vendredi 19 décembre 2025

Lassitude hivernale | 2013, Solstice d'Été (tisane bio), Camellia Sinensis

 

Trois jours de neige et de grisaille, un jour de répit, puis ça recommence. C'est le cycle saisonnier du moment. Aujourd'hui nous avons du redoux et de la pluie pour changer de la neige, mais toujours pas de soleil.

Il y avait un moment que je n'avais pas vu mes écureuils, ils ont même délaissé les noix que j'avais déposé à leur intention sous la fenêtre pendant ces premiers jours de grand froid la semaine dernière. J'imagine que par ces températures ils font comme nous et restent abrités en attendant le retour de la chaleur... et puis c'est à ça que servent leurs réserves, hein. Tant pis. Ils trouvent la manne quand ils sont prêt à remettre le nez dehors. Moi pendant ce temps j'économise les friandises.

Il y avait une colonie de pigeons chez mes voisins la semaine dernière, une douzaine sur le toit et quatorze de plus, appairés en rang d'oignons sur les fils électriques devant la maison, c'était très drôle. Je ne sais pas pourquoi ils s'étaient installés là en plein milieu d'une tempête, on voit bien sur les photos qu'ils sont pas confortables. En plus il y avait encore plein de place sur le toit ou dans les arbres autour, ils auraient été mieux protégés. Enfin bref, ils ont fini par s'envoler après quelques heures d'être fouettés par les éléments... la tempête, elle, a duré deux jours de plus.

La lassitude me pèse. Si je n'ai pas envie de thé au réveil il devient vite très tard, trop pour profiter d'une boisson caféinée sans risquer mon sommeil. J'en délaisse la pratique, ce qui de fil en aiguille me fait délaisser l'écriture de ce blog, les méditations matinales, mes moments de solitude intime, et un paquet d'autres choses qui me font du bien. Après évidemment je perd pied et m'enlise dans la déprime saisonnière. Qu'est-ce que j'ai hâte que la lumière revienne. 

La bonne nouvelle c'est qu'on en est presque au solstice d'hiver. Encore quelques semaines de noirceur, puis on commencera à voir du progrès. 

Qu'est-ce qu'on boit alors, par ces journées froides et sombres ? Quelque chose qui met du soleil dans la tasse. J'ai envie de saveurs légères, sucrées et acidulées, florales peut-être, de la rondeur, la chaleur du soleil d'été plutôt que du feu de bois. Qu'est-ce qui colle à cette description ? Le temps de me décider, la matinée est déjà bien entamée et il est trop tard encore. 

Bon. Tisane alors.

J'en ai quelques-unes de chez Camellia Sinensis qui semblent ne jamais s'éventer ou s'épuiser malgré les années ou le nombre de fois que je les bois. Le nom apte de l'une d'entre elles me fait tendre la main. Solstice d'Été, c'est de bon augure. 

Le mélange n'est plus sur la carte, en fait je me demande s'il l'a jamais été car j'ai souvenir d'une période où la boutique de Québec offrait des échantillons de mélanges faits sur place avec l'achat d'un thé sur la carte... En ouvrant le paquet, je vois surtout de la fleur de sureau, des aiguilles de sapin (Baumier probablement), et des boutons de rose. Et puis autre chose encore, une sorte de feuille verte très dentelée. Framboisier ?

En tout cas ça date d'au moins 2013 et c'est encore fragrant, infusons. 

Franchement, c'est bon. C'est très bon même. Je savais que ça serait encore buvable car les tisanes ont tourné assez régulièrement chez moi au fil des années même quand le thé ne tournait pas, mais ça faisait un moment que je n'avais pas bu celle-ci en particulier. 

Ça comble toutes mes envies, en fait. L'acidulé du sureau, le sucré résineux du sapin, le floral du reste du mélange, c'est parfait. 

J'étais plein de bonne volonté au sujet de ce blog mais il faut croire que le tenir régulièrement par cette période (surtout quand "régulièrement" veut dire "quotidiennement") m'est impossible. Il doit y avoir trois personnes à tout casser qui me lisent donc je sais bien que ce n'est pas grave, mais j'espère que vous me pardonnerez ce manque de constance.

mardi 9 décembre 2025

Échantillon "D" | 2013, « Autumn » Bang Dong, Lincang, Pu Jin Jing, Bannacha / Farmer Leaf

 

Début 2014, le FAT a décidé d'organiser une OSV avec William du site Bannacha, renommé depuis Farmer Leaf. Je n'ai pas pu y participer, faute de moyens, mais les copains ont gentiment payé ma part et m'ont envoyé les thés sous forme de petits paquets brun anonymes, pareil qu'à tous les autres. 

Malheureusement après ce premier test sur l'échantillon B, entre les soucis allergiques et la verdeur de ces thés primeur, je n'ai pas vraiment pu en profiter avant le dévoilement des noms. Le paquet a donc dormi pendant 10 ans sous une pile de wulong, d'ailleurs je serais bien embêté d'expliquer pourquoi il n'a pas été mis avec mes autres puerh ou dans le tiroir à échantillons. Une question d'espace probablement, ou alors de la paranoïa de contamination re: allergies (mais si c'est la seconde, pourquoi le mettre avec les wulongs ?).

