mardi 4 août 2015

2013 – Se-jak, Jiri, Corée, L'Eclos de Lyon


Informations et provenance : Il s'agit du deuxième échantillon de thé coréen gentiment fourni par JMB du Forum des Amateurs de Thé (le premier, un Jung-jak, a son compte-rendu ici). Deuxième récolte du printemps, ce Se-jak a fait couler beaucoup d'encre sur le forum d'ailleurs ! Et ailleurs également puisque Sébastien (Vacuithé) en a parlé sur son blog ici et Pierre-Jacques Thomas (Thé-Eau-Phile) en a parlé là.


Détails d'infusion : 5 gr. / 120 ml en Gaiwan JuHua, avec tasse de Julie Lavoie. Eau du robinet de Montréal, portée à ébullition en bouilloire de plastique et maintenue ensuite autour de 80°C dans un pichet isotherme (... ouais, je sais...). Temps d'infusion : 30s. - 45s. - 60s. - suite au jugé. Total de 5 infusions.


Vue : Je tiens à mentionner que les photos, comme la dégustation, ont été faites avec les moyens du bord ! C'était en novembre 2013 si ma mémoire est bonne, et mon grand-père venait d'être admis au palliatif (il est décédé trois mois plus tard).
Les feuilles sèches, donc, sont d'un joli camaïeux de vert clair et foncé auquel la photo ne rend pas justice. Les délicates spirales qui rendent beaucoup d'écume, comme on peut voir un peu dans la photo du dessous, remontent facilement dans l'eau et flottent à la surface du gaiwan pendant les deux premières infusions -- les voir se dérouler est un spectacle de toute beauté.
La liqueur elle-même est d'un jaune-vert léger et me rappelle la couleur naturelle de la gelée de citron vert. Superbe.



Odeur :
Le parfum des feuilles sèches dans le gaiwan chaud est frais -- difficile de le décrire autrement, car ce n'est réellement ni végétal, ni floral, ni fruité... juste frais, comme du vent de montagne. Je ne sais pas dans quelle mesure les circonstances peu propices à la dégustation sont à rendre en cause.
Les feuilles mouillées, en revanche, regorgent de parfums -- j'y retrouve principalement de la tomate, des asperges et une amplitude aromatique qui me rappelle le parfum des noix.
La liqueur dégage un parfum typique d'un thé vert de printemps, quelque chose de végétal et floral, avec une pointe de fruits légers. Le couvercle, en revanche, est purement du jus de légumes : asperges, brocolis, feuilles de tomates... jusqu'à ce que brusquement, le tout bifurque sur les fleurs opulentes (lys principalement) avec une point de fruits exotiques (mangue, papaye, etc.) ! Ce thé est vraiment plein de surprise.


Goût : Les saveurs sont particulièrement difficiles à identifier, mais dans ce cas-ci les circonstances de la dégustation (l'eau non-filtrée, le fait d'être en train de cuisiner en même temps, l'état d'esprit peu propice à la dégustation, etc.) sont en cause.
J'y retrouve tout de même des saveurs de légumes verts, d'huile de noix... voire même de légumes en train de cuire dans l'huile de noix. La rétro-olfaction est particulièrement ample, les saveurs sont perçues essentiellement dans l'arrière de la bouche. Un peu d'astringence dans la liqueur fait saliver -- mais peut-être ai-je trop poussé mon infusion ? Mais non, je ne retrouve pas le côté "brûlé" du "j'ai trop poussé mon infusion"... nope, définitivement pas trop infusé, donc un peu d'astringence dans la liqueur.
Ce thé, pour moi, résonne avec des notes de tête et de coeur tandis que son cousin le jung-jak a des notes de coeur et de fond, les deux se complètent bien.


Texture : Grande présence en bouche, très rond et ample, looooongue finale qui rappelle les noix et toujours les asperges... filin sur la langue comme le jung-jak qui rappelle même la texture d'une huile d'olive fine ! On voit bien les similitudes, mais j'ai l'impression que ce se-jak est plus "épais" (toujours en parlant de texture).


Sons : Reason - Yuzu, HunterxHunter. Franchement aucune raison autre que "c'est ce que mon frère regarde en ce moment et j'aime bien l'intro". Je n'avais pas la tête à l'introspection à ce moment-là.


