samedi 7 mars 2026

First Rain | 2006, brique "Burang Shan", Camellia Sinensis

La pluie cessera dans les trois prochaines heures annonce météomédia en petits caractères inclinés, comme s'il ne réalisait pas l'insolite de sa propre nouvelle. Je suppose que la première vraie pluie non-verglaçante de l'année n'est pas assez sensationnaliste pour faire les manchettes. 

Mes écureuils ont l'air de rats mouillés, les pauvres. 

Cette pluie marque pour moi l'entrée officielle de la saison dans cette étrange période d'entre-deux, où l'hiver cède sa place au printemps qui n'est pas encore tout à fait prêt à répondre présent. Où la chaleur du soleil donne l'illusion d'une température clémente mais le vent encore glacial demande qu'on continue de s'emmitoufler. Une température qu'on vivait plutôt au début d'avril quand j'étais gamin, mais changement climatique oblige, c'est maintenant fin février-début mars. 

Ça arrive plutôt tard cette année en fait.

C'est le moment de l'année où il est le plus facile d'attraper froid aussi, comme mon corps me l'a rappelé cette dernière semaine. Mais je me sens assez remis aujourd'hui pour célébrer cette nature qui évolue vers la chaleur printanière. J'ai donc empli la bouilloire qui était restée vide depuis mon dernier post et sorti le gros yunomi dans lequel je bois du puerh Grand-Pa Style. (Pas de session complète encore. Avec ces étourdissements, j'ai peur pour mes ustensiles.) 

Malheureusement, la briquette choisie est aussi morte que l'hiver. Sèche et insipide en bouche, sans force, avec à peine une trace des saveurs de base que l'on attendrait d'un puerh figé au début de son adolescence. Je ne crois pas que le matériel était de grande qualité au départ, j'ai un souvenir lointain de saveurs cendrées envahissantes sur une amertume faible, mais ce qui est certain c'est que le stockage ne lui a pas fait cadeau non plus.

En GPS ses qualités ne ressortent pas beaucoup mieux, mais l'absence de notes répugnantes rend le breuvage assez générique pour apaiser mon envie de thé sans bousculer mes papilles enrhumées. C'est pas la fête, mais je n'ai pas le corps à la fête. Pour aujourd'hui, ça me va. Je suppose qu'il faut aussi des thés comme ça. 

Et puis ça reflète bien mon humeur, finalement. Je vis une petite crise spirituelle depuis quelques mois, ce repos forcé m'invite à la revisiter. J'ai l'impression de voir dans ce thé décédé non pas mes croyances profondes ou la réalité de mes expériences spirituelles, mais peut-être quelques-unes de mes illusions sur la nature des divinités... ou la nature de la vie, tout simplement. 

Ce n'est pas une crise bien grave. Je n'ai rien perdu. Mais ce que j'ai gagné entre un peu en conflit avec ce qui était déjà là. Admettre que ces deux choses conflictuelles peuvent être vraies en même temps me demande une flexibilité mentale sur un sujet sensible, où je m'étais construit des murs défensifs il y a longtemps. Laisser tomber ces murs, c'est difficile. Même quand je sais bien que c'est la liberté qui m'attend de l'autre côté. 

Dans quelques semaines, les trottoirs seront assez dégagés pour me permettre de reprendre mes marches matinales... et avec un peu de chance, dans quelques jours je serai assez remis pour reprendre mes expériences culinaires. Dans un cas comme dans l'autre, j'ai hâte. Après tous ces jours de lourdeur mentale, j'ai besoin d'un peu de légèreté.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire