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vendredi 21 novembre 2025

Prise de tête | Puerh sheng non-identifié

 

Beaucoup de plaisir avec mes sheng cette semaine. Les feuilles se sont bien remises du passage à la saison froide et me font des liqueurs souples, sucrées, charpentées, parfumées... Je les déguste comme un égoïste, sans les partager, car j'utilise ce temps personnel sur d'autres sujets de réflexion. Certains ne conviennent pas au domaine public. D'autres, c'est simplement que je n'ai pas encore poussé ma réflexion personnelle assez loin pour considérer en faire un article de blog. Le silence me fait du bien.

L'une des choses qui me trotte en tête a trait à mon expérience avortée de participer au défi d'écriture de novembre (autrefois appelé NaNoWriMo, maintenant repris sous le nom NovNov). J'ai du mal à entrer dans la peau de mon personnage principal. C'est un jeune homme de 20 ans un peu timide, un peu sensible, dont les ambitions sont simples jusqu'à ce que l'histoire lui en donne des nouvelles. Ses chapitres devraient rayonner de vie, là c'est aussi mort qu'un poisson pêché la veille.

Ce n'est pas irréparable, mais je ne suis pas encore sûr de la bonne marche à suivre. Il ne manque ni de complexité, ni de cohérence interne, je ne sens pas le besoin de le remplacer par un meilleur personnage. C'est plutôt qu'il y a quelque chose chez lui qui ne m'est pas encore naturel. Ça fait coincer la transmission. En ce moment, j'écris au présent et à la troisième personne. Peut-être qu'il faudrait revenir à l'imparfait, ou alors lui donner la parole à la première personne et me laisser surprendre par ce qu'il a à dire. Peut-être que je devrais même changer de langue, écrire mon premier jet en français.

Peut-être que le problème se situe ailleurs, dans ma capacité à vivre sans engourdir l'expérience, à me fondre dans la peau d'autrui, à être vulnérable, authentique, spontané sans repasser derrière avec une examination méta-cognitive à la limite de l'obsession.

Ou alors je suis tout simplement rouillé après plusieurs années sans écrire et il faut que je revienne aux exercices de base. Drabbles ? 

C'est nostalgique les drabbles, les listes de prompt sur LiveJournal, les arbres d'écriture et autres soirées créatives. Mais tout ça, ça se faisait au sein de communautés qui sont vite devenues des béquilles, sans lesquelles je suis un peu perdu. Il faudra que je m'enseigne à le faire tout seul dans mon coin maintenant, à trouver mon propre élan sans recours à l'écho d'enthousiasme sur lequel j'avais coutume de rebondir. 

La neige s'est transformée en pluie fine, ça rend l'atmosphère morne, maussade, pleine des gris et des bruns qui caractérisent si bien le mois de novembre. Je n'ai aucune idée de ce que je bois. C'est un sheng d'un certain âge, liqueur orange un peu trouble, saveurs fruitées et boisées avec une amertume bien nette, longue tenue en bouche. Probablement un produit du Lincang. Un truc dont je prévoyais d'en boire une certaine quantité assez quotidiennement car j'en ai prélevé une cinquantaine de grammes que j'ai mis dans un petit sachet plastique avec mes échantillons. Évidemment, ayant oublié de noter ce que c'était (ou alors le nom du machin était sur le plastique mais s'est effacé avec le temps), je ne peux pas confirmer.

Cela dit si on joue un peu au détective, vu ce qui tournait dans mes théières en 2014... c'est soit les débris de la MuShuCha 2006, ou alors c'est une quantité prélevée de la grosse brique Qiao Mu Wang de 2013. Les deux pourraient faire sens. Je penche vers la MuShuCha, sans preuves. C'est probablement l'autre. 

Ça fait du bien de déguster sans prise de tête, sans chercher à identifier ce que j'ai dans la tasse. Je me laisse surprendre par ce que le thé exprime d'infusion en infusion, j'en apprécie les subtilités au niveau où j'arrive à les percevoir, sur la langue uniquement, dans le corps, sans à-priori. Le jeu mental des références s'efface, son absence renvoie à l'essentiel.

J'aimerais arriver à reproduire cet état d'esprit dans l'écriture.

mercredi 19 novembre 2025

2013, Mu Shu Cha bio, Mengku Rongshi, Yunnan Sourcing

 

Deux matins ensoleillés à la suite, je suis comblé.

Mes petits écureuils se portent bien, j'en ai maintenant trois qui viennent se nourrir de noix de coco, noisettes en écale, et grains de maïs à ma fenêtre. Demain je crois que je leur offrirai des morceaux de carotte crue, histoire de varier les plaisirs.

Mes thés se portent encore mieux : c'est le troisième jour que des feuilles testées pendant la mauvaise période fin octobre / début novembre retrouvent leur pleine vigueur dans ma tasse, et ça c'est toujours un grand plaisir. C'est au tour de la MuShuCha 2013 aujourd'hui (encore disponible chez Yunnan Sourcing, mais à quel prix ! enfin c'est un thé de 12 ans je suppose...). J'avais un souvenir très net de l'avoir trouvée agressive et sans saveurs le mois passé, maintenant elle me rappelle la galette 2006 que j'adore. Un beau succès.

