samedi 19 octobre 2013

2012 – Yunnan Sourcing "Impression", blend printemps/automne de Lincang, Wu Liang & Simao, Yunnan Sourcing


Informations et provenance : Il s'agit ici d'une galette signée Yunnan Sourcing... dont je croyais avoir d'abord vu la référence sur le blog de Hobbes (The Half-Dipper) mais apparemment non... Impossible donc de me souvenir où je l'avais vue.
Bon.
Dans tous les cas, il s'agit d'une recette créé par Scott de Yunnan Sourcing avec un blend de feuilles printemps/automne en provenance des terroirs de Lincang, Wuliang et Simao, conçue selon ses dires pour un stockage et vieillissement à long terme.


Détails d'infusion : 5 gr. / 150 ml en terre Duan Ni. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 5s. - 10s. - 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - pause pour refaire chauffer de l'eau - 40s. - 60s. - 1m.30s. - suite au jugé. Total de 12 infusions.


Vue : La galette est vraiment très belle. Le mélange de feuilles est sombre et clair à la fois, de toutes tailles et de toutes couleurs -- son emballage original est beaucoup plus pertinent que je l'avais d'abord cru ! Et il y a un côté luisant que j'adore -- synonyme à la fois de duvet réflectif et de feuilles bien gorgées d'huiles essentielles...
La liqueur est jaune clair à jaune vif, là-dessus on retrouve bien les couleurs d'un jeune sheng. J'y retrouve quelques impuretés, des petits débris de feuilles et pas mal de duvet de bourgeons en suspension. Quand aux feuilles, une fois la dégustation terminée, elles sont petites et grandes mais bien solides, du vert olivâtre qu'on connaît bien avec quelques pointes d'oxydation rouge.


Odeur : C'est définitivement très vert, très frais et légèrement fruité -- mais soudain j'ai une effluve de quelque chose qui me semble brûlé, étrange... Franchement bizarre cette odeur off qui va et vient... Pas super agréable, en fait. J'espère que le rinçage la fera partir, c'est un peu comme si on avait brûlé un papier bourré d'encre... ou alors c'est carrément le papier bourré d'encre et je ferais mieux de faire vieillir cette pauvre galette dans quelque chose de plus neutre.
Les feuilles mouillées ont une odeur acide/fumée -- mais rien de réellement surprenant en fait, c'est une odeur que j'ai souvent retrouvée dans de très bonnes galettes. La liqueur ne sent pas grand-chose, mais l'odeur du couvercle est sublime, tout comme celle du fond de la tasse -- musqué, très sucré, presque miellé ! Floral, fruité... c'est difficile à dire exactement, le parfum évolue beaucoup d'une inspiration à l'autre. Ça n'a pas l'ampleur et la puissance de celui qu'on retrouve en fin de tasse d'un puerh plus âgé (je pense aux galettes Min Feng ou Mu Shu Cha qui sont toutes deux de 2006) mais ça en a tout le potentiel -- un peu comme si on reniflait les cheveux de son enfant plutôt que de son compagnon/sa compagne... (j'ai un mal de chien à me convaincre de verser la prochaine tasse, ça sent trop bon, je ne m'en lasse pas !) D'ailleurs, je ne serais pas surprise d'apprendre que la composante "Lincang" du mélange vienne de Yong De...


Goût : Ah, c'est là qu'on découvre qu'il s'agit bien d'un jeune puerh ! Ce n'est pas trop amer -- c'est la première chose qui me vient en tête. Il faut dire que j'ai infusé cette première tasse plutôt léger, avec un grammage moyen à faible selon les avis... Ce n'est pas trop amer, donc, mais ça ne veut pas dire que ça manque de goût -- au contraire ! C'est plutôt floral, quelque chose qui commence légèrement comme des fleurs printanières pour se déployer dans les secondes suivantes en arômes rappelant le lys ou une fleur au parfum plutôt lourd, capiteux et chaud/humide/ensoleillé. Difficile de décrire autrement !
On retrouve par la suite une pointe de saveur fumée, quelque chose de résineux comme de la rosée qui aurait séjourné sur des aiguilles de pin, quelque chose qui rappelle le vent et les matins en montagne... La saveur de la liqueur refroidie est vraiment très très bonne -- l'amertume en retrait lorsqu'elle sort de la théière reprend ses droits et on retrouve derrière le pôle résineux bien présent une trace en saveur de l'odeur qu'on retrouve au fond de la tasse... magique !
En troisième tasse, au résineux se mêle une pointe de ce musc fruité que j'apprécie tant, c'est comme boire littéralement l'odeur... hmmmmm. je rejoins tout à fait le commentaire de celui qui disait, sur le site de Yunnan Sourcing, qu'en aveugle on pourrait croire que c'est une galette dont le prix aurait été fixé dix dollars plus haut...
Et les infusions suivantes ne font que développer ce goût incroyable ! Bon, je passe à la texture avant de me transformer en poète. ^^


