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mercredi 11 mars 2026

Verglas | 2014, Yi Bi Zhai "Wild Arbor", Yiwu, Zhejiang, Yunnan Sourcing

Les derniers jours ont été particulièrement chauds dans mon petit coin tranquille. 16 degrés au mercure alors que les normales de saison frisent le zéro, du soleil éclatant presque toute la journée, la fonte des neiges bien amorcée... 

Ce matin en revanche j'ai été réveillé par le vent qui agitait les bacs de recyclage. C'était tellement bruyant que je croyais qu'il y avait quelqu'un dehors. Quand j'ai ouvert les rideaux, il faisait encore noir et les branches des arbres ressemblaient à ces griffes fourchues aux mouvements erratiques que l'on voit dans les films d'horreur. Pas un son quand j'ai mis le nez à la porte, seulement le sifflement sinistre du vent. Halloween en plein mois de mars. 

On annonce une tempête de verglas aujourd'hui. 

D'ailleurs voilà, ça y est, ça commence. La pluie tombe en stries dans ma fenêtre et déjà la couvre de buée. Les rares passants à cette heure matinale se pressent pour échapper à l'assaut du ciel. Un gros camion laisse des traînées de sel épaisses sur les rues. À l'intérieur, l'eau bouille et le rituel apaise ce léger fond d'angoisse qui m'étreint toujours à la mention de verglas.

C'est un truc malheureusement bien banal, bien Québécois. Début janvier 1998 a vu l'une des pires tempêtes de verglas dans l'histoire enregistrée du pays, bris et dégâts et chûtes et décès et coupures d'électricité qui ont duré quelques semaines en ville, plusieurs mois en campagne. Je pense que quiconque était assez âgé pour prendre une mesure même partielle de ce qui se passait en est ressorti avec quelques séquelles. D'ailleurs on le voit bien sur les réseaux sociaux, les Québécois ont tendance à paniquer et se sur-préparer avec toute annonce de verglas. C'était l'un de ces événements qui définit une génération et j'ai bien peur qu'il nous ait laissé avec un petit choc traumatique collectif. 

Mon thé est prêt. 

Les feuilles que j'ai choisi sont très sombre, presque noires. La liqueur est douce et parfumée. C'est un joli petit thé de la région de Yiwu acheté chez Yunnan Sourcing qu'aujourd'hui encore je bois en grand-pa style (sacrilège !). La galette n'est plus disponible mais on trouve encore quelques échantillons à la vente à un prix qui me fait hausser les sourcils. Bon, faut dire que c'est pas mal tous les prix ces jours-ci qui me font hausser les sourcils, je vais donc passer vite là-dessus. 

À priori, c'est un thé du quotidien. Un joli truc dans le haut du bas de gamme, ou peut-être au bas du moyen. Rien de particulièrement éclatant, mais ce que j'ai en bouche est vraiment sympathique. Une belle balance entre subtilité des saveurs, amertume de jeunesse et notes âgées, un pôle boisé-épicé avec une trace de sève, douceur et force à la fois, et toujours succulent même quand on pousse et sur-infuse un peu les feuilles. Ça se boit tout seul. Du bon Yiwu d'entrée de gamme qui donne une idée du minimum que devrait donner ce terroir... 

... mais rien de joueur, rien de surprenant. Au niveau de la texture, c'est lisse, sans aspérités, et finalement sans grand intérêt. Savoureux cela dit. Je pense que c'est en partie pour ça que j'aime tant le grand-pa style. Au-delà de la commodité de jeter quelques feuilles dans la tasse et basta, j'aime ces infusions changeantes d'une gorgée à l'autre. J'ai l'impression qu'elles me permettent de mieux prendre la mesure d'un thé. Les défauts mineurs sont gommés certes, mais les défauts majeurs ne peuvent pas se cacher, et les liqueurs sont riches sans souffrir d'une infusion parfois maladroite. Le GPS m'indique tout de suite si ça vaut la peine de faire une dégustation plus poussée ou pas, alors que si je commence avec un gaiwan ou une théière, je n'arrive jamais à savoir si j'ai un problème de mauvais thé ou de mauvaise technique d'infusion. 

Bon, j'irai revisionner les vidéos de Stéphane, des fois que. 

Avec la neige qui fond, les écureuils retrouvent les mannes d'automne qui n'avaient pas été mangées et je vois déjà l'effet bénéfique de la chaleur et d'une diète plus fréquente sur ceux qui passent du temps chez moi. La saison des amours est terminée, malheureusement il ne semble y avoir que des mâles qui nichent dans les environs cette année... probablement la faute du chat des voisins qui les a bien perturbés ces dernières semaines. Dommage, mais c'est la vie. Et puis c'est plus facile d'espacer l'horaire de nourriture pour les sevrer de l'aide humaine pendant l'été si je n'ai pas l'impression d'affamer des femelles gestantes. 