Des copains m'avaient dit à son achat de ne pas trop me faire d'idées car la qualité des feuilles a changé après le boom de 2007, mais franchement à la boire je ne suis pas sûr d'être bien d'accord. C'est moins généreux en parfums musqués et fruités peut-être, un peu plus vert et sec que dans mon souvenir, mais j'y retrouve le même raffinement incisif, la même finesse des parfums de tête, le même foisonnement de la texture et des saveurs, et la même charpente charnue qui soutient l'ensemble. Le producteur a fait de son mieux pour recréer l'assemblage et pour moi c'est franchement réussi.

Je pense qu'il faut surtout retenir que la 2006 avait passé 4 ans de plus dans le Yunnan avant d'arriver chez moi parfaite pour boire. Celle-ci était arrivée l'année après son assemblage et beaucoup trop verte pour dégustation immédiate. Les différences pourraient finalement n'être dues qu'au stockage. Et ce qui se trouve dans ma tasse est très, très bon.

Dans tous les cas, pour une galette qui m'avait coûté 23 dollars à l'époque, je suis plus que comblé. C'est un joli puerh que je vais boire avec plaisir, et laisser évoluer avec encore plus de plaisir.

Est-ce que je payerais le prix d'aujourd'hui pour une galette complète ? Certainement pas à l'aveugle ou sur les recommandations d'autrui comme j'avais fait à l'époque. Mais j'en prendrais bien un échantillon et, si ça me plaît, alors là je n'hésiterais pas. Une centaine de dollars pour un thé de 12 ans, comparé à la MuShuCha 2006 qui était 70 dollars en 2014 ? Pour une fois, ça le fait. Ça le fait même très bien. 


samedi 1 novembre 2025

En Vérité | 2013, Da Ye Qing Bing, Mengku Rongshi, Yunnan Sourcing

J'avais tapé tout un post à propos de NaNoWriMo hier en planifiant de le poster vers minuit, mais les imprévus ont fait qu'à minuit, j'étais sur autre chose. Mon petit billet est obsolète. En le relisant, je réalise que c'est mieux comme ça. Il avait quelque chose de malhonnête, qui ne reflétait pas mes pensées telles qu'elles le sont vraiment. 

La vérité c'est que je ne sais pas si je vais participer cette année. Là tout de suite j'ai du mal à rassembler l'énergie mentale qu'il me faut pour pondre 2,000 mots de fiction avant la fin de la journée, et de savoir qu'il y aura 29 jours supplémentaires de ça m'épuise à l'avance. 

Mais j'ai peut-être tout simplement besoin d'un peu de thé et de faire la paix avec moi-même, puis de me retrousser les manches. 

J'avais pris soin de sélectionner un puerh hier soir, c'est donc celui que je déguste aujourd'hui : Da Ye Qing Bing de Mengku Rongshi, millésime 2013, acheté à l'époque sur Yunnan Sourcing. Elle y est encore à un prix ma foi bien plus élevé que celui que j'avais payé, mais encore raisonnable pour un puerh de 12 ans. Et... je prend un peu d'avance sur le reste, mais il faut le dire : leur stockage étant bien meilleur que le mien, les différences sont probablement considérables.

Honnêtement, je ne sais pas trop quoi en penser. 

Mes papilles sont peut-être mal réveillées, je le trouve fade. Les deux premières infusions étaient intéressantes sur les textures en bouche, mais par la troisième ça me râpe la langue. La petite chaleur de gorge est chouette cela dit, et puis ça semble tendre vers le sucré au fil des infusions. Ce n'est pas déplaisant, mais c'est un thé qui se boirais mieux dans le gros yunomi je pense. Pas beaucoup de saveurs, ce qui m'étonne car les versions 2011 et 2012 que j'ai chez moi sont encore très goûteuse. 

Dans mon souvenir, la 2013 était équivalente en force et qualité à la 2011, c'était la 2012 qui était en retrait. Et les autres galettes conservées avec elle se portent bien, c'est difficile de croire qu'elle seule aurait mal tourné. Hmm. Mystères d'évolution.

Sinon c'est peut-être tout simplement parce que je l'ai laissé reposer toute la nuit à l'air libre, près du radiateur en marche. La galette était déjà pas mal sèche, là j'ai empiré les choses. 

Bon, elle repassera dans ma théière éventuellement. On verra bien à ce moment-là si elle redevient un peu plus éclatante ou si la première impression se confirme. Doigts croisés. 

La caféine fait son effet. J'ai encore quelques toiles d'araignées mentales mais je me sens un peu plus d'attaque. Tentons le coup. Les premières fois que j'ai fait le défi, j'étais porté par un enthousiasme qui est complètement absent aujourd'hui... ça rend les choses plus difficiles. J'ai envie de croire que ce n'est pas insurmontable.

Comme avec l'évolution de cette Da Ye Qing Bing, c'est le temps qui me dira si c'était un souhait réaliste.

mercredi 22 octobre 2025

Spirituali-thé | 2012, Cha Hun "Spirit of Tea", Mengku Rongshi, Mengku, Lincang, Yunnan Sourcing

Il y a quatre ans j'ai failli lancer un blog spirituel païen. 

