lundi 29 février 2016

2014 – Yunnan Sourcing's "Qing Mei Shan Old Arbor", Yong De, Lincang, Yunnan Sourcing


Informations et provenance : La première fois que j'ai eu affaire à un thé de Qing Mei Shan, c'était la version 2013 d'automne que Vincent me vantait et dont j'ai fini (après plusieurs mois) par récupérer un échantillon. La description qu'en fait Scott est rigolote (ce "kick-ass Cha Qi" dans le compte-rendu) et c'est ce qui avait d'abord attiré notre attention dessus. Il était très bien et j'en ferai un compte-rendu éventuellement...
... mais n'est pas le sujet de cet article. ^^
Celui-ci est la version 2014 de printemps -- le même thé, même arbres, six mois plus tard. Qing Mei Shan est un petit village près de Yong De, dans le Lincang -- une région qui avait déjà ma préférence par l'entremise de la fameuse galette de Ming Feng 2006, et (spoilers !) une fois de plus ça se confirme.

(NB : Ceci est une dégustation datant de septembre 2014. Une plus récente ne devrait pas tarder, on verra à ce moment-là si l'enthousiasme demeure... ^^)


Détails d'infusion : 5 gr. / 130 ml en DuoQio ZhuNi. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 20s. - 25s. - pause de 24h. Reprise après rinçage de 5 secondes : 25s. - 30s. - 40s. - 60s. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : L'échantillon semble provenir d'une galette peu compressée, puisqu'il s'effrite bien sans trop de casse. Il y a moins compressé encore (la Yi Pin Quan de Mengku Rongshi par exemple), mais je pense pouvoir affirmer sans trop d'inquiétude que le compressage était manuel.
Les feuilles sont plutôt variées : longs bourgeons au duvet argenté, feuilles de taille moyenne vert clair, grandes feuilles sombres, quelques tiges. On peut voir quelques images de la galette sur la page de Yunnan Sourcing -- à priori c'est un assemblage correct, pas spécifiquement fin mais pas trop brouillon non plus, j'ai vu pire (la Yo Ji Cha de LTC par exemple).
La liqueur est d'un jaune pâle qui devient plus soutenu au fil des infusions, mais qui est surtout très lumineuse. La couleur n'est pas étonnante, c'est un thé qui n'a que quelques mois à peine, mais cette lumière dans le thé l'est davantage -- sur les premières infusions, on pourrait presque la confondre avec une liqueur de Dong Ding frais. Les photos faites dans un éclairage moyen ne lui rendent pas justice.


Odeur : Alors là, on s'accroche. J'ignore si c'est le fait de sa jeunesse, mais quelle quantité de parfums dans ce thé ! Les feuilles sèches, posées dans la théière chaude, ont une odeur de raisin sec avec une pointe fraîche florale, des notes de muscat et d'une note ténue qui me fait penser à du sucre de fruit. Les feuilles humides, elles, ont des odeurs d'endives et de chou ! C'est définitivement légumier mais très doux, pas du tout l'espèce de mélange acide/amer auquel je suis habitué. Après quelques inspirations, le parfum de raisin sec des feuilles posées en théière préchauffée revient lentement, suivi d'un parfum riche de fumée -- c'est difficile à expliquer, c'est comme si quelqu'un faisait griller des dattes au barbecue (d'ailleurs si quelqu'un essaie ça, je suis volontaire pour goûter ^^).
Sous le couvercle je retrouve du chocolat et de la cassonade, le tout porté par un courant de musc fruité qui m'est familier. La liqueur, elle, a une odeur plutôt végétale qui possède une pointe fraîche de sève de bouleau, quelque chose dont on retrouve une trace dans le menthol et sucre musqué du fond de tasse. C'est frais, c'est bon, j'ai envie d'en voir l'évolution. Ça serait incroyable quand même que ce thé garde sa complexité au fil des années !