Texture : Fluide et soyeuse à la fois... ça me fait penser à la texture d'une huile très fine de tournesol, qu'on perçoit plutôt après son passage que pendant qu'elle se trouve en bouche -- mais quelle longueur de retour ! Le pouvoir asséchant de la liqueur est très puissant, cependant, j'en ai un peu de mal à saliver quelques minutes après avoir avalé... et comme beaucoup de puerh jeune, attention à l'estomac !
C'est un thé de bouche plus que de corps, de nez plus que de bouche... Cependant ça ne veut pas dire qu'elle n'a aucun effet du tout -- après quelques tasses, on se sent doucement énergisé. Pas au point d'aller courir le marathon, mais bien assez pour avoir envie d'aller prendre une bonne marche au soleil et au vent... Honnêtement, j'ai hâte de voir quel effet me fera ce thé quand il aura pris quelques années, histoire de voir si cette "douceur de forme" se mêle d'un peu plus de "puissance de fond".


Sons : Un hommage à peine voilé à JMB du Forum des Amateurs de Thé, qui m'a fait découvrir cette musique -- Shantel, avec Disko Partizani ! De la musique traditionnelle des Balkans mêlée de beats électro / plus ou moins pop. Un joli mélange de genres comme j'adore !
Cette musique est énergique, donne envie de danser, mais elle n'est pas non plus "excitée" et confuse comme beaucoup de ce qu'on retrouve en musique électro. C'est le genre de musique sur laquelle j'aurais dansé avec plaisir quand j'étais ado (si je n'avais pas été trop gênée pour danser) et qui me ramène un peu à cette période où j'étais pleine d'énergie et un peu naïve. Bref, c'est fun ! :) Et ça rejoint bien la fraîcheur de ce sheng tout jeune.



Couleurs : C'est très doux, ça donne l'impression de regarder un ballet de plumes d'oiseau. De l'orange très léger, du vert doux, du bleu-violet en arrière-plan... Mouais, je sais pas trop comment décrire, donc je laisse place à l'image qui retranscrit visuellement assez bien l'impression que ça me donne. (Comment ça, paresseuse ?! ^^)

mercredi 9 octobre 2013

2007 – Oriental Beauty (Bai Hao) "Parfait", Hsin Chu, Taiwan, Teamasters


Informations et provenance : En 2007, Stéphane Erler du blog Teamasters avait eu la chance de mettre la main sur un Bai Hao dit "parfait" -- c'est à dire constitué des meilleures feuilles, à la fois les plus jeunes et les plus mordues par les petites cicadelles qui aident à la fabrication de ce thé. Trois ans plus tard, il proposait à cinq personnes qui en avaient acheté de le revisiter. N'ayant pas eu la chance d'en acheter la première fois, j'avais été mise sur une liste d'attente, au cas où moins de 5 personnes le contacteraient à ce sujet -- et comme vous pouvez voir, j'ai été chanceuse...
Je suis restée très longtemps impressionnée par ce thé, au point de l'enfermer dans un petit contenant hermétique et d'attendre la bonne occasion, un moment spécial. Bien sûr, je n'ai pas de doute sur le fait qu'il aura vieilli, mûri, changé depuis que Stéphane en a parlé... Avec un peu de chance, cependant, il aura gardé sa magie.


Détails d'infusion : 2 gr. / 90 ml en gaiwan de porcelaine. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 30s. - 40s. - 60s. - 1m.30s. - 2m. - 3m. - 5m. - suite au jugé. Total de 12 infusions.