Après une période d'averses intermittentes, la pluie semble être prise pour de bon. Elle tombe lourde contre le sol, à l'entendre on jurerait que c'est de la grêle, ou le tapotement sec d'une main impatiente. Je suppose que c'est le ciel qui me signale que j'ai encore beaucoup de choses à faire aujourd'hui pour le souper d'anniversaire que nous organisons demain soir. (Ça devait être aujourd'hui mais avec ce verglas, personne ne veut conduire.) Bref, lorsque la vie réelle fait intrusion dans mes dégustations, c'est l'heure de déposer ma tasse.


vendredi 9 janvier 2026

Écureuils et ciel rose | 2014, Qing Mei Shan "Old Arbor", Yunnan Sourcing

Mes écureuils m'amusent. Il y en a trois maintenant qui fréquentent mon bord de fenêtre régulièrement, rivaux pour les noix de Grenoble, noisettes, et amandes en écales que je laisse à leur intention. Par grand froid polaire les visites sont courtes et intermittentes, impossibles à prédire. Mais les jours de redoux, tous les trois se pointent à peu près en même temps et guettent, postés dans l'arbre d'à côté, jusqu'à ce que l'un d'entre eux soit assez brave pour s'approcher des noix.

La première journée les mouvements sont furtifs, ils économisent leur énergie et sont beaucoup plus craintifs. Ils attendent leur tour, s'approchent lentement, s'enfuient rapidement. Mais quand il y a un deuxième jour de redoux, ça devient beaucoup plus animé. Si j'ai la chance d'être posté à la fenêtre quand ils sont dans les parages, les courses-poursuites auxquelles j'assiste sont hilarantes. 

Parlant de chance, j'ai attrapé mon premier lever de soleil 2026 ce matin, ça m'a bien fait plaisir. Je savais que ça me manquait de les voir, mais je n'avais pas mesuré l'impact jusqu'à ce que je remarque les stries roses sur le bleu foncé du ciel. Mon coeur aurait pu éclater de joie. 

Et le thé, dans tout ça ? 

Je n'ai pas été buveur assidu ces dernières semaines. Quelques tasses au GPS (grandpa-style), une théière de kamairicha, c'est à peu près tout. Ce matin du coup c'est la première dégustation sérieuse de l'année, le moment idéal pour revisiter ma galette de Qing Mei Shan et voir si elle tient ses promesses. Ses parfums en tout cas sont sublimes, sombres et fruités, au nez ça donne super envie.

Trois infusions plus tard je suis enchanté, si bien que j'ai complètement oublié de prendre des notes. 

Ce qui était agressif la dernière fois s'est arrondi. Ce qui était acide est devenu sucré. Il y a une note résineuse amère qui est bien présente sur les premières infusion, puis disparaît sous une abondance de fruits et ne s'exprime plus que lorsqu'on pousse les feuilles un peu, vers la fin de la dégustation. Gustativement, il est très agréable. Ni très fin ou surprenant, mais avec une belle force stable, satisfaisante, qui maintient des saveurs typées Lincang sur toute la session.

C'est aussi un thé qui donne chaud. L'énergie que je percevais la dernière fois est encore bien là. Je suis content de n'avoir pas essayé de le boire plus tard en après-midi car je suis convaincu que mon sommeil en serait perturbé.

Honnêtement, je ne regrette pas mon achat mais j'ai gaspillé pas mal d'argent à le faire si tard. Ça aurait été un excellent thé du quotidien dans ses premières années et le prix de l'époque (43 dollars américains l'année de sa sortie si ma mémoire est bonne) reflétait bien ça. Aujourd'hui évidemment c'est hors de prix... 

Mais bon, tant pis. Je ne sais pas si je recommande la galette, mais les échantillons sont encore abordables. C'est un bon petit thé moyen de gamme avec des feuilles luisantes, des parfums renversants, des saveurs adolescentes et beaucoup d'énergie à donner. Pour parler chiffre, avec les prix fous d'aujourd'hui, 16.50 dollars américains pour 25 grammes sur un thé de 11 ans, ça va. C'est une gourmandise qui peut valoir le coup.

Sur ce, je file, j'ai une journée remplie qui m'attend. 

Bonne année tout le monde !


mercredi 5 novembre 2025

2014, Qing Mei Shan "Old Arbor", Yong De, Mengku, Lincang, Yunnan Sourcing


En 2014 j'ai gagné le premier prix du concours de Yunnan Sourcing. 