Je me sentais appelé vers une voie dont je percevais le potentiel transformateur, et dont j'avais envie d'en documenter les changements à ma vie. Je voulais aussi communiquer avec d'autres qui partageaient mes croyances, transmettre une sagesse que je ne possédais pas encore (toujours pas d'ailleurs), et trouver, ou peut-être fonder, cette communauté de gens "comme moi" dont j'ai soif depuis l'enfance. J'étais saisi d'extase religieuse, en vrai, et quand celle-ci est retombée le projet s'est étiolé.

Et franchement c'est tant mieux. 

L'expérience à l'origine de cette envie est l'une de celles dont il est difficile de parler. Pas tant à cause de la vulnérabilité qu'elle me demande, quoique celle-ci soit énorme, plutôt parce que c'est l'une de ces situations complexes, indéfinissables, dont les mots n'arriveront jamais à transmettre l'immensité. Mais aussi parce que je sais déjà qu'aucune des histoires personnelles qui justifient mes propres croyances ne suffirait à les justifier pour les autres. Et puis j'ai horreur du prosélytisme. Si je tente de les partager ici un jour ça sera dans un autre contexte, avec d'autres choses à dire.

Quand j'étais petit, je croyais que la spiritualité était un état d'être passif. Une collection de croyances et de valeurs morales par lesquelles on trouve le sens de son existence, certes, mais pas quelque chose qui faisait particulièrement intrusion dans la vie quotidienne. J'entendais bien sûr parler de gens comme le Pape ou Mère Teresa qui avaient fait de la religion le centre de leur être, mais tout ça me semblait exceptionnel et très loin de moi, de "la vie réelle". 

Aujourd'hui je découvre qu'en fait la spiritualité c'est un état actif, qui s'exprime par les actes que l'on pose bien plus que par les choses en lesquelles on croit. Qu'une prière peut se passer de mots pourvu que l'état d'esprit en soit un de recueillement. Et en suivant l'exemple de Lionel, c'est tout naturellement que le thé est devenu l'un des piliers de ma vie spirituelle. Chaque tasse préparée et bue en pleine conscience.

Le thé de ce matin a un nom qui m'amuse un peu dans ce contexte, mais la vérité c'est que cette galette est bien nommée. J'avais fait un compte-rendu d'une année précédente, mais c'est la 2012 que je choisis pour des raisons purement pratiques : la galette est immédiatement accessible alors que sa grande soeur est cachée loin, tout au fond du gros tiroir à galettes que je n'ai pas encore osé ouvrir.

Beaucoup plus sombre que dans sa jeunesse, toujours bien amère, des saveurs franches de bois mort, de terre sèche, et de sève qui pique la langue dès la première infusion... une énergie qui remonte, émane à travers mon corps, et me prend tout entier. Sous le couvercle je perçois toujours ces petites touches légères de raisin sec, mais c'est la seule note de fruit ou de sucre dans ce sheng bien charpenté, solide, franchement masculin. J'avais écrit "un jus de nature" de sa grande soeur, pour reprendre les mots du sieur Lionel, et c'est toujours bien ça pour autant que "nature" veut dire "parfums et arômes que l'on retrouverait volontiers si on tentait d'infuser une branche morte ramassée par terre, et que celle-ci offrait une liqueur gracieuse".

Ça n'a peut-être pas l'air très invitant dit comme ça, mais moi j'adore. 

Surtout j'adore cette chaleur qui m'envahit, qui après juste quelques gorgées me donne un sentiment d'être dégagé, ouvert, libre. Prêt à accueillir la journée qui commence et tout ce qu'elle m'apportera, en bien et en mal. 

Le dieu auquel je suis dévoué est un être qui tend vers le monde naturel, les chemins sauvages moins fréquentés, les espaces liminaux où oppositions et contradictions se rencontrent. Les endroits où je perçois sa présence autour de moi d'une façon très puissante, ces lieux dans lesquels la communion est si facile, sont toujours à mi-chemin entre la terre et l'eau. Malheureusement, tous sont inaccessibles l'hiver. 

Ma deuxième meilleure option ?

Une tasse de sheng.


lundi 20 octobre 2025

Évolution | 2006, Da Xue Shan Ye Sheng Cha, Mengku Rongshi, Puerh Asia


J'ai retrouvé ce matin une galette de puerh dont je n'ai aucun souvenir.

De toute évidence j'en ai bu plus d'une fois car elle est bien grignotée. C'est un sheng, rangé avec mes références 2006-2007 donc de ces années-là... d'ailleurs sur l'emballage c'est écrit 2006. Bon, une galette de Mengku Rongshi que j'ai dû acheter chez Puerh Asia autour de 2010-2011, mais pas la MuShuCha dont l'emballage a beaucoup plus de rouge et qui m'est bien familière. Il y a une bonne odeur de puerh qui flotte autour de la galette, un truc complexe et doux, peut-être un peu fruité ? Un peu fumé ? Quelque chose de vaguement acidulé... du citron ?? Attends, ça me dit quelque chose ce pôle fumé-citronné...