Vue : Les feuilles sèches sont très petites et particulièrement sombres -- probablement à la fois l'oxydation poussée qu'elles ont subi lors de la fabrication du thé et leur vieillissement. 6 ans, ce n'est plus très jeune ! On retrouve tout de même de longs bourgeons couvert d'un duvet presque blanc contre le brun rougeâtre de la majorité des feuilles, ainsi que quelques soupçons de vert forêt ici et là. La liqueur est plutôt pâle, allant de presque blanc à jaune transparent vaguement orangé au fil des infusions. J'imagine qu'avec un grammage plus élevé, les teintes seraient beaucoup plus foncées... Finalement, les feuilles mouillées sont rouge vif tirant sur le magenta, une couleur plutôt étonnante que je n'avais jamais vue par le passé.


Odeur : Les feuilles sèches ont quelque chose de miellé, boisé, avec une profondeur "sombre" particulière. Avec les feuilles mouillées, on tombe sur le fruit cuit -- j'ai des arômes de pomme d'automne et de raisin sec qui me montent au nez. La composante boisée est toujours un peu présente, mais en retrait. L'odeur dans le couvercle a une concentration stupéfiante -- en plus d'un micmac de ce que j'ai déjà mentionné, sucre blanc, fruits au miel, muscade et muscat me chatouillent agréablement les narines. Et enfin, dans la liqueur, on retrouve le parfum du couvercle en plus léger, le pôle boisé un peu plus présent.


Goût : Difficile à décrire autrement que par "ça goûte le Bai Hao". Ce n'est pas tant le goût qui frappe (même s'il est très bon) que la texture en bouche. On retrouve les composantes "traditionnelles" -- muscat, raisin miellé, boisé léger, fruits cuits, épices... D'ailleurs, les épices sont plutôt présentes dans la troisième infusion -- un mélange de poivre et de quatre-épices, je pense, mais je ne suis pas tout à fait certaine puisque c'est quelque chose que je perçois moins sur la langue que dans la gorge. Beaucoup des arômes sont perceptible uniquement en rétro-olfaction d'ailleurs...Vers la fin de la dégustation, c'est la gorge qui rend les dernières traces parfumées -- sucre et miel, épices légères et quelque chose qui me rappelle vaguement (mais très vaguement hein) le bois de santal.


Texture : Très limpide, presque "caressante". La liqueur picote dans les joues et sur la langue après son passage, elle a aussi un fort pouvoir asséchant qui pousse presque les muqueuses de la gorge à "coller ensemble" dans l'attente de la gorgée suivante ! Difficile de juger de l'ampleur et de la longueur du retour en bouche avec un grammage si faible pour des temps plutôt courts, mais à priori, comme j'ai un goût "fantôme" très longtemps en bouche après avoir avalé, j'aurais tendance à dire qu'elle est plutôt bonne.


Sons : J'ai eu beaucoup de mal à trouver une pièce musicale qui convenait à ce thé. Finalement, après avoir écouté et écarté beaucoup de fichiers, je me suis arrêtée sur "Berlin" par ThePianoGuys... que j'avais déjà présenté, par hasard, sur un autre Bai Hao il y a un mois et demi. À noter que si je me souvenais bien avoir déjà présenté une pièce musicale de ces artistes, j'avais complètement oublié que c'était sur ce Bai Hao... Jolie "coïncidence", à explorer sur de nouveaux thés !
Pour en revenir à la pièce elle-même, ce sont essentiellement les mêmes composantes qui me l'ont fait choisir -- elle est calme et douce, mais le son du violoncelle (pour lequel j'ai un faible avoué) retranscrit bien pour moi la puissance sous-jacente de ce thé. Pas de rappel classique ici, seulement le pouvoir d'une centaine de violoncelles et d'un tambour. Ça a de quoi rendre humble, je trouve.



Couleurs : Mes éternelles spirales bleu et jaune doré sur fond rouge, celles que je vois pratiquement toujours lorsque je déguste un Bai Hao, sont encore bien présentes, presque explosives. Les teintes sont saturées, le jaune un peu plus vif peut-être que ce à quoi je suis habituée, au point où le fond rouge est à peine visible. J'ai du mal à imaginer ce que ça aurait donné si j'avais dosé davantage !

samedi 5 octobre 2013

2010 – Luanze Oolong, Ali Shan (Gao Shan), Taiwan, Teamasters


Informations et provenance : Un thé en provenance de chez Stéphane Erler (blog Teamasters), arrivé avec ma commande en 2010. Je lui cède la parole, il en parle bien mieux que moi ici. ^^


Détails d'infusion : 3.9 gr. / 90 ml en Gaiwan "Poissons". Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 20s. - 25s. - 30s. Total de 5 infusions (j'aurais pu en faire au moins deux ou trois de plus sans souci). 


