jeudi 17 mars 2016

2012 – Wild Purple Tree black tea, Mangshi, Dehong, Yunnan, Chine, Yunnan Sourcing

Dégustation du 14 mars 2016

Informations et provenance : Voici un échantillon de Nicolas (Le Thé et le Chemin) qui provient à l'origine de chez Yunnan Sourcing, où l'on apprend qu'il s'agit d'un thé rouge de Dehong fait de feuilles violettes "sauvages" -- autrement dit faites à partir du cultivar "ye sheng", qui semble de plus en plus répandu maintenant comparé à il y a moins de cinq ans où on ne le trouvait quasiment nulle part.
Alors que le cultivar "ye sheng" dans sa version verte ne me plaît pas des masses, j'avoue avoir un faible pour les thés violets qui sont vraiment très bon à condition d'être bien fait. Moitié-avis défavorable, moitié-parti pris, ce thé se retrouve donc en terrain neutre. Voyons voir de quel côté il penchera au final. ^^


Détails d'infusion : 7.9 gr. / 120 ml en Gaiwan JuHua. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 15s. - 30s. - 1m. - 2m. - 5m. - dernière au jugé. Total de 6 infusions.


Vue : Le thé est essentiellement fait de belles petites feuilles noires et lustrées, parmi lesquelles on retrouve quelques feuilles jaunes et tiges. Mouillées, surprise ! Parmi les feuilles rouges se cachent deux ou trois feuilles d'un beau vert émeraude. Qu'est-ce qu'elles font là ? Mystère... ^^
La liqueur a une superbe couleur ambrée presque rouille, en revanche comme c'est une fin de sachet il y a beaucoup de petits débris -- j'ai dû utiliser un filtre sur les trois premières infusions.


Odeur : Des feuilles sèches émane un parfum renversant de fruits rouges -- canneberges, framboises, grenade, je suis fan. C'est surtout la canneberge qu'on retrouve quand on plonge ces feuilles dans la théière préchauffée, mais sous le couvercle les autres reviennent accompagnés de zeste de citron et une petite odeur de fumée qui me rappelle vaguement le Zheng Shan Xiao Zhong. Finalement, en fond de tasse on a des odeurs très sucrées de sucre de canne, de cassonade (vergeoise) et de pâte de fruits.


Goût : Avec un tel dosage, je m'attendais à quelque chose de très puissant en bouche -- mais non, surprise ! C'est plutôt doux, légèrement citronné avec une belle amplitude boisée. Ça goûte fortement la citronnelle, avec ses saveurs végétales, acidulées et zestées.
Dans la deuxième infusion, en plus de la citronnelle, j'ai un petit effet frais persistant sur la langue. Scott et quelques reviewers parlent d'eucalyptus, ça doit être ce qu'ils ont identifié. Ça ne me semble pas être assez puissant pour parler d'eucalyptus, mais c'est bien l'idée générale... C'est très doux dans une infusion pourtant pleine de saveurs, bref ça me semble assez cohérent avec à la fois l'origine violette et le cultivar "ye sheng".
C'est dans la troisième infusion que l'eucalyptus ressort dans sa pleine puissance -- mais plutôt comme une composante végétale fraîche que dans une sensation mentholée. La citronnelle est toujours bien là, accompagnée cette fois d'accents fruités qui me rappellent la canneberge ou la groseille.
Finalement c'est très doux sur les infusions suivantes, malgré les infusions poussées. Les arômes sont en retrait, un petit citronné est toujours présent lorsque la liqueur refroidit mais ça s'estompe vite au profit de la douceur de la texture.


Texture : C'est lisse et coulant -- la texture est un peu aqueuse, rien n'accroche en bouche. On a l'impression de ne pas la sentir passer... jusqu'au moment où les saveurs frappent les papilles de plein fouet et durent, durent ! Et lorsqu'elles s'estompent, on réalise que les tanins ont agi sans qu'on s'en rende compte. La bouche est sèche, on reprend une gorgée... Cercle sans fin.
De façon plus personnelle, j'ai la bonne surprise de me retrouver pas mal détendu dès la première infusion -- franchement c'est pile le thé qu'il me fallait ce soir. Je n'ai pas beaucoup mangé, mais j'ai une impression de satiété -- au départ j'ai eu du mal à voir comment j'arriverais à faire plus de quelques infusions, mais dans les faits ça s'infuse tout seul. J'adopte ! ^^


Sons : "Whisper of Hope" de Chris Haigh (qui se trouve derrière le projet Gothic Storm) est la pièce qui m'accompagne pendant cette dégustation. C'est un morceau que je trouve tout à fait à l'image de ce thé : des notes aiguës, de "tête", qui forment une ligne musicale vive par-dessus une ligne de fond plus basse et calme. Ces deux lignes musicales sont distinctes d'abord puis convergentes, pour finir dans une apogée brève et retomber d'un coup, avec quelques notes flottantes et espacées en guise d'adieu.



Couleurs : Probablement un des thés aux couleurs les plus marquantes visuellement -- du jaune doré bien saturé et quelques volutes de rouge brillant qui tournoient devant un fond aux teintes allant de l'indigo violacé au rouge bordeaux, dont le mouvement brumeux contraste avec la vivacité des tournoiements du doré.