De fil en aiguille, je me suis aperçu qu'il s'agissait de la fameuse galette d'arbres sauvages de Da Xue Shan pour laquelle j'avais noté quelques impressions sur mon tout premier blog de thé en 2011, et aussi fait un compte-rendu ici. Le premier n'est plus en ligne, mais voici ce que j'avais écrit à l'époque : 

 

Un calme champ d’été, un soir après la canicule, quand la terre a chauffé et qu’une odeur sucrée de foin et d’herbes en santé flotte dans l’air. C’est ce que m’évoque l’odeur de cette galette, une fois le morceau choisi placé dans la théière chaude.

[...]  une texture à la fois liquide et crémeuse, qui laisse une sensation très définie sur la langue après son passage. Il y a même un petit retour de goût qui me rappelle légèrement la crème — quelque chose de soyeux, sucré, légèrement animal.

Au niveau des arômes en revanche, j’en reste au niveau de l’odeur du vent chargé des champs autour. Quelque chose qui rappelle la ferme, l’odeur sèche, un peu amère, caractéristique de la paille coupée mêlée des récoltes encore sur pied… Ici, pas du tout d’humidité forestière, pas d’impression de champignon ou de « jungle » (c’est à dire une odeur lourde de végétation humide mêlée de relent sauvage légèrement animal)… Purement le sud de la France de cet été, en pleine sécheresse caniculaire.

C’est une liqueur très enveloppante, très… calme. Peut-être est-ce simplement mon état d’esprit, mais c’est le genre de thé qui me donne envie de me coucher sur l’herbe, sous les étoiles… ou de méditer. Voire les deux.

[...] C’est très difficile de décrire le goût de ce puerh. Selon l’infusion, je le perçois sur la langue, par le palais, littéralement dans la gorge ou carrément par rétro-olfaction — rien dans la bouche, rien en avalant, mais en expirant après avoir avalé… houla ! plein d’arômes. La seule chose dont je suis certain, c’est cette texture crémeuse de lait.


Ça me fait rigoler maintenant, ces impressions ultra détaillées de quelqu'un qui visiblement n'a aucune expérience, aucun discernement, et beaucoup d'enthousiasme. C'est pas aussi drôle que mes vieux textes de fiction, mais en comparant les deux on sentirait bien que ça a été écrit par la même personne. Cette paille et ces odeurs de ferme, je suis à peu près persuadé qu'en fait c'était des parfums provenant de la "base" de puerh, celle que l'on en vient finalement à ignorer en tant que dégustateur car c'est toujours la même, la signature d'un jeune sheng. 

Le thé que je me fais ce matin est, lui aussi, à la fois le même et bien différent. J'y retrouve une trace des saveurs caractéristique du cultivar Ye Sheng, qu'apparemment j'avais complètement loupé dans cette première dégustation. J'y trouve une belle base de saveurs sourdes, complexe comme un parfum de cigare, et dans laquelle je crois identifier l'évolution des saveurs fumées et de l'amertume qui s'est pour ainsi dire dissipée. J'y retrouve le bois (de tilleul ?) de la dégustation plus récente, une odeur sèche et sucrée dont mes souvenirs de lutherie sont imprégnés. J'y trouve une texture beaucoup moins grasse, beaucoup plus asséchante, mais toujours généreuse.

Surtout j'y retrouve la rétro-olfaction joueuse, l'impression de percevoir ce thé par son jeu de textures sur ma langue, par ses retours surprenants plutôt que par ses saveurs et arômes un peu en retrait.

La couleur de la liqueur a bien changé depuis le temps. Sur les photos la dernière fois elle était encore très, très jaune. Maintenant c'est un bel orange brûlé, dont la saturation est visible même contre la tasse de terre rêche d'Eric Soulé. 

Ça me trouble, cette absence d'amertume qui semble généralisée sur tous mes puerh un peu vieux (!), même sur les infusions poussées. Je me doute bien que c'est une question de maturation, mais je n'arrive pas à me souvenir d'avoir perçu une rondeur fruitée similaire sur les échantillons de sheng un peu plus âgés que j'avais dégusté à l'époque. Le Chung Cha 96 dont j'adorais les saveurs minérales, le Vrac 23 / Puerh "A" 97 qui était plus sur un pôle cuir terreux, aucun de mes compte-rendus ne mentionnent l'amertume mais j'ai quand même souvenir d'un quelque chose qui prend la bouche, rien à voir avec cette douceur de fruits boisés qui ne donne pas encore dans la minéralité. Bon, celles-là c'était du stockage humide, quand même...

Je suppose que je n'ai tout simplement jamais eu de sheng dans cette période de maturation où les fruits évoluent sur le bois. Mais j'ai du mal à me convaincre que ce n'est pas un effet de l'eau ou du stockage très sec que ces galettes ont enduré, et donc ça me trouble.

On attend de l'orage aujourd'hui. Je me demande si c'est pas le moment de dégainer les "vraies" vieilleries, histoire de voir. 


samedi 5 mars 2016

2011 – Da Ye Qing Bing, Mengku Rongshi, Mengku, Shuangjiang, Lincang, Puerh Asia


Informations et provenance : Voici une dégustation faite entre janvier et mars 2014. À la relire aujourd'hui, je réalise aux descriptions que j'étais passé à côté de ce thé cette fois-là -- les notes de légumes et de cuir que j'y décris sont littéralement à côté de la plaque. Je met en cause soit la purion, qui est franchement mal adaptée pour les sheng un peu fruités, soit une phase de changement du thé qui lui aura donné des saveurs étranges pendant un certain temps. Mon inexpérience en matière de puerh est également une source possible de confusion, mais à l'époque j'avais déjà goûté une bonne quantité de thés différents, donc je doute que ça ait été l'unique cause. Quoiqu'il en soit, je poste ceci tel quel parce que c'est assez marrant -- et la différence sera d'autant plus évidente lorsque je referai une dégustation en bonne et dû forme.