Goût : La première infusion est très légère, avec des notes acides et florales. C'est long en bouche, avec une pointe de menthol en fin de gorgée. Un peu de raisin, un peu de sucre, c'est ténu mais déjà bien prometteur.
La deuxième infusion est plus soutenue, un mélange de riches saveurs florales et végétales qui passe d'amer à sucré en l'espace de quelques secondes, puis repasse à l'amer et ainsi de suite. Le menthol qui était déjà bien présent dans la première gorgée est plus fort à présent, presque piquant -- j'imagine sans souci cette saveur se transformer en camphre dans les prochaines années.
La troisième infusion ressemble beaucoup à la deuxième, mais l'amertume est cette fois plus prononcée et amène des notes de poivre avec elle. C'est un jeune puerh qui a de la fougue, même si ce n'est pas le plus amer que j'ai goûté (et de loin), on sent qu'en le poussant un peu on pourrait obtenir quelque chose d'assez puissant.
Malheureusement pour la suite, la vie s'est mise en travers de mes envies de thé j'ai dû stopper là ma dégustation. En la reprenant le lendemain, les saveurs s'étaient bien atténuées -- restant dans les mêmes notes, mais nécessitant du coup des infusions plus longues pour se dévoiler. Comme j'ai déjà repris des dégustations sans souci après 24 heures de pause, j'en conclus (peut-être à tort) que ce thé est un peu fragile. Est-ce parce qu'il est jeune ou parce qu'il est naturellement sensible aux interruptions ? Seul l'avenir pourra répondre...


Texture : Encore une fois, la complexité de ce thé m'impressionne. L'amplitude du retour en bouche et de la rétro-olfaction est incroyable, les arômes demeurent si longtemps en bouche qu'après avoir arrêté ma dégustation le premier jour, je les avais encore sur la langue une heure après.
Le menthol mentionné plus haut a des effets très joueurs -- au départ concentré au centre de la langue avec un effet frais, il s'étend dans la gorge en inspirant et un léger pétillement sucré se développe alors dans les jours. C'est comme si toutes les saveurs se révélaient à des endroits différents de la bouche !
Je ne peux pas dire que c'est un thé qui évolue beaucoup d'infusion en infusion, mais il évolue déjà tellement au sein d'une même gorgée que pour cette dégustation-ci, ce n'est pas un problème -- en revanche, ça pourrait potentiellement en devenir un s'il ne tient pas ses promesses après quelques années. Pour l'instant cela dit, ça me plaît (et même plus que ça).
La dégustation ne serait pas complète sans un bel effet sur le corps -- ici un peu particulier. Je ne ressens pas de grande fébrilité ou d'agitation -- au contraire, c'est une énergie très nette mais calme. C'est comme si l'on était confortablement installé dans le siège passager d'une voiture qui va vite -- on n'a pas le stress de la conduite, il ne reste plus qu'à profiter de la sensation un peu grisante de la vitesse et du vent qui frappe le pare-brise. 


Sons : J'accompagne ma dégustation de la pièce "Pacific Rim" du film du même titre et dont le compositeur Ramin Djawadi a également écrit la musique de la série Game of Thrones d'HBO. C'est de toute évidence la bande originale d'un film d'action au rythme rapide -- et c'est exactement ce que je recherchais, car au-delà de la complexité sonore, c'est l'effet du thé sur le corps que je cherchais à vous transmettre. Voilà chose faite avec cette musique.


Couleurs : Tout comme l'effet sur le corps que je tire de ce thé, c'est une vision très mouvante, qui se décline en flashs rapides de bleu et de vert sur un fond jaune et blanc. Au-delà de ces teintes, on aperçoit de temps en temps des pointes de rose vif et de noir aux périphéries. L'amas de couleurs est en trois dimension, une forme indistincte et pointue qui à la manière d'un soleil, non contente d'être faite de petites éruptions de formes colorées, tourne sur elle-même à grande vitesse.

samedi 27 février 2016

2012 – Zi Juan (maocha), Wang Bing, Yiwu Shan, Yi Wu, Mengla, Xishuangbanna

 
Informations et provenance : Échantillon gentiment fourni par Sébastien (Vacuithé)quelque part fin 2013 / début 2014 (difficile d'être plus précis xD), il s'agit d'un maocha du producteur Wang Bing en provenance des monts Yiwu dans le Yunnan. Olivier en a fait la présentation dans cet article, je vous invite donc à vous y rendre le lire.
Côté comptes-rendus de dégustation, il y a ici celui de Sébastien, sinon on trouve quelques notes éparses sur le Forum des Amateurs de Thé (ici par exemple celles de Marcelline). Si vous en avez d'autres, faites-moi signe !


Détails d'infusion : 4.9 gr. / 150 ml en terre Duan Ni. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 15s. - 10s. - 15s. - 20s. - 30s. - 40s. - 50s. - 60s. - dernière infusion au jugé. Total de 9 infusions.


