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dimanche 8 février 2026

Premiers signes du printemps | 2020, Ning'er "Golden Honey Aroma", Yunnan Sourcing

Mes écureuils ont commencé à se pourchasser dans les rues, la saison des amours est arrivée. Depuis la fin novembre je n'en vois généralement qu'un ou deux à la fois, ce matin il y en avait six ! La plupart d'entre eux beaucoup plus intéressés par la petite femelle en chaleur qui cherchait à déjeuner que par les noix laissées devant ma fenêtre. Mais comme la belle est l'une de mes régulières... Va falloir faire gaffe aux horaires de nourriture sinon les petits prédateurs vont prendre leurs repères. Le chat des voisins est déjà en alerte. 

Le retour tranquille de la lumière matinale me fait un bien fou. Ne manque plus que la chaleur. J'ai bien hâte de pouvoir retourner marcher régulièrement, les rues glacées me rendent trop prudent et craintif pour apprécier l'exercice. On attend du redoux la semaine prochaine, avec un peu de chance les épisodes de grand froid seront bientôt terminés. 

Il fait encore trop moche pour sortir les thés frais, c'est donc dans la chaleur et les notes sombres d'un thé rouge que je me réfugie. Après quelques hésitations, je me jette sur un Ning'er "Golden Honey Aroma" du printemps 2020 qui vient de chez Yunnan Sourcing (et qui s'y trouve encore dans une version plus récente, à très petit prix d'ailleurs).

Je ne sais plus trop quand je l'ai acheté, probablement en solde début 2022. Un bon petit thé du quotidien. Pas trop complexe, mais les feuilles sont belles et la note maltée est sympathique. C'est au niveau des parfums je crois qu'il se démarque le plus. Je retrouve au nez des notes de chocolat et un truc fruité-floral envoûtant que je me souviens avoir aussi trouvé dans la tasse quand il était plus frais (ou peut-être quand j'avais une meilleure eau). Ça s'est dissipé depuis, dommage.

Bon, il a presque six ans quand même, on lui demandera pas de performer comme un jeune premier. 

Heureusement il se boit encore très bien. Des saveurs tanniques très rondes, typiques sur tous les thés rouges du Yunnan que j'ai goûté, la note de malt relevée que j'ai mentionné plus tôt, pas beaucoup de sucre mais beaucoup de douceur, une épaisseur dans la bouche surprenante. C'est un peu single-note et ça s'épuise vite (deux infusions et c'est déjà terminé), mais ça se boit avec plaisir. Pour l'instant ça me convient. L'énergie et la caféine qui circulent dans mes veines n'ont pas besoin d'amplification supplémentaire.

La liqueur est très jolie, j'aime ce rouge-orangé bien translucide, sombre et lumineux à la fois. Il s'accorde de façon magnifique avec les couleurs et textures synesthésiques que me renvoient mon cerveau, une envolée de bulles sur fond sombre, un verre de vin rouge dans un rayon de soleil. Mes photos ne lui rendent pas justice. Cette couleur a pour moi quelque chose de magnétique, poétique, je pourrais m'y perdre en contemplation quelques heures. Plus jeune, j'aurais empreint une histoire de ses teintes. 

Je me suis beaucoup demandé ces derniers mois si je ne devrais pas écrire mes billets en anglais. Après tout, c'est une langue que j'ai mis beaucoup d'effort à apprendre à un niveau littéraire pour pouvoir écrire de la fiction. En ce moment, je baigne dans un milieu très francophone... j'ai peur de perdre mon vocabulaire anglo à force de manquer de pratique. Et il y a aussi tout plein de billets qui me viennent spontanément en anglais, mais dont je n'arrive pas à traduire le ton ou le sujet correctement en français et qui finalement passent à la corbeille. Je déteste cette impression d'auto-censure.

