lundi 29 février 2016

2014 – Yunnan Sourcing's "Qing Mei Shan Old Arbor", Yong De, Lincang, Yunnan Sourcing


Informations et provenance : La première fois que j'ai eu affaire à un thé de Qing Mei Shan, c'était la version 2013 d'automne que Vincent me vantait et dont j'ai fini (après plusieurs mois) par récupérer un échantillon. La description qu'en fait Scott est rigolote (ce "kick-ass Cha Qi" dans le compte-rendu) et c'est ce qui avait d'abord attiré notre attention dessus. Il était très bien et j'en ferai un compte-rendu éventuellement...
... mais n'est pas le sujet de cet article. ^^
Celui-ci est la version 2014 de printemps -- le même thé, même arbres, six mois plus tard. Qing Mei Shan est un petit village près de Yong De, dans le Lincang -- une région qui avait déjà ma préférence par l'entremise de la fameuse galette de Ming Feng 2006, et (spoilers !) une fois de plus ça se confirme.

(NB : Ceci est une dégustation datant de septembre 2014. Une plus récente ne devrait pas tarder, on verra à ce moment-là si l'enthousiasme demeure... ^^)


Détails d'infusion : 5 gr. / 130 ml en DuoQio ZhuNi. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 20s. - 25s. - pause de 24h. Reprise après rinçage de 5 secondes : 25s. - 30s. - 40s. - 60s. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : L'échantillon semble provenir d'une galette peu compressée, puisqu'il s'effrite bien sans trop de casse. Il y a moins compressé encore (la Yi Pin Quan de Mengku Rongshi par exemple), mais je pense pouvoir affirmer sans trop d'inquiétude que le compressage était manuel.
Les feuilles sont plutôt variées : longs bourgeons au duvet argenté, feuilles de taille moyenne vert clair, grandes feuilles sombres, quelques tiges. On peut voir quelques images de la galette sur la page de Yunnan Sourcing -- à priori c'est un assemblage correct, pas spécifiquement fin mais pas trop brouillon non plus, j'ai vu pire (la Yo Ji Cha de LTC par exemple).
La liqueur est d'un jaune pâle qui devient plus soutenu au fil des infusions, mais qui est surtout très lumineuse. La couleur n'est pas étonnante, c'est un thé qui n'a que quelques mois à peine, mais cette lumière dans le thé l'est davantage -- sur les premières infusions, on pourrait presque la confondre avec une liqueur de Dong Ding frais. Les photos faites dans un éclairage moyen ne lui rendent pas justice.


Odeur : Alors là, on s'accroche. J'ignore si c'est le fait de sa jeunesse, mais quelle quantité de parfums dans ce thé ! Les feuilles sèches, posées dans la théière chaude, ont une odeur de raisin sec avec une pointe fraîche florale, des notes de muscat et d'une note ténue qui me fait penser à du sucre de fruit. Les feuilles humides, elles, ont des odeurs d'endives et de chou ! C'est définitivement légumier mais très doux, pas du tout l'espèce de mélange acide/amer auquel je suis habitué. Après quelques inspirations, le parfum de raisin sec des feuilles posées en théière préchauffée revient lentement, suivi d'un parfum riche de fumée -- c'est difficile à expliquer, c'est comme si quelqu'un faisait griller des dattes au barbecue (d'ailleurs si quelqu'un essaie ça, je suis volontaire pour goûter ^^).
Sous le couvercle je retrouve du chocolat et de la cassonade, le tout porté par un courant de musc fruité qui m'est familier. La liqueur, elle, a une odeur plutôt végétale qui possède une pointe fraîche de sève de bouleau, quelque chose dont on retrouve une trace dans le menthol et sucre musqué du fond de tasse. C'est frais, c'est bon, j'ai envie d'en voir l'évolution. Ça serait incroyable quand même que ce thé garde sa complexité au fil des années !