Scott avait commencé deux ans plus tôt à presser ses propres galettes. C'était la troisième fois qu'il lançait en janvier un appel pour recevoir des soumissions de design en accord avec l'année chinoise en cours. Les concours des deux années précédentes avaient été remportées par des illustrateurs professionnels. Leurs designs, minimalistes et bien léchés, rassemblaient toutes les qualités qu'on peut attendre du travail de quelqu'un qui en a fait son métier. 

En janvier 2014, moi, j'étais accablé par le deuil. Philippe nous avait quitté quelques mois plus tôt et j'en ressentais encore un impact vif... mais surtout, mon grand-père était aux soins palliatifs depuis le début novembre, en train de perdre son combat contre la leucémie. J'avais besoin d'un échappatoire et ce concours, c'était exactement ce qu'il me fallait. 

Considérant mon statut d'amateur, je n'avais pas vraiment en tête de gagner. Quand on m'a annoncé que j'avais remporté le premier prix, ça m'a donné un choc. Malheureusement, les galettes ont été pressées tardivement cette année-là et pour plusieurs raisons, je n'ai pas eu l'occasion de m'en récupérer une à l'époque. 

11 ans plus tard, c'est maintenant chose faite. Elle est arrivée hier. 

Évidemment, dans l'idéal j'attendrais jusqu'au début décembre avant de la faire tourner dans mes théières. Mais est-ce que j'ai la sagesse et la patience d'attendre jusque là, alors que je viens de recevoir 400 grammes d'un thé que je n'arriverai probablement pas à finir avant la fin de ma vie, simplement parce que j'en ai déjà beaucoup trop ? Absolument pas. 

D'une façon tout à fait prévisible, la liqueur est brusquée, sèche et râpeuse sur les premières infusions... les arômes sont verts façon salade confite, en retrait, mettant de l'avant des saveurs métalliques et désagréables. Exactement tous les problèmes que je rencontre encore et encore sur des thés testés trop tôt, ou à la mauvaise période de l'année. Bref, tout ça, on y reviendra dans un mois ou deux pour voir ce que ça donne car en ce moment c'est impossible de juger vraiment.

Mais je remarque aussi une belle épaisseur à cette liqueur, qui est d'ailleurs d'une limpidité exceptionnelle pour un puerh. Je remarque que ses arômes me tapissent la bouche, y demeurent un long moment. Je remarque la chaleur qui me prend la gorge après son passage, l'énergie qui m'étreint comme un amant. La description originale, inchangée depuis 2014, mentionne un "kick-ass cha qi"... il y est encore. Mon derrière confirme. Le reste de mon corps aussi. 

On a une bonne idée de ce que les arômes donneront en reniflant la surface de la galette. J'y trouve là un fruité musqué juteux, généreux, qui me rappelle ce que je retrouve sur mes autres galettes du Lincang. Dans ma bouche, une magnifique finale camphrée-mentholée qui s'impose et se développe à partir de la troisième infusion. Ça me fait saliver. J'ai bon espoir (à la limite de la certitude) que dans un mois tout ça se dévoilera davantage, et aussi d'une façon plus agréable pour moi. Après tout, c'est pas mon premier rodéo.

Et sinon... pour la première fois de la semaine, j'ai l'impression d'avoir l'esprit clair et vif. Ça compte, surtout quand on s'est lancé un peu à l'arrache sur un défi d'écriture de roman. 

Trois chapitres à mon actif ! Allez, c'est l'heure d'entamer le quatrième. 

mardi 21 octobre 2025

Fraîcheur | 2014, Wang Bing Shen Tai Cha, Wang Bing, Yiwu Shan, Menghai, Puerh Asia

 

C'est une envie de fraîcheur qui me taraude ce matin. Les notes vives, végétales, d'un Gao Shan de Taïwan. La couleur vert soutenu du sencha Yumewakaba de Hiruma-san, avec ses parfums si prononcés. La morsure amère d'un jeune sheng du Lincang qui se développe en menthol après la gorgée avalée. 

Évidemment je n'ai rien de frais dans mes stocks. J'ai bien deux commandes en cours, mais entre la grève de la poste et l'éloignement géographique, rien n'est encore arrivé. Il faut donc faire avec ce que j'ai chez moi. 

Mon thé vert du matin, un Huiming 2022 de chez Camellia Sinensis qui avait déjà un an au moment de son achat, ne me comble pas. Aucune de mes références ne m'inspire. Je décide donc d'explorer les échantillons gentiment offerts par les copains. À défaut de fraîcheur, au moins j'aurai un peu d'originali-thé.

