mercredi 27 novembre 2013

2013 – Guricha, Shizuoka, Japon, Camellia Sinensis


Informations et provenance : Err... oui, alors, essentiellement c'est dans le titre, hein. Pas beaucoup plus d'informations malheureusement, même sur la page de la boutique... Encore heureux qu'on sache que c'est un thé qui provient de Shizuoka puisqu'il y a quelques années encore, on se contentait d'afficher le nom du thé et sa provenance générale (ici, le Japon).
En tous les cas, il s'agit d'un Guricha (Mushisei-Guricha, dans la famille des Tamaryokucha, plus d'informations sur le Forum des Amateurs de Thé), thé vert japonais dont on a omis l'une des étapes dans le processus de fabrication, résultant ainsi en un thé qui a tout d'un sencha (thé étuvé donc) hormis la forme roulée des feuilles !


Détails d'infusion : 2 gr. / 125 ml en Kyusu de Tokoname. Eau filtrée Brita, chauffée en continu en bouilloire de verre à une température tentativement maintenue entre 70 et 75°C (bouilloire et pichet refroidisseur en porcelaine). Temps d'infusion : 30s. - 5s. - 15s. - 60s. Total de 4 infusions.


Vue : Ces feuilles, malgré leur magnifique couleur vert foncé, sont tellement en bouillie qu'elle font encore plus penser à un fukamushi qu'à un guricha... Quelques spirales caractéristiques (et le parfum qui en émane, bien sûr) rétablissent cependant la vérité. La liqueur est d'un vert très intense, accentué par les débris de feuilles qui passent à travers le filtre.


Odeur :Le parfum des feuilles sèches est puissant : mangues et ananas, mêlé de noix et d'un pôle légèrement légumé. Dans la théière chaude, c'est une odeur fraîche de noix qui ressort, mêlée d'une pointe finement végétale -- mais dès les feuilles mouillées, ce sont les asperges, le brocoli et l'huile de noix qui se laissent découvrir. La liqueur est plus sucrée, j'y découvre l'odeur de maïs mentionnée sur le site (première fois que je retrouve la même chose qu'eux, tiens !) et le fond de la tasse reflète ce même parfum de façon plus intense.


Goût : C'est très légumier et finement marin. La première infusion est à la fois sucrée et iodée, ce n'est pas un mélange qu'on retrouve tous les jours. Lorsque la liqueur touche la langue, elle passe progressivement du salé iodé au sucré (ça rappelle presque la saveur du poivron grillé), puis revient à un salé plus doux mêlé d'un peu d'acidité...
La deuxième infusion est beaucoup plus portée sur le légume cuit -- brocoli et asperges, peut-être même une pointe de choux de Bruxelles (j'en ai mangé récemment, ça paraît ? ^^ je les retrouve dans tout maintenant !)... Le tout s'estompe lentement en vagues sucrées.
La troisième infusion, elle, accentue le pôle marin, salé et iodé -- cependant, on sent les parfums passer légèrement en retrait, malgré la persistance des sensations en bouche. Une dernière infusion plus longue confirmera cette impression.


Texture : Épaisseur lactée, voire même crémeuse -- rarement trouvé des thés qui ont une plus grande présence en bouche. Cela dit, c'est très épais mais ça n'en est pas moins fin, avec une longue persistance qui évolue dans tous les sens longtemps après la dernière gorgée avalée.


Sons : Si tôt le matin, je n'aime pas m'encombrer les oreilles avec de la musique -- je m'étais levée alors que le ciel était encore orangé de la lumière des lampadaires de la rue, on entendait à peine le son de la neige et du vent... mettre la bouilloire en route n'a créé qu'un léger cliquetis liquide.
Le calme parfait.


Couleurs : Pétales de lumière jaune clair sur fond bleu-vert pâle... L'ensemble ici n'est probablement pas le mieux rendu, beaucoup plus sombre que ce que j'ai en tête, mais je vois mal comment le refaire autrement...

mardi 26 novembre 2013

2013 – Lao Man E "Spring", Bulang Shan, Bulang, Xishuangbanna, Menghai, Tea Urchin


Informations et provenance : Il s'agit d'un échantillon de la galette Lao Man E de Tea Urchin, obtenue via l'OSV 1 sur le Forum des Amateurs de Thé.