Couleurs : Des vagues de rose, de jaune doré, de vert et de blanc crémeux tourbillonnent et se fracassent les unes contre les autres, le tout vu de haut -- ce qui est particulier, compte tenu du fait que la plupart de mes images se voient face à moi.

lundi 3 août 2015

2013 – "100% Excellent Tea", Mengku Rongshi, Mengku, Shuangjiang, Lincang, Puerh Asia (Évolution)

(La première dégustation de ce thé, faite en 2014, se trouve ici)


Informations et provenance : L'an dernier, j'ai mis les mains sur cette brique "hype" de la firme Mengku Rongshi par l'entremise d'Olivier Schneider de Puerh Asia. La première dégustation ne m'avait pas plu des masses, ni les quelques suivantes faites seul ou accompagné. Après mûre réflexion, j'avais décidé de la laisser reposer un an avant d'y regoûter, histoire de voir si les notes animales que j'attribuais à un excès d'humidité s'atténuaient.
Un an plus tard, il est l'heure de mettre la bouilloire en route !


Détails d'infusion : 6 gr. / 70 ml en XiShi "écrasée" DuanNi. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 5s. - 5s. - 7s. - 10s. - 16s. - 25s. - 25s. - 30s. - 35s. - 40s. - 50s. - 60s. - suite au jugé. Total de 16 infusions.


Vue : La brique elle-même a peu changé -- de longues feuilles vert sombre et des bourgeons d'un argenté soyeux, le tout assemblé par une compression relativement légère (pour une brique du moins). La liqueur en revanche est passée d'un jaune-gris clair à un jaune doré beaucoup plus soutenu qui semble, excellente nouvelle, s'être découvert une certaine limpidité !



Odeur :
Le parfum des feuilles sèches est très pur : de la résine de sapin ou de pin, un effluve légèrement sucré... aucune trace de cuir pour l'instant. Passées dans la théière chaude, elles dégagent des arômes très fruités et sucrés, quelque chose qui rappelle légèrement abricot mais surtout développe une douceur moelleuse dans la gorge -- c'est vraiment très particulier. Un peu de vent frais de montagne avec une finale mentholée, c'est presque le registre d'un Gao Shan !
Les feuilles mouillées, comme très souvent, laissent découvrir une effluve acide/amère légèrement fumée, mais également un peu sucrée, avec des traces de résine et de menthol. La deuxième infusion (et ce sera la seule) développe une odeur marquée de légumes verts.
Dans le couvercle, je retrouve le parfum de fumée des feuilles qui brûlent ainsi qu'un peu de cuir mais c'est un cuir propre (contrairement au cuir animal plein de sueur de la dernière fois). Après un moment, je discerne l'esquisse d'un parfum très fruité et sucré de mandarine que la deuxième infusion confirmera : mandarine, tabac des cigarettes de marque Gauloises, thé des bois !
La liqueur a d'abord une odeur vaguement acide de fumée et de cuir animal, mais l'ensemble se transforme rapidement en tabac sucré (celui, comme mentionné plus haut, des cigarettes Gauloises).
Le fond de tasse est très frais, musqué et mentholé, bizarrement très puissant dans les tasses de porcelaine/verre mais dont on ne retrouve quasiment rien dans celle d'Eric Soulé.


Goût :
La première infusion est un choc pour les papilles : je retrouve des légumes vert amers (rapinis ?), une légère trace de résine sucrée, du tabac, et brusquement... MENTHOL ! Une légère trace de sucre revient en bouche après la gorgée avalée, et l'amertume devient beaucoup plus marquée quand la liqueur se refroidit un peu
Dans la deuxième infusion, l'amertume est bien marquée, toujours sur ce pôle de légumes verts avec cette fois une trace de bois résineux fraîchement scié. La douceur filée de la texture est tellement présente qu'elle pourrait aussi bien être un goût (barbapapa ?). Une pointe saline presque métallique se développe sur la langue longtemps après avoir avalé.
La troisième infusion est sur un pôle de résine amère et sucrée à la fois qui se transforme en menthol, avec un retour en bouche très minéral, salé et métallique qui est intéressant plus que désagréable.
La suite ne développe pas grand-chose de neuf niveau goût, ça reste résineux/légumier/amer avec des pointes minérales et salines et un retour en bouche extrêmement frais et mentholé.
Aucune trace de ces notes animales qui me déplaisaient tant l'année dernière. Super !