Vue : Les feuilles sont exceptionnelles : sombres (elles le demeurent d'ailleurs après avoir été infusées), très minces et effilées, à un point où on se demande comment de tels petits bâtons peuvent se déployer autrement qu'en tiges. Mais non, la récolte constituée du bourgeon et des trois premières feuilles a été bien faite ! La différence est impressionnante.
Au moment de verser l'eau pour la première infusion, un peu d'écume s'échappe de la théière et vient se coller à la parois -- et y reste. o.O La liqueur légèrement trouble est d'un jaune grisâtre très particulier, qui me rappelle d'ailleurs la couleur d'infusion de la "100%" à sa première dégustation mais en plus foncé et soutenu.


Odeur : Au nez, je retrouve dans la théière chaude un parfum épicé tout à fait alléchant : mélange de cardamome, de poivre et de pruneau sec... ça me fait penser aux premières étapes d'un curry, j'adore. Il y a une note étrange en revanche sur les feuilles humides (que je trouve également sous le couvercle) -- quelque chose que je n'arrive pas du tout à identifier, et pourtant j'ai essayé hein... rien à faire. La liqueur a des effluves d'origan et de verdure sucrée -- c'est frais, ça sent bon, j'ai hâte de goûter.


Goût : La première infusion, tout de suite, est étrange -- définitivement citronnée, quelque chose qui rappelle les herbes de Provence et une pointe sucrée que je n'arrive pas à associer à quoi que ce soit.
Déjà la deuxième infusion est plus impressionnante -- des arômes épicés qui restent longtemps sur la langue, toujours accompagnés de ce pôle citronné très différent de tout ce que j'ai retrouvé jusqu'ici dans le puerh. Les suivantes changent peu.
"On est vraiment dans un registre différent d'un puerh conventionnel, dans les plantes médicinales, les herbes aromatiques, la fraîcheur épicé [...]" disait Olivier dans son compte-rendu et je dois admettre que c'est vraiment un excellent résumé de ce que j'ai en tasse (et en bouche !).


Texture : Douce et enveloppante, la liqueur a beau en avoir des saveurs semblables, elle est très loin de l'effet énergisant d'une décoction médicinale. C'est fin voire élégant, d'une grande précision dans ses effets qui chatouillent légèrement le voile du palais. Ça n'évolue pas beaucoup, mais c'est intéressant et j'aime bien.


Sons : "The Father's Heart" par Tony Anderson est une pièce musicale instrumentale que je trouve à la fois intrigante, captivante et touchante de naïveté -- elle mérite bien son titre. J'accompagne donc ma dégustation de cette pièce parce qu'elle me fait un peu penser à ce thé, ce puerh ovni aux saveurs si différentes qui intrigue et capte l'intérêt par sa simplicité un peu naïve.


Couleurs : Sur un fond noir d'encre qui donne une impression de vide et de vertige, des filaments de fumée violets et jaunes bougent lentement au gré d'un vent capricieux. Quelques éclats plus saturés viennent égayer le tout, mais l'essentiel fait penser à des nuages changeants dans un ciel d'été.

2010 – Yo Ji Cha, Jardins bio de Zhaiguoting, Lan Ting Chun, De dang (Ming Feng), Yong De, Lincang, Puerh Asia


Informations et provenance : Voici une galette achetée par l'entremise d'Olivier (Puerh Asia / Puerh.fr) à l'été 2011 suite à son article "Lan Ting Chun : l'excellence méconnue de Yong De" -- en provenance de ce qui était autrefois un jardin bio appartenant à ZhaiGuoTing (le propriétaire de LanTingChun).
Quelques notes de dégustations sont parsemées ici et là sur le net.
D'abord celles d'Olivier, contenues dans l'article sus-cité.
Celles de Sébastien sur son blog Vacuithé.
Si vous en connaissez d'autres, faites-moi signe !


Détails d'infusion : 5 gr. / 150 ml en LongDan DuanNi. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - 35s. - 40s. - 50s. - 60s. - suite au jugé. Total de 12 infusions.


Vue : Jolie galette pleine de feuilles peu compressées et à l'aspect bien disparates -- on y trouve autant des petites feuilles que des grandes, des bourgeons que des tiges, des feuilles claires et duveteuses et des très sombres qui de loin ressemblent à des morceaux de charbon. Visuellement ce n'est pas très affiné (plus que la version 2007 cela dit), mais c'est un fouilli intéressant à regarder.
La liqueur est plutôt trouble, d'un jaune-orangé qui devient plus sombre à mesure que passe la dégustation. On trouve sur le dessus des tasses beaucoup d'écume et de petites bulles sur les quatre premières infusions.