De l'autre côté, j'apprécie le petit refuge que je me suis bâti ici, qui me sert de phare en quelque sorte. Un élément stable dans une situation de vie en suspens où je n'ose pas encore me rebâtir par crainte d'un nouveau déracinement. Et une partie, peut-être négligeable mais peut-être pas, de ce qui me rend confortable c'est l'emploi du français, une langue dans laquelle il me semble plus naturel, ou en tout cas certainement plus facile, de m'étaler. Toutes ces virgules ne sont probablement pas un tic d'écriture à encourager cela dit...

Bref, j'y réfléchis encore, à suivre. Peut-être que le prochain post sera en anglais. Ou peut-être pas. On verra.

L'un des mâles étrangers qui pourchassait la femelle avant de découvrir sa manne de noix... une seconde après avoir pris cette photo il se relevait sur ses pattes arrières et me toisait full frontal 👌 pas de doute, c'était bien un petit garçon.

jeudi 30 octobre 2025

Îlot de paix retrouvée | 2025, Cui Feng Black Yancha, Cui Feng, Nantou, Taiwan, Kancha Tea


Magnifique lever de soleil aux couleurs chaudes ce matin, rose saturé, jaune beurré, filins d'or qui soulignent les dernières feuilles d'automne d'un contre-jour lumineux. L'air est frais mais vivifiant, agréable après quelques heures d'insomnie. Les oiseaux s'en donnent à coeur joie et mes petits écureuils compagnons se pourchassent de long en large à travers la rue, pris d'une énergie fébrile que je leur ai rarement vu de si bonne heure. C'est comme si tout conspirait pour me dire "ça va être une bonne journée". 

Eh bien, on va s'arranger pour que ce soit le cas. 

Test officiel des thés de Kancha aujourd'hui, ma patience est arrivée à son terme. Ce n'est peut-être pas bien sage, dans l'idéal il faudrait attendre une bonne semaine de plus, mais mes liqueurs d'hier étaient beaucoup plus satisfaisantes, c'est le signe que j'attendais... et puis après dix jours sans y trouver plaisir, je prends le risque. Fini le hiatus !

C'est quand même la prudence qui me fait choisir le Cui Feng Black Yancha plutôt qu'un autre peut-être plus fragile. Le site me dit qu'il s'agit d'une récolte d'automne en provenance de la montagne de Cui Feng, faite par un producteur qui a voyagé en Chine pour se former à la confection des thés de rochers. Avec cette description je m'attends à quelque chose de doux et rond, avec des parfums et saveurs qui montent bien au nez, et c'est exactement ce que je retrouve dans la tasse.

Julien parle d'arachides et de fruits confits, et je dois dire que c'est assez exact. En fait j'ai surtout l'impression d'une infusion de ces pâtes de fruits que j'avais mangé dans le Tarn à l'occasion d'un séjour il y a 15 ans, avec quelques aspects d'huile de noix dans la texture surtout. La liqueur est très fine, sans aspérités, avec des arômes soutenus par la lourdeur oxydée des thés rouges. Je n'y trouve pas vraiment les notes de torréfaction mentionnées, mais c'est peut-être l'effet de la théière. En tout cas ça me plaît bien.

La pluie qui se met à tomber pendant la troisième infusion agrémente ma dégustation de jolis sons et parfums complémentaires. Les gros arbres rouges de l'autre côté de la rue laissent échapper leurs feuilles une par une sous cet assaut de la nature. L'espace de quelques infusions, il y a quelque chose de féerique dans l'air. Mes petits compagnons à pattes fines finissent par s'enfuir pour se mettre à l'abri... Moi je reste, au chaud et au sec à la fenêtre. 

C'est une forme de luxe, quand même, de pouvoir prendre son thé dans ces conditions. 