2015 – Se-jak, Jiri, Corée, Eclos de Lyon

Dégustation du 14 mars 2016


Informations et provenance : Ah, ce fameux Sejak de l'Eclos ! ^^ Échantillon gentiment offert par Melawach, il s'agit de la version 2015 du thé de 2013 dont j'avais parlé ici. J'avoue, ça fait deux ans que j'ai envie d'y retremper les lèvres vu que la première fois, ma dégustation s'était faite dans des conditions peu idéales. Alors sans plus attendre, allons-y !


Détails d'infusion : 4 gr. / 125 ml en Gaiwan Lotus et tasse "Les Mains de Gilles". Eau filtrée Brita, maintenue entre 75 et 85°C en Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 30s. - 45s. - 1m. - 2m. - 5m. - dernière au jugé. Total de 6 infusions.


Vue : Les feuilles sèches sont sombres et semblent recouvertes d'une couche de poussière -- à première vue seulement, car aucune trace de poussière blanche sur les doigts lorsqu'on les frotte un peu, c'est donc simplement la couleur des feuilles qui sont à la fois vert sombre et blanc argenté (spécial cette dualité). Les spirales plongées dans l'eau sont un plaisir à regarder se teinter d'un vert vif en se déployant.
La liqueur est plutôt pâle, un jaune argenté un peu trouble qui dégage beaucoup d'écume sur la première infusion surtout.


Odeur : Il y a une certaine odeur sucrée poussiéreuse sur les feuilles sèches -- c'est d'ailleurs ce qui m'a poussé à frotter une spirale du bout des doigts. Mais l'impression passe et je décèle quelque chose qui me rappelle un peu les fruits jaunes, la mirabelle surtout, les prunes rouges.
En gaiwan préchauffé, ce sont les noix et le cacao qui ressortent le plus -- assez surprenant ce revirement complet de fruits à noix d'ailleurs. Après quelques inspirations, une odeur végétale sucrée fait son apparition -- je n'arrive pas exactement à l'identifier, est-ce du concombre ? De la tomate fraîche ? Ça donne faim en tout cas ! ^^
Les parfums sous le couvercle sont très frais, avec des notes d'huile de noix, de concombre, de courgette et de poivron vert cuits -- des parfums qui changent de façon étonnante lors de la deuxième infusion pour dégager des effluves plus florales de nénuphar au parfum sucré et "humide".
Finalement, en fond de tasse, ce sont des odeurs de melon miel (vert) et de melon d'eau (pastèque) qui prédominent, avec une pointe de fleur que je reconnais mais dont le nom m'échappe. C'est léger et mielleux, ça sent bon.


Goût : Beaucoup de choses perçues en rétro-olfaction dans cette première infusion, mais pas grand-chose dans la liqueur proprement dite. Une légère amertume porte des saveurs d'huile de noix et de concombre frais -- ça me fait un peu penser à ce Du Yun Mao Jian de la boutique Camellia Sinensis que j'avais goûté début 2014.
La deuxième est plus franche, avec des notes sucrées et végétales qui me rappellent le pépin de pastèque, les épinards frais, les feuilles de laitue... Une pointe très légèrement florale se dissipe avant d'être proprement identifiée, et en refroidissant la liqueur donne des saveurs de graines de tournesol.
La troisième infusion et les subséquentes sont plus douces avec des pôles semblables, donnant parfois un peu plus de noix que de végétaux selon les infusions. C'est très rafraîchissant en tout cas.


Texture : Ce thé rend une belle liqueur huileuse avec une texture très glissante. Une petite astringence irrite mon estomac sensible, mais ce n'est rien de vraiment dramatique. À partir de la troisième infusion c'est un peu plus aqueux, mais la tenue des arômes en bouche est toujours aussi longue grâce à cette amertume qui chatouille la langue.
Sur les deux premières infusions, j'ai eu un peu mal à la gorge -- l'impression d'avoir une pierre chauffée au soleil posée sur la gorge, ou encore l'impression d'avoir tenté d'avaler une bouchée un peu trop grosse (pas de boulettes de viande dans mon thé, promis ! ^^). Cela dit ça se dissipe avec la troisième infusion et c'est tout bon.


Sons : J'accompagne cette dégustation d'une pièce du compositeur italien Ludovico Einaudi nommée "Nuvole Bianche" ("Nuages Blancs" en français). C'est une pièce calme et nostalgique qui rend parfaitement le sentiment d'être couché sur le dos à regarder le ciel -- enfin je trouve. ^^
Accompagné ici par une série de timelapses de toute beauté, c'est le morceau parfait pour calmer mon stress des derniers jours.