Achetée au printemps 2011 via Olivier (Puerh Asia / Puerh.fr), cette galette de catégorie entrée de gamme chez Mengku Rongshi a passé presque trois ans maintenant en stockage québécois. C'est l'heure de voir ce qu'elle donne...
À moins que je ne me trompe, elle n'a pas encore été discutée sur le net. En revanche, outre chez Olivier, on peut la trouver sur Yunnan Sourcing (mais pas en stockage québécois ^^), où il est d'ailleurs inscrit qu'il s'agit d'une galette du terroir de Yong De -- à moins que je me trompe, il s'agit là d'une erreur puisqu'il me semble que cette Da Ye Qing Bing provient bien de la branche principale de Mengku Rongshi et non de leur annexe à Yong De. Dans le cas d'une méprise, je veux bien qu'on me corrige...


Détails d'infusion : 6 gr. / 100 ml en Purion de Lin's Ceramics. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 5s. - 5s. - 10s. - 10s. - 15s. - 15s. - 25s. - 25s. - 35s. - 40s. - 40s. - 55s. - 70s. - 90s. - suite au jugé. Total de 16 infusions.


Vue : De prime abord, c'est une galette de compression moyenne -- plutôt aisée à décortiquer à la surface, la matière est nettement plus serrée au centre et il faut bien creuser pour en tirer un morceau (bon, c'est pas non plus un jincha ou un tuo...). Les feuilles cela dit sont très belles -- brunes avec quelques accents de vert et de jaune, comme pour nous montrer leur lente transformation.
La liqueur est très écumeuse, c'est bien un thé de printemps. D'un jaune clair saturé, elle passe lentement à l'orange au fil des infusions.


Odeur : Les feuilles fraîchement extraites de la galette sont plutôt parfumées -- on est sur un pôle ample et sucré de pâte de fruits, de friandises mentholées et de sirop. Dans la théière chaude, le fruité demeure et gagne des parfums légèrement boisés un peu secs. Mouillées, elles me rappellent les légumes amers (rapinis, brocolis, chou au wok).
Dans le couvercle, j'ai la surprise de découvrir des notes animales de cuir tanné, lesquelles se transforment rapidement en musc sucré, puis en sucre de fruits. J'y perçois quelque chose qui me rappelle les fruits exotiques, un mélange d'ananas et de papaye peut-être, auquel se joint après quelques secondes un parfum d'abricots mûr absolument renversant.
La liqueur a des odeurs presque médicinales de basilic et de romarin frais, tandis que le fond de tasse est discret, fait de parfums musqués et de ce cuir retrouvé sous le couvercle. 


Goût : La première infusion commence fort, avec des notes d'amandes trop grillées et de légumes cuits au wok (brocoli, chou nappa). Ça donne faim, surtout avec cette petite amertume qui porte bien les saveurs et les garde longtemps en bouche.
La deuxième infusion est plus amère, le pôle légumier est plus présent. Ça me rappelle les rapinis, qu'on appelle aussi brocoli-rave si ma mémoire est bonne -- un légume particulièrement amer mais très frais s'il est bien apprêté.
Les infusions suivantes sont toujours amères et n'évoluent pas énormément, mais deviennent plus douces en fin de bouche. À ces notes de légumes persistantes s'ajoute une belle finale mentholée qui prend de plus en plus d'importance au fil des infusions.

Texture : La texture est étonnamment douce, avec une épaisseur rappelant la crème d'amandes. Une pointe de fraîcheur joueuse chatouille le bout de la langue et les gencives à partir de la troisième infusion. Comme mentionné dans le dernier paragraphe, l'amertume maintient les saveurs en bouche très longtemps, et une belle rétro-olfaction ramène un peu de fruits sur les trois dernières infusions. Pourvu qu'on dose un peu ce thé a une belle endurance, en revanche je n'ai pas noté d'effet sur le corps particulier, ce qui en soi est un peu décevant.

 

Couleurs : Un amas de spirales jaunes et orangées tournoient, explosent et se reforment sur un fond vert acide très texturé. L'arrière-plan noir est à peine perceptible derrière ces petites explosions de lumière.

samedi 20 février 2016

2010 – Cha Hun "Spirit of Tea", Mengku Rongshi, Mengku, Shuangjiang, Lincang, Puerh Asia


Informations et provenance : L'une de mes premières galettes de puerh ! Achetée via Olivier (Puerh Asia/puerh.fr) en 2010, je suis persuadé qu'il a dû la présenter quelque part dans un article par le passé mais j'ai beau chercher, je ne retrouve pas. Tant pis ! À défaut d'un article officiel, quelques informations : galette moyen/haut de gamme de la compagnie Mengku Rongshi/Shuangjiang Mengku, c'est un thé produit depuis 2009 si je ne me trompe pas et fait d'un assemblage de feuilles de bonne qualité provenant de la grande région de Mengku (comme la plupart des produits de cette compagnie d'ailleurs).
La version 2010 n'est plus disponible (le contraire aurait été étonnant), mais l'on peut aisément trouver les versions 2012, 2013 et 2014 chez Olivier et sur Yunnan Sourcing, à un prix qui pourrait éventuellement décourager l'acheteur non-averti. Heureusement, des échantillons sont disponibles.
Le seul compte-rendu n'étant pas le mien que j'ai pu trouver sur le net sinon est celui de Sébastien (Vacuithé). Si vous avez écrit à propos de ce thé, comme toujours, veuillez l'indiquer en commentaire et je me ferai un plaisir de l'ajouter à ce post !