Les parfums de nez prononcés, typiques des cultivars de Taïwan, me restent dans le voile du palais entre chaque gorgée. J'avais oublié cette particularité d'un thé bien fait. Au bout de la sixième infusion ça commence à donner des signes d'épuisement, ce qui est tout à fait respectable pour 3 grammes dans une théière de 125ml, d'autant plus pour un thé rouge. J'épuiserai les feuilles dans le gros yunomi, puisque je n'ai aucune envie de mettre un terme à cette dégustation.

Merci de cette belle trouvaille, Julien. J'y ai trouvé une paix qui m'a fait défaut trop longtemps.


dimanche 19 octobre 2025

Amitié | 2020, High Mountain Red Ai Lao Shan, Zhenyuan, Simao, Chine, Yunnan Sourcing


C'est l'anniversaire d'un ami de longue date aujourd'hui. 

Il y a eu beaucoup de casse chez moi ces derniers jours. L'endroit où je vis est une construction assez récente. Les planchers sont durs. Lattes de bois posées directement sur dalles de béton, carrelage de céramique à l'entrée, dans la cuisine... Tapis certes, mais seulement dans le salon. Rien pour amortir la chute des jolis ustensiles qui, avec ma maladresse congénitale, ont une tendance continue à me glisser des mains.

C'est une chose de perdre un gaiwan commercial, un peu grossier, dont je me servais régulièrement mais qui est facilement remplaçable.

C'en est une autre de voir fracassées des pièces de potier uniques, certaines antiques, d'autres modernes, chacune irremplaçable autant au niveau de la forme que de la valeur sentimentale.

Je considère que j'ai eu beaucoup de chance jusqu'ici de n'avoir pas cassé de théière. Mais c'est la chance dans la malchance, car dans l'idéal je préférerais bien sûr que toutes mes pièces demeurent intactes. Les voir détruites me crève le coeur, chacune une amitié perdue. Et en ramasser les morceaux dans l'espoir peut-être futile de les réparer un jour, ça m'affecte tout autant. 

À une époque j'avais tendance à les recoller à l’époxy souligné de poudre dorée, version étudiante bon marché du kintsugi japonais (l’époxy durci étant un matériel stable et inerte, c'est une technique finalement assez sécuritaire côté saveurs pourvu que ça ait eu le temps de sécher une bonne semaine). Mais ça fait des années que je ne m'y suis pas essayé. Considérant les pièces que j'ai cassé depuis et mes mains maladroites, j'avoue avoir un peu la trouille. 

Ce n'est pas tant une question de valeur monétaire, quoique ça peut jouer un peu. C'est plutôt que je ne suis pas un expert. Certains matériaux et certaines casses, je m'en suis bien rendu compte, sont plus difficiles à recoller. Quelques-uns ne tiennent tout simplement pas à l'usage, ou alors je n'arrive pas à assembler les pièces correctement et elles continuent à suinter, inutilisables. Parfois il manque des éclats, ça rend la balafre plus large et glissante que je l'aurais souhaité. D'autres fois il manque carrément un morceau, et là il faut façonner de la pâte dans l'interstice, croiser les doigts et serrer les fesses. C'est un travail délicat pour lequel je ne me sens aucun talent.

Mais si mes choix sont entre une réparation qui horrifierait un potier ou mettre les morceaux à la poubelle... honnêtement, mon choix est fait. On va tenter la réparation. Éventuellement. Quand j'aurai trouvé le courage.

Maintenant que c'est écrit, j'y reviendrai. 

J'ai mis du temps à choisir un thé aujourd'hui car je voulais rendre hommage à mon ami avec une boisson qui pourrait lui plaire. Malheureusement je n'ai plus de Zheng Shan Xiao Zhong, le thé fumé qu'on partageait à l'époque, mais je pense pouvoir trouver quelque chose quand même... 

Après réflexion c'est vers ce High Mountain Red Ai Lao Mountain que je me tourne, cette curiosi-thé du Yunnan fabriquée par un producteur d'origine Taïwanaise avec des techniques généralement réservées aux wulong. Les saveurs me rappellent beaucoup ces thés rouges de Taïwan fruités, légers, sucrés dont je suis friand, mais avec la profondeur maltée des feuilles du Yunnan qui se pose en retrait et donne un peu de corps à l'ensemble.