Vue : Les boulettes de feuilles sont vert foncé et vraiment minuscules -- c'est d'autant plus étonnant de comparer les boulettes elles-mêmes avec la poudre et les débris de fond de sac (parce qu'honnêtement, ce n'est pas si différent !), et la grande taille qu'elles obtiennent en se déployant l'est encore plus. La liqueur, elle, est d'un jaune que je trouve particulièrement foncé pour un Gao Shan -- nul doute que l'oxydation est passée par là.


Odeur : La fraîcheur de cette fin de sac est étonnante ! Ces toutes petites boules dégagent un parfum très floral -- si je devais me hasarder à l'identifier, je dirais de l'orchidée, mais c'est difficile à confirmer vu le temps qui a passé depuis la dernière fois que j'en ai senti une. Cette odeur m'évoque les pétales lourds et gras des fleurs ornementales qu'on écrasait entre nos doigts quand on était gamins.
Dans le gaiwan chaud, je retrouve ce parfum fleuri opulent mêlé à l'arôme du miel d'été, celui qui est léger et sucré mais qui envahit la bouche et refuse de se laisser chasser par la suite. Les feuilles mouillées, elles, laissent échapper des odeurs de lys et de végétation printanière -- parfums que l'on retrouve également dans le couvercle, mêlé de quelque chose qui rappelle le nectar.


Goût : Honnêtement... ce n'est pas ce que j'espérais. C'est floral, ça oui, c'est frais, je peux même distinguer le côté "rocailleux" mentionné par Stéphane... mais quelle acidité ! Peut-être qu'on peut en attribuer une partie au vieillissement de 3 ans... il n'était pas sous vide, malheureusement, mais dans un sachet manuellement vidé d'air (et probablement un peu perméable). Ou alors c'est l'effet "fin de sac". Il faudra que je compare avec les autres Gao Shan qui eux sont demeurés scellés dans les petits sachets envoyés par Stéphane.
Il est aussi fort possible que je ne sois pas une grande fan des Gao Shan et que ça influence mon jugement. Là aussi, il faudra que je teste... ^^


Texture : Franchement, rien à redire. Il y a une belle rondeur, un peu comme une épaisseur lactée sans le goût ni la pellicule grasse que le lait laisse en bouche. La rétro-olfaction est plutôt bonne, ce qui pour moi "sauve" un peu ce thé de son acidité marquée chassée par les arômes floraux qui reviennent (juste à temps, comme la cavalerie !).


Sons : En fouinant dans le blog de Teamasters, je suis tombée par hasard sur cette réinterprétation de "Hurt" par Johnny Cash (écrite et interprétée à l'origine par Trent Reznor / Nine Inch Nails). Stéphane l'avait dédié à un autre thé, mais c'est avec celui-ci que je l'associe. La voix pleine d'aspérité de Johnny Cash sur une chanson à la fois mélancolique et dure me rappelle non pas les arômes floraux du thé que je bois, mais plutôt les montagnes où il a grandi. C'est une pièce qui complimente le côté "rocaille" que j'aime bien et qui contraste bien avec les couleurs que je vois.



Couleurs : Parlant justement des couleurs ! Ben, sans surprise, beaucoup de blanc, des teintes de vert clair, de rose et de bleu, le tout en grandes plages étalées et vaporeuses... Avec un peu d'imagination, les mouvements et les arrangements de couleurs peuvent même se traduire en pétales de fleur lumineux (même si dans les faits, c'est un peu plus abstrait que ça).

vendredi 4 octobre 2013

2006 – "Puerh Cru Sauvage", Lincang, Teamasters


Informations et provenance : Je dois admettre ma surprise -- c'est bien la première fois qu'un thé en provenance de chez Stéphane Erler (Teamasters) contient moins d'informations que ceux que je bois au quotidien ! En tout cas, il s'agit ici de l'échantillon d'une galette en provenance du terroir de Lincang, faite de feuilles cueillies au printemps 2006 d'arbres anciens et sauvages. Or, j'avais déjà fait un comparatif entre deux galettes de Lincang 2006 récemment, l'une d'entre elles provenant elle aussi d'arbres anciens et sauvages... Peut-être est-ce la même ? Peut-être pas. Qui sait ? Stéphane, sans doute...
Pour plus d'informations, on a ici les notes de dégustation de Stéphane ainsi que celles en anglais de Hobbes (The Half-Dipper) en deux fois, la première ici, la deuxième là.