Texture :
La texture qui est d'abord très ronde et épaisse se transforme lentement en douceur filée, quelque chose qui rappelle la soie. Une grande fraîcheur remonte de la gorge pour jouer sur les papilles et se concentrer sur le bout de la langue -- et quand je dis qu'elle remonte, je veux vraiment dire qu'elle remonte. Pas de bulle qui grandit ici, la fraîcheur quitte littéralement la gorge et remonte la langue comme une vague ! Ce jeu en bouche dure très longtemps, avec des effets intéressants d'écho dans les joues. Une légère astringence laisse la salive sucrée et fraîche.
L'effet sur le corps est marqué -- après la moitié de la première infusion déjà je suis sur le point de me sentir fébrile. L'effet "high de caféine" mentionné la dernière fois est encore bien présent, le tout devient plus équilibré après quelques infusions (énergie tranquille plutôt que fébrilité) mais reste très puissant. À mon avis il y a là un bon potentiel pour être teadrunk dans les bonnes conditions...


Sons : Le thème principal du film Wreck-it Ralph, composé par Henry Jackman. Quand on compare à ma précédente dégustation, c'est un autre monde ! Alors que la musique de ma précédente dégustation était sombre, grinçante dans ses graves et stridente dans ses aigus, celle-ci est beaucoup plus légère et joueuse -- à l'image de ce thé finalement et surtout à l'image de son extraordinaire transformation.



Couleurs : La dernière fois, l'effet marécageux et trouble était omniprésent. Cette fois, je retrouve des teintes semblables (kaki, éclats de vert olive, jaune et blanc, on retire le brun-rose mais on ajoute une légère trace d'orangé) mais dans une texture complètement différente. L'ensemble est fin, fait de fils qui s'étirent dans tous les sens et s'entrecroisent en tournant tout en maintenant une profondeur de fond claire et translucide. Mes images sont presque toujours en 2D, mais celle-ci pourrait presque être 3D avec une telle profondeur de champ.

2013 – "100% Excellent Tea", Mengku Rongshi, Mengku, Shuangjiang, Lincang, Puerh Asia

(Les notes de cette dégustation ont été prises au printemps 2014. Une deuxième dégustation, faite un an plus tard, peut se trouver ici.)

 

Informations et provenance : Voici la brique "hype" 2013 de Mengku Rongshi ! Présentée par Olivier (Puerh Asia/www.puerh.fr) dans un article sur les crus 2013 de cette compagnie, il semblerait qu'elle ait attiré tous les regards en gagnant la médaille d'or dans la catégorie Sheng du concours "Yun Cha Bei 2013". En tous les cas, elle a attiré le mien ! Voyons voir ce qu'elle a dans le ventre...



Détails d'infusion : 6 gr. / 130 ml en DuoQio ZhuNi. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en Glass Kettle. Rinçage flash. Temps d'infusion : 5s. - 10s. - 10s. - pause - 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - 35s. - 40s. - 50s. - 60s. - suite au jugé. Total de 14 infusions.


Vue : La brique est impressionnante : lourde et dense, parsemée de bourgeons blanc-argenté et de grandes feuilles vert foncé, elle est plus compressée qu'une galette dont on dit qu'elle est "faiblement compressée", mais beaucoup moins que la majorité des briques que j'ai vu (à vrai dire la seule exception que je connaisse, c'est ce carré LBZ 2011).
La liqueur, d'un jaune très clair tirant sur le gris argenté, est étrangement trouble. Pourquoi étrangement ? Parce que les photos et le résumé d'Olivier témoignent d'une liqueur au contraire d'une grande translucidité...