Et puis, ce mariage heureux entre deux cultures, c'est aussi le nôtre. 

Ce thé du printemps 2020 était certes un peu plus fragrant dans sa prime jeunesse, mais il est encore agréable aujourd'hui. Plus tard je ferai tourner un puerh de 2007, qui était l'année de notre rencontre, mais pour l'instant avec l'infusion au gaiwan (réparé il y a bien longtemps à "l'epoxytsugi" que je mentionnais un peu plus tôt), je me régale. 

Ces amitiés de jeunesse qui se nouent très rapidement et qui sont très intenses durent rarement dans la durée. De toutes les rencontres qui m'ont marquées, et il y en a quand même un certain nombre, je peux compter sur les doigts d'une main celles qui ont survécu intactes au passage du temps. 

Certaines se sont fracassées et demeurent en morceaux, irréparables, car nous étions jeunes et impulsifs et beaucoup trop fiers pour s'excuser. Pour d'autres, c'est l'éloignement mutuel qui a eu raison de nous quand notre passion commune s'est épuisée, que nous nous sommes tournés vers d'autres choses, et que nos évolutions respectives se sont avérées incompatibles. 

Et puis il y a mon Wan, rencontré par le biais d'une amitié commune qui n'a survécu ni avec l'un, ni avec l'autre, et avec qui la relation ne cesse de s'approfondir malgré les échanges sporadiques. Il y a très longtemps que nous n'avons pas été une part active dans la vie l'un de l'autre, éloignement géographique et responsabilités oblige. Mais je sais que chaque année, autour de nos anniversaires, nous échangerons une correspondance authentique et vulnérable, qui nourrit et touche l'âme. Quelque chose de précieux qui survit intact aux chambardements de la vie, et qui je l'espère continuera à nous unir par-delà le temps et la distance.

Une amitié comme celle-là, ça n'a pas de prix. Joyeux anniversaire, mon ami.

Il a bien vieilli ce petit Yo Ji Cha 2007 dis-donc ! Beaucoup plus agréable maintenant qu'à l'époque de ma dernière dégustation. Le fumé s'est adouci tout comme l'amertume, les fruits demeurent. Il faudra que je prenne un jour le temps d'en faire un retour complet... peut-être dans deux ans, pour les 20 ans de notre amitié.

jeudi 14 avril 2016

2014 – "Spring" Fu Shou Mei, Feng Qing, Yunnan, Chine, Yunnan Sourcing

Dégustation du 14 avril 2016


Informations et provenance : Une autre curiosi-thé ! Cette fois en provenance de Yunnan Sourcing, il s'agit d'un thé rouge Dian Hong dont le processus de fabrication consiste à le torréfier en y ajoutant du sucre muscovado afin d'y développer des notes de caramélisation maltée. Il y a peu d'information à ce sujet et je ne sais pas si c'est une technique ancestrale ou développée pour les touristes (ou développée pour les touristes à une époque ancestrale, qui sait), mais l'originalité me plaît. Testons. 


Détails d'infusion : 5 gr. / 100 ml en Gaiwan de porcelaine basique. Eau filtrée Brita, maintenue à 100°C en Yama Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 30s. - 30s. - pause. Reprise : 30s. - 45s. - 1m. - 1m30s. - 3m. - 5m. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : Les feuilles sont minuscules, entortillées sur elles-mêmes, et d'un noir de jais avec accents mordorés. Elles sont luisantes, ce que j'attribue au sucre mais qui sur un autre thé m'aurait fait penser aux huiles naturelles des feuilles car j'ai vu entre autres un puerh violet avec ce même lustre par le passé. Les feuilles mouillées, elles, sont absolument intactes ! Aucune carbonisation des feuilles comme l'aurait laissé penser le parfum qu'elles dégagent.  