Goût : La première infusion est très légère, avec des notes acides et florales. C'est long en bouche, avec une pointe de menthol en fin de gorgée. Un peu de raisin, un peu de sucre, c'est ténu mais déjà bien prometteur.
La deuxième infusion est plus soutenue, un mélange de riches saveurs florales et végétales qui passe d'amer à sucré en l'espace de quelques secondes, puis repasse à l'amer et ainsi de suite. Le menthol qui était déjà bien présent dans la première gorgée est plus fort à présent, presque piquant -- j'imagine sans souci cette saveur se transformer en camphre dans les prochaines années.
La troisième infusion ressemble beaucoup à la deuxième, mais l'amertume est cette fois plus prononcée et amène des notes de poivre avec elle. C'est un jeune puerh qui a de la fougue, même si ce n'est pas le plus amer que j'ai goûté (et de loin), on sent qu'en le poussant un peu on pourrait obtenir quelque chose d'assez puissant.
Malheureusement pour la suite, la vie s'est mise en travers de mes envies de thé j'ai dû stopper là ma dégustation. En la reprenant le lendemain, les saveurs s'étaient bien atténuées -- restant dans les mêmes notes, mais nécessitant du coup des infusions plus longues pour se dévoiler. Comme j'ai déjà repris des dégustations sans souci après 24 heures de pause, j'en conclus (peut-être à tort) que ce thé est un peu fragile. Est-ce parce qu'il est jeune ou parce qu'il est naturellement sensible aux interruptions ? Seul l'avenir pourra répondre...


Texture : Encore une fois, la complexité de ce thé m'impressionne. L'amplitude du retour en bouche et de la rétro-olfaction est incroyable, les arômes demeurent si longtemps en bouche qu'après avoir arrêté ma dégustation le premier jour, je les avais encore sur la langue une heure après.
Le menthol mentionné plus haut a des effets très joueurs -- au départ concentré au centre de la langue avec un effet frais, il s'étend dans la gorge en inspirant et un léger pétillement sucré se développe alors dans les jours. C'est comme si toutes les saveurs se révélaient à des endroits différents de la bouche !
Je ne peux pas dire que c'est un thé qui évolue beaucoup d'infusion en infusion, mais il évolue déjà tellement au sein d'une même gorgée que pour cette dégustation-ci, ce n'est pas un problème -- en revanche, ça pourrait potentiellement en devenir un s'il ne tient pas ses promesses après quelques années. Pour l'instant cela dit, ça me plaît (et même plus que ça).
La dégustation ne serait pas complète sans un bel effet sur le corps -- ici un peu particulier. Je ne ressens pas de grande fébrilité ou d'agitation -- au contraire, c'est une énergie très nette mais calme. C'est comme si l'on était confortablement installé dans le siège passager d'une voiture qui va vite -- on n'a pas le stress de la conduite, il ne reste plus qu'à profiter de la sensation un peu grisante de la vitesse et du vent qui frappe le pare-brise. 


Sons : J'accompagne ma dégustation de la pièce "Pacific Rim" du film du même titre et dont le compositeur Ramin Djawadi a également écrit la musique de la série Game of Thrones d'HBO. C'est de toute évidence la bande originale d'un film d'action au rythme rapide -- et c'est exactement ce que je recherchais, car au-delà de la complexité sonore, c'est l'effet du thé sur le corps que je cherchais à vous transmettre. Voilà chose faite avec cette musique.


Couleurs : Tout comme l'effet sur le corps que je tire de ce thé, c'est une vision très mouvante, qui se décline en flashs rapides de bleu et de vert sur un fond jaune et blanc. Au-delà de ces teintes, on aperçoit de temps en temps des pointes de rose vif et de noir aux périphéries. L'amas de couleurs est en trois dimension, une forme indistincte et pointue qui à la manière d'un soleil, non contente d'être faite de petites éruptions de formes colorées, tourne sur elle-même à grande vitesse.

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