Odeur :
La brique elle-même a un parfum étrange (légumes verts, cuir animal et humidité) que j'associe au départ à son emballage particulier -- remises en vrac, la petite portion prélevée reprend rapidement une odeur très pure, musquée, sucrée et légèrement fruitée, avec une pointe de ce parfum d'air pur qui me fait penser à un Gao Shan.
Passées dans la théière chaude, les feuilles rappellent un type de musc peu sucré (contrairement à celui que je retrouve souvent dans les fonds de tasse). Il y a une composante animale de cuir bien marquée et quelque chose de très légèrement fumé et fruité -- j'hésite à identifier des prunes mûres ou des abricots secs. C'est très envoûtant comme parfum, très fin malgré le cuir -- quelque chose me rappelle un peu la Banpen 2009 de CS mais en plus jeune.
Les feuilles humides sont fumées et amères, mais il y a quelque chose de profond qui traverse les fosses nasales jusque dans la gorge, avec une petite acidité fruitée et légèrement poivrée, piquante, qui rappelle les abricots mentionnés plus haut. Dans le couvercle, on retrouve les mêmes notes en moins condensé.
La liqueur, elle, offre une odeur très résineuse d'aiguilles de pin et de fraîcheur montagneuse. Dans le fond de la tasse on retrouve le musc peu sucré mentionné plus tôt, ainsi qu'une pointe de résine.


Goût :
Schteuf, pour paraphraser Vincent ! La première infusion a une saveur légèrement résineuse et poivrée, avec une touche bien marquée de cuir animal, qui laisse une finale fraîche sur la langue jouant entre menthe et fruits secs.
La deuxième infusion dégage beaucoup d'amertume, un mélange résineux d'aiguilles de pin et de sucre fruité, avec toujours cette saveur de cuir en arrière-plan qui revient ensuite vers l'avant. Quelque chose me rappelle l'huile d'olive, mais est-ce la texture ou la saveur ? Impossible à déterminer.
La troisième infusion demeure dans les mêmes tons que la deuxième, avec une finale mentholée puissante qui se développe de l'arrière de la gorge à la pointe de la langue. Une note presque "saline" se laisse découvrir en fin de tasse, au travers d'une persistance de saveurs très fines et légères qui évoquent l'herbe sèche et l'air frais de montagne.
Les infusions suivantes sont beaucoup plus légère en saveurs que les trois précédentes, ce qui n'est pas pour me déplaire, d'autant plus que ça laisse mieux place à la texture. Les saveurs animales demeurent présentes mais s'estompe lentement pour laisser place à une douceur sucrée qui reste en bouche longtemps après avoir avalé, ainsi qu'une fraîcheur mentholée qui curieusement se déclare environ dix minutes après la dernière gorgée avalée.
Pour être honnête, les saveurs me sont plutôt désagréables. Le côté cuir/animal est vraiment déplaisant et très fort, complètement à côté de la plaque du compte-rendu d'Olivier qui ne mentionne pas du tout cette composante. Je me demande si ce thé n'aurait pas subi un surplus d'humidité au stockage ?!


Texture :
C'est un thé très joueur, qui oscille entre une saveur et une autre, une texture et une autre, back and forth comme disent les anglophones et surtout sans fin ! Ça rend la dégustation particulièrement dynamique et intéressante. Un peu d'astringence en fin de gorgée qui assèche bien les muqueuses sans trop attaquer l'estomac de façon désagréable (à part en créant un effet de faim). C'est vraiment très particulier, intéressant mais difficile à cerner.
Côté effet sur le corps : ça creuse ! Je me suis retrouvé avec pas mal d'énergie après la troisième infusion, mais on n'en est pas (encore ?) à la limite de l'énervement comme avec un high de caféine. Passé la pause entre la troisième et la quatrième infusion, c'est demeuré énergétique mais sans fébrilité, ce qui me rassure (sans quoi j'aurais dû abandonner la dégustation).
Ce côté joueur rattrape un peu le côté déplaisant des saveurs (et heureusement, vu le prix de cette brique !).


Sons : Invincible, de SimBi. J'ai choisi cette pièce pour la puissance de ses accrocs -- une pièce qui semble aller trop vite pour son thème, stridente dans ses aigus et graveleuse dans ses graves, avec une mélodie qui ne semble pas complètement en accord avec son accompagnement, mais dont l'ensemble pourtant parvient à peindre une impression de -- oui, d'invincibilité. Comme une vague si haute qu'on en oublie l'écume qui la borde.



Couleurs : Un tourbillon de vert et de blanc grisâtre sur fond de feuillage kaki, avec des pointes de rose-brun et de jaune, le tout formant un ensemble vaguement marécageux. L'impression générale est brouillonne mais acérée, comme le brouhaha de voix d'enfants dans une classe où on ne peut distinguer le moindre mot, mais où on entend parfaitement les éclats de rire aigus qui retentissent de temps en temps.