Couleurs : Assez ressemblant à ce que je voyais sur la version 2013 ! Un peu plus vif, avec une texture filamenteuse blanche qui flotte au-dessus des autres teintes -- en comparaison, les couleurs de la version 2013 semblent être plongées dans le brouillard.

mercredi 16 mars 2016

2004 – Song Zhong Zhi Lan Xiang Phoenix Oolong, Wu Dong Shan, Feng Huang, Guangdong, Chine, Hojo Tea

Dégustation du 10 mars 2016

Informations et provenance : Ce Zhi Lan Xiang ("parfum d'orchidée") est un échantillon de Manuela (du blog Tanuki-san) qui provenait à l'origine de chez Hojo Tea. Manuela l'a très bien résumé sur la page qui le concerne (avec un joli compte-rendu en prime), je lui laisse donc la parole.
Au jour où j'écris ce billet il est encore en vente, mais pour combien de temps ?
De façon plus personnelle, c'est un thé qui m'impressionnait beaucoup et que j'ai mis du temps avant de me décider à le boire, sachant que c'était l'un de ceux que Philippe (Addictea) aimait beaucoup -- je voulais m'assurer de l'apprécier "à sa juste valeur". Au final, il a été bu sans cérémonial mais en compagnie virtuelle de gens que j'apprécie, ce qui en a fait un thé de l'amitié.
Du coup c'était parfait.


Détails d'infusion : 5.7 gr. / 140 ml en LiXin ZiSha et tasse Nakao Tetsuaki. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 15s. - 10s. - 20s. - 30s. - 40s. - 50s. - 1m. - 1m.20s.  - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : Les feuilles torsadées sont plutôt fines, de couleur rouge vin -- pas le rouge grenat d'un bourgogne mais plutôt le rouge sombre et riche d'un bordeaux, parsemé d'éclats clairs d'une teinte qui me rappelle la chair de la pêche. Mouillées, elles redeviennent d'un vert kaki, mais leurs extrémités conservent une teinte rougeâtre qui indique une oxydation poussée.
La liqueur est d'un orangé clair tirant sur le pêche rosé, avec un peu d'écume flottant à la surface des deux premières infusions. C'est très pâle pour un thé de plus de 10 ans.


Odeur : Les feuilles sèches, à peine sorties de leur petit sachet, ont un parfum prononcé de framboises et de mûres fraîches -- parfum qui se transforme lentement au contact de l'air pour bifurquer vers la compote de fruits rouges et le miel. Dans la théière préchauffée, cette tendance s'inverse -- d'abord le miel, ensuite la compote de cerises, ensuite les framboises fraîches, les pêches blanches, les fruits d'été. C'est riche et capiteux, ça donne faim de soleil.
Sous le couvercle la tendance se maintient, on reste sur des odeurs de pêches douces et de nectarines, parfums que l'on retrouve mêlés de gardénia et de cassonade dans le fond de tasse. La liqueur elle-même, enfin, a des effluves fruités, fleuris et vanillés.


Goût : La première infusion donne de prime abord une légère saveur de torréfaction acide, laquelle tombe très rapidement sur le fruit -- pêches, nectarines, cantaloup mûre. Une belle rétro-olfaction florale rend des arômes de gardénia et de glycérine après avoir avalé.
La deuxième infusion est très différente -- là où il y avait beaucoup de fruit dans la précédente, celle-ci est plutôt sur le miel et les fleurs. Une petite pointe de torréfaction toujours présente porte les saveurs et les aide à s'ancrer en bouche.
Par la suite c'est plus doux, une certaine amertume se mêle des saveurs confuses à mi-chemin entre le fruit et les fleurs -- et puis une nette saveur de poivre s'installe en bouche ! C'est vraiment surprenant, quelque chose qui prend la bouche d'un coup au bout de deux ou trois gorgées. Les infusions subséquentes, en plus des saveurs déjà mentionnées, laissent apparaître de la vanille et une belle diversité d'épices alternant entre la cardamome et les feuilles d'origan.
C'est rare pour moi de trouver une telle complexité au-delà de la quatrième infusion -- souvent les surprises s'arrêtent après la troisième, on reste sur les mêmes pôles qui sont plus ou moins marqués selon l'infusion... pas celui-ci. C'est vraiment un beau thé.


Texture : La première gorgée est une surprise -- une certaine amertume (ou acidité ? difficile de juger...) s'étale dans la bouche. La sensation est très marquée au centre de la langue, mais peu aux extrémités et elle semble s'évaporer comme de la brume. C'est très bizarre comme sensation.
La deuxième infusion quand à elle a brusquement une texture d'huile de tournesol. Elle amène avec elle un certain engourdissement de la gorge, puis par la suite un picotement au bout de la langue lorsque les saveurs de poivre s'installent. Avec tous ces jeux en bouche, la persistance des saveurs est plutôt longue, ce qui est vraiment agréable.
Autre chose -- l'énergie de ce thé est très nette dès la première infusion. Dès le début, j'ai une sensation de flottement dans l'estomac et je me sens la tête un peu légère -- des sensations qui annoncent habituellement un effet "teadrunk". La deuxième infusion amène à ces sensations une chaleur dans l'estomac. Malheureusement, les interruptions répétées de mon chat malade ont empêché ces sensations de se concrétiser et les promesses d'être teadrunk n'ont pas été tenues.
Les infusions 4-5-6 se sont enchaînées plutôt rapidement, du coup l'astringence qui s'est développée à ce moment a fait légèrement réagir mon estomac. Rien qui ne soit guérissable par le fait de manger quelque chose cela dit, et les infusions reprennent de plus belle ensuite. La sixième infusion a d'ailleurs ramené des sensations de tête légère et une chaleur dans le ventre. Dommage que l'échantillon soit terminé, je ne dirais pas non à m'en refaire une dose pour voir... ^^


Sons : J'accompagne ma dégustation d'un montage de deux thèmes musicaux en provenance du jeu Zelda : Ocarina of Time -- "Song of Time and Song of Storm" par Taylor Davis est une jolie pièce très "geek", bien interprétée, agréable à l'oreille et étonnamment puissante dans certains passages. C'est cette puissance qui vient me chercher et qui, dans mon esprit, fait écho à ce thé. Je vous laisse l'écouter... =)



Couleurs : C'est très lumineux pour un dancong ! Des éclats de jaune-orange vif et de bleu sprintent d'un côté à l'autre sur un fond blanc et jaune clair. C'est une image qui donne l'impression d'être vue de haut plutôt que d'être vue de face -- pas quelque chose de courant et, dans ce cas-ci, tous ces mouvements rapides me donnent un peu le vertige.