Odeur : Le parfum de la galette est plutôt frais -- c'est difficile à définir réellement, mais ça me rappelle l'air de campagne. Dans la théière préchauffée, je retrouve ce bon gros fruité sucré que j'aime tant sur les jeunes puerh -- quelque chose qui me rappelle la prune jaune, la mirabelle, le coing, la pâte de fruits...
Les feuilles ont un parfum très acide, rien de surprenant jusque là -- c'est une odeur qu'on retrouve sous le couvercle, mélangée à celle des feuilles en théière chaude, quelque chose à mi-chemin entre l'acide/amer et le sucré/fruité.
La liqueur a une odeur qui me fait penser à celle des aiguilles de sapin et le fond de tasse est exceptionnel, avec abondance de musc et d'ambre gris dans des nuances douces.
(Vous aurez compris, je suis fan.)


Goût : La première infusion a des arômes fumés et très résineux, j'ai l'impression de boire une infusion d'aiguilles de sapin. Une intéressante amertume porte les saveurs et les maintient longtemps en bouche.
La deuxième est semblable à la première, mais un poil plus ronde et harmonieuse -- un peu plus amère mais paradoxalement aussi plus sucrée, avec une pointe de fraîcheur en fin de bouche et une trace de quelque chose qui me rappelle le sucre vanillé une fois la gorgée avalée.
La suite voit apparaître du fumé et du cendré qui se transforme en sucre fruité. On sent bien les ressemblances à la fois avec la Yo Ji Cha 2007 et la Ming Feng 2006. Sur la sixième infusion, j'ai la surprise de découvrir une pointe réglissée en fin de gorge.


Texture : C'est doux et rond, enveloppant, ça tapisse la bouche d'un filin légèrement huileux qui s'assèche en laissant des sensations épicées en gorge longtemps après avoir avalé. Du coup il y a une bonne longueur en bouche et des retours intéressants, puisque la liqueur qui semble de premier abord un peu monolithique se dévoile et continue de se transformer -- ça vaut la peine d'attendre entre chaque gorgée du coup.
Peu d'effet notable sur le corps pendant la dégustation elle-même, mais on finit avec une belle énergie et assez de concentration pour quelques heures. Un thé pour étudiant peut-être ? ^^


Sons : Depuis quelques années, La Blogothèque s'occupe de contacter des artistes à travers le monde pour organiser ce qu'ils appellent des "Concerts (ou Spectacles) à Emporter". Le concept en est simple : un groupe de musique choisis un coin de rue dans une ville ou une autre, s'y installe et y interprète l'une de leurs pièces (et parfois plus d'une). Comme ça, tout simplement, sans annonce préalable ailleurs que sur leur site, avec une publicité minimale, juste pour le plaisir des gens qui se trouvent par hasard sur place au bon moment.
L'un de mes "concerts mobiles" préférés est celui de Beirut, qui interprète la chanson "Nantes" près d'un petit café sur la rue Oberkampf à Paris (provoc ? ^^). D'abord parce que j'aime la pièce, mais surtout parce que j'aime spécifiquement cette interprétation -- le son est loin d'être parfait, c'est brut et parfois même faux, mais quel enthousiasme de la part des musiciens ! C'est vivant et dansant, on sent (et on voit !) le plaisir qu'ont les interprètes à chanter et jouer de la musique, et tout ça me ramène au fait que c'est un peu ce que je perçois dans ce thé. C'est simple, c'est un peu brut, mais c'est bon et satisfaisant et j'aime. :D


Couleurs : C'est chargé de couleurs, mais paradoxalement c'est un mouvement tempéré qui se déploie sur mon écran mental. Des cercles orangés tournoient et dansent sur un fond constitué de plusieurs teintes de vert, de jaune et de bleu aux textures plutôt pointues, "piquantes" ai-je noté au cours de la dégustation. Le fond, qui est peu perceptible, est fait d'une teinte de noir huileuse qui me rappelle la peinture -- ces teintes du coup ne tournoient pas dans le vide mais sur une surface. (Cette dernière phrase n'est peut-être pas claire, mais c'est difficile à expliquer... allez hop, je vous laisse regarder plutôt.)

2013 – Tea Urchin's "Gao Shan Zhai", Yi Wu, Mengla, Xishuangbanna, Tea Urchin (Évolution)

(La première dégustation se trouve ici.)


Informations et provenance : Même thé, différents paramètres... Voyons voir ce que ce thé a dans le corps six mois après la première dégustation. ^^
(À noter que la première dégustation avait eu lieu en novembre 2013 et celle-ci date du printemps 2014... oops ! Oui j'ai du retard sur mes transcriptions. XD)


Détails d'infusion : 5 gr. / 100 ml en Purion de Lin's Ceramics. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 20s. -25s. - 30s. - 35s. - 40s. - 50s. - 60s. - 1m.20s. - suite au jugé. Total de 13 infusions.


