardais plutôt le Guei Fei, mais l'une des employées est venue m'en offrir une tasse et woah. Les parfums ! Les saveurs ! J'ai été conquis immédiatement. Au diable la dépense, je m'en suis récupéré 25g et franchement j'ai bien fait. Je n'ai qu'à humer les feuilles sèches pour le savoir.

C'est celui que je me prépare ce matin. 

Il est absolument magnifique. J'ai mis 5 grammes dans mon gaiwan et honnêtement je suis tenté de diminuer la dose pour la prochaine fois, car il me fait de ces liqueurs concentrées ! 10 secondes sur la deuxième et c'est très fort, à la limite d'être trop pour moi. Je le déguste à petites gorgées, les yeux mi-clos, accompagné d'un petit écureuil qui grignote les grains que j'ai laissé pour lui devant ma fenêtre.

Entre les shu des deux derniers jours et celui-ci, je me sens revivre. Mes thés sont bons, mes matins sont calmes, je me sens l'esprit clair et le corps centré malgré quelques douleurs qui persistent. Ça faisait quelques semaines que je ne m'étais pas senti aussi bien. 

La neige fond doucement aujourd'hui, c'est plus chaud. Je ne sais pas si ça sera suffisant pour faire fondre la pile qui s'est accumulée dans le jardin, mais ce n'est pas bien grave. J'aime bien cette température, quand l'air chaud porte la fraîcheur de la neige, que les trottoirs sont dégagés mais que les plantes en dormance sont encore ensevelies. J'y trouve une magie dans l'air qui se fait plus discrète en d'autres temps de l'année. Question de liminalité, peut-être. 

Mes écureuils gourmands s'arrachent les noix que j'ai laissé pour eux, cette énergie par temps froid c'est très bon signe. Je ne les avais pas vus depuis la première chute de neige mais ils sont bien gras et actifs, je suis maintenant rassuré. C'est bientôt la saison des amours pour eux, la nourriture supplémentaire leur donnera un avantage.

Quatrième infusion, toujours à 20 secondes. Enfin, je sens qu'il est temps de commencer à pousser. Ce muscat mielleux accompagné de fruits cuits, quels parfums, vraiment. Je ne suis pas tea drunk mais je sens que ça pourrait arriver dans d'autres circonstances, si je mettais de côté l'aspect analytique peut-être, si je n'étais pas en train d'écrire ce billet. La liqueur est d'une couleur soutenue, orange rougeâtre, qui me rappelle celle des feuilles mortes encore fraîchement tombées. Je ne me lasse pas de la contempler, d'en humer les parfums qui embaument la pièce entière.

Vraiment, j'ai l'impression de tomber dans la dithyrambe là, mais c'est parce que je prends tellement de plaisir à cette dégustation. Et puis ça faisait si longtemps que je n'avais pas dégusté d'Oriental Beauty, qui est l'un de mes préférés. Ce ne sont pas des thés bon marché, je n'ai pas souvent l'occasion de m'en offrir une tasse. 

Je pourrais continuer à m'étaler mais à ce stade, j'avoue, je n'ai plus rien à dire... c'est bon, c'est parfumé, c'est chaud, c'est réconfortant, et ça me reste en bouche d'une façon très agréable. Bref, je vais laisser le thé me parler de lui-même, et moi me confiner au silence une heure ou deux. Ça fera du bien à tout le monde.

mercredi 12 novembre 2025

Shu du Matin, Chagrin | 1990, Kunming 78101, Camellia Sinensis

 

Mon shu d'hier soir était tellement bon (malgré l'insomnie qu'il m'a donné) que j'ai eu envie d'en tester un deuxième tout de suite. 

Puisque je parlais de notes âgées dans mon dernier billet, je me suis tourné vers le shu le plus vieux de ma collection (qui n'est plus disponible chez Camellia Sinensis mais dont la page a été préservée sur archive.org), pile poil celui avec lequel je le comparais justement. Je voulais en voir l'évolution et savoir si ma première impression se confirme... 

Au nez, les feuilles sèches sentent bon nos forêts d'ici. J'ai l'impression d'y humer tout un écosystème : les conifères résineux, le bois mort et sec qui craque sous les pieds, le bois mort et humide envahi de champignons, l'humus en décomposition (mais un truc propre hein), les rochers qui parsèment la terre, bref c'est comme un parfum qui tente de reproduire une impression de forêt photoréaliste, j'adore. 

Même chose qu'hier, 4.6g pour 150ml, deux rinçages, première infusion à 30 secondes, on adaptera pour la suite. Déjà au nez j'ai des choses différentes, un aspect boulanger un peu plus prononcé, toujours cette impression de forêt sombre, humide, intouchée et pleine de secrets. C'est à la limite d'être trop infusé je pense, il faudra que j'adapte les suivantes. En tout cas c'est rond, c'est bon, et ça me donne l'impression de redécouvrir une famille de thé sur laquelle je ne m'étais que peu penché à l'époque. 