Après une examination sommaire de ce qui se trouve dans mes tiroirs, c'est sur un thé de Wang Bing que je jette mon dévolu, la galette Shen Tai Cha de 2014 dont Vincent (autrefois du Forum des Amateurs de Thé) m'avait offert quelques grammes. Le petit sachet plastique aurait dû lui perdre toutes ses saveurs, mais la conservation de tous ces sheng au même endroit les ont préservés. Ces feuilles sont encore très fragrantes. 

Les deux premières infusions sont bien légères et me font craindre un raté. Est-ce que c'est l'eau qui gomme toutes les saveurs, ou est-ce que j'ai tout simplement attendu trop longtemps et maintenant les feuilles sont perdues? Est-ce que c'est une question de grammage trop léger ? Aucune idée... je n'ai pas eu ces problèmes sur les échantillons précédents. L'odeur renversante au fond de la tasse vide me signale qu'il faut continuer, tout comme l'épaisseur crémeuse qu'il laisse sur la langue.

Sur la troisième tasse, le thé se réveille enfin. Et quel éveil. À la surface de la liqueur je retrouve des parfums aux notes vaguement animales (tellement typées que pour un moment je me suis demandé s'il ne s'agissait pas d'un thé de Feng Qing mal étiqueté), et dans la bouche c'est complexe, c'est joueur, c'est intense. Par-dessus tout c'est d'une fraîcheur éclatante à laquelle je ne m'attendais pas. L'amertume prononcée est agréable, boisée et végétale à la fois. Alors que j'avais sélectionné ce thé à l'aveugle, après quelques recherches j'y retrouve en fait tout ce dont parlait Luk Zijeko dans cette dégustation de 2017.

Les notes d'Olivier Schneider mentionnent aussi cette timidité des feuilles qui prennent un peu de temps avant de se dévoiler. Bon, ça va alors.

J'ai l'impression d'un retour dans le temps, d'un thé préservé exactement tel qu'il était au moment d'arriver chez moi. Et puis bon sang que c'est bon. Je regrette bien les ennuis monétaires qui m'ont retenu d'en récupérer une galette à l'époque, mais surtout j'ai une grande reconnaissance envers Vincent sans qui je n'aurais même pas eu la chance d'y goûter.

Le temps continue sa course effrénée vers l'hiver, jonche le sol de feuilles mortes et m'apporte une fraîcheur d'un tout autre genre. Les derniers jours ont été très chaud pour la saison, mais là on sent bien que c'est terminé. L'automne se meurt... et ça a beau être ma saison préférée, j'ai l'impression d'avoir passé beaucoup de temps cette semaine à combattre un début de dépression saisonnière.

Heureusement que j'ai encore le thé pour mettre un peu de soleil dans ma tasse.


jeudi 14 avril 2016

2014 – "Spring" Fu Shou Mei, Feng Qing, Yunnan, Chine, Yunnan Sourcing

Dégustation du 14 avril 2016


Informations et provenance : Une autre curiosi-thé ! Cette fois en provenance de Yunnan Sourcing, il s'agit d'un thé rouge Dian Hong dont le processus de fabrication consiste à le torréfier en y ajoutant du sucre muscovado afin d'y développer des notes de caramélisation maltée. Il y a peu d'information à ce sujet et je ne sais pas si c'est une technique ancestrale ou développée pour les touristes (ou développée pour les touristes à une époque ancestrale, qui sait), mais l'originalité me plaît. Testons. 


Détails d'infusion : 5 gr. / 100 ml en Gaiwan de porcelaine basique. Eau filtrée Brita, maintenue à 100°C en Yama Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 30s. - 30s. - pause. Reprise : 30s. - 45s. - 1m. - 1m30s. - 3m. - 5m. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : Les feuilles sont minuscules, entortillées sur elles-mêmes, et d'un noir de jais avec accents mordorés. Elles sont luisantes, ce que j'attribue au sucre mais qui sur un autre thé m'aurait fait penser aux huiles naturelles des feuilles car j'ai vu entre autres un puerh violet avec ce même lustre par le passé. Les feuilles mouillées, elles, sont absolument intactes ! Aucune carbonisation des feuilles comme l'aurait laissé penser le parfum qu'elles dégagent.  

La liqueur d'un rouge pur et lumineux me tape dans l'oeil, je ne m'en lasse pas de la contempler.

Note de 2025 : C'est d'ailleurs à la photo ci-dessous que vous devez de lire ce post aujourd'hui, car l'article était incomplet et j'ai dû bosser dessus un peu plus fort que les autres pour qu'il soit prêt. Mais la couleur de cette liqueur, wouah.