Qu'à cela ne tienne, j'en profiterai maintenant.


C'est le petit paquet avec l'étiquette "D" que je choisis au hasard. J'ai une petite crainte encore en ce qui concerne les allergies. Je me souviens des réactions désagréables que j'avais sur beaucoup de shu et tous les thés de Bannacha, la façon dont mes sinus gonflaient et ma gorge se serrait, la façon dont mon estomac se tordait chaque fois que je prenais une nouvelle gorgée. N'ayant pas eu de soucis avec les shu depuis que j'ai recommencé à en boire, j'ai décidé de prendre le risque quand même, avec un petit pas de recul et en y allant lentement. Dans le pire des cas, ma journée de thé sera interrompue plus tôt que prévu et je ne posterai pas ce billet aujourd'hui. 

(Oui bon d'accord dans le pire des cas je suis hospitalisé avec trachéotomie ou je meurs étouffé sur le sol, mais on va pas dramatiser non plus.) 

Bon alors tout de suite je peux confirmer que je n'ai pas de réaction allergique, les sinus vont bien, la gorge aussi, l'air passe, ça vaaaa. J'ai bien un grattouillis dans la gorge assez prononcé, c'est désagréable, mais limite ça pourrait simplement être l'effet des tannins qui sont quand même bien présents. Mon estomac se tort un peu sur trois infusions d'ailleurs, faudra éviter les aliments acidifiant pour le reste de la journée. 

Ça pourrait en fait expliquer bien des choses, ça. Réaction immunitaire en vrac sous l'assaut des spores de moisissures + tannins marqués qui devaient faire partie de la "patte" Bannacha avant le rebranding... les deux réactions entre-croisées, ou alors la deuxième causant la seconde peut-être, et mon corps qui ne sait plus faire la différence. J'ai aussi un frère dont le corps réagit très fort aux tannins et à la perception de l'amertume, donc il y a quelque chose de famille qui se passe là.

Bon, bref, tout va bien, on peut passer à autre chose. Ou plutôt à la suite.

C'est un joli petit thé, ce Bang Dong d'automne. Une liqueur très pâle, plus limpide que beaucoup qui tournent chez moi. Ça me touche, ce jaune soutenu. Il m'évoque la jeunesse bien relative de ce thé qui a douze ans mais dans la tasse n'en fait que trois. 

Il me fait une attaque toute en douceur, avec des arômes fruités presque floraux, mielleux, purs même. La charpente tannique ne s'impose que plus tard, avec un peu d'amertume mais surtout un effet asséchant intense après avoir avalé. Dès le début je le pousse un peu pour voir la texture mais celle-ci reste assez liquide, ça coule tout seul, c'est très fin. 

C'est plutôt bon. 

J'ai du mal à m'emballer, je ne sais pas trop pourquoi. Ça manque un peu de force peut-être. C'est rond et frais, sucré, fruité, un peu musqué même, avec juste assez d'amertume pour lui éviter l'étiquette de "puerh-wulong" même si ça reste dans l'esprit d'un thé sélectionné pour plaire au palais occidental. On sent bien que c'est un thé du Lincang, il a beaucoup des caractéristiques que j'avais relevé et que j'appréciais dans les thés de ce terroir. Et pourtant... il manque quelque chose. Quelque chose que je trouve volontiers sur d'autres thés du Lincang dans ma collection, mais pas sur celui-ci.


Je reste sur une étrange impression d'un thé uni-dimensionnel alors que j'en ai pourtant relevé les complexités. Comme s'il y avait quelque chose, une saveur ou un parfum, dont je sens que ça devrait évoluer mais qui ne bouge pas.

Le traitement des feuilles leur avait donné un aspect plus oxydé, c'est peut-être ça. Ou alors c'est la douceur de la récolte d'automne qui me fait tiquer. Ou encore, c'est un thé qui mériterait de prendre la ligne haute d'un mélange plus complexe incluant plusieurs jardins, et qui du coup pour moi n'arrive pas à tiquer toutes les catégories en version solo.

Bon, un thé du quotidien peut-être. Un très bon thé du quotidien, intéressant à dégainer par matin tranquille mais dont je me lasserais vite si je devais le boire tous les jours, donc un thé à combiner avec d'autres aussi. Très bien surtout si on tolère les picotements de gorge désagréables sur les 3 premières infusions. Il est épuisé sur la carte depuis longtemps mais je salue ceux qui ont eu la bonne idée d'en récupérer une galette. 

Pour moi en tout cas je suis juste content de pouvoir enfin boire ces thés sans avoir l'impression de frôler la mort avec chaque nouvelle gorgée. On fera tourner les autres... 


samedi 6 décembre 2025

Indéfinissable | 2009, Meng Song Cha « Vieux Théiers » Maocha, Wang Xian Hao, Camellia Sinensis

Quand j'étais petit, je croyais qu'il y avait un mot exact pour chaque chose. J'étais avide de les apprendre. Tous les soirs j'ouvrais mon petit dictionnaire et j'en lisais les colonnes grises, une par une, en notant l'orthographe des mots définis. J'étais fasciné par les racines qui se déclinent à l'infini, les homophones aux orthographes trompeuses, les lettres silencieuses, toutes ces bizarreries de la langue française qui donnent tant de mal à ceux qui l'étudient. Je croyais que chacune avait un apport qui contribuait directement au sens des mots.