C'est peut-être sur les shu que je trouverai une connexion plus marquée avec le dieu auquel je suis dédié, finalement. Les sheng c'est une chose, une belle chose même, mais ce que j'ai dans ma tasse en ce moment c'est un autre registre. Un autre genre de nature, pas celle qui déborde de vie, l'autre qui inclus la mort, la vie dans la mort, la vie qui profite de la mort. Hmm. J'y reviendrai. 

La saveur qui me reste en bouche m'évoque aussi l'atelier de lutherie où j'étudiais il y a 15 ans, à peu près à la même époque où j'ai acheté ce thé. Le côté boisé poudreux et résineux, c'est exactement le parfum qui flottaient dans les couloirs... mais il y a aussi une sorte de minéralité prononcée qui me rappelle l'odeur des outils de fer avec lesquels nous travaillions et qui était omniprésente dans les classes. Je serais curieux d'infuser ce thé en purion pour voir. Je pense que cet aspect minéral en serait magnifié. Prochaine fois. 

Vraiment, je passe par toutes les émotions et n'en suis encore qu'à la première tasse. 

Dans la deuxième je découvre cette composante fraîche épicée dont Camellia Sinensis parlait. Ils la qualifiaient de "note anisée"... et je suis d'accord ! Mais cette note, je la trouvais aussi sur mon thé d'hier. Et je ne l'avais pas du tout identifiée comme étant de l'anis, pour moi c'était une composante de la fraîcheur résineuse qu'on trouve dans les parfums de forêt. Comme quoi, avec des références différentes et une attention sérieuse à ce qu'on boit... 

Je ne m'ennuie pas encore de faire des dégustations en finesse cela dit. Ils peuvent garder leur anis (même si maintenant que je l'ai identifié, ça se développe sur la langue), je vais continuer de m'enfoncer dans ma forêt profonde. 

Tout est encore calme ce matin et je dois admettre que ce silence me fait un bien fou. C'est souvent comme ça, les jours de neige. L'un des avantages de l'hiver peut-être, l'un des seuls, ce calme prolongé de la faune animale et humaine au petit matin. L'été, à cette heure, les oiseaux et les enfants tiennent un vacarme assourdissant. Qui est porteur de vie, certes, mais qui ne me fait aucun bien quand j'ai les nerfs à vif, au sens propre comme au figuré. 

Deuxième, puis troisième infusion, la liqueur est maintenant bien noire et sent bon la boulange. Je ne retrouve pas du tout cette saveur dans la tasse, mais j'y perçois cependant une rondeur sucrée dans une texture bien épaisse, presque poussiéreuse. Ça me déstabilise, cet aspect poudré très prononcé qui finalement s'accorde bien avec la poudrerie qui tombe encore en fine couche.

Un thé de 35 ans, quand même. L'année de naissance de mon plus jeune frère. Il détesterait ce thé à coup sûr. C'est pas grave, je vais l'apprécier pour lui.  

Les infusions s'enfilent, je me rend compte que mes pensées divaguent, sautent d'un sujet à l'autre sans jamais se poser très longtemps. Je ne sais pas si c'est un effet du thé que je perçois beaucoup moins sur le corps contrairement à celui d'hier, ou si c'est simplement l'humeur d'aujourd'hui. Je me sens éparpillé, peut-être un peu brouillon, prêt à tout faire passer au microscope l'espace d'une minute ou deux sans avoir l'élan d'analyser quoi que ce soit. Observer sans réfléchir. Comme si j'étais renvoyé à un état presque animal finalement, qui fonctionne sans les mots sur un instinct sans nom. 

Pourtant je ne me sens pas ivre comme hier, ce thé ne me monte pas à la tête du tout. Il est calme et posé, l'orchestre sur lequel s'appuie le soliste. 

Alors, est-ce que c'est plaisant ? Absolument. Mais est-ce que c'est un grand moment ? Franchement... non. Pourtant il est plus complexe, il a une meilleure tenue en bouche. Qu'est-ce qui se passe ? C'est l'énergie qu'il me laisse, je crois. L'autre avait une force vitale tranquille que je ne perçois pas du tout ici, du coup j'en reste moins impressionné. 

Faut dire, l'autre était un Gong Ting, un assemblage fait essentiellement de petites feuilles et de bourgeons, alors que sur celui-ci les feuilles sont beaucoup plus larges. L'autre avait aussi été finement travaillé. Celui-ci, je n'en suis pas sûr. 1990 c'est de la vieillerie, les dernières années d'un paysage de thé "traditionnel", complètement différent de ce qu'il est aujourd'hui. Si je me souviens bien, le shu n'avait pas encore trouvé ses notes de noblesse et sa fabrication utilisait plutôt des feuilles de basse qualité, les trop grandes, les récoltes d'automne, etc. Je serais surpris qu'un producteur de l'époque ait osé faire du shu avec une récolte de bourgeons de printemps... Et ce n'est certainement pas un thé auquel j'aurais eu accès, s'il existe. 