La liqueur d'un rouge pur et lumineux me tape dans l'oeil, je ne m'en lasse pas de la contempler.

Note de 2025 : C'est d'ailleurs à la photo ci-dessous que vous devez de lire ce post aujourd'hui, car l'article était incomplet et j'ai dû bosser dessus un peu plus fort que les autres pour qu'il soit prêt. Mais la couleur de cette liqueur, wouah.


Odeur : Les parfums terreux et sucrés de malt sont vraiment très prononcés dès l'ouverture du paquet. Ça me rappelle le caramel brûlé et la mélasse, des odeurs très fortes qui restent dans le nez. À la surface de la liqueur je perçois un léger camphre, avec quelque chose de vaguement mielleux, amer et ciré qui me rappelle le propolis, mais c'est vraiment cette odeur terreuse qui prend le dessus. En fond de tasse, un petit miel de fleur léger. C'est intéressant, mais sur une journée moins aventureuse j'aurais pu écrire "déstabilisant". 


Goût : Alors je dois dire, en bouche ça n'a rien à voir avec ce que l'on attendrait d'un thé, c'est vraiment son propre truc. Les saveurs sont portées d'une façon complètement différente, et par-dessus tout la torréfaction domine. Personnellement je trouve que c'est joliment maîtrisé, mais c'est très lourd en bouche et faut avoir envie de ce genre de boisson.

Ça part sur des saveurs de caramel brûlé qui se transforme en sucre de canne malté, avec un léger camphre, et du clou de girofle, racine de chicorée, et café instantané qui pointe par-dessous. Il faut vraiment se concentrer pour identifier ces notes car cette première infusion est un peu trop puissante et les subtilités sont difficiles à saisir.

La deuxième est nettement plus agréable en diminuant le temps d'infusion, j'y trouve le même pôle mais plus sucré que brûlé, plus harmonieux. Le camphre se confirme, le malt également, ainsi que des saveurs épicées. Ce n'est pas le thé le plus complexe, mais on n'attend généralement pas ça d'un thé rouge. 

C'est une dégustation intéressante cela dit. Je suis bien content d'en avoir récupéré quelques grammes.


Texture : Liqueur ULTRA épaisse, liquoreuse même, c'est aussi lourd qu'un rhum épicé. Les saveurs restent en bouche très longtemps, particulièrement pour un thé rouge. Cela dit, peut-on vraiment appeler ce produit un "thé rouge"? Honnêtement, ça se discute. J'avoue que je me demande jusqu'à quel point le sucre caramélisé n'a pas complètement effacé le thé de l'équation. 

Personnellement, je crois que j'aurais apprécié l'effet gommant d'une théière... J'avais l'impression de percevoir des choses fugaces sous la torréfaction, mais celle-ci était si présente qu'à peine perçues, ces notes s'étaient déjà envolées. Le sucre inclus dans la fabrication de ce Fu Shou Mei a retenu ma main cela dit... j'aurais peur de contaminer mes terres.

Note de 2025 : Les années me donnent moins de retenue et j'ai bien envie de passer les derniers grammes de ce thé dans ma Purion, qui n'a de toute façon jamais trouvé la famille qui lui convenait. Au pire si c'est horrible elle passera une nuit dans la javel et le lendemain, comme neuve. C'est pas exactement une théière qui a accumulé un culottage intéressant chez moi... Et puis qui sait, peut-être que ça me donnera envie de racheter de ce petit Fu Shou Mei, qui demeure relativement bon marché aujourd'hui, en plus de trouver son emploi à ma Purion.


Couleurs : De rouge, de l'orangé, du vert kaki peint en touches successive par-dessus un fond brun bien riche. L'ensemble me donne une impression de promenade en nature, à l'automne, par un jour très ensoleillé. 