(À noter que les notes de dégustation réécrites dans ce compte-rendu ont été prises entre mars et mai 2014.)


Détails d'infusion : 5 gr. / 125 ml en LongDan DuanNi. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 20s. - 20s. - 30s. - 35s. - 40s. - 50s. - 70s. - suite au jugé. Total de 9 infusions.


Vue : La galette, suivant en cela la plupart des produits Mengku récents, est très peu compressée et se défait facilement. Les feuilles sèches sont pour la plupart entières, allant du brun moyen au vert foncé, et l'on y trouve à la fois longues feuilles, bourgeons délicats et tiges rigides. La liqueur est d'un jaune clair avec des accents gris, très écumeuse et légèrement trouble.


Odeur : Le parfum des feuilles sèches est renversant. Dans la théière chauffée, il est puissant et profond, avec des notes de raisin sec et d'épices. Humidifiées, les feuilles prennent une odeur très fumée, acide et âcre, qui devient légèrement résineuse après quelques minutes. On retrouve les raisins secs, du sucre et un musqué incroyable en fond de tasse ainsi que (de façon moins marquée) dans le couvercle de la théière. La liqueur, elle, me rappelle les forêts d'épineux, les feuilles d'étés, la sève et la résine fraîche.


Goût :
Les saveurs de la première infusion ne sont pas très fortes, mais bien prometteuses... à la fois résines et épices. Lionel dit que le puerh est pour lui un jus de nature et sur celui-ci c'est exactement ça -- c'est d'autant plus agréable d'utiliser la tasse Eric Soulé du coup.
Dans la seconde, on découvre une belle amertume causée par le dosage un peu poussé / oublié, mais pas excessive. J'y goûte de la résine, le tout donne une impression de ballade d'été dans les sous-bois -- et avec un sourire, je me remémore les sous-bois des routes de France que j'ai emprunté en 2011 lors de mon parcours à pied entre Brive-la-Gaillarde et Rocamadour.
J'ai définitivement du mal à décrire ce thé, il m'envoie quasiment en transe chaque fois ! Sur la troisième infusion il est sucré et doux, résineux, avec une amertume présente sans excès -- c'est complexe, riche, épicé............ Et un peu boisé sur la quatrième infusion, ou plutôt les saveurs boisées qui étaient déjà présentes se mettent en avant. La suite joue dans les mêmes registres, plus ou moins prononcés selon les temps d'infusion.


Texture :
Superbe texture grasse/huileuse en bouche dès la première gorgée ! Belle accroche un peu âpre qui assèche la bouche sans nuire aux arômes (au contraire) et découvre une longueur en bouche très présente, avec une fine saveur musquée qui reste longtemps dans la gorge et sur la langue -- qui semble disparaître mais dès qu'on salive un peu oups ! elle est de retour.
Ce qui m'apparaît le plus marquant cela dit, c'est cette chaleur qui envahit le corps dès la première gorgée et active la circulation. C'est particulièrement agréable quand il fait froid... mais pourrait probablement devenir problématique en été, vu ma facilité à l'overheat.



Couleurs : Orange et vert sur fond noir, avec quelques taches de brun, de jaune et de bleu sombre pour agrémenter le tout. Encore une fois, l'impression de ballade en forêt sous un ciel dégagé est présente.

lundi 3 août 2015

2013 – "100% Excellent Tea", Mengku Rongshi, Mengku, Shuangjiang, Lincang, Puerh Asia (Évolution)

(La première dégustation de ce thé, faite en 2014, se trouve ici)


Informations et provenance : L'an dernier, j'ai mis les mains sur cette brique "hype" de la firme Mengku Rongshi par l'entremise d'Olivier Schneider de Puerh Asia. La première dégustation ne m'avait pas plu des masses, ni les quelques suivantes faites seul ou accompagné. Après mûre réflexion, j'avais décidé de la laisser reposer un an avant d'y regoûter, histoire de voir si les notes animales que j'attribuais à un excès d'humidité s'atténuaient.
Un an plus tard, il est l'heure de mettre la bouilloire en route !


Détails d'infusion : 6 gr. / 70 ml en XiShi "écrasée" DuanNi. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 5s. - 5s. - 7s. - 10s. - 16s. - 25s. - 25s. - 30s. - 35s. - 40s. - 50s. - 60s. - suite au jugé. Total de 16 infusions.