Vue : Comme on peut voir sur les photos, là où les feuilles étaient plutôt vertes il y a six mois, elles ont depuis considérablement foncé. Elles n'ont pourtant pas été exposées à l'air de façon exagérée : elles étaient conservées dans le petit sachet fourni par Tea Urchin, qui était lui conservé dans un sac de plastique, lequel était rangé avec mes autres échantillons dans mon meuble à thé. C'est plutôt intéressant de voir son thé évoluer comme ça !
La liqueur a peu changé, elle demeure dans des teintes jaune vif peut-être un peu plus sombres qu'il y a six mois.


Odeur : Sorties de leur sachet, le parfum des feuilles sèches est très frais -- finement végétal et floral, ça me rappelle les odeurs qu'on a au nez en marchant dans un terrain vague envahi de végétation. Dans la théière chaude c'est merveilleusement fruité, avec une pointe d'épices chaudes et réconfortantes. Les feuilles mouillées sont fumées et acides avec une pointe de sucre -- rien qui sort de l'ordinaire, mais très différent de la dernière fois. Le couvercle en revanche a un parfum très végétal qui me rappelle le bok choy, alors que la dernière fois il me semblait plutôt sur le fruit -- fruit qu'en revanche je retrouve dans le fond de tasse en compagnie d'une bonne dose de musc.


Goût : La première infusion est plutôt végétale, j'y retrouve les bok choy dont je parlais plus tôt au niveau des parfums du couvercle. La deuxième retombe dans un modèle plus semblable à celui d'il y a six mois, un mélange végétal et floral qui me rappelle le nénuphar. Les suivantes gardent le même pôle, avec quelques pointes de cuir et de fumée ici et là autour des infusions quatre et cinq, mais s'épuisent un par un pour ne plus laisser vers la fin que des saveurs ténues dans une texture épaisse et huileuse (qui est explicitée dans le prochain paragraphe).

En comparaison avec la dernière fois, les arômes semblent beaucoup moins délicats -- bien que toujours élégants, on découvre cette fois un peu plus de puissance et de "jus" comme on dit. J'aime moins le pôle sur le légume cuit mais l'ensemble est plutôt agréable et harmonieux, surtout sur les infusions sept à neuf.


Texture : Là où c'était une huile légère qui s'évaporait vite la dernière fois, c'est maintenant une texture d'huile de tournesol presque visqueuse -- et du coup j'ai vraiment l'impression de boire une infusion de légumes verts ! Côté longueur en bouche, ça tombe un peu court et je n'ai pas l'impression de garder les saveurs en bouche très longtemps. C'est dommage parce qu'avec une texture pareille, il y avait moyen que ça reste. Encore une fois, peu d'effet sur le corps passé les sensations de bouche. Un thé intéressant, mais pas mémorable et qui à ce prix, encore une fois, me laisse sur ma soif.


Sons : Un peu plus de puissance et de "jus" que la dernière fois ? Eh ben dans ce cas, allons-y pour de la puissance...
Je vous laisse donc en compagnie du Boléro de Ravel, interprété par l'Orchestre Symphonique de Montréal et conduit par Charles Dutoît (qui aura beau conduire un intéressant Boléro, restera personnellement et professionnellement quelqu'un avec qui personne ne devrait être forcé de travailler... vous excuserez j'espère ce jugement bien peu objectif, mais là du coup comme je suis ici chez moi, je refuse de modérer davantage mes propos).
*tousse* Ahem. Je disais donc. Bolero de Ravel. XD Qui est une pièce commençant doucement mais devenant rapidement enlevante pour terminer sur des étincelles. Avec ce thé, c'est le contraire qui se produit : un début en coup de poing sur les deux premières infusions, puis un épuisement progressif qui finit un peu à plat...



Couleurs : Ben c'est la même chose. Les couleurs me semblent plus prononcées peut-être, mais j'ai toujours ce visuel de gouttes de pluie qui tombent dans un lac, avec cercles concentriques sur une surface calme. C'est superbe et, paradoxalement, mieux que le thé lui-même...