En vieillissant, j'ai appris au contact de l'anglais qu'en fait, il y a beaucoup de choses en français qui demeurent innommables. Des sentiments, des expressions dont les nuances sont bien définies dans d'autres langues et qui font défaut à la mienne. Mais aussi, d'autres sentiments et expressions qui me sont familiers et font défaut chez les autres. Mon intérêt pour l'étymologie et les liens entre racines de mots au sein de la très large culture indo-européenne s'est affiné. Apprendre, comprendre ces choses me semblait d'une importance cruciale.

Puis je suis devenu psychonaute et j'ai découvert à quel point la langue est un véhicule imparfait, qui ne peut refléter qu'une infime approximation de l'expérience humaine. Les choses les plus significatives demeurent indéfinies, mieux exprimées par la retenue. Par un silence. Un regard, une image. L'écho d'un son bien particulier. La caresse d'une main tendre. L'impact d'un coup porté.

Ces expériences multi-dimensionnelles se rapportent au thé comme à tout le reste. Le thé, c'est un microcosme au centre de ma vie. Une fondation sur laquelle je me bâtis depuis près de 20 ans, qui va bien au-delà des feuilles, des ustensiles, et de l'eau, qui va au-delà d'une pratique quotidienne même. Et sur laquelle j'ai parfois beaucoup de mal à mettre des mots.

Comment parvenir à capturer l'intensité d'une boisson dont les saveurs prenantes, à la limite de la violence, ont davantage changé le cours de ma vie que toute rencontre humaine ? Dont le souvenir lointain m'affecte tant, m'a si bien marqué, qu'aujourd'hui j'y puise encore une source vitale ?

Même si je tentais d'expliquer, il y a des choses qu'il faut vivre soi-même afin d'en comprendre la portée. Tous mes mots sont sujet à l'interprétation d'autrui, qui me lit à partir de sa propre expérience, laquelle en retour est différente de la mienne. Et tout ce que j'écris, vu à travers ce prisme d'humanité, devient... mundane, disent les anglais. Affligeant de banalité.

Un billet d'humeur sur un blog de thé. 

En vrai je ne sais pas si ce petit sheng de Mengsong est de grande qualité. Certainement les feuilles sont odorantes, ça sent bon le puerh dans la théière et dans la tasse. Certainement j'en apprécie les saveurs, les textures, et l'énergie qu'il transmet. Mais est-ce un Grand Thé, une boisson complexe qui enchanterait n'importe quel amateur ? Je l'ignore. On aura beau me dire que ce sont des feuilles de théiers "ancien", dans ce contexte (surtout à cette époque, au tout début du boom, et encore plus maintenant après 15 ans dans mes tiroirs) on peut se demander ce que ça veut dire en terme de qualité.

Je préfère laisser ces questions aux experts. 

Pour moi, ce sheng de Mengsong c'est l'éclair foudroyant qui a tout lancé. Un thé qui dans sa jeunesse m'a choqué les papilles comme nul autre ne l'a fait depuis. J'étais déjà un amateur de thé avant sa découverte, j'étais même bien obsédé. Mais le puerh, j'en avais peur. On parlait d'amertume foudroyante, dans ma tête je m'imaginais déjà croquer l'équivalent liquide d'un rapini

La vérité, c'est que j'ai détesté cette première gorgée. 

Quand j'ai écrit qu'il m'a choqué les papilles, je parle bien d'un choc à la limite du traumatisme. La saveur dans ma bouche me rappelait cette tentative en petite-enfance de mâchouiller une feuille d'érable (l'arbre, le vrai, pas les petits biscuits). Une sorte de sève à la fois acide et très amère qui brûle la langue et laisse derrière elle des arômes de marais. Quelque chose comme du terreau de jardin envahi de mousse verte, avec un truc par-dessous qui rappelle la décomposition. Absolument rien, rien, rien de fruité ou sucré qui aurait pu adoucir la donne, ni même un peu de rondeur pour en adoucir la texture acérée. Ou en tout cas rien que j'ai perçu dans cette gorgée-là. De tous les thés que j'ai goûté dans ma vie, c'était probablement le moins adapté aux débutants. 

J'ai avalé aussi vite que j'ai pu, puis je me suis rincé la bouche avec le reste de wulong dans ma tasse qui n'a rien rincé du tout. Au contraire. Les parfums de nez fleuris mettaient en valeur la minéralité extraordinaire qui m'alourdissait la langue. Ce wulong n'était plus qu'une saveur parasite sur le puerh dont je sentais qu'il était ma dégustation principale. 

Les fleurs se sont dissipées. Les cailloux vaseux ont continué à évoluer sur ma langue, dans ma gorge, et dans mes sinus. Cauchemar gustatif. 