Détails d'infusion : 5 gr. / 150 ml en terre Duan Ni. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - pause pour refaire chauffer l'eau - 40s. - 60s. - 1m.30s. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : Les feuilles sont vraiment très belles, longues, duveteuses et constituées d'un camaïeux allant du blanc crème au brun clair, en passant par le vert printemps. Humides, les feuilles se déploient jusqu'à emplir la théière aux trois quart, ce qui m'arrive rarement -- légèrement rouges sur les côtés, elles sont pour la plupart entières, ce qui rend leur examination particulièrement agréable.
La liqueur est restée très pâle, contrairement à plusieurs des autres membres qui ont participé à l'OSV, probablement parce que mes dosages sont plus faibles que les bûcherons du Forum... ^^


Odeur : L'adjectif qui caractérise le mieux l'odeur que je perçois dans les feuilles (autant fraîchement sorties du sac, dans la théière chaude ou rincées par la première infusion), c'est "charnu". C'est sucré, fruité, un peu acide (on devine l'amertume), mais je n'arrive pas à déterminer exactement, ce terme est trop présent à mon esprit, colle trop bien à l'ensemble des sensations que je perçois côté olfactif.


Goût : Comme je disais dans mon premier compte-rendu sur le Forum, "on en a plein le nez, on en a plein la bouche, franchement c'est un vrai délice" -- "charnu" correspond aussi parfaitement aux saveurs qui se déploient en bouche. La balance entre sucre fruité et amertume résineuse est parfaite à mon goût, pile dans le registre que j'aime le plus. L'amertume reste très vive longtemps sur le bout de la langue, et le sucre plutôt près de la gorge, mais l'un et l'autre semblent changer de place à mesure que les saveurs évoluent, si bien qu'on est constamment (et agréablement) surpris par le résultat.


Texture : Ample, rond et présent. La liqueur est puissante, autant par son amertume que par son Qi bien dessiné accompagné de vagues de chaleurs qui montent et descendent, traversent tout le corps avant de s'installer dans la gorge, au centre de la poitrine et à l'arrière de la tête. Énergisant, mais très apaisant aussi, je soupçonne ce thé d'adapter ses effets à l'humeur de celui qui le boit... attention, cependant, parce qu'au moindre stress le coeur se met à se débattre... 


Sons : La pièce musicale du jour chez HDSound : "Rising Climax" de Monophobia Studio, qui est comme Epic Score, Audiomachine, Two Steps From Hell et bien d'autres, une compagnie qui crée de la musique spécialement pour les bandes annonces de film. Autrement dit les morceaux qu'ils composent sont courts, généralement intenses et frappent l'imagination... Si on remplace "court" par "charnu", ça vous dit quelque chose ? ^^


Couleurs : Bleu royal, indigo et crème nageant dans un océan noir, vert turquoise en contrepoint, et un grand splash d'étincelles dorées ! Le tout donne une impression que nos amis anglophones nomment "larger than life"...


dimanche 24 novembre 2013

2013 – Jung-jak, Corée, L'Eclos de Lyon


Informations et provenance : Voici un échantillon gentiment fourni par JMB du Forum des Amateurs de Thé, merci JMB ! ^^ Acheté à l'Eclos, qui est une boutique coréenne de Lyon, il s'agit apparemment d'une récolte d'automne. Je suis bien en mal d'en dire plus, mais à défaut, dégustons ! ^^


Détails d'infusion : 5 gr. / 120 ml. en Gaiwan JuHua et tasse de Julie Lavoie. Temps d'infusion : 45s. - 60s. - 1m.30s. - suite au jugé. Total de 6 infusions (la dernière au matin).


Vue : À première vue, ce n'est pas un thé qui donne envie -- les feuilles sont brun clair, et bien qu'elles soient entières, elles ont l'air desséchées, poussiéreuses, en fouillis... et pourtant. Dès qu'on les mouille, elles reprennent vie -- de brun, elles passent sur un vert vibrant qui rappelle les jeunes pousses de printemps (et c'est un thé d'automne !). La liqueur, elle, est d'un jaunâtre tirant sur le vert à mesure que passent les infusions.