Pas de couleurs abstraites cette fois, car à l'époque où j'ai fait cette dégustation mes notes n'avaient pas été complétées et je n'en avais pas ajouté à l'embryon de cet article. Il est possible qu'un jour je découvre une image correspondante dans les fichiers de mon vieil ordinateur, mais pour l'instant il faudra s'en passer.

Je vous laisse donc sur une autre image dont les couleurs correspondent bien à ce que ce thé m'évoque, et qui a le mérite d'être chargée d'histoire

lundi 14 mars 2016

2012 – Wild Purple Tree black tea, Mangshi, Dehong, Yunnan, Chine, Yunnan Sourcing

Dégustation du 14 mars 2016

Informations et provenance : Voici un échantillon de Nicolas (Le Thé et le Chemin) qui provient à l'origine de chez Yunnan Sourcing, où l'on apprend qu'il s'agit d'un thé rouge de Dehong fait de feuilles violettes "sauvages" -- autrement dit faites à partir du cultivar "ye sheng", qui semble de plus en plus répandu maintenant comparé à il y a moins de cinq ans où on ne le trouvait quasiment nulle part.
Alors que le cultivar "ye sheng" dans sa version verte ne me plaît pas des masses, j'avoue avoir un faible pour les thés violets qui sont vraiment très bon à condition d'être bien fait. Moitié-avis défavorable, moitié-parti pris, ce thé se retrouve donc en terrain neutre. Voyons voir de quel côté il penchera au final. ^^


Détails d'infusion : 7.9 gr. / 120 ml en Gaiwan JuHua. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 15s. - 30s. - 1m. - 2m. - 5m. - dernière au jugé. Total de 6 infusions.


Vue : Le thé est essentiellement fait de belles petites feuilles noires et lustrées, parmi lesquelles on retrouve quelques feuilles jaunes et tiges. Mouillées, surprise ! Parmi les feuilles rouges se cachent deux ou trois feuilles d'un beau vert émeraude. Qu'est-ce qu'elles font là ? Mystère... ^^
La liqueur a une superbe couleur ambrée presque rouille, en revanche comme c'est une fin de sachet il y a beaucoup de petits débris -- j'ai dû utiliser un filtre sur les trois premières infusions.


Odeur : Des feuilles sèches émane un parfum renversant de fruits rouges -- canneberges, framboises, grenade, je suis fan. C'est surtout la canneberge qu'on retrouve quand on plonge ces feuilles dans la théière préchauffée, mais sous le couvercle les autres reviennent accompagnés de zeste de citron et une petite odeur de fumée qui me rappelle vaguement le Zheng Shan Xiao Zhong. Finalement, en fond de tasse on a des odeurs très sucrées de sucre de canne, de cassonade (vergeoise) et de pâte de fruits.


Goût : Avec un tel dosage, je m'attendais à quelque chose de très puissant en bouche -- mais non, surprise ! C'est plutôt doux, légèrement citronné avec une belle amplitude boisée. Ça goûte fortement la citronnelle, avec ses saveurs végétales, acidulées et zestées.
Dans la deuxième infusion, en plus de la citronnelle, j'ai un petit effet frais persistant sur la langue. Scott et quelques reviewers parlent d'eucalyptus, ça doit être ce qu'ils ont identifié. Ça ne me semble pas être assez puissant pour parler d'eucalyptus, mais c'est bien l'idée générale... C'est très doux dans une infusion pourtant pleine de saveurs, bref ça me semble assez cohérent avec à la fois l'origine violette et le cultivar "ye sheng".
C'est dans la troisième infusion que l'eucalyptus ressort dans sa pleine puissance -- mais plutôt comme une composante végétale fraîche que dans une sensation mentholée. La citronnelle est toujours bien là, accompagnée cette fois d'accents fruités qui me rappellent la canneberge ou la groseille.
Finalement c'est très doux sur les infusions suivantes, malgré les infusions poussées. Les arômes sont en retrait, un petit citronné est toujours présent lorsque la liqueur refroidit mais ça s'estompe vite au profit de la douceur de la texture.