Je suis incapable d'expliquer ce qui m'a fait en quémander une deuxième gorgée, qui était aussi mauvaise que la première, ou ce qui m'a poussé plus tard à en acheter quelques grammes. Masochisme probablement. Surtout je suis incapable d'expliquer l'effet que ça a eu sur moi, cette tenue en bouche incroyable, ces saveurs repoussantes. Ça a redéfini mon univers, peut-être. Ou une partie de celui-ci en tout cas.

On s'est apprivoisés depuis le temps, ce petit sheng et moi. Et puis on a mûri tous les deux. Son amertume, bien que toujours présente, s'est assagie au rythme où j'ai perdu mon enthousiasme. Il a développé des saveurs plus riches, moins vertes, alors que j'ai gagné en expérience. Je n'y détecte plus le pôle marin iodé qui m'avait tant choqué, j'espère de mon côté avoir laissé derrière certains comportement naïfs. En revanche, la rocaille tannique est toujours présente... et moi, j'ai toujours mes aspérités. Ça, ce sont nos fondations. 

Dans un cas comme dans l'autre, on a encore du travail à faire.

D'autres choses aussi. Une lente transformation des saveurs et du souvenir, de l'effet qu'il a toujours sur moi. Bien sûr, les mots me manquent pour en parler davantage à ce stade. Je ne sais même pas s'ils existent. Mais l'état, lui, s'impose comme un fait. Ce thé demeure l'une de mes références phares. 

Avec ou sans mots, je serais bien heureux si mon évolution était aussi gracieuse que la sienne.

vendredi 5 décembre 2025

Cycle saisonnier | 2025, Da Hong Pao de M. Wu, Camellia Sinensis

C'est quoi ce truc en haut centre gauche ? Drône, hélicoptère, ovni...

Je n'avais pas tout à fait réalisé à quel point la monotonie de l'hiver m'affecte. Ce n'est pas seulement le froid, bien qu'il soit conséquent, ou le manque de lumière. C'est l'absence de couleurs dans mon environnement immédiat, la grisaille permanente qui imprègne tout, la neige qui recouvre le sol, le ciel qui ne cesse de poudrer... j'y trouve souvent plus de claustrophobie que d'émerveillement, ça ne me rend pas particulièrement volubile. 

L'écriture de blog quotidienne c'est peut-être plutôt un truc de mi-saison chez moi en fait. En tout cas les archives de ce blog me disent que ça se passe exclusivement entre août et avril, avec une concentration de posts plus prononcée en octobre et novembre puis de février à avril, et une interruption quasi totale en décembre et janvier. 

Makes sense.

Le mercure annonce -16 ce matin. C'est très froid. Par temps froid il faut un thé qui réchauffe de l'intérieur. Équation basique. Je me dirigeais vers un taïwanais torréfié quand ce Da Hong Pao m'est littéralement tombé dans les mains. Je n'en avais pas encore parlé ici, il fera l'affaire. 

L'odeur de cacao sucré des feuilles sèches est superbe, me met l'eau à la bouche. C'est un parfum très gourmand qui me rappelle l'enfance, sans que je puisse tout à fait identifier le souvenir qui y est lié. Je ne sais pas s'il y en a un en vrai, je n'ai jamais été très chocolat en général. La liqueur rouge ambré m'attire l'oeil, une belle tache de couleur contre le gris-blanc environnant. 

La torréfaction est encore un peu prononcée, on sent bien qu'elle est encore assez récente, mais les saveurs de fruit par-dessous sont exactement ce dont j'avais besoin aujourd'hui. C'est puissant, ça ravigote et chasse le froid qui par cette température s'infiltre jusqu'à la moelle. 

Ma coloc y trouve un petit côté épicé, à la limite de la menthe poivrée. Je décèle bien le poivre et même l'arôme du poivre, mais perso la menthe m'échappe... cela dit, je ne sais pas si elle a perçu un parfum de menthe ou si son impression provient de l'effet frais que ce thé laisse sur les lèvres. C'est intéressant d'ailleurs, je ne le percevais pas du tout la première fois que je l'ai bu. Un joli contraste avec la boule de chaleur dans mon estomac. 

J'ai eu la chance d'attraper une pleine lune énorme au réveil, ça fait plaisir. En saison froide les événements astronomiques me semblent plus difficiles à capturer, mais c'est peut-être simplement parce que mes horaires sont chamboulés. Je me lève avec le soleil, du coup il y a décalage. En tout cas ce matin elle était magnifique. Pour moi, un bon présage pour cette journée qui en ce moment m'offre un ciel dégagé et la chaleur timide du soleil d'hiver.

samedi 29 novembre 2025

Idée Fixe | 2025, Lam Dong Bai Hao, Camellia Sinensis

Cette dernière semaine a été un peu folle. On a commencé les premières préparations de nourriture en prévision de Noël, on a reçu de la visite à la maison, j'ai aussi beaucoup cuisiné. Les journée s'enfilent, ne se ressemblent pas, et ne me laissent pas de temps pour le thé. J'ai surtout bu du puerh en Grandpa Style entre deux tâches cette semaine, et là c'est la première occasion que j'ai de boire du thé "proprement" depuis mon dernier post. Pfiou.