1998 – Nanjian Tulin « Jia Ji », Nan Jian Tea Factory, Nan Jian, Dali, ChaWang Shop

Dégustation du 9 mars 2016

Informations et provenance : Jusqu'à tout récemment, je considérais ce tuo comme une erreur de jeunesse. Il faut dire que ses origines étaient douteuses -- acheté chez ChaWang Shop en 2010 au tout début de mon parcours de thé, c'était un coup de tête que j'avais pris parce que c'était un peu âgé, pas cher, et surtout (la raison principale) parce que c'était un tuo. À l'époque mes critères d'achat étaient un peu whack -- toute bizarrerie et forme spéciale était dans ma ligne de mire. Finalement je l'ai acheté, je l'ai reçu et je l'ai promptement oublié -- car évidemment les galettes qui étaient venues dans la même commande étaient soit du domaine de la savate, soit des bizarreries qui ont rapidement cessé de retenir mon attention.
Je l'ai retrouvé en 2013 dans ma période anti-shu. Évidemment il était hors de question de le goûter à ce moment-là, mais je l'ai gardé et mis de côté en me promettant d'y tremper les lèvres un jour, parce que tous les gens à qui je l'ai fait goûter m'ont dit qu'il était bien. Eh bien voilà -- chose promise, chose due.


Détails d'infusion : 4 gr. / 100 ml en Purion de Lin's Ceramics et tasse Carmen Abdallah. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Deux rinçages espacés d'une minute. Temps d'infusion : 20s. - 25s. - 35s. - 45s. - 1m. - 1m.30s. - 3m. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : C'est franchement un joli petit tuo. =)
Bien compressé, à la limite d'être indélitable sans briser toutes les feuilles, on peut quand même constater un certain soin apporté au pressage de surface -- beaucoup de grandes feuilles entières, dans des teintes allant du noir au jaune ocre, en passant par le violet et le brun-gris désaturé. C'est un peu plus clair que ce qu'on pourrait attendre d'un shu, surtout de cet âge.
La liqueur est une surprise -- foncée mais translucide au point où je me demande si c'est vraiment un shu, zéro particule en suspension et une belle couleur de rhum brun sur les premières infusions.


Odeur : Le tuo a très peu d'odeur, même en soufflant dessus -- une vague odeur poussiéreuse peut-être, quelque chose qui rappelle le grenier sec. Un vieux shu quoi.
Une fois le fragment placé dans la théière chaude, le parfum est très net : c'est de la noix, de la noix et encore de la noix. Pacanes, noix de cajou, noix de grenoble, macadames -- c'est gras et beurré et légèrement sucré.
Le sucre se confirme lorsqu'on mouille les feuilles -- plutôt qu'un parfum acide comme j'en ai l'habitude avec les sheng, je retrouve des odeurs très sucrées de boulangerie. Ça me rappelle même les crêpes de sarrasin de ma mère, ce qui est assez spécifique quand même. On retrouve les mêmes parfums à la surface de la liqueur d'ailleurs.
Sous le couvercle, c'est sucré, poussiéreux et terreux -- et bizarrement après ce déluge de parfums bien puissants, le fond de tasse est décevant. C'est légèrement sucré, ça sent un peu le tabac peut-être ? Mais c'est tellement ténu que ça s'enfuit aussi vite que c'est apparu.


Goût : La saveur de la première infusion est légèrement sucrée, on y décèle des noix et du pain frais, avec quelques traces de fruits secs en rétro-olfaction (du raisin sec surtout, un peu de pruneaux). Ça a une belle saveur de "vieux", c'est calme et sage.
La deuxième est un peu plus amère, mais à peine -- juste le temps de passer la langue et c'est parti. Il y a une trace de pruneaux secs, beaucoup de noix encore (noix de cajou, de grenoble), toujours cette saveur un peu poussiéreuse que j'ai dû mal à identifier autrement que par "ça goûte le vieux shu".
Par la suite, au fil des infusions, je retrouve quelques pointes de tabac doux et de pain frais, mais ça reste dans le même registre de noix et de grenier sec, avec une petite saveur mentholée qui reste dans la bouche à partir de la sixième infusion. Franchement c'est très bon, très propre, ça manque peut-être d'un peu de dynamisme mais à part ça, rien à redire.