2013 – Premium Da Hong Pao, WuYi Shan, Fujian, Chine, Tea Urchin


Informations et provenance : Voici l'un des thés de l'OSV : Tea Urchin qui a eu lieu sur le Forum des Amateurs de Thé à l'automne 2013. J'ai déjà fait la présentation de l'OSV sur ce post, du coup il ne reste qu'à vous présenter le thé lui-même.
Il s'agit ici d'un Da Hong Pao, qui est un yancha, un thé de rochers en provenance des monts Wuyi dans le Fujian. Da Hong Pao (大紅袍) signifie "Grande Robe Rouge" et fait référence, si je ne me trompe pas, non à la couleur particulière de l'infusion (pourtant il y aurait eu matière là !) mais à une histoire chinoise intéressante. Celle-ci raconte comment la mère d'un empereur de la dynastie Ming aurait été guérie d'une maladie mortelle par ce thé particulier -- en remerciement envers les buissons de thé qui auraient été à l'origine du thé miraculeux, l'empereur les aurait recouvert de grands tissus rouges afin de les protéger des éléments.
Maintenant, puisque c'est un thé qui faisait partie d'une opération spéciale du forum, les retours sont nombreux et variés ! La majorité se trouvent là, mais si vous avez fait des comptes-rendus sur d'autres supports, comme d'habitude, j'ajouterai les liens ici.


Détails d'infusion : 7.4 gr. / 125 ml en poire ZiSha. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash (bu). Temps d'infusion : 10s. - 20s. - pause pour calmer l'estomac - 30s. - 45s. - 60s. Total de 5 infusions, dégustation arrêtée pour cause de maux d'estomac.


Vue : Les feuilles violet sombre semblent plutôt fragiles à première vue, mais étonnamment sont assez résistantes. C'est le rinçage en revanche qui retient toute mon attention : d'un rouge sombre, aussi foncé que ce que j'attendrais d'une première infusion, il est couvert sur le dessus de volutes d'huiles essentielles et de poussière mêlées. Ça donne un effet visuel spécial.


Odeur : Les feuilles sèches, à la sortie de leur petit sachet, on des parfums de torréfaction, de noix grillées et de quelque chose qui me semble légèrement... frais ? Fruité, floral, résineux... aucun des trois et les trois à la fois.
Lorsqu'elles sont déposées dans la théière chaude, les odeurs de noix sont toujours présentes mais elles dégagent en plus des parfums fruités, quelque chose qui me rappelle la prune ou le pruneau sec. Les feuilles mouillées, elles, sont carrément sur des arômes de cacao ! J'adore !
La liqueur est fragrante, dégage les mêmes parfums de fruits secs que les feuilles sèches dans la théière chaude (ce qui est quand un inédit chez moi), et le fond de tasse laisse échapper des effluves caramélisés.


Goût : L'eau de rinçage est si foncée et fragrante que je l'ai bue ! Peu de goût et un peu sablonneuse, mais déjà je sais que ce Da Hong Pao me plaira beauuuuuuucoup plus que tous les autres que j'ai goûté jusqu'ici : sous la saveur de torréfaction poudreuse on perçoit déjà des arômes de fruits secs, prune et abricots je dirais !
La première infusion (beaucoup plus satisfaisante que l'eau de rinçage quand même... ^^) reprend les mêmes saveurs, mais en plus concentré. Pour l'instant la torréfaction est très puissante, mais comme elle n'est pas monolithique, ça va. Il y a quelque chose derrière la torréfaction, derrière les fruits, qui laisse penser que les infusions suivantes risquent de développer une belle minéralité -- qui d'ailleurs est attendue, ce n'est pas pour rien qu'on dit que ce sont des "thés de rochers" !
La quatrième infusion voit l'atténuation des saveurs torréfiées au profit de saveurs douces et d'un arôme de fleurs très puissant en rétro-olfaction auquel je ne m'attendais pas du tout puisque les infusions précédentes étaient plutôt sur les fruits secs. C'est frais et léger, mais ça reste longtemps en bouche -- agréable !


Texture : Très ronde et enveloppante, mais aussi un peu sablonneuse sur les deux premières infusions. Un petit point désagréable : l'eau de rinçage est bien passée, mais les premières gorgées de l'infusion elle-même ont fait réagir mon estomac... La deuxième infusion confirme les choses : goût plutôt agréable, mais liqueur très agressive, au point de devoir arrêter pour manger un peu de yogourt histoire de calmer les brûlures. Si tôt dans la dégustation, ça ne m'était jamais arrivé, ce qui m'inquiète un peu je dois l'avouer.
Après la cinquième, rebelote - je crains de ne pouvoir terminer ce thé, qui pourtant est très bon au goût mais qui m'attaque trop l'estomac pour que je tire plaisir de cette dégustation.
Verdict final : probablement le meilleur DHP au niveau des arômes, saveurs et parfums, et définitivement le plus convaincant. Quel dommage qu'il soit si agressif que je ne puisse pas le boire...