Cela dit j'ai appris à faire des sushis ! Et ça j'en suis fier. En plus, n'ayant pas vraiment les moyens d'acheter des darnes de poisson cru à 10 dollars les 100 grammes, j'ai tenté le thon vegan fait de melon d'eau cuit et au final c'était savoureux. Un peu trop de riz dans les rouleaux et faut rectifier un peu l'assaisonnement du thon vegan, mais c'était ma première fois. J'apprendrai.

Après toutes ces aventures, je retrouve avec plaisir mes petits écureuils et la quiétude de nos routines matinales. Le ciel est complètement dégagé, le soleil brille... la fatigue me taraude encore mais ça va s'améliorer car je fais repasser ce Lam Dong Bai Hao bien caféiné dans mon gaiwan. 4 grammes cette fois, la dernière c'était un peu trop fort à mon goût. Ses arômes sont toujours aussi envoûtant.

Toutes mes pensées tournent autour des sushis en ce moment pour être bien honnête, c'est un peu une idée fixe. En même temps ça faisait près de 20 ans que je me laissais décourager par la délicatesse de la manœuvre. Le riz qui doit être aromatisé de façon spécifique en faisant attention à la texture, les ingrédients qui doivent être préparés avec précision et minutie, absolument tout ce qui a trait à l'opération de roulage, le temps que ça prend, l'argent... tout ça s'accumulait et me semblait insurmontable.

Puis je l'ai fait et maintenant ça me semble simple, facile à articuler dans une plage d'une heure et demi pourvu que les préparations plus compliquées (pickles de gingembre et d'écorce de melon, wasabi, vinaigre aromatisé, cuisson des marinades de melon et tofu, sauces d'accompagnement qui ont besoin de réduire un peu, etc.) aient été faites la veille. Après c'est surtout une question d'attendre que le riz soit cuit et de préparer le reste des ingrédients pendant cette attente.

Cette fois-ci c'était plutôt quatre heures de boulot, mais c'est parce que j'essayais de tout faire en même temps et aussi de préparer une soupe au miso à côté. Ma manie des premières expériences culinaires ambitieuses me joue souvent des tours, ces quatre heures étaient intenses, mais cette fois ça a porté fruit. J'ai beaucoup appris, et puis c'était délicieux. La question maintenant c'est qu'est-ce que je mets dans les suivant... 

Cinq infusions plus tard, j'ai soudain l'impression d'une course de chevaux dans mes veines. 

C'est fou quand même comme l'énergie de ce thé est écrasante. Un vrai raz-de-marée, on pourrait s'y noyer. Plus aucune trace de léthargie ça c'est sûr. La dégustation doit s'arrêter là sinon je risque la crise d'angoisse. 

C'est un peu dommage, ça m'avait aussi fait ça la dernière fois. Peut-être que c'est tout simplement un thé à étaler sur deux jours, ou encore à partager en toutes petites tasses. Tiens, c'est une bonne idée ça. Mes invités s'en régaleront autant que moi et son côté liquoreux puissant en fera un bon allié des fromages et desserts, pourvu qu'ils soient un peu délicat. 

Une pensée entraînant l'autre, je me demande maintenant comment intégrer du matcha dans mes sushis et quels ingrédients s'accorderaient avec une sauce de thé réduite... 

Quand je disais que c'était une idée fixe.

mardi 25 novembre 2025

2011, Cha Tou Sheng Yun, Yunnan Sourcing

 

Je suis surpris de n'avoir jamais fait de compte-rendu de ce thé.

En 2014 je suis passé d'une chambre d'étudiant à un appartement 3 pièces. L'endroit était situé dans un quartier ouvrier historique bourré de constructions datant de la fin des années 1800... spécifiquement de la période entre 1868 (la date d'un feu majeur ayant complètement rasé le quartier) et 1891 (la date derrière la photo historique prise sur ma rue et sur laquelle je reconnaissais les bâtiments). La ville faisait de son mieux pour gentrifier les environs, mais les efforts se concentraient sur les deux rues facilement accessibles par l'autoroute. Par chez moi ça sentait encore la fatigue ouvrière, la violence des bas-fonds et la pauvreté. 

J'adorais ce petit appartement. Pour moi il était un symbole de liberté, mon refuge contre le monde, à cinq minutes d'un parc magnifique dans lequel je suis souvent allé marcher. Malheureusement tout ça venait avec une facture invisible. En 2015-16 je me suis mis à développer tout un tas de problèmes de santé liés à l'insalubrité du bâtiment. Rhumes qui ne semblaient jamais guérir, allergies de toute sortes et asthme se développant à l'âge adulte, poumons qui grattent en permanence... bref tous les symptômes d'une infestation de moisissure dans les murs.

Environ à la même époque je me suis mis à faire des réactions étranges sur certains thés, l'une d'entre elles se trouve même sur ce blog. Ça m'est arrivé plusieurs fois quand même. De mémoire c'était systématique sur les thés de plantations où l'on pouvait soupçonner l'emploi fréquent de pesticides (ou contamination via ceux des voisins, dans le cas de thés s'annonçant bio). Je l'ignorais à l'époque, mais mon système immunitaire était en train d'y développer une réaction allergique. 