Odeur : Les feuilles sèches sont très fragrantes, c'est ce qui m'a d'abord poussé vers ce thé -- ça part en vrille sur plusieurs types de fruits exotiques, mangues, papaye, ananas... Les feuilles dans le gaiwan chaud ont des effluves qui rappellent la mangue mêlée de noix grillées... est-ce des notes de torréfaction ?
Toutes les autres odeurs viennent confirmer les noix, y compris les feuilles mouillées et la liqueur -- mais des effluves de fruits exotiques, de mangues surtout, montent au nez si on attend un peu avant de boire ! J'aime bien, c'est très différent des thés verts auxquels je suis habituée.


Goût : Saveurs de noix, d'huile de noix même, quelque chose de végétal... Il y a de la torréfaction laissée sur la langue, mais c'est vraiment très très noix, avec une belle amertume pour porter la longueur. Les infusions subséquentes sont plus douce, toujours sur les noix mais on découvre des notes plus vertes/végétales qui rappellent un peu... euh, les choux de Bruxelles ? C'est plutôt intéressant ! Je ne suis pas habituée aux thés verts qui... euh, aux thés verts en fait. ^^ Du coup j'ai peu de références -- on m'a dit qu'il ressemblait un peu à un goût de Long Jing ? (*n'a jamais goûté de Long Jing*)


Texture : Sans surprise, c'est très huileux/gras, ça laisse après son passage un filin sur les papilles qui progressivement s'assèche et fait saliver. Les infusions finales sont moins huileuses et plus rafraîchissantes, je vois très bien ce thé consommé froid l'été pour se désaltérer puisqu'il conserve tout son goût sans devenir trop amer.


Sons : "Le Chien du Forgeron", de Manau. Le soir où j'ai bu ce thé, je me souviens, Vincent et moi papotions et nous échangions des liens de rap des années 90. Parmi ce qu'on s'est échangé, c'est celle-ci qui m'est restée accrochée en tête -- elle est à la fois nostalgique, intense, rythmée... et, ouais, surtout nostalgique, ce qui résume bien l'humeur dans laquelle j'étais à ce moment-là.



Couleurs : Jaune et vert, brun et ocre en un ballet constitué de lignes fluides... difficile d'être plus précis. À défaut, une image ! ^^


2012 – Gu Shu Cha (maocha), Wang Bing, Yiwu Shan, Yi Wu, Mengla, Xishuangbanna


Informations et provenance : Encore un échantillon de Sébastien, un grand merci ! ^^ De plus, si j'ai bien regardé sa liste de thés, il s'agit de l'un de ceux dont il n'a pas (encore ?) parlé sur son blog... suspense !
Il s'agit donc d'un maocha de Yiwu acheté via Olivier, produit par Wang Bing et, à moins que je me trompe, il s'agit du maocha utilisé pour produire cette galette (ou en tout cas, à priori, les noms correspondent).


Détails d'infusion : 5.4 gr. / 150 ml en terre Duan Ni. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 10s. - 15s. - 20s. - 25s. - pause - 30s. - 40s. - 60s. - 90s. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : De belles longues feuilles entières, bien torsadées, d'un brun clair louchant vers le jaune ocre. Mouillées, elle redeviennent rapidement du vert clair typique des thés plutôt jeunes, peu oxydés par le temps. De même, la liqueur est plutôt pâle, un jaune clair d'une grande limpidité dans lequel on retrouve très peu d'impuretés.