Texture : C'est moelleux, doux et crémeux, ça coule tout seul bref c'est trop bon ! J'ai un léger, très léger picotement au niveau des amygdales quand j'avale, comme un petit check-up des douanes, mais c'est tout et ça passe tout seul. Ce n'est pas très long en bouche, mais franchement ça ne me dérange pas beaucoup -- j'ai beau aimer ce que j'ai en bouche, ça reste un shu donc pas ma famille de thé préférée... En revanche la sensation crémeuse reste en bouche et ça, chuis fan.
À partir de la sixième infusion, il y a un petit effet frais bienvenu qui s'installe dans la bouche. L'avant-dernière infusion est particulièrement crémeuse, beaucoup plus que la dernière d'ailleurs, ce qui est étonnant. J'imagine qu'à ce moment-là le thé avait tout donné.
Finalement c'est un thé qui a un petit effet relaxant, mais plutôt mental que physique. Au final je me suis surpris plusieurs fois à laisser voyager mes pensées au lieu de rester concentré comme d'habitude.


Sons : J'aime beaucoup Jason Yang. C'est un artiste qui fait avec son violon ce que Peter Hollens fait avec sa voix et ce qu'il présente trouve toujours le moyen d'être à la fois semblable à la pièce d'origine et très personnel, ce qui est un peu paradoxal. Mais voilà, je vous le présente ici avec son cover de deux thèmes du jeu Skyrim: Elder Scrolls, qui est nostalgique et passionné, doux et puissant à la fois -- qui fait voyager, tout comme ce thé.



Couleurs : Un jeu d'orange et de bleu très saturé sur un fond jaune sombre, qui partent du centre pour se déverser vers l'extérieur comme une fontaine.

mardi 8 mars 2016

2015 – Ma An Shan « Gong Fu Puerh » (maocha), Zhenkan, Lincang, Hojo Tea

Dégustation du 8 mars 2016

Informations et provenance : Cet échantillon de Marcelline, qu'elle a récupéré via une commande groupée chez Hojo Tea sur le Forum des Amateurs de Thé, est ce qu'on appelle communément un OVNI -- Objet Végétal Non-Identifié (copyright Sébastien). À en croire Hojo Akira-san, il s'agit d'un thé en provenance de Ma An Shan qui est une montagne reculée du Lincang à la frontière ouest de Myanmar, fait de feuilles de puerh traitées à la façon d'un dancong (pour ceux qui lisent l'anglais, plus d'infos ici).
Puisque ce thé a fait l'objet d'une commande groupée sur le Forum des Amateurs de Thé, on y retrouve de nombreux retours dans le topic concerné.
On peut également lire un compte-rendu de Sébastien à ce lien sur son blog Vacuithé.
Et si quelqu'un d'autre a fait un compte-rendu quelque part, vous connaissez la procédure -- un p'tit commentaire avec le lien et je l'ajoute à ce post.


Détails d'infusion : 5 gr. / 140 ml en DuoQio Zhuni et tasse Julie Lavoie. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - 40s. - 50s. - 70s. - 90s. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : Le maocha est composé de belles feuilles sombres et effilées, de pas mal de tiges et de quelques feuilles jaune. La liqueur, d'un ambré qui rappelle la teinte particulière du rhum brun vieilli, est limpide, aussi claire que de l'eau de roche (l'eau de roche fut-elle ambrée ^^). Une fois la dégustation terminée, j'en ai profité pour examiner les feuilles mouillées -- bien m'en a pris, comme vous pourrez le constater dans la dernière photos. Passant du rouge au vert dans un dégradé naturel, bien épaisses et pour la plupart entières, elles sont magnifiques.


Odeur : Les feuilles sèches ont un parfum envoûtant, frais et légèrement résineux mêlé d'un fruité très puissant  qui me rappelle les fruits exotiques. Hojo-san parle de mangue... moi j'y perçois aussi de l'ananas frais.
Dans la théière humide, c'est tout autre chose qui ressort -- quelque chose de "rouge", de légumier, de tannique. C'est vraiment étrange, j'ai l'impression d'avoir dans le nez les odeurs de mon sauté de légumes et de tofu à la sauce général tao ! o.O Il y a bien un léger fruité quelque part sous ce parfum de légumes, mais il est impossible à identifier.
Les feuilles humides et les parfums sous le couvercle sont sur les mêmes pôles de légumes, avec peut-être une emphase sur la châtaigne d'eau (toujours dans cette sauce général tao -- j'ai des sautés de légumes fancy ^^). La liqueur, elle, a un parfum qui me rappelle le Ceylan Uva Adawatte 2011 de Camellia Sinensis -- pour ceux qui n'ont pas la référence à la maison, c'est un parfum très tannique de fruits rouges secs et d'une pointe mentholée.
Finalement, un beau musc se dévoile dans le fond de tasse et se mêle à la dernière gorgée, c'est léger et finement sucré. J'aime.


Goût : La première infusion me fait penser à un darjeeling -- elle en a l'astringence et une légère amertume tannique. En fait ça me fait vraiment penser à un thé rouge ! Je n'y retrouve pas du tout le dancong mentionné par Hojo-san (ou par certains comptes-rendus). Bon, j'ai aussi toujours ces légumes sautés en sauce au nez, c'est presque une manie. ^^ En refroidissant, l'amertume se précise et porte des saveurs étranges à mi-chemin entre résine et fruité.
La deuxième infusion est plus ronde et harmonieuse, comme le sont beaucoup de deuxièmes infusions d'ailleurs. De fins tanins dévoilent des saveurs de fruits qui m'évoquent les cerises amères sauvages dont mon arrière grand-père faisait du vin. Il y a une saveur sucrée éphémère qui me rappelle la pêche, mais elle fuit trop rapidement pour que j'en sois sûr -- d'ailleurs je commence à me dire que je n'ai peut-être pas assez de références gustatives pour décrire ce thé. Une fois refroidie, l'infusion a des saveurs végétales de sève et de quelque chose qui me rappelle un peu le romarin.