Vue : La brique elle-même a peu changé -- de longues feuilles vert sombre et des bourgeons d'un argenté soyeux, le tout assemblé par une compression relativement légère (pour une brique du moins). La liqueur en revanche est passée d'un jaune-gris clair à un jaune doré beaucoup plus soutenu qui semble, excellente nouvelle, s'être découvert une certaine limpidité !



Odeur :
Le parfum des feuilles sèches est très pur : de la résine de sapin ou de pin, un effluve légèrement sucré... aucune trace de cuir pour l'instant. Passées dans la théière chaude, elles dégagent des arômes très fruités et sucrés, quelque chose qui rappelle légèrement abricot mais surtout développe une douceur moelleuse dans la gorge -- c'est vraiment très particulier. Un peu de vent frais de montagne avec une finale mentholée, c'est presque le registre d'un Gao Shan !
Les feuilles mouillées, comme très souvent, laissent découvrir une effluve acide/amère légèrement fumée, mais également un peu sucrée, avec des traces de résine et de menthol. La deuxième infusion (et ce sera la seule) développe une odeur marquée de légumes verts.
Dans le couvercle, je retrouve le parfum de fumée des feuilles qui brûlent ainsi qu'un peu de cuir mais c'est un cuir propre (contrairement au cuir animal plein de sueur de la dernière fois). Après un moment, je discerne l'esquisse d'un parfum très fruité et sucré de mandarine que la deuxième infusion confirmera : mandarine, tabac des cigarettes de marque Gauloises, thé des bois !
La liqueur a d'abord une odeur vaguement acide de fumée et de cuir animal, mais l'ensemble se transforme rapidement en tabac sucré (celui, comme mentionné plus haut, des cigarettes Gauloises).
Le fond de tasse est très frais, musqué et mentholé, bizarrement très puissant dans les tasses de porcelaine/verre mais dont on ne retrouve quasiment rien dans celle d'Eric Soulé.


Goût :
La première infusion est un choc pour les papilles : je retrouve des légumes vert amers (rapinis ?), une légère trace de résine sucrée, du tabac, et brusquement... MENTHOL ! Une légère trace de sucre revient en bouche après la gorgée avalée, et l'amertume devient beaucoup plus marquée quand la liqueur se refroidit un peu
Dans la deuxième infusion, l'amertume est bien marquée, toujours sur ce pôle de légumes verts avec cette fois une trace de bois résineux fraîchement scié. La douceur filée de la texture est tellement présente qu'elle pourrait aussi bien être un goût (barbapapa ?). Une pointe saline presque métallique se développe sur la langue longtemps après avoir avalé.
La troisième infusion est sur un pôle de résine amère et sucrée à la fois qui se transforme en menthol, avec un retour en bouche très minéral, salé et métallique qui est intéressant plus que désagréable.
La suite ne développe pas grand-chose de neuf niveau goût, ça reste résineux/légumier/amer avec des pointes minérales et salines et un retour en bouche extrêmement frais et mentholé.
Aucune trace de ces notes animales qui me déplaisaient tant l'année dernière. Super !


Texture :
La texture qui est d'abord très ronde et épaisse se transforme lentement en douceur filée, quelque chose qui rappelle la soie. Une grande fraîcheur remonte de la gorge pour jouer sur les papilles et se concentrer sur le bout de la langue -- et quand je dis qu'elle remonte, je veux vraiment dire qu'elle remonte. Pas de bulle qui grandit ici, la fraîcheur quitte littéralement la gorge et remonte la langue comme une vague ! Ce jeu en bouche dure très longtemps, avec des effets intéressants d'écho dans les joues. Une légère astringence laisse la salive sucrée et fraîche.
L'effet sur le corps est marqué -- après la moitié de la première infusion déjà je suis sur le point de me sentir fébrile. L'effet "high de caféine" mentionné la dernière fois est encore bien présent, le tout devient plus équilibré après quelques infusions (énergie tranquille plutôt que fébrilité) mais reste très puissant. À mon avis il y a là un bon potentiel pour être teadrunk dans les bonnes conditions...


Couleurs : La dernière fois, l'effet marécageux et trouble était omniprésent. Cette fois, je retrouve des teintes semblables (kaki, éclats de vert olive, jaune et blanc, on retire le brun-rose mais on ajoute une légère trace d'orangé) mais dans une texture complètement différente. L'ensemble est fin, fait de fils qui s'étirent dans tous les sens et s'entrecroisent en tournant tout en maintenant une profondeur de fond claire et translucide. Mes images sont presque toujours en 2D, mais celle-ci pourrait presque être 3D avec une telle profondeur de champ.

2013 – "100% Excellent Tea", Mengku Rongshi, Mengku, Shuangjiang, Lincang, Puerh Asia

(Les notes de cette dégustation ont été prises au printemps 2014. Une deuxième dégustation, faite un an plus tard, peut se trouver ici.)

 

Informations et provenance : Voici la brique "hype" 2013 de Mengku Rongshi ! Présentée par Olivier (Puerh Asia/www.puerh.fr) dans un article sur les crus 2013 de cette compagnie, il semblerait qu'elle ait attiré tous les regards en gagnant la médaille d'or dans la catégorie Sheng du concours "Yun Cha Bei 2013". En tous les cas, elle a attiré le mien ! Voyons voir ce qu'elle a dans le ventre...