C'est très bon quand même, hein.

Non, vraiment. C'est un très, très bon thé. Une grande qualité de stockage, une rareté, c'est une chance inouïe de pouvoir en déguster quelques grammes. On est très loin d'un thé de tous les jours. C'est complexe, c'est riche, ça se déploie plusieurs minutes en bouche. C'est juste que malheureusement pour lui, j'en ai bu un autre hier qui était encore meilleur et il a du mal à soutenir la comparaison.

Bon, voilà. Les déneigeurs sont passés, ils ont laissé des mottes de gadoue durcie directement derrière les voitures, je vais bientôt devoir sortir dégager tout ça. Mon silence se termine... et une partie de la paix s'en va aussi car il y a peu de choses qui m'enragent comme devoir repasser derrière une machine qui a fait un travail de chafouin. 

Mais bon, faut le prendre avec philosophie je suppose. C'est l'un des incontournables de l'hiver au Québec. Et la saison ne fait que commencer... heureusement qu'il me reste plein de shu à tester.

lundi 10 novembre 2025

Envies d'hiver | 2011, Da Hong Pao, Camellia Sinensis

La neige d'hier matin a continué de tomber toute la journée et on attend d'autres précipitations cet après-midi. Les températures ne sont pas encore tout à fait propices à la formation d'un couvre-sol qui ne fondra pas avant le printemps, mais notre jardin fait quand même les frais d'une couche de glace qui a tenu toute la nuit. Certaines plantes, particulièrement celles dont les feuilles sont restées vertes, ont maintenant des taches noires de gangrène... les pauvres. Je sais bien que c'est le cycle de la nature, mais ça n'empêche pas de reconnaître la souffrance qu'il occasionne. 

Ce sont les derniers grammes d'un Da Hong Pao acheté dans mes premières années que je termine aujourd'hui. Les feuilles sèches étaient fragrantes, parfums de cerise et autres petit fruits cuits à fond la caisse. La liqueur est plus douce, mais toute aussi savoureuse. Les saveurs de torréfaction sont en retrait comparé au sucre fruité mais n'empêchent pas un aspect chaleureux de se développer dans la tasse. Mon corps, qui depuis quelques jours me demande de ralentir ma consommation de caféine, en est tout de même réconforté. 

Il n'y a vraiment rien comme un wulong torréfié par une journée de neige. Hormis peut-être un wulong frais par une journée de pluie. 

(La leçon à en tirer c'est que quand le ciel se met à nous tomber sur la tête, faut sortir les wulong.) 

Avec le temps froid qui s'installe je retrouve une rage de cuisiner qui me fait souvent défaut l'été. J'ai envie de faire des expériences, de tester des choses que je n'ai jamais préparé, et aussi de perfectionner les recettes qui ont été testées une fois mais pas refaites depuis. Il y a quelques plats et grignotines que je maîtrise bien, des mets indiens, des légumes, quelque recettes de biscuits. Ça va, mais j'ai envie d'explorer au-delà de tout ça.

Je rêve de marier nos fruits et légumes de saison avec des saveurs d'ailleurs. Explorer nos saveurs d'ici avec les épices nordiques, dont beaucoup sont récoltées localement, à l'état sauvage. Explorer la pâtisserie avec toutes ces choses dans une mesure qui respecte les choix alimentaires des gens avec qui je vis. C'est une chance incroyable quand même d'avoir accès à toutes ces options... ce serait dommage de ne pas en profiter.

Bon, je rêve beaucoup, j'accomplis peu. Il faudra faire différent cette année. Enfin, puisque c'est la saison froide maintenant, la prochaine fois je parlerai de ces grignotines qui accompagnent bien le thé. Il faut bien commencer quelque part. 

Pour l'instant je retourne à ce Da Hong Pao qui ma foi me donne bien envie d'en racheter maintenant qu'il est terminé. C'est marrant, ce n'était pas un thé que j'aimais beaucoup à l'époque. C'est en partie pour ça que les feuilles ont traîné si longtemps. Mes papilles continuent à évoluer je suppose...

Un de plus pour la liste. Quand la grève des transports en commun se terminera j'irai faire un tour chez Camellia Sinensis, ça fait trop longtemps. 

mardi 29 mars 2016

2009 – Meng Song Cha "Vieux Théiers" Maocha, Wang Xian Hao, Mengsong, Jinghong, Xishuangbanna, Camellia Sinensis

Dégustation du 29 mars 2016


Informations et provenance : Ce thé de Mengsong, c'est celui qui m'a fait basculer dans l'univers des puerh. C'est aussi le premier sheng que j'ai goûté. La première gorgée volée dans la tasse d'un ami était repoussante, beaucoup trop amère, mais la tenue en bouche était si exceptionnelle que j'y suis revenu... une fois, puis deux... Et comme vous pouvez le voir, j'y reviens encore.