Odeur : Le parfum des feuilles sèches est frais ! Comme une bouffée de vent un matin d'hiver en montagne, avec la petite pointe résineuse qui rend l'effet d'une grande pureté. Dans la théière chaude, contraste : le parfum est rond, difficilement identifiable -- j'ai l'impression de retrouver le poudreux des biscuits au beurre peu sucrés que ma grand-mère trempait dans son thé quand j'étais petite, mêlé d'un quelque chose vaguement fruité (pruneaux peut-être ?) et résineux/épicé... bon, passons à la suite, même en mettant mon nez carrément dans la théière, j'arrive pas à en tirer plus que ça...
Les feuilles mouillées, le couvercle et la liqueur reprennent le même type d'odeur que lorsqu'elles étaient chauffées, avec une pointe d'acidité en plus. J'ai toujours cette impression vague de poudre de biscuits mêlée d'épices, mais je n'arrive pas à bien identifier... Le fond de tasse est magnifique, ce musqué fruité que j'aime tellement en grande intensité, mêlé de subtils parfums épicés qu'on perçoit jusque dans le fond de la gorge (et ça reste longtemps dans la tasse, sapristi !).


Goût : C'est définitivement épicé ! Changeante, la liqueur est subtile -- il suffit d'une seconde pour perdre des arômes qu'on perçoit partout dans la bouche : langue bien sûr, palais, sous la langue, dans les joues, sur et derrière le voile du palais, j'ai même une pointe de sucre fruité pile sur la glotte... ! Franchement, il ne m'en faudra pas beaucoup pour être complètement conquise.
Épices, donc, et sucre fruité, on retrouve également le résineux que je percevais dans le parfum des feuilles sèches -- c'est enrobant sans être particulièrement rond... profond, disait Olivier, et c'est un terme avec lequel je me trouve en accord. Pas de trace d'amertume dans la première infusion, mais une bonne longueur en bouche. Si seulement j'arrivais à identifier ces épices, ça commence vraiment à me travailler...
La deuxième infusion développe un début d'amertume qui s'intensifiera en saveurs résineuses à mesure que les infusions se succèdent -- et paradoxalement, c'est ce qui m'aide à identifier des saveurs de coriandre ! Enfin ! Avec la saveur subtile du poivre long qui se développe longtemps après la dernière gorgée avalée.


Texture : Enrobante ! Pas réellement grasse ni huileuse, la liqueur s'étale bien pourtant dans la bouche et y reste. Un peu de sécheresse suit le passage, mais pas assez pour que ce soit désagréable -- c'est juste suffisant pour avoir envie de prendre une autre gorgée. C'est un thé qui rend de bonne humeur, avec juste ce qu'il faut d'énergie pour donner envie de sautiller, sans rendre fébrile pour autant. Parfait pour les moments précédant un peu de jogging, je dirais !


Sons : "Bonzaïon", de Loco Locass -- Vincent m'avait demandé ce matin si c'était vraiment si bon, cet échantillon... c'est avec cette chanson que je lui ai répondu. ^^


Couleurs : Doré, vert, orangé sur fond noir, avec quelques étincelles bleues et jaunes ici et là. C'est très vivant, ça bouge de façon harmonieuse -- d'ailleurs ce mouvement est bien présent, impossible à manquer !


samedi 23 novembre 2013

2007 – Fu Lu Yuan Cha, FengQing LongQuan ChaYe, Lincang


Informations et provenance : Cet échantillon gentiment offert par Sébastien du blog Vacuithé (merciii ! ^^) a reçu le surnom de "galette mystère" lorsqu'il l'a reçue en 2011. Je laisse Olivier et Sébastien en parler, ils le font mieux que moi !


Détails d'infusion : 5 gr. / 150 ml en terre Duan Ni. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - 40s. - 60s. - pause - 1m. - 1m.30s. - 2m. - suite au jugé. Total de 12 infusions.


Vue : La galette ne devait pas être pressée trop fortement puisque mon échantillon est presque entièrement composé de feuilles détachées, d'un brun presque noir, façon maocha. Elles ont l'air un peu sèches d'ailleurs, ces feuilles... enfin, plus sèches que d'habitude, quoi.
La liqueur est très sombre, orange brûlé tirant par moment sur le rouge, une couleur bien saturée qui promet une belle concentration de saveurs.