Sons : "Filthy Playground" du groupe allemand Oomph! est la pièce que j'ai choisi pour accompagner cette dégustation. L'ambiance colle parfaitement à l'impression que j'ai eu de ce thé (autant la texture des premières impressions que l'agressivité sur l'estomac) -- c'est poussiéreux, "gritty" comme disent les anglophones, mais il y a une sensation de force et de complexité sous-jacente qui donne envie de tendre l'oreille pour voir où tout ça s'en va. Dommage que, dans le cas du thé, je n'ai pas pu suivre ce chemin jusqu'au bout...



Couleurs : Du rouge, du bleu, du brun, du vert en spirales et volutes colorées, toujours en mouvement et séparées en "strates". Des éclats blancs se reflètent au-dessus des couleurs, comme si le soleil venait se refléter sur l'eau d'un lac agité.

vendredi 26 février 2016

2010 – Lao Cha Shu Maocha, Li Yu Lu, Xiang Zhu Qing, Feng Qing, Lincang


Informations et provenance : Échantillon généreusement offert par Sébastien (Vacuithé), que je remercie tout particulièrement pour celui-ci et les 25 autres qu'il a joint dans trois boites différentes.

Je lui cède donc la parole pour la présentation pour de mon côté me mettre à la dégustation. ^^


Détails d'infusion : 4.7 gr. / 150 ml en terre Duan Ni. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 15s. - 15s. - 20s. - pause - 25s. - 30s. - 40s. - 60s. - suite au jugé. Total de 9 infusions.


Vue : Ces jolies feuilles d'apparence fragile, dont les bords s'émiettent facilement, ont des teintes tirant sur le kaki et le brun avec quelques reflets rouges. Preuves d'une oxydation plus poussée que d'ordinaire ? Peut-être bien... La liqueur est d'un jaune soutenu légèrement trouble, qui devient plus foncé à mesure des infusions.


Odeur : Sorties de leur petit sachet de plastique, ces feuilles ont bien peu d'odeurs. Placées dans la théière pré-chauffée, elles dégagent des parfums terreux et résineux peu communs sur des sheng. Autant sur les feuilles humides, dans le couvercle et dans la liqueur, ce même parfum s'intensifie sur un pôle de forêt sous la pluie : bois et terre mouillée, mousse, sous-bois, résine... C'est presque effrayant. Est-ce vraiment un sheng ? Je renifle le fond de tasse pour le savoir et me retrouve le nez plein de... cuir. o.O C'est définitif : ce thé est un ovni.


Goût : Avec de tels parfums, je m'attendais à quelque chose de vraiment plus violent dis-donc ! Au contraire c'est très doux, plutôt végétal/légumes verts cuits, avec une pointe fumée et quelque chose de citronné. Pas d'amertume du tout ! C'est un peu bizarre...
La deuxième infusion est un peu plus à mon goût, un peu plus d'amertume et de texture même si on reste dans le registre légumes verts cuits qui me plaît moyennement.
Ah, la troisième déjà est plus fun ! Une note fumée s'infiltre dans la boisson, mais le côté légumes cuits s'atténue pour revenir sur du boisé. Dites donc il bouge beaucoup ce thé.
La suite s'atténue mais demeure joueuse, alternant la mise en avant de pôles fumés, légumes cuits et bois mouillé selon les infusions.


Texture : Plutôt épaisse, la liqueur me fait penser à un potage fluide. Dès le début elle tapisse la langue et les joues d'un filin gras qui retient les saveurs très longtemps, c'est vraiment particulier. D'ailleurs ça me rappelle la GuaFengZhai 2013 de Tea Urchin, qui avait la même caractéristique ! Du coup, j'avoue avoir peu prêté attention à un possible effet sur le corps -- celui sur la langue était trop étrange. ^^


Sons : J'accompagne ma dégustation de "Lullaby for a Stormy Night" par Vienna Teng -- chanson dont je ne connaissais rien avant de me perdre sur youtube. Parfois le hasard fait bien les choses : voilà une pièce charmante mais avec un je ne sais quoi qui me semble déconcertant, débalancé. Un peu à l'image que j'ai de ce thé...


