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mardi 11 novembre 2025

Shu du Soir, Espoir | 2006, Haiwan Gong Ting, Haiwan Tea Factory, Puerh Asia


Le ciel nous fait la fête des couleurs ce soir, probablement pour se faire pardonner ce monochrome blanc qui est arrivé bien trop tôt. C'est plus fort que moi, je n'arrive pas à arrêter de courir dehors prendre des photos. C'est jaune beurré, rose et rouge, violet... avec la petite bande bleue aux raz des toitures pour faire contraste, et maintenant le soir qui tombe. Magnifique. 

Une fois n'est pas coutume, j'ai envie d'un shu. 

Celui que je choisis m'offre des parfums tout en finesse dès la galette déballée. Menthol, café et cacao, une note sucrée sous-jacente qui me donne envie d'en infuser une liqueur corsée. Ma toute première galette de shu ! Je n'ai pas souvenir d'avoir fait un compte-rendu ici, ça devait être sur mon premier blog. Je l'avais achetée par l'entremise d'Olivier de Puerh Asia, et lui en avait fait un compte-rendu là

Mais ça date tout ça ! Et c'est un shu de 19 ans maintenant, majeur et vacciné (pas d'anti-vaxx chez moi), prêt pour l'université, bientôt on va lui apprendre à conduire. Bon, je pousse la plaisanterie un peu mais en vrai j'ai bien hâte de voir où celui-là va m'amener. Les feuilles sentent bon dans la théière chaude, c'est complexe et raffiné, même un peu enivrant. S'il y a un thé qui a bien vieilli chez moi, à coup sûr c'est celui-là.

4.6g dans ma théière Lin's Ceramics de.............. la vache j'ai oublié combien de millilitres elle fait celle-là. Une chance que je l'avais noté sur mes anciens posts. 150 ml apparemment ! C'est marrant, je pensais qu'elle était plus près du 200. Enfin bref. Deux rinçages, puis ça démarre à 30 secondes. 

C'est d'une douceur... 

Le menthol est ultra-présent, avec un bon goût de terre sucrée et du bois noble bien sec en-dessous. Mais la liqueur, elle, n'a absolument rien de sec. C'est riche, généreux, complexe, ça se développe sur la langue tout en rondeur. Et ça fait un bien fou au corps, comme si quelque chose de désaligné avait été remis en place par son passage.

Je détecte aussi une saveur âgée qui me surprend énormément. Je sais bien que ça ne devrait pas, vu son âge, mais je n'ai jamais noté une telle transformation dans les sheng que je bois beaucoup plus souvent. Le shu c'est une rareté pour moi, et là j'ai l'impression de boire un thé qui a exactement son âge. Cette note que je ne saurais décrire autrement que par "vieux shu", un truc un peu poudreux, boisé, résineux, ambré, c'est exactement la même que celle que je trouvais sur des shu du début des années 90 il y a 15 ans.

La troisième infusion est plus corsée, à la limite de l'agréable, mais c'est ma faute : j'avais été imprudent en versant l'eau qui en a profité pour déborder partout. Le petit meuble noir sur lequel je fais mes dégustations n'aime pas être mouillé, il a fallu éponger en vitesse et pendant ce temps ça infusait, ça infusait. Entre deux et trois minutes au moins. Amertume donc, quelque chose de piquant comme le poivre, et des saveurs de bois résineux. Mais par-dessous, cette même richesse sucrée et texture souple qui fait qu'au final j'apprécie, une fois le choc de la première gorgée passée. 

Quelle belle trouvaille, Olivier. Merci de m'en avoir fait profiter.

J'ai souvenir que sur cette galette, il y avait des saveurs de terreau et de boulangerie prononcées. Celles-ci sont toujours présentes, mais plutôt en retrait comparé au menthol. J'ai l'impression que ce sont elles qui lentement se développent en "saveur vieux shu". Ça me touche honnêtement, c'est un honneur de voir quelque chose chez moi évoluer de cette façon.

Une pause pour manger, puis reprise de la dégustation trois heures plus tard. Je suis étonné que le morceau de galette que j'ai mis dans la théière ne soit pas complètement délité, donc je l'égraine avec les doigts. Reprise sur 45 secondes pour la cinquième infusion. Les parfums sont beaucoup plus puissants maintenant, et ça se confirme aussi dans la tasse. Toujours ces notes de shu un peu âgé qui se déploient sur ma langue avec une belle complexité, plusieurs vagues de saveurs qui se présentent de façon successives, une très longue finale mentholée. C'est vraiment un beau thé. 

Ça faisait un petit moment que je n'avais pas pris autant de plaisir sur une dégustation. 

La nuit est bien tombée, je continue ma dégustation au ralenti, me fais la promesse de tester mes autres shu bientôt. Vais-je tenir cette promesse ? On verra bien. Le shu ça aide la digestion, mais dans mon cas ça l'aide parfois un peu trop. Je ne peux pas me permettre d'en faire un thé quotidien. Cela dit, une ou deux fois par semaine peut-être, ça pourrait se négocier... 

... à condition que l'envie se maintienne, car faut avoir envie de le boire le jus de terreau. Moi d'habitude je préfère les trucs un peu plus vert. Mais bon, hein. Comme je disais, on verra. Ce qui est certain, c'est que c'est le thé parfait pour cette soirée hivernale. Je me sens bien réchauffé. 

Sur la sixième infusion j'ai l'esprit cotonneux, je dirais même un peu ivre. Il faut le faire franchement, être teadrunk sur un shu. 