Tous ces symptômes se sont beaucoup amélioré depuis mon déménagement, mais à l'époque les shu étaient particulièrement affectés. Pour la plupart d'entre eux, je ne pouvais pas les boire sans développer un serrement de gorge douloureux sur la première tasse, une respiration sifflante sur la deuxième, et une crise d'asthme sur la troisième (complète avec crise de panique car je ne comprenais pas ce qui m'arrivait). Des thés que j'avais bu avec plaisir en 2011, 2012, 2013 me donnaient des réactions si désagréables que mon corps en venait à réagir rien qu'en reniflant les feuilles sèches. Le même genre de haut-le-corps qu'on a à la vue d'alcool un lendemain de veille, ou de nourriture riche après une crise de foie. 

Celui-ci, c'était l'une des très rares exceptions. Jamais eu de souci ni à le renifler ni à le boire. Du coup ça m'étonne de n'avoir jamais pris le temps d'en parler car il ne doit m'en rester environ que 30 grammes sur la brique qui en faisait 250 (heureusement j'en ai trois autres). Je veux bien croire qu'une bonne moitié de brique est partie chez les copains, mais quand même. J'en ai bu souvent et avec plaisir. Aucun billet à son sujet, vraiment ? Il faut croire que non. 

Je suppose que c'est parce que je le bois généralement pour accompagner une activité de repos, lecture ou visionnement de séries télé, quand mon côté analytique est absorbé ailleurs. Un shu et un bon roman, plaisirs simples et sans mots, ni sur ce blog ni ailleurs.

Bref. 

Ça fait quelques années depuis la dernière fois, je le retrouve avec plaisir. Les saveurs de noix sont encore bien présentes, avec un côté plus âgé. Les fruits secs et confits se sont beaucoup estompés, mais je perçois encore un petit parfum de dattes sèches accompagné de sucre sur la langue quand je pousse un peu les infusions. Le menthol s'est décuplé, j'ai toujours une sensation froide sur la langue dix minutes après ma dernière gorgée. Les saveurs âgées de bois sec que je retrouvais sur les vieilleries de la dernière fois sont déjà un peu présentes, mais légères sous la terre et la boulangerie. Son énergie est bien présente, plus puissante que dans mon souvenir. Un shu du matin plutôt que du soir. 

Ce n'est pas le thé le plus complexe que j'ai bu, mais c'est probablement l'un des plus satisfaisant. J'ai bien fait d'en stocker une bonne quantité.

samedi 22 novembre 2025

Paris | 2025, Lincang Lao Shu (maocha), Kancha Tea

 

Le ciel a une drôle de couleur aujourd'hui, envahi de nuages à droite et parsemé de ciel bleu à gauche, comme s'il n'arrivait pas tout à fait à se décider. La météo nous annonce un mélange de neige et de pluie en matinée donc j'imagine que tout ça va se couvrir sous peu. Il est encore tôt, j'en profite.

Dans la commande Kancha j'avais deux puerh. C'est le Lincang Lao Shu que je choisis, celui-ci m'avait été chaudement recommandé sur le Forum des Amateurs de Thé donc j'ai hâte de goûter. J'ai mis un mois avant d'y toucher parce que comme je n'en ai que 15 grammes, je voulais être sûr que les feuilles soient remises du voyage et du changement de saison. C'est maintenant chose faite, alors plus de raison d'attendre.

Il y a une petite émotion là quand même... c'est le premier puerh si jeune que je bois depuis très longtemps, du coup il porte le poids d'attentes peut-être disproportionnées. À la base j'espère une liqueur fine et parfumée, beaucoup de fraîcheur mentholée, le musc typique des puerh de cette région, et l'opulence des parfums et textures que mentionne Julien dans sa description. Voyons voir ce que ça donne.

La première infusion est d'un jaune très clair, limpide, qui glisse tout seul dans la gorge. Je n'y trouve pas l'explosion de saveurs à laquelle je m'attendais et surtout ça part sur un pôle complètement différent, mais ce n'est pas une mauvaise chose. C'est raffiné, ça me laisse dans le nez et sur la langue un parfum qui me rappelle les biscuits Savoiardi Ladyfingers (doigts de dame ?) de la marque Bonomi que j'utilise pour les tiramisu. Un truc pâtissier, moins sucré que j'aurais cru vu les parfums, avec de l'orange confite par-dessous qui soutient l'ensemble.

Très différent de mes attentes finalement. Mais c'est un truc très bien, original, différent. Pas de déception à première vue.

Les infusions suivantes continuent dans le même registre, les saveurs se développent et se font plus présentes, ou peut-être plus amples. Ça reste quand même assez léger en bouche, mais ça s'étale dans l'espace. Je ne sais pas si ce que j'essaie de dire est bien clair. Julien a raison, on est dans l'opulence des parfums plutôt que dans l'amertume charpentée, si c'était plus sucré j'aurais pu croire que c'était un wulong.

C'est très différent des thés du Lincang auxquels je suis habitué. Mais j'y trouve autre chose, d'autres nostalgies. 