Texture : C'est lisse et coulant -- la texture est un peu aqueuse, rien n'accroche en bouche. On a l'impression de ne pas la sentir passer... jusqu'au moment où les saveurs frappent les papilles de plein fouet et durent, durent ! Et lorsqu'elles s'estompent, on réalise que les tanins ont agi sans qu'on s'en rende compte. La bouche est sèche, on reprend une gorgée... Cercle sans fin.
De façon plus personnelle, j'ai la bonne surprise de me retrouver pas mal détendu dès la première infusion -- franchement c'est pile le thé qu'il me fallait ce soir. Je n'ai pas beaucoup mangé, mais j'ai une impression de satiété -- au départ j'ai eu du mal à voir comment j'arriverais à faire plus de quelques infusions, mais dans les faits ça s'infuse tout seul. J'adopte ! ^^


Couleurs : Probablement un des thés aux couleurs les plus marquantes visuellement -- du jaune doré bien saturé et quelques volutes de rouge brillant qui tournoient devant un fond aux teintes allant de l'indigo violacé au rouge bordeaux, dont le mouvement brumeux contraste avec la vivacité des tournoiements du doré.

samedi 5 mars 2016

2013 – Wuliang Wild Hong Cha, Wuliang Shan, Pu'Er (Simao), Yunnan, Essence of Tea


Informations et provenance : Échantillon gentiment fourni par Marion, qui est membre comme moi du Forum des Amateurs de Thé, il s'agit d'un Hong Cha du Yunnan -- plus précisément des montagnes de Wuliang dans la région de Simao -- fait à partir de feuilles provenant d'arbres sauvages anciens. Vendu à l'époque par Essence of Tea, il n'est malheureusement plus disponible. Il est cependant possible de s'abonner sur la page du thé afin d'être avisé dans le cas d'un retour éventuel sur la carte.


Détails d'infusion : 7.1 gr. / 140 ml en ShuiPing de CaiManZu. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Aucun rinçage. Temps d'infusion : 45s. - 80s. - 2m. - suite au jugé. Total de 5 infusions.


Vue : Les feuilles sont absolument superbes. Longues et effilées, pour la plupart très sombres bien qu'il y ait ici et là quelques feuilles jaunes, elles se parent d'une myriade de couleurs dès qu'on les trempe dans l'eau. Ça joue du kaki sombre au rouge vin, en passant par le jaune, l'orangé et le vert tendre -- souvent sur la même feuille. C'est franchement superbe et mes photos ne leur rendent pas justice.
La liqueur est d'un rouge orangé clair, très limpide, qui me rappelle la couleur chaleureuse d'une bière ambrée, la mousse en moins... quoique beaucoup d'écume se forme à la surface du thé. ^^


Odeur :Le parfum des feuilles sèches posées en théière chaude est particulier. Très loin des fruits et de la compote que je retrouve habituellement dans un thé rouge, les pôles sont sur le légume vert cuit -- brocoli, bok choy, choux de Bruxelles. Il y a bien des fruits, mais ils sont en arrière-plan, à peine décelables. Lorsqu'elles sont mouillées en revanche, le parfum devient ample et poivré, avec des notes de fruits séchés dans un four à bois qui me rappellent l'Assam Banaspaty de la maison Camellia Sinensis que j'aime tellement.
Les autres parfums, ceux que l'on retrouve sous le couvercle, à la surface de la liqueur et dans le fond de tasse, sont plus difficiles à identifier. C'est sucré, vaguement fruité, doux, mais impossible d'en dire plus.