Détails d'infusion : 4 gr. / 100 ml en Lin's Purion. Eau filtrée Brita, chauffée en bouilloire de verre à 100°C. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 15s. - 30s. - 40s. - 50s. - 60s. - pause - 1m.15s. - 1m.30s. - 1m.50s. - 2m.30s. Total de 10 infusions.


Vue : Une fois de plus, difficile de juger sur un échantillon. La galette a l'air compressée, ou alors c'est que j'ai récupéré une partie centrale -- on y trouve tout de même quelques bourgeons ocres entourés de feuilles brun sombre aux reflets parfois violets. La liqueur est d'un jaune saturé mais doux et plutôt limpide. Cependant, inutile de montrer l'intérieur de la théière, c'est un massacre là-dedans...


Odeur : Le morceau de galette est encore très fragrant -- j'y retrouve essentiellement tout ce qui me plaît dans un puerh cru adolescent : cette odeur qui me rappelle la jungle, une petite trace de musc, quelque chose d'indéfinissable qui fait saliver. Son odeur dans la théière chaude m'apparaît un peu "sombre", j'y trouve moins le côté végétal éclatant et davantage de bois, de résine, de quelque chose de minéral. Après rinçage, les parfums ne changent pas -- ils se contentent d'être légèrement exacerbé et on les retrouve également tels quels dans la liqueur. Je suis surprise, en revanche, de trouver quelque chose d'acide dans le couvercle de la théière. A-t-il souffert de ses trois ans en petit sachet plus ou moins sous vide ? Ce serait bien dommage... L'odeur en fin de tasse me rassure -- musc et jungle, pierre et terre humide. Tout va bien.


Goût : Dès la première infusion "correcte" (les deux premières ayant été sous-infusées), c'est la minéralité sucrée qui prend la bouche d'assaut. Une belle amertume porte également des saveurs végétales, celles qui me rappellent la jungle -- musc et lianes, terre humide, je n'ai qu'un pas mental à faire pour y ajouter la chaleur humide propre à ces endroits (merci, Biodôme de Montréal). Curieusement, je n'y trouve pas le "citron-fumé typé arbres sauvages", que j'avais identifié de mon côté comme ce que j'appelais de l'astringence -- à vrai dire je pourrais probablement découvrir un peu de citron en prêtant très attention, mais le fumé brille par son absence (et je ne vais pas m'en plaindre)... du moins sur les six premières infusions.
Je regrette que, passé la pause pour remettre de l'eau à chauffer, le goût se modifie autant -- maintenant j'y retrouve ce fumé-citronné, à vrai dire que je ne retrouve quasiment que ça. L'ampleur de la rétro-olfaction aussi s'est modifiée, ça tombe plutôt court... Franchement, c'est bien dommage, autrement ce thé me plaisait bien.


Texture : La liqueur est très "liquide", fluide -- ça accroche peu, ça laisse peu de traces de son passage hormis une excellente rétro-olfaction et une certaine sécheresse dans la bouche. C'est très "clean", plutôt agréable, ça change des puerh un peu "râpeux" que j'ai goûté récemment. Et les arômes, goûts et parfums restent en bouche particulièrement longtemps, ce que j'apprécie également, ou du moins jusqu'à la sixième infusion comme je le mentionnais plus haut.


Sons : C'est étrange -- je n'ai pas de chanson ou de pièce musicale qui m'accroche pour ce puerh, plutôt une voix : celle de Luke Conard (affublé d'un nom atroce, le pauvre, heureusement qu'il est anglophone), qui est un youtuber ayant fait partie de plusieurs bands. Je n'ai pas réussi, dans sa sélection de vidéos, à en trouver une qui collait bien... donc à défaut, je vous laisse avec "Hey Kristina" dont les paroles ont au moins le mérite d'être à la fois marrantes et débiles :) (Kristina était sa copine et co-membre de All Caps, un de ses anciens bands, et The Parselmouths était l'un de ses bands à elle).