En fait ce thé m'évoque la France en général et Paris en particulier. Les rues étroites au pavé assombri par la pluie, l'architecture typique qui change trois fois d'époque sur le même pan de rue, les parapluies multicolores des passants qui se pressent d'une porte à l'autre. Les librairies et petits cafés entre deux monuments historiques, les parfums de vieux livres, d'encens et de nourriture qui s'échappent des portes ouvertes. L'ambiance qui se veut raffinée sur les moments du quotidien, la culture avec un grand C, et l'humanité derrière qui entre en jeu, qui à la fois soutient et démolis cette image léchée d'un rêve un peu lointain.

Ça me plaît.

Je ne pensais pas voyager de cette façon aujourd'hui, c'est une belle surprise. Et dans une certaine mesure, considérant ce que ça m'évoque, je me demande si ce thé n'est pas... adapté ? Conçu, peut-être ? Pour le palais français spécifiquement. Cette abondance de parfums de nez, cette opulence toute en finesse qui s'exprime une fois la gorgée avalée, c'est exactement comme les confiseries que j'ai dégusté en France. Ça me rappelle Paris plutôt qu'Aix-en-Provence principalement car je n'y trouve pas la chaleur du sud, mais ça reste dans le même domaine, le même type de personnalité. 

Voilà, c'est peut-être ça les bons mots : un thé chinois avec la personnalité d'une pâtisserie française. 

Bref, bonne pioche. Je suis bien content d'en avoir quelques grammes encore. 

vendredi 21 novembre 2025

Prise de tête | Puerh sheng non-identifié

 

Beaucoup de plaisir avec mes sheng cette semaine. Les feuilles se sont bien remises du passage à la saison froide et me font des liqueurs souples, sucrées, charpentées, parfumées... Je les déguste comme un égoïste, sans les partager, car j'utilise ce temps personnel sur d'autres sujets de réflexion. Certains ne conviennent pas au domaine public. D'autres, c'est simplement que je n'ai pas encore poussé ma réflexion personnelle assez loin pour considérer en faire un article de blog. Le silence me fait du bien.

L'une des choses qui me trotte en tête a trait à mon expérience avortée de participer au défi d'écriture de novembre (autrefois appelé NaNoWriMo, maintenant repris sous le nom NovNov). J'ai du mal à entrer dans la peau de mon personnage principal. C'est un jeune homme de 20 ans un peu timide, un peu sensible, dont les ambitions sont simples jusqu'à ce que l'histoire lui en donne des nouvelles. Ses chapitres devraient rayonner de vie, là c'est aussi mort qu'un poisson pêché la veille.

Ce n'est pas irréparable, mais je ne suis pas encore sûr de la bonne marche à suivre. Il ne manque ni de complexité, ni de cohérence interne, je ne sens pas le besoin de le remplacer par un meilleur personnage. C'est plutôt qu'il y a quelque chose chez lui qui ne m'est pas encore naturel. Ça fait coincer la transmission. En ce moment, j'écris au présent et à la troisième personne. Peut-être qu'il faudrait revenir à l'imparfait, ou alors lui donner la parole à la première personne et me laisser surprendre par ce qu'il a à dire. Peut-être que je devrais même changer de langue, écrire mon premier jet en français.

Peut-être que le problème se situe ailleurs, dans ma capacité à vivre sans engourdir l'expérience, à me fondre dans la peau d'autrui, à être vulnérable, authentique, spontané sans repasser derrière avec une examination méta-cognitive à la limite de l'obsession.

Ou alors je suis tout simplement rouillé après plusieurs années sans écrire et il faut que je revienne aux exercices de base. Drabbles ? 

C'est nostalgique les drabbles, les listes de prompt sur LiveJournal, les arbres d'écriture et autres soirées créatives. Mais tout ça, ça se faisait au sein de communautés qui sont vite devenues des béquilles, sans lesquelles je suis un peu perdu. Il faudra que je m'enseigne à le faire tout seul dans mon coin maintenant, à trouver mon propre élan sans recours à l'écho d'enthousiasme sur lequel j'avais coutume de rebondir. 

La neige s'est transformée en pluie fine, ça rend l'atmosphère morne, maussade, pleine des gris et des bruns qui caractérisent si bien le mois de novembre. Je n'ai aucune idée de ce que je bois. C'est un sheng d'un certain âge, liqueur orange un peu trouble, saveurs fruitées et boisées avec une amertume bien nette, longue tenue en bouche. Probablement un produit du Lincang. Un truc dont je prévoyais d'en boire une certaine quantité assez quotidiennement car j'en ai prélevé une cinquantaine de grammes que j'ai mis dans un petit sachet plastique avec mes échantillons. Évidemment, ayant oublié de noter ce que c'était (ou alors le nom du machin était sur le plastique mais s'est effacé avec le temps), je ne peux pas confirmer.

Cela dit si on joue un peu au détective, vu ce qui tournait dans mes théières en 2014... c'est soit les débris de la MuShuCha 2006, ou alors c'est une quantité prélevée de la grosse brique Qiao Mu Wang de 2013. Les deux pourraient faire sens. Je penche vers la MuShuCha, sans preuves. C'est probablement l'autre. 