Odeur : C'est très frais ! Presque mentholé, bien que très végétal en même temps. Les feuilles sèches dans la théière chaude dégagent une composante musquée et légèrement fumée, c'est plutôt doux. Les feuilles mouillées ont une odeur fumée, le couvercle quand à lui retient des parfums végétaux, un mélange fumé/amer/frais intéressant. La liqueur est sur la même note, très végétale, avec une fin de tasse musquée/fruitée mais pas particulièrement sucrée, plutôt... poivrée ! C'est surprenant. La liqueur en refroidissant prend l'odeur de la fin de tasse, c'est très agréable...


Goût : L'effet est immédiat : un mélange fumé/boisé/frais sur la langue, comme si je léchait l'écorce de quelque chose... un conifère ? On retrouve dans la tasse une amertume bien dessinée mais la liqueur passe sans aspérités (du moins à la première infusion).
La suite est définitivement sur le conifère ! Épinette/épicéa, sève et résine très forte, toujours une composante fraîche en arrière-goût... La rétro-olfaction laisse apparaître cette pointe de musc fruité qu'on retrouve vaguement en fin de tasse.
Quelque chose me rappelle l'enfance, mais je n'ai pas encore déterminé quoi... Ah si ! J'ai l'impression de boire un concentré des odeurs qu'on retrouve en camp scout ! Belles sensations, en tout cas, j'ai beaucoup apprécié cet échantillon. 


Texture : Texture un peu grasse, huileuse mais à la fois très fluide, sans aspérités contrairement à ce que pourrait laisser croire les saveurs résineuses qui m'évoquent irrésistiblement l'odeur des aiguilles de sapin et de l'épinette/épicéa fraîchement coupée. Le passage de la liqueur laisse derrière quelques saveurs boisées qui demeurent longtemps en bouche et font saliver. Hmmm...


Sons : Ben du coup, autant y aller à fond sur la forêt. "Le Repos du Guerrier" par Mes Aïeux, groupe québécois, et dont les paroles expriment plutôt bien mon impression au moment de déguster ce joli morceau de puerh ! (En plus il m'en reste pile assez pour une deuxième dégustation, c'est extra. ^^)



Couleurs : Sans surprise, un parterre d'aiguilles vertes et brunes, des racines sinueuses, des reflets d'eau... Difficile à mettre en mots, et je ne suis pas totalement convaincue que l'image parvient à rendre l'effet exact, mais c'est le mieux que je puisse faire.

2006 – Mang Fei Shan Organic, Zi Yu Yongde Tea Factory, Yong De, Lincang


Informations et provenance : Suite à la dégustation de l'échantillon de Min Feng gentiment fourni par Nicolas (Le Thé et le Chemin), je me suis lancée et j'ai mis la main sur cette galette, ainsi que sa soeur que je présente ici !
... ou plutôt son frère, car la Min Feng et la Mang Fei sont des jumeaux de genre différents et il s'agit ici de la partie "masculine" du binôme.
L'une et l'autre ont été présentées de nombreuses fois à travers les années -- Sébastien bien sûr (Vacuithé), Hobbes (The Half-Dipper), Nicolas également qui avait présenté un article comparant les jumeaux côte à côte... s'il existe d'autres comptes-rendus pour cette galette que j'aurais loupé, faites-moi signe ! Je me contenterai de mon côté de signaler qu'elle est encore disponible (mais pour combien de temps ??) sur Yunnan Sourcing.
EDIT: 
EDP (Clarthé) signale aussi quelques autres comptes-rendus beaucoup plus anciens, dont l'un d'eux est encore en ligne : celui des archives de Philippe (La Galette de Thé) qui se trouve ici. Un compte-rendu datant de 2007, un an après la sortie de ce puerh, qui est plutôt intéressant à lire.


Détails d'infusion : 5 gr. / 150 ml en terre Duan Ni. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - pause pour la nuit. Reprise le lendemain : 40s. - 45s. - 60s. - suite au jugé. Total de 12 infusions.


Vue : Les feuilles sont plutôt grandes, disons moyennes à grandes -- sombres mais nuancées de brun chaud, de violet, d'ocre brun clair, il y a même du vert olive foncé... Elles luisent beaucoup, par l'effet de nombreux bourgeons qui paraissent argenté à la lumière. La galette a été compressée plutôt solidement, mais ce n'est pas non plus ce qu'il y a de plus difficile à entamer (pas comme une brique ou un tuo par exemple, les feuilles se détachent aisément sur les côtés).
La liqueur est d'un jaune qui tire sur l'orangé, très semblable aux couleurs des précédentes galettes de 2006 que j'ai eu l'occasion de goûter. Quand aux feuilles humides, la majorité sont relativement entières et plutôt solides, il y a peu de brisures. On discerne quelques tiges et feuilles jaunes, mais pas trop non plus.