Couleurs : Je retrouve les teintes que j'associe beaucoup aux sheng de Lincang -- jaune, orange et vert -- en un arrangement un peu étrange, comme si les teintes chaudes se compressaient au centre en lignes pointues pour être entourées des froides en globes diffus.

jeudi 3 octobre 2013

2002 – Bao Yan Jincha, Xiaguan Tea Factory


Informations et provenance : Échantillon gentiment fourni par Nicolas (Le Thé et le Chemin), provenant d'un champignon à l'origine acheté chez Yunnan Sourcing mais qui n'y est plus disponible actuellement. Les informations manquent donc pour parler plus longuement de l'origine de thé -- vu sa couleur, je suspecte qu'il s'agit d'un sheng, mais je ne peux rien confirmer avec certitude. On peut retrouver les notes de dégustation de Nicolas ici.


Détails d'infusion : 4.3 gr. / 100 ml. en terre Purion. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 5s. - 10s. - 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - 35s. - 45s. - 60s. Total de 9 infusions.


Vue : Le puerh découvert dans cet échantillon est étrangement semblable à un morceau d'écorce -- brun violent à rouge sombre, si l'on voit bien une tige dépasser, impossible de reconnaître quoi que ce soit. Comme tous les "champignons" (Jincha), il a probablement été très fortement compressé, sans parler du dommage préalable peut-être causé aux feuilles. Mouillé, c'est la même chose -- un vrai fouilli ! La liqueur, plutôt translucide malgré de nombreux débris en suspension (quoique ça dépend des infusions, voire les photos), va d'orangé clair à orange foncé, on sent bien passer les 11 ans de ce thé.


Odeur : Aucune odeur à sec, ou peut-être à peine un très léger parfum mentholé -- cet échantillon a probablement passé trop de temps dans son petit sachet de plastique... En revanche, dans la théière chaude, ça se déploie : le menthol se confirme, on y ajoute également du cuir et un parfum de bois humide -- quelque chose rappelant à la fois le bois et les champignons, mais ni vraiment l'un ou l'autre. Il y a aussi définitivement une odeur de feu -- pas de fumée, pas de bois qui brûle, vraiment l'odeur de feu qu'on retrouve dans une cheminée fonctionnelle.
Les feuilles mouillées développent un parfum mêlé de résine et de sirop d'érable ! C'est vraiment étonnant, d'autant plus que je suis habituée à retrouver ces parfums sucrés à d'autres moments de la dégustation... Une fois passée la première surprise du sucre, j'y retrouve également quelque chose de médicinal -- c'est amer, c'est fort façon coup de poing, ça ne s'embarrasse pas de politesse et c'est là pour rester (surtout dans le nez, juste derrière le voile du palais !). Dans la liqueur et le fond de la tasse, on retrouve ce sirop de menthol frais et léger, un vrai contraste avec ce qu'on retrouve dans la théière.


Goût : Le goût est vraiment particulier -- ma première impression, c'est de sucer un bonbon à la menthe ! Et pas n'importe quelle menthe, l'une de ces pastilles roses au "thé des bois" (gaulthérie, wintergreen en anglais) qui faisaient ma joie pendant l'enfance. C'est étonnamment sucré. Boisé aussi, résineux même... Les infusions subséquentes développent ces arômes de menthol, de bois et de résine, sans jamais vraiment évoluer au-delà de ce premier contact mais en amplifiant les arômes et en y ajoutant de temps en temps ce léger goût de feu de bois que je retrouvais au nez. Monolithique ? Un peu, oui... mais pas de façon désagréable.


Texture : La liqueur est huileuse et prend la bouche d'assaut comme un grimpeur attaquant sa première montée de l'Everest -- avec prudence et enthousiasme. Nicolas parlait d'un thé qui ancre à la terre, aide à la méditation -- bien qu'il semble avoir évolué depuis (l'effet d'avoir été collé dans son sachet à d'autres galettes peut-être ?), je suis d'accord sur l'aide à la méditation. En revanche, vu comme les arômes me montent à la tête, je ne peux pas en toute conscience dire qu'il s'agit d'un thé qui m'ancre au sol !