Les infusions suivantes sont déjà plus douces, moins précises dans leurs saveurs et un peu plus sucrées aussi. Seb a raison, ça ressemble de plus en plus à un thé rouge, plus précisément au Ceylan mentionné plus haut -- et comme avec un thé rouge, il faut pousser les infusions un peu plus rapidement qu'un puerh pour avoir de la substance.
Je ne suis pas déçu de cette dégustation, elle était plutôt intéressante et le thé est bon -- mais c'est vrai que c'est assez différent de ce qu'on peut s'attendre en lisant "puerh façonné comme un dancong".


Texture : La liqueur est aqueuse mais lisse, sans aspérités. De légers picotements agréables traversent la bouche et la gorge à son passage, suivi d'une belle rétro-olfaction qui du coup donne une grande longueur en bouche -- sur les premières infusions du moins, car ça s'atténue assez vite. En refroidissant, les tanins attaquent un peu l'oesophage, ça gratte -- mais pas assez pour que ce soit un problème et je n'exclus pas une sensibilité résiduelle après le désastre d'il y a deux jours.

Côté effet sur le corps, c'est le néant... jusqu'à la sixième infusion où paf, en l'espace de deux gorgées je suis brusquement teadrunk. o.O Tête légère, envie de rigoler pour un rien, bonne humeur générale... j'ai été complètement pris par surprise et franchement, c'était plutôt agréable.


Sons : Cette dégustation a été accompagnée par la pièce "Concerning Hobbits" de Leonard Rosenman, sur la bande originale de Fellowship of the Ring, la partie 1 de Lord of the Rings. J'aime bien cette pièce, c'est d'ailleurs ma préférée sur ce disque -- elle se joue essentiellement en notes de tête, elle est légère et enjouée, mais il y a une profondeur et une subtilité dans les lignes basses ténues qu'on entend derrière, et dans ce cas-ci ça me fait penser aux échos qui reviennent en bouche via les tanins de la liqueur. Et puis il y a cet aspect presque addictif aussi -- cette chanson me prend par surprise comme la sixième infusion de ce thé, et je ne peux m'empêcher d'avoir envie de la tourner en boucle si je l'entend une fois, de la même façon que je ne peux m'empêcher d'avoir envie de m'en refaire une tasse après avoir vidé la dernière (c'est la première fois depuis longtemps que j'ai bu une pleine bouilloire de thé dans une journée).



Couleurs : Des couleurs sombres essentiellement -- ça se décline en pétales rouges, violets et bleus sur un fond noir, avec un point focal de lumière blanche décentrée qui semble venir de nulle part. Il y a quelque chose de très semblable à ce que je voyais sur ce wulong de Teamasters -- quelque chose dans l'ambiance, dans les couleurs, dans l'impression générale. Pourtant ce sont deux thés complètement différents au niveau gustatif et au niveau effet sur le corps... Je ne saurais l'expliquer, mais voilà.

2015 – Kukicha, Hiruma Yoshiaki, Iruma, Saitama, Japon

Dégustation du 7 mars 2016
 

Informations et provenance : Ce kukicha est un échantillon généreusement offert par Niva (Humeurs d'un paradoxe), obtenu à l'origine dans l'OST6 du Forum des Amateurs de Thé -- opération spéciale portant sur les thés d'Hiruma Yoshiaki, un producteur de sencha au Japon.
L'OST6 était une redite de l'OST4 qui avait eu lieu l'année précédente -- j'avais alors pu participer, mais je n'avais pas pris de Kukicha car je craignais les effets nocifs sur mon estomac (ayant eu des expériences précédentes désagréables avec ce type de thé). Cela dit, j'ai bien changé depuis la dernière fois que j'en ai bu, je n'y ai pas retouché depuis 2010, et après la dégustation d'hier je ne crains plus rien. Testons ! ^^


Détails d'infusion : 3 gr. / 85 ml en Kyusu de Tokoname. Eau filtrée Brita, maintenue entre 70 et 80°C en Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 30s. -15s. - 45s. - 1m30s. - 3m. - dernière au jugé. Total de 6 infusions.


Vue : C'est un kukicha, l'échantillon est donc fait de feuilles et de tiges mêlées. L'effet est joli, plus qu'avec le dernier que j'ai eu -- ici les tiges sont très pâles et jaunes, ce qui rend un contraste intéressant à l'oeil avec les feuilles bien vertes.
La liqueur est jaunâtre sur la première infusion, mais dès la deuxième elle prend une teinte vert clair, probablement en partie à cause des nombreuses particules de feuilles en suspend dans l'eau.