Odeur : La première chose qui me frappe, c'est que l'odeur que j'associe maintenant aux galettes de Yong De me paraît... assombrie ! Un "Yong De sombre" ?! Les parfums "jaunes" ici me paraissent "violets"...
Bon, de façon moins abstraite : les pôles sont fruités et épicés, ça me rappelle fortement les parfums de brioche aux raisins secs qui viennent de sortir du four. Les feuilles humides dégagent une odeur fumée et un peu boisée, celle du couvercle et du fond de tasse est définitivement épicée ! On retrouve toujours ces raisins secs, du musc, du sucre de fruits, quelque chose qui me rappelle la grenade... je crois que je discerne même quelque chose qui me rappelle vaguement un tabac de bonne marque, sombre et parfumé. La liqueur elle-même a peu de parfums, donc passons à la dégustation proprement dite.


Goût : Un pôle fumé/boisé bien marqué me frappe à la première gorgée. Je retrouve très vite en plus les arômes déjà perçus dans les feuilles et le couvercle de la théière -- des épices, des raisins secs, de la grenade, du musc... quelque chose qui me rappelle un peu l'écorce d'érable, ou d'un feuillu du moins... C'est presque un jus de fruits -- à vrai dire, je pourrais m'y tromper s'il n'y avait pas cette belle amertume qui s'arrondit en bouche et porte les saveurs.
Les infusions subséquentes développent l'écorce plus avant et je retrouve également des traces de ce tabac perçu plus tôt à l'odeur. L'impression générale de quelque chose de sombre (de "violet", comme la couleur et pas comme le thé violet !) se confirme...


Texture : Alors je dois d'abord mentionner que la longueur en bouche est impressionnante. Même lorsque les nombreux retours se sont atténués, la salive prend le relais et libère des saveurs sucrées de friandises, de fruits confits au sucre -- quelque chose à mi-chemin entre l'écorce d'orange et la compote pommes-fraises. De l'autre côté, le pôle écorce/boisé grattouille un peu le fond de la gorge... La liqueur est plutôt limpide et ample en bouche, elle passe bien sans trop d'aspérités hormis ce grattouillement que je viens de mentionner. Elle me fait moins d'effet que l'échantillon de Min Feng, Nicolas avait raison sur ce point (d'ailleurs j'ai une galette de Min Feng qui est arrivée en même temps que celle-ci, je me ferai un plaisir de goûter et de re-comparer...), mais il faut dire qu'après la triste nouvelle reçue il y a deux jours, je suis probablement moins réceptive aux effets sur le corps...


Sons : "Winterland" par Unheilig. J'avais déjà brièvement présenté ce groupe de musique allemand par le passé sur un Guei Fei... Ici c'est le contraste entre la voix grave du chanteur et celles, presque angéliques, du choeur d'enfant qui m'intéresse, puisque c'est une représentation plutôt bonne de l'effet que cette Mang Fei me fait -- le tout sur une musique mélancolique et soulevante, avec une vidéo officielle qui me touche particulièrement. Souvenirs d'enfance...



Couleurs : Des teintes de vert/orangé superposées avec des bleu/vert/violet, en damiers et spirales virevoltantes. L'ensemble est sombre et harmonieux, doux mais complexe.

Printemps 2009 – Luanze Concubine Oolong (Guei Fei) "sauvage", Feng Huang, Taiwan, Teamasters (Évolution)

(La première dégustation, faite en 2010, se trouve ici.)

Informations et provenance : Ce thé provient à l'origine de chez Stéphane Erler (blog Teamasters) qui en a parlé dans un article ici. Je le lui avais acheté à l'automne 2010 et maintenant, trois ans plus tard, j'ai le plaisir de redécouvrir quelques grammes au fond de mon tiroir à wulong, derrière quelques sacs de Bai Hao... testons-les donc !