Sons : Eh bien, puisque l'on est dans la méditation... allons-y carrément avec les bols tibétains ! :) J'ai choisi le son d'un bol à résonance grave, non pas pour faire penser à la terre ou pour faire appel aux chakras (ici racine et coeur), mais parce que les sons graves et les vibrations sont en général les sons qui calment le plus rapidement. On le voit en méditation, on le voit aussi avec les enfants... Je trouvais que ça complétait bien l'effet de ce thé.



Couleurs : Teintes de jaune et d'orangé sur fond brun doré, avec des tourbillons de lumière bougeant en sens contradictoires -- certains de gauche à droite, d'autres de droite à gauche. Quelques pépites de rouge et de bleu se camouflent aussi dans les coins...

2011 – Ma Li Shan, Hualien, Taiwan, Maison Akabi


Informations et provenance : Ce thé est une énigme. Quand j'étais allée à Nantes rendre visite à une amie en 2011, elle m'avait fait découvrir la Maison Akabi, un chouette petit café (du moins à l'époque c'était plutôt centré sur le café !) où, en choisissant un thé chacun sur la carte, nous avions eu la chance de papoter avec la sympathique propriétaire. Cette dernière, à la fin de notre dégustation, m'a gentiment offert un échantillon d'un wulong qu'elle voulait me faire comparer avec celui que j'avais bu. Mais... Ma Li Shan ? J'avais déjà entendu parler d'Ali Shan et de Li Shan, mais pas de Ma Li Shan qui après recherche effectuée est bien un endroit distinct, dans le comté d'Hualien à la frontière de Nantou ! Quelqu'un connait ?
Et surtout, est-ce que réellement un thé de Ma Li Shan ? Est-ce en fait un Ali Shan ou un Li Shan qui aurait été mal nommé ?


Détails d'infusion : 5 gr. / 100 ml en théière de verre. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 15s. - 20s. - 30s. - 35s. - 45s. Total de 5 infusions, par goût et non manque d'endurance.


Vue : Les feuilles roulées sont franchement très jolies -- de grosses boulettes d'un bleu-vert sombre, quelques touches de violet... La liqueur qui en est tirée est donc franchement surprenante par son jaune translucide -- ou devrais-je dire son translucide légèrement teinté de jaune ?? Sur les troisièmes et quatrièmes infusions c'est un peu plus foncé, mais à peine. Les feuilles imbibées d'eau, vert clair une fois la dégustation terminée, sont plus intactes que moins -- fragiles et facilement abîmées, mais elles semblent jusqu'ici avoir plutôt bien survécu aux divers transports !


Odeur : Plutôt fleuri, une odeur étrange semblable à du vin, quelque chose qui rappelle le sucre blanc... les feuilles mouillées et la liqueur dégagent une odeur de "vert", de végétaux frais mêlés de sucre. Au bout d'un certain temps, cependant, les feuilles se mettent à dégager un parfum très acide de laitue cuite... j'ignore si c'est moi qui ai fait une erreur en infusant, mais une fois cette odeur présente, impossible de s'en débarrasser par la suite.


Goût : Bon. Honnêtement, la première infusion ne goûte pas grand-chose. Un peu fleuri, un peu sucré, un léger arrière-goût végétal... C'est comme si les boulettes de feuilles étaient restées endormies si longtemps qu'elles avaient du mal à se laisser réveiller. Par la suite, on parvient à obtenir quelque chose d'un peu plus consistant... mais en infusant trop, on se retrouve vite avec une amertume/astringence désagréable, ce qui rend la marge de manœuvre de ce thé assez difficile à obtenir en gongfu.
Au final, mon avis est mitigé sur ce qui se veut un Gao Shan -- on goûte bien le côté typé "Wulong de Haute Montagne", mais on n'a ni la complexité, ni la finesse qu'on retrouve souvent dans ces thés taïwanais. C'est un petit thé quotidien correct, qui serait probablement meilleur infusé à l'anglaise (grande théière, peu de feuilles, temps longs), mais pas un thé pour lequel je serais prête à dépenser, si probablement un que je rachèterais.
Il faut aussi prendre en compte que je ne suis pas une grande fan des Gao Shan, que je trouve en général trop peu oxydés/torréfiés pour que ma dégustation soit plaisante. Si c'était le cas, je l'apprécierais probablement plus.