Odeur : Dans le paquet que Niva m'a envoyé, il y avait entre autres choses deux sachets de thé (dont celui-ci) et des brisures de bonbons des Vosges à l'eucalyptus. La description des parfums avant infusion de ces thés est donc délicate, car je soupçonne une contamination -- les deux ont les mêmes odeurs de bonbons et de pain d'épice. o.O (ça sent bon hein, c'est pas ça le souci ^^)
Dans le kyusu préchauffé, cela dit, je commence à me demander ce qui s'est produit -- alors que je perçois bien une trace de la verdure dont les autres comptes-rendus parlent, je renifle également de la brioche, des saucisses bouillies, du sucre, du pain d'épice et des friandises. o.O Les feuilles humides et l'odeur sous le couvercle ayant les mêmes parfums, je jette l'éponge. Ça sent bon, mais ça ne sent pas le kukicha. ^^
Heureusement le fond de tasse rattrape tout ça -- les parfums ici sont sur le fruit exotique, à mi-chemin entre la pêche et l'ananas.


Goût : La première infusion est étrange -- j'ai d'abord un goût de charcuteries sur la langue, puis une vague d'amertume à laquelle se succède des saveurs de mangues et d'ananas ! Une belle finale mentholée bouche l'ensemble.
La deuxième infusion, elle, est directement sur l'ananas. Je l'ai laissée refroidir et à un moment elle a laissé apparaître quelques traces plus végétales, mais c'est rapidement passé et bam, retour sur l'ananas.
La troisième en revanche est plus douce et végétale, les saveurs d'ananas ne revenant qu'au moment où la liqueur refroidit un peu, avec une petite pointe des saucisses qu'on retrouve dans les parfums. La suite sera du même tonneau, de plus en plus doux, pour ne plus laisser qu'une belle dernière infusion contenant peu de saveurs mais d'une grande douceur.


Texture : Une sensation de picotement passe sur la langue avec la liqueur, qui a autrement une texture crémeuse et épaisse. Comme tous les thés de Hiruma-san, la longueur en bouche est extraordinaire -- mais sinon c'est doux, c'est simple, c'est bon.
Un petit brûlement d'estomac à la première infusion me crispe, mais ça s'atténue rapidement et les suivantes passent comme du beurre. J'en conclus que c'était une réaction de l'estomac matinal mal réveillé, peut-être couplé d'une réaction réflexe liée à ce qui s'est produit lors de la dégustation d'hier. Ouf ! =)


Sons : Au début j'étais parti sur une version arrangée de "Gerudo Valley", qui fait partie de la trame sonore du jeu Ocarina of Time. Ça me semblait adéquat, vous savez, une chanson rouge pour un thé vert, quelque chose de complémentaire et tout. Mais la version qui me plaisait le plus, celle de Taylor Davis, manquait de moelleux et du coup ça ne collait pas.
Finalement, après quelques recherches, je suis revenu à mes premières amours et c'est donc le "Zelda Medley" de Lindsey Stirling qui gagne. Bien que la partie du medley consacrée à "Gerudo Valley" soit minuscule et tronquée, elle est superbement créative -- et donc voilà, je vous offre une interprétation théâtrale avec une mise en scène dramatique pour accompagner un thé qui nous en met plein la bouche.



Couleurs : Je ne sais pas pourquoi, alors que les thés verts de Chine ou de Corée se déclinent en différentes couleurs allant du rose au bleu, les verts du Japon jusqu'ici ont toujours des teintes vertes à l'exception du Hojicha (qui n'a plus grand-chose à voir avec un thé vert du coup). Ici ce sont des tourbillons de vert parsemés d'étincelles vert pomme, jaunes et blanches sur un fond noir et profond qu'on distingue à peine derrière tout ce vert.

lundi 7 mars 2016

2015 – Chiang Mai « Silver Buds », Thailande, Bannacha

Dégustation du 6 mars 2016


Informations et provenance : Ce thé blanc thaïlandais est un échantillon gentiment offert par Éric (ÉxcèTHÉra), sourcé à l'origine par William de Bannacha. On apprend dans sa fiche indicative que c'est un thé produit dans des cultures agroforestières, ce qui signifie que les buissons de thé poussent à l'ombre d'une forêt, laquelle s'occupe de fournir aux théiers les fertilisants naturels leur permettant de pousser en santé.


Détails d'infusion : 5 gr. / 90 ml en Gaiwan "Poissons". Eau filtrée Brita, maintenue entre 80 et 90°C en Glass Kettle. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 45s. - 2m. - stop, corps qui rejette le thé. Total de deux infusions.


Vue : Les feuilles sèches sont superbes et originales, faites de longs et fins bourgeons aux teintes claires et de feuilles très sombres. L'ensemble donne une impression de blanc et noir, yin et yang -- visuellement c'est très beau. Lorsqu'elles sont mouillées, le contraste continue en couleurs : le crème clair devient vert, le chocolat noir devient rouge.
La liqueur elle aussi a de magnifiques contrastes -- très pâle, d'un jaune crémeux presque blanc sur la première infusion, elle passe à l'orangé soutenu sur la seconde et prend des teintes rougeâtres sur la troisième (que j'ai infusé mais pas bu).


