mercredi 21 août 2013

1958 – Bai Hao (Oriental Beauty), Camellia Sinensis


Informations et provenance : Acheté au Camellia Sinensis en 2011, conservé depuis dans son sac, lequel est rangé dans un tiroir de bois non-traité (je songe cependant à le transférer dans une jarre prochainement -- porcelaine ou terre cuite ? je penche vers la porcelaine, mais si quelqu'un a une meilleure idée, faites-moi signe !). Je soupçonne cependant une origine française, communément nommée la M3T... qui possédait un thé de ce genre il y a quelques années, je crois ?


Détails d'infusion : 4 gr. / 100 ml en Glass Teapot afin de pouvoir bien observer le développement des feuilles. Eau filtrée brita à 95°C. Deux rinçages. Temps d'infusion: 10s. - 15s. - 25s. - 45s. - 60s. - 1m.20s. - suite au jugé. Total de 9 infusions.


Vue : Des feuilles sombres, entortillées, presque réminescentes d'un thé de Wu Yi. Quelques branches, quelques bourgeons sombres et minces, faciles à manquer... Dans la théière, ça prend du temps à se déplier (normal, après avoir été courbé pendant plus de 50 ans !). Quand à la liqueur -- quelle étonnante limpidité ! On pourrait s'attendre à ce qu'elle soit beaucoup plus foncée, presque semblable aux puerh shu, mais non -- un orangé foncé mais brillant dans lequel on retrouve parfaitement l'évolution visuelle d'un jeune Bai Hao.


Odeur : Étonnamment, les feuilles à sec dégagent très peu d'odeur -- à peine devine-t-on une très faible note anisée si l'on se colle littéralement le nez dedans. Peut-être le stockage en est-il la cause... En revanche, après rinçage et dans la tasse, les parfums explosent ! D'abord le charbon, difficile à manquer. Puis un étonnant mélange de bois de conifère (mais pas seulement ? c'est difficile à identifier...) et d'anis, des notes de mélasse et, à la suite d'infusions subséquentes, définitivement une odeur de miel.


Goût : On retrouve à la première infusion cet étrange mélange d'essences de bois -- sapin, épinette/épicéa, érable ? Il y a aussi quelque chose de l'arôme poudreux, poussiéreux du tilleul (à noter qu'il y a un monde de différence entre le bois de tilleul qui sent poussiéreux et l'odeur de la poussière elle-même !). On y retrouve également des notes cirées -- paraffine, cire d'abeille... un peu comme une chandelle qui brûle, odeur de feu comprise. En fait, c'est simple -- une gorgée à peine et je me retrouve projetée en atelier de lutherie ! Dès la quatrième infusion, une saveur diffuse de miel se déploie, mais elle est tellement infime qu'il est aisé de la rater -- c'est le clin d'oeil coquin d'une grand-mère qui raconte ses folles années de jeunesse. Heureusement pour nous, elle s'installe agréablement à son aise dans la cinquième et les suivantes.


Texture : L'effet sur le corps est incroyable -- une gorgée et le corps se détend, presque de lui-même. La liqueur tapisse la bouche, s'attarde surtout sur la langue et le voile du palais -- c'est riche, c'est noble, on perçoit l'ancienneté des matériaux qui retrouvent une nouvelle vie. Le bois dont on perçoit l'arôme gratte un peu la gorge après quelques temps... mais ce n'est pas désagréable, ça complète agréablement l'illusion de l'atelier. La cinquième infusion me monte à la tête -- est-ce cette sensation que l'on ressent lorsque l'on dit être ivre de thé ?! Peu de complexité et de persistance, au final, mais un beau voyage dans le temps et les réminiscences personnelles.


Sons : "Moonlight", par The Piano Guys, librement inspiré de la "Sonate au Clair de Lune" de Beethoven ainsi que d'un passage du deuxième mouvement (Allegretto) de la 7ième symphonie, toujours de Beethoven. Alors que "Moonlight Sonata" est un mouvement mélancolique, d'une langueur à faire pleurer, cette adaptation moderne est beaucoup plus fougueuse -- sans toutefois trahir l'ambiance de la pièce classique qui l'a inspirée. Par son dynamisme mélancolique, sa force tranquille et une ouverture enivrante apportée par l'Allegretto, je ne pourrais trouver mélodie correspondant davantage à ce thé surprenant.



Couleurs : Extrêmement différent de ce qu'on retrouve dans un Bai Hao jeune. Le bleu habituel est complètement absent, le jaune s'est étalé au point d'en devenir un halo, le rouge a foncé, on perçoit maintenant des traces de vert menthe ! Le tout en spirales lentes, qui montent du bas vers le haut et s'évacuent en vapeurs au haut de la colonne, comme une tornade.

2 commentaires:

  1. J'avais bien aimé ce BH 1958, cependant il a visiblement souffert d'un stockage pas top, ce qui explique pourquoi il développe quelques notes sur un boisé type pu er (ce qui normalement pas le but sur un wulong vieilli).

    La version 1968 est plus proche de ce qu'est un wulong vieilli bien conservé.

    J'ignore si ce wulong vient de la M3T, mais rares vieux wulong que j'ai testé de cette boutique n'ont pas de telles notes. Ce qui est vrai en revanche, c'est que nombre de pu er qu'ils proposaient au début, ainsi que quelques wulong, venaient de la boutique sise à Paris. Ce n'est plus le cas désormais.

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    1. Hello EDP !

      Oui, tu as raison pour le stockage -- en plus d'avoir souffert dans mon sachet depuis deux ans, je ne doute pas qu'il ait été périodiquement exposé à l'air dans la boutique au moins cinq ans avant mon achat, sinon plus. Plus tôt que ça, je ne peux pas dire...

      Je me souviens que Francine de la Théière Nomade avait écrit un billet au sujet d'une dégustation du même thé chez Nikosan (ou du moins je le suppose, vu qu'il portait le même nom) -- elle y avait trouvé pour sa part des notes de puerh shu. Tiens, c'est ici: http://la-theiere-nomade.blogspot.ca/2011/02/un-atelier-particulier-dans-le-temps-et.html (et la même dégustation, compte-rendu de Nikosan: http://www.nikosan.com/2011/02/22/degustation-comparative-de-thes-oolong )

      Reste à savoir où Nikosan se l'était procuré ! Peut-être qu'on aurait des informations plus fiables à ce moment-là.

      En tous les cas, il me reste peut-être une quinzaine de grammes de la version 1968, je ferai donc un article pour celui-là aussi, histoire de comparer.

      Merci d'être passé !

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