Détails d'infusion : 6 gr. / 130 ml en DuoQio ZhuNi. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 5s. - 10s. - 10s. - pause - 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - 35s. - 40s. - 50s. - 60s. - suite au jugé. Total de 14 infusions.


Vue : La brique est impressionnante : lourde et dense, parsemée de bourgeons blanc-argenté et de grandes feuilles vert foncé, elle est plus compressée qu'une galette dont on dit qu'elle est "faiblement compressée", mais beaucoup moins que la majorité des briques que j'ai vu (à vrai dire la seule exception que je connaisse, c'est ce carré LBZ 2011).
La liqueur, d'un jaune très clair tirant sur le gris argenté, est étrangement trouble. Pourquoi étrangement ? Parce que les photos et le résumé d'Olivier témoignent d'une liqueur au contraire d'une grande translucidité...


Odeur :
La brique elle-même a un parfum étrange (légumes verts, cuir animal et humidité) que j'associe au départ à son emballage particulier -- remises en vrac, la petite portion prélevée reprend rapidement une odeur très pure, musquée, sucrée et légèrement fruitée, avec une pointe de ce parfum d'air pur qui me fait penser à un Gao Shan.
Passées dans la théière chaude, les feuilles rappellent un type de musc peu sucré (contrairement à celui que je retrouve souvent dans les fonds de tasse). Il y a une composante animale de cuir bien marquée et quelque chose de très légèrement fumé et fruité -- j'hésite à identifier des prunes mûres ou des abricots secs. C'est très envoûtant comme parfum, très fin malgré le cuir -- quelque chose me rappelle un peu la Banpen 2009 de CS mais en plus jeune.
Les feuilles humides sont fumées et amères, mais il y a quelque chose de profond qui traverse les fosses nasales jusque dans la gorge, avec une petite acidité fruitée et légèrement poivrée, piquante, qui rappelle les abricots mentionnés plus haut. Dans le couvercle, on retrouve les mêmes notes en moins condensé.
La liqueur, elle, offre une odeur très résineuse d'aiguilles de pin et de fraîcheur montagneuse. Dans le fond de la tasse on retrouve le musc peu sucré mentionné plus tôt, ainsi qu'une pointe de résine.


Goût :
Schteuf, pour paraphraser Vincent ! La première infusion a une saveur légèrement résineuse et poivrée, avec une touche bien marquée de cuir animal, qui laisse une finale fraîche sur la langue jouant entre menthe et fruits secs.
La deuxième infusion dégage beaucoup d'amertume, un mélange résineux d'aiguilles de pin et de sucre fruité, avec toujours cette saveur de cuir en arrière-plan qui revient ensuite vers l'avant. Quelque chose me rappelle l'huile d'olive, mais est-ce la texture ou la saveur ? Impossible à déterminer.
La troisième infusion demeure dans les mêmes tons que la deuxième, avec une finale mentholée puissante qui se développe de l'arrière de la gorge à la pointe de la langue. Une note presque "saline" se laisse découvrir en fin de tasse, au travers d'une persistance de saveurs très fines et légères qui évoquent l'herbe sèche et l'air frais de montagne.
Les infusions suivantes sont beaucoup plus légère en saveurs que les trois précédentes, ce qui n'est pas pour me déplaire, d'autant plus que ça laisse mieux place à la texture. Les saveurs animales demeurent présentes mais s'estompe lentement pour laisser place à une douceur sucrée qui reste en bouche longtemps après avoir avalé, ainsi qu'une fraîcheur mentholée qui curieusement se déclare environ dix minutes après la dernière gorgée avalée.
Pour être honnête, les saveurs me sont plutôt désagréables. Le côté cuir/animal est vraiment déplaisant et très fort, complètement à côté de la plaque du compte-rendu d'Olivier qui ne mentionne pas du tout cette composante. Je me demande si ce thé n'aurait pas subi un surplus d'humidité au stockage ?!


Texture :
C'est un thé très joueur, qui oscille entre une saveur et une autre, une texture et une autre, back and forth comme disent les anglophones et surtout sans fin ! Ça rend la dégustation particulièrement dynamique et intéressante. Un peu d'astringence en fin de gorgée qui assèche bien les muqueuses sans trop attaquer l'estomac de façon désagréable (à part en créant un effet de faim). C'est vraiment très particulier, intéressant mais difficile à cerner.
Côté effet sur le corps : ça creuse ! Je me suis retrouvé avec pas mal d'énergie après la troisième infusion, mais on n'en est pas (encore ?) à la limite de l'énervement comme avec un high de caféine. Passé la pause entre la troisième et la quatrième infusion, c'est demeuré énergétique mais sans fébrilité, ce qui me rassure (sans quoi j'aurais dû abandonner la dégustation).
Ce côté joueur rattrape un peu le côté déplaisant des saveurs (et heureusement, vu le prix de cette brique !).


Couleurs : Un tourbillon de vert et de blanc grisâtre sur fond de feuillage kaki, avec des pointes de rose-brun et de jaune, le tout formant un ensemble vaguement marécageux. L'impression générale est brouillonne mais acérée, comme le brouhaha de voix d'enfants dans une classe où on ne peut distinguer le moindre mot, mais où on entend parfaitement les éclats de rire aigus qui retentissent de temps en temps.