mercredi 16 mars 2016

1998 – Nanjian Tulin « Jia Ji », Nan Jian Tea Factory, Nan Jian, Dali, ChaWang Shop

Dégustation du 9 mars 2016

Informations et provenance : Jusqu'à tout récemment, je considérais ce tuo comme une erreur de jeunesse. Il faut dire que ses origines étaient douteuses -- acheté chez ChaWang Shop en 2010 au tout début de mon parcours de thé, c'était un coup de tête que j'avais pris parce que c'était un peu âgé, pas cher, et surtout (la raison principale) parce que c'était un tuo. À l'époque mes critères d'achat étaient un peu whack -- toute bizarrerie et forme spéciale était dans ma ligne de mire. Finalement je l'ai acheté, je l'ai reçu et je l'ai promptement oublié -- car évidemment les galettes qui étaient venues dans la même commande étaient soit du domaine de la savate, soit des bizarreries qui ont rapidement cessé de retenir mon attention.
Je l'ai retrouvé en 2013 dans ma période anti-shu. Évidemment il était hors de question de le goûter à ce moment-là, mais je l'ai gardé et mis de côté en me promettant d'y tremper les lèvres un jour, parce que tous les gens à qui je l'ai fait goûter m'ont dit qu'il était bien. Eh bien voilà -- chose promise, chose due.


Détails d'infusion : 4 gr. / 100 ml en Purion de Lin's Ceramics et tasse Carmen Abdallah. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Deux rinçages espacés d'une minute. Temps d'infusion : 20s. - 25s. - 35s. - 45s. - 1m. - 1m.30s. - 3m. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : C'est franchement un joli petit tuo. =)
Bien compressé, à la limite d'être indélitable sans briser toutes les feuilles, on peut quand même constater un certain soin apporté au pressage de surface -- beaucoup de grandes feuilles entières, dans des teintes allant du noir au jaune ocre, en passant par le violet et le brun-gris désaturé. C'est un peu plus clair que ce qu'on pourrait attendre d'un shu, surtout de cet âge.
La liqueur est une surprise -- foncée mais translucide au point où je me demande si c'est vraiment un shu, zéro particule en suspension et une belle couleur de rhum brun sur les premières infusions.


Odeur : Le tuo a très peu d'odeur, même en soufflant dessus -- une vague odeur poussiéreuse peut-être, quelque chose qui rappelle le grenier sec. Un vieux shu quoi.
Une fois le fragment placé dans la théière chaude, le parfum est très net : c'est de la noix, de la noix et encore de la noix. Pacanes, noix de cajou, noix de grenoble, macadames -- c'est gras et beurré et légèrement sucré.
Le sucre se confirme lorsqu'on mouille les feuilles -- plutôt qu'un parfum acide comme j'en ai l'habitude avec les sheng, je retrouve des odeurs très sucrées de boulangerie. Ça me rappelle même les crêpes de sarrasin de ma mère, ce qui est assez spécifique quand même. On retrouve les mêmes parfums à la surface de la liqueur d'ailleurs.
Sous le couvercle, c'est sucré, poussiéreux et terreux -- et bizarrement après ce déluge de parfums bien puissants, le fond de tasse est décevant. C'est légèrement sucré, ça sent un peu le tabac peut-être ? Mais c'est tellement ténu que ça s'enfuit aussi vite que c'est apparu.


Goût : La saveur de la première infusion est légèrement sucrée, on y décèle des noix et du pain frais, avec quelques traces de fruits secs en rétro-olfaction (du raisin sec surtout, un peu de pruneaux). Ça a une belle saveur de "vieux", c'est calme et sage.
La deuxième est un peu plus amère, mais à peine -- juste le temps de passer la langue et c'est parti. Il y a une trace de pruneaux secs, beaucoup de noix encore (noix de cajou, de grenoble), toujours cette saveur un peu poussiéreuse que j'ai dû mal à identifier autrement que par "ça goûte le vieux shu".
Par la suite, au fil des infusions, je retrouve quelques pointes de tabac doux et de pain frais, mais ça reste dans le même registre de noix et de grenier sec, avec une petite saveur mentholée qui reste dans la bouche à partir de la sixième infusion. Franchement c'est très bon, très propre, ça manque peut-être d'un peu de dynamisme mais à part ça, rien à redire.


Texture : C'est moelleux, doux et crémeux, ça coule tout seul bref c'est trop bon ! J'ai un léger, très léger picotement au niveau des amygdales quand j'avale, comme un petit check-up des douanes, mais c'est tout et ça passe tout seul. Ce n'est pas très long en bouche, mais franchement ça ne me dérange pas beaucoup -- j'ai beau aimer ce que j'ai en bouche, ça reste un shu donc pas ma famille de thé préférée... En revanche la sensation crémeuse reste en bouche et ça, chuis fan.
À partir de la sixième infusion, il y a un petit effet frais bienvenu qui s'installe dans la bouche. L'avant-dernière infusion est particulièrement crémeuse, beaucoup plus que la dernière d'ailleurs, ce qui est étonnant. J'imagine qu'à ce moment-là le thé avait tout donné.
Finalement c'est un thé qui a un petit effet relaxant, mais plutôt mental que physique. Au final je me suis surpris plusieurs fois à laisser voyager mes pensées au lieu de rester concentré comme d'habitude.


Sons : J'aime beaucoup Jason Yang. C'est un artiste qui fait avec son violon ce que Peter Hollens fait avec sa voix et ce qu'il présente trouve toujours le moyen d'être à la fois semblable à la pièce d'origine et très personnel, ce qui est un peu paradoxal. Mais voilà, je vous le présente ici avec son cover de deux thèmes du jeu Skyrim: Elder Scrolls, qui est nostalgique et passionné, doux et puissant à la fois -- qui fait voyager, tout comme ce thé.



Couleurs : Un jeu d'orange et de bleu très saturé sur un fond jaune sombre, qui partent du centre pour se déverser vers l'extérieur comme une fontaine.

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