L'un des quatre premiers puerh signés Camellia Sinensis, il n'est plus disponible à la vente. En fait, il n'a pas été disponible à la vente bien longtemps. La boutique a vendu un peu de maocha jusqu'en 2011 où j'ai acheté les derniers grammes, c'est le thé que je vous présente aujourd'hui. Mais il y avait également des galettes. La majorité d'entre elles ont été entreposées pendant plusieurs années dans leur cave de vieillissement avant que la boutique les ressortent en 2016, bien transformées. Là évidemment, au diable la dépense, j'en ai profité pour m'en récupérer une qui dort maintenant dans ma propre cave. Quelques semaines plus tard, elles étaient déjà toutes parties...

Je considère que j'ai eu beaucoup de chance de commencer mon parcours avec ce puerh, et encore plus de chance de pouvoir continuer à le déguster année après année. Au-delà de la qualité des feuilles que j'apprécie encore aujourd'hui, ce thé a élargi mon univers. Il a vraiment une place particulière dans mon coeur.


Détails d'infusion : 5 gr. / 125 ml en LongDan DuanNi. Eau filtrée Brita, maintenue à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 25s. (oops) - 30s. - pause pour manger. Reprise : 35s. - 45s. - 55s. - suite au jugé. Total de 8 infusions.


Vue : Ce maocha a de jolies feuilles longues et torsadées, pour la plupart intactes, d'un brun clair qui devient un vert olive bien saturé quand elles sont épuisées. La liqueur orangé doux, un peu trouble, possède des reflets gris presque argentés sur certaines infusions, c'est joli et particulier. Il y a malheureusement pas mal de débris dans le fond du pichet, quelque chose de sablonneux même, mais ma théière me fait des misères en ce moment et je ne suis pas sûr si ça vient du thé ou de la terre qui s’égrène. Ce rendu semble se retrouver sur tous les thés qui passent dans cette théière en ce moment...


Odeur : Les feuilles sèches ont un parfum floral, épicé et complexe qui me rappelle presque un Dancong. J'y trouve de la bergamote et du géranium, un fruité acide et légèrement compoté qui m'a rappelé les baies rouges et la cerise de terre, et quelque chose de vaguement amer et légumier que j'ai du mal à définir. Ça sent bon. 


Goût : La première infusion me donne surtout des saveurs d'endives... sur leur site ils parlent de pissenlit, mais je n'ai pas cette référence. J'y retrouve cependant un peu l'encens dont ils parlent, ce parfum d'église, avec une minéralité qui porte bien les saveurs. 

La deuxième développe cette bonne grosse amertume qui m'a tant marquée, avec en-dessous un musc fruité, un peu de fruits peut-être ? C'est fugace, en-dessous de ces endives, avec l'encens qui revient en rétro-olfaction. Finale en bouche sur le caillou, un peu d'épices, ça picote agréablement sur la langue. 

La troisième, je l'ai un peu oubliée le temps de faire les photos... Mais c'est étonnamment doux en fait ! Chargé en saveurs, avec une amertume puissante et minérale, mais ça n'arrache pas la bouche comme je m'y attendais. Et il y a des saveurs de musc et de prunes jaunes qui pointent le bout du nez, j'adore ce thé. 

Les infusions suivantes développent des saveurs de zeste d'orange, de citron confit... C'est sucré, fruité et surprenant, cette douceur qui se développe à mesure que l'on perd en puissance. 


Texture : Je n'aime pas employer le terme "mâche" mais ouais, je crois qu'il y a un peu de ça. C'est épais et crémeux mais plutôt fin, on est loin de la texture type shu qui tache. Fine astringence à partir de la deuxième infusion surtout, ça fait saliver. L'épaisseur de la liqueur est décuplée à partir de la quatrième.

Les saveurs tiennent longtemps en bouche sur les premières infusions, mais ça s'essouffle aussi rapidement et par la huitième infusion tout est épuisé. C'est bien dommage. En tout cas ce thé m'a offert un moment de détente par-dessus tout, c'est un sheng donc on sent bien qu'il y a de la caféine là-dedans mais c'est plutôt un thé qui calme.
 


Couleurs : Des tracées lumineuses jaune pâle et vert doux sur fond noir, une brume brun-rouge qui offre une atmosphère apaisante, avec quelques éclats blancs et roses qui viennent briser la monotonie. L'ensemble me fait penser à un vitrail d'église sur lequel un rayon de soleil joueur vient se poser.