Odeur : Les parfums terreux et sucrés de malt sont vraiment très prononcés dès l'ouverture du paquet. Ça me rappelle le caramel brûlé et la mélasse, des odeurs très fortes qui restent dans le nez. À la surface de la liqueur je perçois un léger camphre, avec quelque chose de vaguement mielleux, amer et ciré qui me rappelle le propolis, mais c'est vraiment cette odeur terreuse qui prend le dessus. En fond de tasse, un petit miel de fleur léger. C'est intéressant, mais sur une journée moins aventureuse j'aurais pu écrire "déstabilisant". 


Goût : Alors je dois dire, en bouche ça n'a rien à voir avec ce que l'on attendrait d'un thé, c'est vraiment son propre truc. Les saveurs sont portées d'une façon complètement différente, et par-dessus tout la torréfaction domine. Personnellement je trouve que c'est joliment maîtrisé, mais c'est très lourd en bouche et faut avoir envie de ce genre de boisson.

Ça part sur des saveurs de caramel brûlé qui se transforme en sucre de canne malté, avec un léger camphre, et du clou de girofle, racine de chicorée, et café instantané qui pointe par-dessous. Il faut vraiment se concentrer pour identifier ces notes car cette première infusion est un peu trop puissante et les subtilités sont difficiles à saisir.

La deuxième est nettement plus agréable en diminuant le temps d'infusion, j'y trouve le même pôle mais plus sucré que brûlé, plus harmonieux. Le camphre se confirme, le malt également, ainsi que des saveurs épicées. Ce n'est pas le thé le plus complexe, mais on n'attend généralement pas ça d'un thé rouge. 

C'est une dégustation intéressante cela dit. Je suis bien content d'en avoir récupéré quelques grammes.


Texture : Liqueur ULTRA épaisse, liquoreuse même, c'est aussi lourd qu'un rhum épicé. Les saveurs restent en bouche très longtemps, particulièrement pour un thé rouge. Cela dit, peut-on vraiment appeler ce produit un "thé rouge"? Honnêtement, ça se discute. J'avoue que je me demande jusqu'à quel point le sucre caramélisé n'a pas complètement effacé le thé de l'équation. 

Personnellement, je crois que j'aurais apprécié l'effet gommant d'une théière... J'avais l'impression de percevoir des choses fugaces sous la torréfaction, mais celle-ci était si présente qu'à peine perçues, ces notes s'étaient déjà envolées. Le sucre inclus dans la fabrication de ce Fu Shou Mei a retenu ma main cela dit... j'aurais peur de contaminer mes terres.

Note de 2025 : Les années me donnent moins de retenue et j'ai bien envie de passer les derniers grammes de ce thé dans ma Purion, qui n'a de toute façon jamais trouvé la famille qui lui convenait. Au pire si c'est horrible elle passera une nuit dans la javel et le lendemain, comme neuve. C'est pas exactement une théière qui a accumulé un culottage intéressant chez moi... Et puis qui sait, peut-être que ça me donnera envie de racheter de ce petit Fu Shou Mei, qui demeure relativement bon marché aujourd'hui, en plus de trouver son emploi à ma Purion.


Couleurs : De rouge, de l'orangé, du vert kaki peint en touches successive par-dessus un fond brun bien riche. L'ensemble me donne une impression de promenade en nature, à l'automne, par un jour très ensoleillé. 

Pas de couleurs abstraites cette fois, car à l'époque où j'ai fait cette dégustation mes notes n'avaient pas été complétées et je n'en avais pas ajouté à l'embryon de cet article. Il est possible qu'un jour je découvre une image correspondante dans les fichiers de mon vieil ordinateur, mais pour l'instant il faudra s'en passer.

Je vous laisse donc sur une autre image dont les couleurs correspondent bien à ce que ce thé m'évoque, et qui a le mérite d'être chargée d'histoire. 

dimanche 20 mars 2016

2014 – Yunnan Sourcing’s Ai Lao Shan « Wild Arbor », Wang Jia Zhai, Ailaoshan, Jingdong, Pu’er (Simao), Yunnan Sourcing

Dégustation du 20 mars 2016


Informations et provenance : Produit et vendu par Yunnan Sourcing, on nous dit que ce thé provient du village de Wang Jia, qui se situe à 2200 mètres au-dessus du niveau de la mer dans la montagne d'Ai Lao, au coeur du Jingdong. Un sheng "sauvage" de vieux théiers en haute altitude, donc. Hm.