Goût : Les saveurs évoluent peu d'une infusion à l'autre, ce qui m'étonne assez peu finalement. Ça n'en reste pas une superbe liqueur aux accents très légumiers, toujours ces brocolis, choux de Bruxelles et bok choy avec la douceur de leur eau de cuisson. C'est un peu épicé en retour de bouche, avec des notes de poivre rose et de cardamome, et il y a quelques rares accents de fruit qui me rappelle la compote pomme-poire.
Au fil des infusions, la liqueur devient plus amère, le fruit disparaît presque complètement et les épices montent avant de retomber. La dernière infusion est une belle tasse pleine de douceur.


Texture : La texture n'est pas très bien définie -- on reste dans quelque chose de plutôt aqueux, qui glisse sur la langue en y déposant des arômes plutôt que de la substance. Il y a cependant une belle longueur en bouche grâce à cette amertume qui porte bien les saveurs, ainsi qu'un beau retour épicé qui pétille légèrement la gorge.
Il n'y a pas grand effet sur le corps cependant. La liqueur éclaircit un peu l'esprit mais à priori je reste sur l'impression qu'il s'agit plutôt d'un thé de bouche, qui demeure tout de même très bien fait dans son genre.


Couleurs : Fait de rouge plutôt terne mêlé de vert et brun, c'est une forme géométriquement floue qui tournoie lentement sur un fond fait de teintes très sombres qui se confondent avec du noir et de quelques taches de bleu-vert désaturé.

mercredi 24 février 2016

2012 – (été) Pi Lo Chun noir, Bi Lo Chun, Chine


Informations et provenance : Échantillon généreusement offert par InstantThé, je n'ai malheureusement pas plus d'information à offrir sur ce thé précis. Laissons donc parler les feuilles !


Détails d'infusion : 7.1 gr. / 125 ml en Gaiwan JuHua. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 30s. - 1m. - 1m.30s.


Vue : Son nom ne fait pas mentir : bien que traité comme un thé rouge, les spirales caractéristiques du Bi Luo Chun sont bien présentes et absolument superbes dans un camaïeux de teintes de brun, allant du doré cendré au chocolat profond. Infusées, elles prennent une teinte rouge-orangé particulière que j'ai rarement rencontré. La liqueur est d'un jaune soutenu tirant sur l'orangé, plutôt limpide et qui a tendance à écumer lors de l'infusion.


Odeur : Superbe ! Acides et riches avec des accents muscatés, les parfums dégagés par ce thé m'évoquent les odeurs d'un champ de pruniers au moment des récoltes. J'ai au nez une odeur très forte de pruneaux secs et de prunes mures chauffées au soleil, mais aussi quelque chose qui me rappelle le gravier, les cailloux, quelque chose de minéral et naturel.


Goût : La première infusion est plutôt faible en regard de l'opulence des parfums -- je soupçonne qu'une fois de plus, ma tendance à la sous-infusion a frappé. Peu de parfums et saveurs "flashy", en revanche une belle finale en bouche de tabac blond.
Les infusions suivantes révéleront finalement le même pôle de saveurs, tabac blond se transformant en sucré léger une fois la gorgée avalée, avec un courant minéral caillouteux qui vient bien faire écho à ce que je percevais au nez.


Texture : La liqueur est particulièrement épaisse, avec une astringence qui assèche la langue et capte les parfums pour ne plus les laisser partir. La longueur en bouche est étonnante pour un thé rouge et les retours sont nombreux bien que peu variés.
Cette dégustation m'a cependant laissé un léger mal de ventre, qui pourrait aussi être dû au fait que c'est le quatrième thé que je bois aujourd'hui. Je n'ai pas l'habitude. ^^


Couleurs : Les couleurs qui me viennent spontanément en tête sont celles du soleil : jaune, orangé, rouge, quelques flashs de magenta ici et là. L'arrangement me rappelle un coucher de soleil qui se reflète sur des balles de foin sec, des vagues de vent dans un champ de blé, la couleur du jus de prune lorsque la lumière se reflète au travers... C'est très abstrait, le genre d'image qui s'accompagne de sons, d'impressions, de mouvements qui ne pourront jamais complètement être décrits par des mots.