Détails d'infusion : 5 gr. / 125 ml en Gaiwan "Lotus". Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 15s. - 20s. - 30s. - 40s. - 60s. - 1m.20s. - 1m.50s. - suite au jugé. Total de 9 infusions.


Vue : Les feuilles sont vraiment très petites -- un bourgeon, une feuille, un minuscule début de bourgeon... et c'est tout. Non-roulées, contrairement à ce qu'on retrouve généralement dans un Guei Fei, elles ressemblent davantage à des feuilles de Bai Hao -- légères, floconneuses, de toutes les couleurs. Post-infusion, cependant, on remarque qu'elles sont plus vertes, beaucoup moins oxydées que leur contrepartie "mère"... probablement l'un des seuls points communs avec les Dong Ding qui forment l'autre "parent" de ce thé.
La liqueur est sombre, orange brûlé à rouge profond sur les toutes dernières infusions -- elle a bien évolué dans ses couleurs depuis la dernière fois que je l'ai goûtée.


Odeur : Un premier pôle boisé, fruité et sucré des feuilles sèches se transforme dans le gaiwan chaud en miel d'automne boisé (rugueux, même !) et en fruits rouges (raisins, cerises, etc.). Les feuilles mouillées dégagent les mêmes parfums, mais avec un petit quelque chose de frais, végétal peut-être ? Dans le couvercle, une seule chose à dire : SUCRE !
Après quelques inspirations, on découvre du boisé/végétal en retrait, de la compote pomme/poires, une certaine "profondeur" qui n'y était pas auparavant... Finalement, dans le fond de la tasse, retour au miel boisé et au fruité sucré du début.


Goût : Ce sucre ! C'est inimitable, je n'ai jamais retrouvé dans un thé un arôme pareil.
La première fois que je l'avais goûté, je me souviens avoir eu dans la tasse un petit goût acidulé qui me rappelait le raisin -- cette fois, rien d'acidulé, mais un boisé/torréfié d'autant plus intéressant qu'il se trouve en contrepoint de tout ce sucre.
Vers la troisième et quatrième infusion, le thé reprend sa jeunesse. Ce qui était boisé, torréfié, mielleux redevient frais -- j'ai l'impression de croquer dans une poire dure, encore un peu verte. Le torréfié/miellé revient vers la cinquième et cette belle évolution du "jeune" qui laisse peu à peu la place au "vieux" dure jusqu'à la fin de la dégustation.


Texture : C'est épais comme du nectar mais très très fluide, ça coule en bouche comme de l'eau, puis ça laisse une... pas vraiment une sécheresse, mais une sorte de picotement sur la langue qui fait saliver. Son effet sur le corps est "assagi", on sent bien qu'il ne s'agit pas d'un thé de l'année -- cependant, il n'en est pas moins puissant. Le potentiel de "tea-vresse" dont parlait Stéphane est encore bien présent...
Petit manque d'endurance, cependant -- j'avais souvenir d'une dégustation sur 12 infusions, cette fois à 7 on commence à être juste.


Sons : "The Last One" par Paul Dinletir de la compagnie Audiomachine, qui se spécialise dans la création de musique de film et plus spécialement pour les bandes-sonores.
"The Last One" est une pièce plus complexe qu'elle n'en a l'air. Elle a un thème au piano très simple et répétitif, quelque chose d'un peu mélancolique et qui englobe bien le concept du titre. Ce qui rend le morceau intéressant, c'est l'accompagnement -- en modifiant sans cesse sa ligne musicale, en ajoutant ou enlevant des instruments, ça change toute l'ambiance du thème (qui en devient une aria, si l'on veut être précis avec les termes musicaux). Maintenant, si on compare ces caractéristiques aux arômes du thé qui vont et viennent selon les infusions...



Couleurs : Lignes vertes et rouges qui virevoltent dans l'espace, éclats jaune doré qui explosent comme des petits soleils ou des feux d'artifice... C'est très vivant, je ne sais pas comment décrire ce thé autrement... vivant.