Bon. Avec un score de 86 sur Steepster et de jolies reviews, je m'attends à quelque chose d'à tout le moins intéressant. 


Détails d'infusion : 5 gr. / 125 ml en LongDan DuanNi. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 40s. - 30s. - 35s. - 40s. - 50s. - 60s. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : Ça ressemble à ce que Yunnan Sourcing produit régulièrement. Une compression légère à moyenne, un camaïeux de vert kaki, de longues feuilles minces qui se délitent facilement, de gros bourgeons pâles et dodus. La liqueur est pâle, jaune clair, translucide. Que du joli.

Odeur : Un parfum frais, légèrement fleuri d'eucalyptus devient une symphonie de fruits secs sucrés (raisins, canneberges) et de noix de Grenoble dans la théière chaude. Ces notes se poursuivent dans la tasse, qui après la dégustation laisse deviner un parfum de musc acido-sucré et de fraise fraîche.


Goût : C'est léger et frais, sur des notes végétales et fleuries d'eucalyptus et de menthe, on est très loin du citronné fumé auquel je m'attendais et que je retrouve si souvent sur les thés à provenance dite "sauvage". La seconde infusion est une explosion de saveurs qui s'exprime surtout une fois la liqueur avalée : menthe, sève, résine fraîche, menthol, eucalyptus... Au travers de la fraîcheur je découvre un petit parfum de raisin sec sucré, mais l'amertume de la tasse refroidie prend bien vite le dessus.

Pour être bien honnête, le profil de saveurs n'est pas spécialement à mon goût, mais ça se laisse boire et je pense que s'il gagne un peu de fruits dans quelques années, ça pourrait être quelque chose de vraiment bien. Le menthol bien présent laisse présager quelque chose d'intéressant dans quelques années.

Le reste de la dégustation est sympa mais pas trop subtil, avec une certaine âcreté sur les infusions bues refroidies.


Texture : Moyennement présente, plutôt de type "eau épaisse" -- rien qui accroche plus que l'eau, un peu plus soyeux peut-être, peu remarquable. L'effet frais est cependant très présent dès la deuxième infusion, avec une astringence qui assèche la bouche. Grosse longueur des arômes, forte présence, au point où ça devient plus agréable d'avoir avalé la liqueur que de la garder en bouche. C'est un thé qui au final m'aura bien détendu.


Couleurs : Un étang vert menthe sur lequel danse un filin d'huile dans lequel on discerne des pointes de bleu, jaune, et rose. Un mouvement calme et apaisant, vagues et cercles concentriques sur une surface réfléchissante.

samedi 5 mars 2016

2014 – Master Obayashi's Hijiri Hojicha, Okumikawa, Aichi, Japon, Postcard Teas

Dégustation du 5 mars 2016


Informations et provenance : Bon ! Maintenant que je suis à jour dans mes dégustations... xD
Voici un échantillon gentiment offert par Sébastien (Vacuithé), que je remercie d'avoir accepté de se départir de quelques grammes de son Hojicha choucou. ^^ Il le présente d'ailleurs très bien donc je lui laisse la parole, et sinon pour ceux qui lisent l'anglais, la version 2015 de ce même thé est encore disponible avec une petite présentation sur Postcard Teas.



Détails d'infusion : 4 gr. / 100 ml en "Prosperity Teapot" de Lin's Ceramics. Eau filtrée Brita, maintenue entre 80 et 90°C en Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 25s. - 1m. - 4m. - dernière au jugé. Total de 4 infusions.


Vue : Outre le petit mot adorable de Seb, les feuilles sont intéressantes. Elles sont dans des teintes que l'on attend normalement d'un Hojicha, allant d'un doré désaturé au brun clair, et sont constituées d'un mélange de feuilles et de tiges -- de toute évidence, il s'agissait d'un Kukicha avant d'être torréfié.
Je suis surpris par la quantité d'écume que forme ce thé. La liqueur sinon est ambrée et me rappelle la teinte d'un whisky vieilli ou d'un bon cognac.


Odeur : Les feuilles sèches dans leur petit sachet dégagent des effluves de miel et de grillé, le type d'odeur qu'on peut sentir quand on vient de démarrer un feu de camp, avant que le bois ne se calcine. Dans la théière chauffée, c'est le pain grillé qui ressort surtout, avec une petite pointe de tabac et d'écorce.
En revanche, sous le couvercle, à la surface de la liqueur et dans les feuilles mouillées, il n'y a qu'un parfum : popcorn ! Et il est entêtant, il reste longtemps dans le nez.
Finalement, le fond de tasse est sucré et mielleux, avec quelque chose de légèrement floral qui me rappelle le trèfle.