Les longues infusions s'enfilent, j'en perd le compte... de toute façon quand on aime on ne compte pas, et c'est à sortir ces platitudes qu'on voit à quel point je suis affecté. Vaut mieux arrêter la prise de notes là avant de tomber dans le ridicule complet, c'est déjà trop bien amorcé. 

Je reste sur l'impression d'une dégustation rare. Quel plaisir. 

jeudi 3 mars 2016

2006 – Pasha "Certifié Bio", Haiwan Tea Factory, Gelanghe (Meng Pasha), Menghai, Xishuangbanna, Yunnan Sourcing


Informations et provenance : Voici un thé que j'ai reçu en échantillon de Vincent, qui lui se l'était procuré via Yunnan Sourcing. Il s'agit d'une galette qui comme son nom l'indique est certifiée bio. J'ai cru qu'elle avait été présentée sur Puerh.fr dans l'article concernant Haiwan, mais en fait les emballages sont différents, du coup il ne s'agit probablement pas de la même.
Qu'à cela ne tienne ! Celle-ci est encore disponible à la vente (à un prix qui me fait hausser les sourcils, mais il vrai qu'elle a pratiquement 10 ans cette galette), et comme toujours si vous connaissez quelqu'un qui en a fait un compte-rendu, faites-moi signe.


Détails d'infusion : 5 gr. / 150 ml en terre Duan Ni et tasse de Carmen Abdallah. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 15s. - 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - pause - 40s. - 50s. - 90s. Total de 8 infusions.


Vue : La galette très, très compressée -- le petit échantillon est arrivé d'un seul pain et c'est terriblement difficile d'y glisser le pic pour le déliter un peu avant de le mettre en théière. Les feuilles sont sombres, de brun moyen à marron avec quelques bourgeons beiges -- mouillées, en revanche, elles retrouvent leur couleur verte d'origine. La liqueur, elle, est plutôt trouble et d'un jaune sombre tirant sur l'orange.


Odeur : L'odeur des feuilles sèches est intéressante, difficile à définir -- c'est sucré, un peu fruité, un peu musqué... oh, une pointe fraîche qui rappelle l'air de montagne...
Posées en théière chaude, j'y décèle un parfum de fruits secs. Abricots ? Prunes ? Ou alors plutôt papaye ? C'est sucré et doux, avec une certaine lourdeur.
Les feuilles mouillées et la liqueur ont toutes deux un parfum un peu acide de fumée et des notes de pruneaux secs, tandis que le couvercle lui est extrêmement sucré, avec une pointe de noix (amandes grillées ?) mais surtout sur un pôle fruité rappelant les pâtes de fruits.
Enfin le fond de tasse a un début très fumé, puis tombe sur des parfums sucrés et musqués "sombres" -- mais c'est peut-être dû à la tasse dont c'est le baptême.


Goût : À priori la première infusion est particulière -- les saveurs ne sont pas très présentes, c'est plutôt fumé et inintéressant... jusqu'à ce que la liqueur soit avalée, et là wahou ! GROS retour sur les fruits et le musc en rétro-olfaction.
La deuxième infusion est beaucoup plus intéressante, un peu plus amère, ça porte mieux les saveurs. Les notes principales sont encore dans des nuances de fumé et de boisé, mais c'est la rétro-olfaction qui donne vie à ce thé.
Les troisièmes, quatrièmes et cinquièmes infusions ne font que confirmer cette impression : les saveurs fumées et boisées s'atténuent lentement, le fruité et le musc s'insèrent lentement dans la liqueur elle-même, qui semble rajeunir. C'est de plus en plus intéressant.

Puis je prends une pause pour manger, parce que mon estomac commence à souffrir. Ça me prend environ une demi-heure, pendant laquelle le thé attends sagement dans sa théière.

Sauf que quand je reviens faire la sixième infusion, plus rien ! Une tasse d'eau chaude.
Au début je me suis dit que j'ai dû infuser trop court par erreur, que j'avais mal noté le temps précédent et tout... Donc j'infuse la septième un peu plus fort, mais rebelote : une tasse d'eau chaude.
Du coup je m'énerve, à la huitième je pousse encore un bon coup en passant de 50s. à 1m.30s., et... encore rien ! o.O


Qu'est-ce qui s'est passé ? Il n'a pas supporté la pause d'une demi-heure ? On ne parle pas d'une pause d'une nuit pour reprendre le lendemain là, on parle d'un temps raisonnablement court que j'aurais parfaitement pu prendre à n'importe quel moment de l'infusion pour répondre à un coup de téléphone. Quelle fragilité !
Ou avait-il déjà tout donné à six infusions ? Ça semble presque impossible...

Je ne sais pas ce qui s'est passé, peut-être suis-je passé complètement à côté... Si vous l'avez goûté, j'aimerais bien avoir des retours du coup.


Texture : La texture est épaisse et huileuse, très agréable en bouche. Une grande énergie monte dès la troisième infusion, avec un accès de fébrilité -- mais tout ça retombe très rapidement, durant peut-être un maximum d'une demi-heure là où un autre thé me donnera envie de courir pendant plusieurs heures. Évidemment, après la cinquième infusion, là non plus il n'y a plus rien...


Couleurs : Les couleurs que je vois, bien que différentes, me donnent une impression général de -- vous savez, ces déserts où il y a des formations rocheuses rouge-orangé, un peu de sable et quelques arbres rabougris ? Bref l'image que j'ai en tête me rappelle ce type de désert au crépuscule, lorsque le soleil vient de se coucher, que la lune qui se lève est encore grosse et jaune et que sa lumière est plus chaude que celle qu'elle envoie au milieu de la nuit.
Autrement dit j'ai de l'orangé brun, des flashs de vert pomme un peu acides, quelques notes de pourpre en arrière-plan et beaucoup de texture.