Ça fait du bien de déguster sans prise de tête, sans chercher à identifier ce que j'ai dans la tasse. Je me laisse surprendre par ce que le thé exprime d'infusion en infusion, j'en apprécie les subtilités au niveau où j'arrive à les percevoir, sur la langue uniquement, dans le corps, sans à-priori. Le jeu mental des références s'efface, son absence renvoie à l'essentiel.

J'aimerais arriver à reproduire cet état d'esprit dans l'écriture.

mercredi 19 novembre 2025

Confusion | 2012, « Impression », Lincang, Wu Liang & Simao, Yunnan Sourcing


Cette galette goûte l'eau.

Je ne sais pas comment l'exprimer autrement. Elle a peu de saveur, de l'acidité, un poil d'amertume, quelques parfums peu développés, ce n'est pas mauvais, c'est surtout très diffus. Mais c'est l'image mentale que ce thé me renvoie qui est si présente, si précise, que j'ai du mal à la dépasser pour me concentrer sur ce que j'ai en bouche : une eau sombre, vive, dont la surface est effleurée d'une aile de canard en vol. L'omniprésence des couleurs vert cèdre et violet sombre, parsemés de reflets d'or et d'un mouvement calme, concentrique, brisé par le vent et ses vaguelettes, par le flot naturel de la rivière.

Je ne la décris plus tout à fait de la même façon mais de toute évidence c'est la même image. Elle se retrouve au bas du premier compte-rendu que j'en ai fait en 2013, et encore sur l'autre de 2016

Je crois que c'est peut-être une question de texture en bouche... la liqueur est à la fois épaisse et coulante, me rappelle les gorgées d'eau dure que j'ai bu en visite chez une amie à St-Hyacinthe. Ça n'en a pas les saveurs (heureusement), mais la texture, ça pourrait être ça.

Drôle de thé.

Une mauvaise pioche celle-là aussi, il faut bien l'admettre. Je me demande si la personne qui a monté le mélange avait de l'expérience dans le vieillissement des feuilles de ces régions, ou si c'est tout simplement les restes de maocha qui ont été mêlés et pressés ensemble juste pour épuiser les stocks, sans trop se soucier de ce que ça allait donner en vieillissant. Elle était correcte dans sa première année, très fraîche bien qu'un poil agressive, des beaux parfums, j'en avais gardé un bon souvenir. Mon deuxième test trois ans plus tard n'était pas aussi concluant. Et maintenant ? 

L'astringence qui me dérangeait n'y est plus, le côté fumé s'est complètement dissipé. La texture est toujours bien ronde et épaisse. C'est vaguement sucré, à mi-chemin entre fruité et boisé sans être vraiment ni l'un ni l'autre. Mais il manque quelque chose. Je n'arrive pas à décrire ce que c'est. Une porte ouverte qui devrait être fermée, une absence là où j'attendais une présence, et en contrepartie trop de présence là où je préférerais quelque chose qui s'efface. Un assemblage réussi devrait donner un thé dont le tissu gustatif se déploie sur plusieurs registres, dans celui-ci j'ai une étoffe triple épaisseur à gauche et parsemée de trous à droite.

Bref cette confusion des parfums et saveurs me donne de la confusion mentale. Beaucoup trop de yang, pas assez de yin, ça fait mentir son emballage. Qu'est-ce que je bois là en fait ? Je n'arrive pas à le déterminer. C'est comme si j'avais dans la tasse un Élément plutôt qu'un thé, et en plus c'est pas exactement celui qui m'est le plus amical. 

C'est meilleur un peu tiède, j'y trouve plus de complexité, allez savoir... c'est pas mauvais, mais c'est complètement débalancé.

Mes infusions de sheng avaient tellement de succès ces derniers jours que je me suis dit allez, c'est l'heure de re-tester les trucs que j'avais classé il y a 10 ans dans la pile des savates, j'ai eu des bonnes surprises en octobre dernier. Mais en fait non, celle-là y'a rien à faire, ça passe toujours pas. Elle me rappelle une autre de mes galettes d'ailleurs, une "Yun Chun Jinggu Da Bai Hao" de 2008 que j'avais récupéré chez ChaWangShop il y a 15 ans et qui a grosso modo les mêmes travers. Confusion, débalancement, liqueur épaisse avec des saveurs qui m'évoquent l'eau. Elles étaient rangées l'une près de l'autre, la contamination n'est pas impossible.

Qu'est-ce qu'on fait avec nos mauvaises pioches ? C'est beaucoup de thé à mettre au compost. Pensez-vous que mes écureuils aimeraient en grignoter les feuilles ? Je ne me vois pas refourguer cette galette à quelqu'un d'autre... ou alors en présentant des excuses quoi. Peut-on cuisiner du mauvais sheng ? Faudrait que je trouve une recette qui fonctionnerait avec ces saveurs, mais c'est tellement timide dans la tasse que j'ai l'impression que ça n'apporterait pas grand-chose au plat que j'en ferais. Une sauce à faire réduire peut-être... mais pour aller avec quoi ?

Bon. J'ai le temps d'y penser, je suppose. C'est pas comme si la galette allait se faire pousser des pieds pour partir en courant. 

(Mais si elle y songe je vais pas l'en empêcher.)