Odeur : J'ai passé un long moment à renifler les feuilles sèches avant de démarrer les infusions. Le parfum est subtil et sucré, difficile à identifier -- ça m'a donné envie de m'y pencher davantage. Mes conclusions sont loin d'être des certitudes, mais j'ai eu l'impression d'y déceler des fleurs vaguement citronnées et des parfums de poire pas mûre. Il y a une grande profondeur dans ce parfum, une dimension supplémentaire -- quelque chose que je ne suis pas habitué de retrouver dans les odeurs fleuries.
Enfin posées dans le gaiwan préchauffé, ce sont des odeurs de zeste de citron, de miel, de poires et de fleurs de tilleul qui se précisent. Les feuilles humides ont le parfum qu'on retrouve sous le couvercle : quelque chose de très sucré (voire même un peu trop) qui me rappelle le miel de tilleuil, les oranges confites et sur les infusions subséquentes, la brioche et les compotes de poires. Je retrouve également la brioche et la marmelade dans le fond de tasse -- une odeur qui s'évapore vite en laissant une trace de sucre.


Goût : La première infusion est légère, finement complexe avec des notes de zeste d'orange et de citron confit. On décèle également des notes florales, lesquelles prennent parfois le dessus, parfois sont plus en retrait -- tout ça dans la première infusion. Ces deux saveurs semblent à la fois être en contradiction et se mêler l'une à l'autre pour former un ensemble harmonieux, comme deux voix chantant les lignes convergentes mais bien distinctes d'une même chanson. En expirant, une superbe rétro-olfaction sur la marmelade envahit la bouche et les narines.
La deuxième infusion a laissé de côté ses notes florales pour s'approprier la marmelade ainsi que des notes de brioche épicée -- comme de la cannelle ou de la muscade peut-être. C'est doux, c'est bon, ça reste longtemps en bouche.


Texture : Ce thé est un nectar épais et huileux, qui tapisse les joues et la langue d'un filin gras et fragrant qui reste en bouche très longtemps. La deuxième infusion, bien que toujours aussi lourde, est un peu plus astringente et assèche légèrement la bouche. Rien qu'un peu de salivation ne peut arranger, et du coup la persistance des saveurs en semble décuplée.
Ce thé serait parfait...

... si mon corps ne le rejetait pas.
Car dès la première infusion, mon estomac gargouille de façon désagréable, comme si je venais de manger un aliment périmé. À la deuxième, c'est terminé : un picotement désagréable au niveau de la gorge devient brusquement un serrement qui me rend la respiration difficile, mon estomac est douloureux comme si je venais d'ingérer de l'acide de batterie. Au bout d'un moment une grosse nausée se déclare ainsi qu'un mal de tête lancinant, le tout accompagné de quelques étourdissements et d'un syndrôme de "pisse-mémère" comme l'appelait une amie -- j'ai dû boire 180 ml à tout casser, qu'à cela ne tienne, je dois aller vider ma vessie trois fois dans l'heure suivant la dégustation. J'ai fini l'après-midi couché dans le noir, à tenter de dormir pour évacuer le malaise. Ma journée de thé s'arrête là.

Alors qu'est-ce qui s'est passé ?

Il ne semble pas y avoir de cause "extérieure" -- ce n'est pas un thé particulièrement acide, il possède un peu d'astringence mais pas suffisamment pour faire réagir mon estomac (j'ai bu des thés bien pires que celui-là sans aucun souci), de toute évidence il est dénué d'insecticides et de fertilisants nocifs pour la santé. Rien pour expliquer les symptômes de mauvaise cuite, rien non plus pour expliquer la violence avec laquelle mon corps a réagi.

Ma théorie est plutôt simple du coup. On a tous des types d'alcool que l'on ne supporte pas -- pour certains, ce sera les alcools mêlés à des jus de fruits comme les mélanges vodka-orange, pour d'autres les alcools sucrés comme le baileys, pour d'autres la bière. Moi c'est le gin. Si j'essaie d'en boire, je passe directement de la phase "lucide" à la phase "malade", sans passer par les phases "détente" et "party" que l'on recherche habituellement en buvant.

Compte tenu des symptômes de cuite (parce que c'était littéralement ça, exactement comme si j'avais trop bu), je soupçonne simplement que je suis tombé sur un thé avec un potentiel "teadrunk" incroyable mais qui agit sur moi comme le gin.

J'ai quand même passé un bon moment gustatif et ça demeurera un thé que je recommande. Simplement moi, je n'en reprendrai plus. xD


Sons : J'accompagne cette dégustation de la chanson "Key of Twilight", interprété par Kajiura Yuki et faisant partie de la trame sonore de l'anime "Dot Hack Sign" (stylé ".Hack//Sign"). Lorsque je parlais de deux lignes musicales convergentes et pourtant distinctes pour décrire les saveurs de la première infusion, c'est à ce type de pièce que je pensais -- l'écart est net entre la voix qui chante une ligne calme et déterminée et la trame musicale qui semble, elle, être animée d'enthousiasme et d'une certaine urgence, mais c'est l'harmonie et la maîtrise de cet ensemble qui rend cette chanson si intéressante. C'est la même chose pour ce thé.



Couleurs : C'est la guerre ! Les pointes orangées et bleues livrent un duel à mort contre les pointes vertes et roses, qui se défendent honorablement mais semblent être incapable de reprendre le dessus. Le champ de bataille est chaotique, au bout d'un moment il devient impossible de distinguer quoi que ce soit.