Goût : La liqueur est plutôt douce, avec des saveurs grillées et charbonneuses qui se transforment en miel léger. À partir de la deuxième infusion, j'ai une petite fraîcheur sur le bout de la langue qui apparaît quelques secondes après avoir avalé la gorgée.
Ce sont des saveurs qui demeureront avec moi tout le long de la dégustation, tantôt plus fortes, tantôt plus effacées, mais toujours réconfortantes. C'est bon, j'aime bien.


Texture : La liqueur est ronde, épaisse mais fluide, sans aspérités. Il y a une petite... amertume ou astringence ? Enfin c'est très léger, à peine perceptible, mais ça assèche légèrement le palais sans toucher à la langue. Sur la deuxième infusion il y a des petites sensations joueuses qui passent en frissons de la langue aux joues, c'est très spécial. À la troisième infusion, j'ai un picotement dans la gorge, mais la dernière est aussi lisse et fluide que les deux premières.
La première infusion n'avait pas une grande longueur en bouche, mais avec la deuxième qui était infusée plus longuement c'était nettement mieux. Dans tous les cas, c'est une boisson qui réchauffe l'intérieur dès la première gorgée, pile ce dont j'avais besoin hier alors qu'il faisait si froid.
Une petite fausse note peut-être, il y a une sensation étrange, quelque chose qui bloque au niveau du coeur -- c'est une sensation que j'ai souvent avec les shu, mais alors qu'avec ceux-ci elle est désagréable et contraignante (et inévitablement suivie de manifestations physiques plus pénibles), ici c'est simplement comme un petit poids à ce niveau. Ça rend l'expérience un peu étrange.


Couleurs : Les teintes sont désaturées -- un amas de plumes orangé clair, brun et beige sur un fond chocolat sombre. Quelques pointes de vert ici et là traversent ce qui me donne une impression de champ d'automne après les récoltes.

lundi 29 février 2016

2014 – Yunnan Sourcing's "Qing Mei Shan Old Arbor", Yong De, Lincang, Yunnan Sourcing


Informations et provenance : La première fois que j'ai eu affaire à un thé de Qing Mei Shan, c'était la version 2013 d'automne que Vincent me vantait et dont j'ai fini (après plusieurs mois) par récupérer un échantillon. La description qu'en fait Scott est rigolote (ce "kick-ass Cha Qi" dans le compte-rendu) et c'est ce qui avait d'abord attiré notre attention dessus. Il était très bien et j'en ferai un compte-rendu éventuellement...
... mais n'est pas le sujet de cet article. ^^
Celui-ci est la version 2014 de printemps -- le même thé, même arbres, six mois plus tard. Qing Mei Shan est un petit village près de Yong De, dans le Lincang -- une région qui avait déjà ma préférence par l'entremise de la fameuse galette de Ming Feng 2006, et (spoilers !) une fois de plus ça se confirme.

(NB : Ceci est une dégustation datant de septembre 2014. Une plus récente ne devrait pas tarder, on verra à ce moment-là si l'enthousiasme demeure... ^^)


Détails d'infusion : 5 gr. / 130 ml en DuoQio ZhuNi. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 20s. - 25s. - pause de 24h. Reprise après rinçage de 5 secondes : 25s. - 30s. - 40s. - 60s. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : L'échantillon semble provenir d'une galette peu compressée, puisqu'il s'effrite bien sans trop de casse. Il y a moins compressé encore (la Yi Pin Quan de Mengku Rongshi par exemple), mais je pense pouvoir affirmer sans trop d'inquiétude que le compressage était manuel.
Les feuilles sont plutôt variées : longs bourgeons au duvet argenté, feuilles de taille moyenne vert clair, grandes feuilles sombres, quelques tiges. On peut voir quelques images de la galette sur la page de Yunnan Sourcing -- à priori c'est un assemblage correct, pas spécifiquement fin mais pas trop brouillon non plus, j'ai vu pire (la Yo Ji Cha de LTC par exemple).
La liqueur est d'un jaune pâle qui devient plus soutenu au fil des infusions, mais qui est surtout très lumineuse. La couleur n'est pas étonnante, c'est un thé qui n'a que quelques mois à peine, mais cette lumière dans le thé l'est davantage -- sur les premières infusions, on pourrait presque la confondre avec une liqueur de Dong Ding frais. Les photos faites dans un éclairage moyen ne lui rendent pas justice.