Couleurs : Du vert foncé, du jaune doré, quelques touches de brun... le tout qui remue en vagues lentes qui semblent se soulever dans l'espace au lieu de se contenter d'onduler bien sagement sur l'écran de mon cerveau.

jeudi 25 février 2016

1995 – Dong Ding, Taiwan, Camellia Sinensis

Compte-rendu de la dégustation précédente ici (juillet 2010)


Informations et provenance : Ma toute première rencontre avec ce thé s'était faite sous des auspices terribles : premier thé vieilli que je découvrais, premier thé torréfié également, je l'ai infusé à tort et à travers avant de savoir l'apprécier. Évidemment maintenant il ne m'en reste que très peu, une quantité infime que je chéris et qui finira un jour par disparaître... Impermanence du thé. Heureusement que j'ai ce blog pour noter mes impressions ! ^^


Détails d'infusion : 4 gr. / 80 ml en ShuiPing ZiNi de Wang Xue Feng (Factory 5) et tasse de Carmen Abdallah. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 20s. - 20s. - 25s. - 30s. - 35s. - pause - 35s. - 40s. - 45s. - 50s. - 60s. - 70s. - 80s. - 90s. - suite au jugé. Total de 17 infusions.


Vue : Ces billes rondes et lourdes dévoilent leur âge par une couleur de cuir tanné, allant du brun sombre au noir chocolat. Infusées, on les découvre épaisses et rigides -- elles refusent même de se déployer complètement, préférant rester recroquevillées sur elles-mêmes. La liqueur elle est étonnamment limpide, d'un ambré clair qui rappelle le whisky.


Odeur : Si les feuilles dans leur petit sachet ont très peu d'odeur, dans la théière préchauffée elles se réveillent. Les parfums de bois (chauffé, brûlé), de tilleul (fleurs, miel) et de sucre (sucre chauffé, caramel) prédominent. Les feuilles humides ont surtout des odeurs de charbon de bois, avec une petite note sucrée furtive difficile à identifier, mais sous le couvercle c'est une explosion de sucre, de mélasse, de caramel et de ce charbon détrempé que j'adore -- ainsi que d'une note insolite marine, comme de l'air salin. Étrange !
La liqueur a une odeur presque métallique, avec des notes de charbon, de cendres et une pointe de caramel, le fond de tasse quand à lui révèle son origine de Dong Ding par un sucre fin, moins floral qu'un frais mais assez semblable à celui que je retrouve sur les hung shui de l'année (un poil plus profond quand même). Un délice.


Goût : La première infusion a un temps très court mais est déjà très concentrée en saveurs : le miel de tilleul est très présent avec une longueur en bouche incroyable, des notes de bois chauffé (mais pas brûlé, plutôt comme le début d'un feu de foyer) sont accompagnées d'une note minérale profonde et d'un retour en bouche sur le lait caramélisé.
La deuxième infusion, elle, me rappelle l'arôme du café moulu ! Une petite amertume complémente des saveurs de bois brûlé sucré, avec quelque chose de légèrement épicé (ou peut-être poivré ?) en fond de gorge.
Les infusions subséquentes demeurent dans les mêmes notes, avec une liqueur plus concentrée sur un pôle de charbon et de cailloux, lesquels s'harmonisent sur des saveurs de café, de torréfaction et de miel léger.


Texture : La liqueur, plutôt souple, tapisse l'ensemble de la bouche et le début de la gorge d'un filin huileux -- de plus en plus capiteuse à mesure des infusions, elle passe de grasse à liquoreuse. On finit la dégustation avec l'impression d'avoir mangé un repas riche et copieux.
Les retours en bouche sont nombreux et durent longtemps, principalement perçus derrière le voile du palais que sur la langue. C'est une liqueur très relaxante avec un potentiel à rendre teadrunk qui n'est pas négligeable.


Sons : J'ai hésité avant de proposer cette pièce, mais finalement je n'en vois aucune qui colle mieux. Et donc j'accompagne ma dégustation de "Chō" d'Amano Tsuki, la même chanson que j'avais choisie pour la Yi Pin Quan 2013. Alors que je l'avais choisie pour complémenter la précédente, cette fois la musique correspond parfaitement à la complexité douce-amère que ce Dong Ding m'évoque.



Couleurs : Finalement, les couleurs que je vois sur ce thé sont plutôt semblables à celles que je voyais en 2010. Du brun, du vert tendre, des cercles concentriques... La principale différence cette fois c'est qu'en affinant mon palais, je parviens à lui déceler des nuances supplémentaires qui s'ajoutent en pétales voilées par-dessus l'image de base. Ça rend à la fois le thé et l'image vivante... dans tous les sens du terme.