Odeur : Alors là, on s'accroche. J'ignore si c'est le fait de sa jeunesse, mais quelle quantité de parfums dans ce thé ! Les feuilles sèches, posées dans la théière chaude, ont une odeur de raisin sec avec une pointe fraîche florale, des notes de muscat et d'une note ténue qui me fait penser à du sucre de fruit. Les feuilles humides, elles, ont des odeurs d'endives et de chou ! C'est définitivement légumier mais très doux, pas du tout l'espèce de mélange acide/amer auquel je suis habitué. Après quelques inspirations, le parfum de raisin sec des feuilles posées en théière préchauffée revient lentement, suivi d'un parfum riche de fumée -- c'est difficile à expliquer, c'est comme si quelqu'un faisait griller des dattes au barbecue (d'ailleurs si quelqu'un essaie ça, je suis volontaire pour goûter ^^).
Sous le couvercle je retrouve du chocolat et de la cassonade, le tout porté par un courant de musc fruité qui m'est familier. La liqueur, elle, a une odeur plutôt végétale qui possède une pointe fraîche de sève de bouleau, quelque chose dont on retrouve une trace dans le menthol et sucre musqué du fond de tasse. C'est frais, c'est bon, j'ai envie d'en voir l'évolution. Ça serait incroyable quand même que ce thé garde sa complexité au fil des années !


Goût : La première infusion est très légère, avec des notes acides et florales. C'est long en bouche, avec une pointe de menthol en fin de gorgée. Un peu de raisin, un peu de sucre, c'est ténu mais déjà bien prometteur.
La deuxième infusion est plus soutenue, un mélange de riches saveurs florales et végétales qui passe d'amer à sucré en l'espace de quelques secondes, puis repasse à l'amer et ainsi de suite. Le menthol qui était déjà bien présent dans la première gorgée est plus fort à présent, presque piquant -- j'imagine sans souci cette saveur se transformer en camphre dans les prochaines années.
La troisième infusion ressemble beaucoup à la deuxième, mais l'amertume est cette fois plus prononcée et amène des notes de poivre avec elle. C'est un jeune puerh qui a de la fougue, même si ce n'est pas le plus amer que j'ai goûté (et de loin), on sent qu'en le poussant un peu on pourrait obtenir quelque chose d'assez puissant.
Malheureusement pour la suite, la vie s'est mise en travers de mes envies de thé j'ai dû stopper là ma dégustation. En la reprenant le lendemain, les saveurs s'étaient bien atténuées -- restant dans les mêmes notes, mais nécessitant du coup des infusions plus longues pour se dévoiler. Comme j'ai déjà repris des dégustations sans souci après 24 heures de pause, j'en conclus (peut-être à tort) que ce thé est un peu fragile. Est-ce parce qu'il est jeune ou parce qu'il est naturellement sensible aux interruptions ? Seul l'avenir pourra répondre...


Texture : Encore une fois, la complexité de ce thé m'impressionne. L'amplitude du retour en bouche et de la rétro-olfaction est incroyable, les arômes demeurent si longtemps en bouche qu'après avoir arrêté ma dégustation le premier jour, je les avais encore sur la langue une heure après.
Le menthol mentionné plus haut a des effets très joueurs -- au départ concentré au centre de la langue avec un effet frais, il s'étend dans la gorge en inspirant et un léger pétillement sucré se développe alors dans les jours. C'est comme si toutes les saveurs se révélaient à des endroits différents de la bouche !
Je ne peux pas dire que c'est un thé qui évolue beaucoup d'infusion en infusion, mais il évolue déjà tellement au sein d'une même gorgée que pour cette dégustation-ci, ce n'est pas un problème -- en revanche, ça pourrait potentiellement en devenir un s'il ne tient pas ses promesses après quelques années. Pour l'instant cela dit, ça me plaît (et même plus que ça).
La dégustation ne serait pas complète sans un bel effet sur le corps -- ici un peu particulier. Je ne ressens pas de grande fébrilité ou d'agitation -- au contraire, c'est une énergie très nette mais calme. C'est comme si l'on était confortablement installé dans le siège passager d'une voiture qui va vite -- on n'a pas le stress de la conduite, il ne reste plus qu'à profiter de la sensation un peu grisante de la vitesse et du vent qui frappe le pare-brise. 


Couleurs : Tout comme l'effet sur le corps que je tire de ce thé, c'est une vision très mouvante, qui se décline en flashs rapides de bleu et de vert sur un fond jaune et blanc. Au-delà de ces teintes, on aperçoit de temps en temps des pointes de rose vif et de noir aux périphéries. L'amas de couleurs est en trois dimension, une forme indistincte et pointue qui à la manière d'un soleil, non contente d'être faite de petites éruptions de formes colorées, tourne sur elle-même à grande vitesse.