Texture : La texture est très fine, fluide, elle accroche peu en bouche -- dans les infusions les moins poussées, on a même l'impression de boire de l'eau (en parlant uniquement de texture, pas de goût).


Sons : "Imaginarium", par PeerGynt Lobogris, sur l'album Edge of Forever. Il s'agit d'une très simple étude de piano, avec un thème qui se répète essentiellement sur des tempos différents. Simple et joli, ça ne casse pas trois pattes à un canard...



Couleurs : Des teintes fantomatiques, posées les unes devant les autres en transparence, qui arriveraient presque à donner l'illusion du 3D ! Blanc, donc, et vert, gris et noir, toujours en mouvement devant d'autres formes bleu-rosé, elles aussi virevoltant devant un fond de brouillard où d'autres mouvements sont à peine perceptibles -- comme si les volutes de couleurs en superpositions s'étendaient à l'infini.

mercredi 2 octobre 2013

2007 – Jing Mei Tang "She De" Guang Bien Lao Zhai, Chan Tai Factory, Houde Asian Art


Informations et provenance : Si je ne me trompe pas, cet échantillon gracieusement offert par Nicolas (Le Thé et le Chemin) provient de la galette Jing Mei Tang "She De" de chez Houde Asian Art. Pressée à la main par la Chan Tai Factory avec du matériel de 2007, ce sheng provient d'arbres anciens cueillis au printemps dans la région de Guang Bien Lao Zhai, à une élévation d'environ 1500 m. Pour un second avis sur cette galette, Nicolas en a parlé ici.


Détails d'infusion : 5.6 gr. / 100 ml. en terre Purion. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Rinçage flash. Temps d'infusion : 5s. - 10s. - 15s. - 20s. - 25s. - pause - 30s. - 35s. - 40s. - 45s. - 50s. - 55s. - suite au jugé. Total de 14 infusions.


Vue : Des feuilles sombres, ocre, brunes et noires (certaines ont encore même du duvet), dans un beau gros morceau de galette que je mets tout entier dans ma théière ! La liqueur est orangée et limpide, donne l'impression d'être concentrée en arômes -- ce qu'elle est d'ailleurs.


Odeur : J'ai d'abord, avec les feuilles chauffées, un parfum musqué très doux, suivi de camphre, de fruits compotés (des pommes, des poires...) et d'une pointe de quelque chose de frais qui rappelle les épines de sapin. Mais dès que je mouilles les feuilles, c'est une machine à voyager dans le temps : des odeurs d'eau de pluie, de bois humide chauffé et de forêt (arbres et verdure humide, échinacée ?), de pierres dans un sol détrempé et de la couverture de laine qu'on s'enroule autour des épaules pour décourager la morsure du vent, à la campagne. On revient aux fruits, au musc et au sucre en fin de tasse et dans le couvercle... deux pôles très fins et bien distincts. 


Goût : Malgré un premier abord presque médicinal, ce n'est pas désagréable -- au contraire, c'est mentholé, camphré, résineux... Rien à voir avec la médecine de mon enfance ! L'amertume est forte et douce à la fois, les retours en rétro-olfaction sont puissants -- cinq minutes entre une gorgée et une autre, les saveurs se déployaient toujours sur ma langue. J'ai l'impression, selon les tasses, de boire une infusion d'aiguilles de pin ou un sirop à la menthe amer (autrement dit, emphase sur la menthe et moins sur le sirop).


Texture : C'est extrêmement subtil -- les saveurs viennent se déposer sur la langue aussi doucement que le toucher d'une plume, puis y vibrent littéralement d'arômes. Les gorgées ont une épaisseur particulière qui donnent envie... non pas de "mâcher", mais de "laisser fondre" avant d'avaler. C'est plutôt particulier, je crois que c'est la première fois que je rencontre quelque chose comme ça. L'effet sur le corps est impressionnant, déploie moins une chaleur qu'une "présence" qui se concentre chez moi entre la gorge et le plexus solaire.


Sons : La chanson thème de "Skyrim V: The Elder Scroll", composée par Jeremy Soule et interprétée par deux artistes très doués que j'affectionne particulièrement : Lindsey Stirling et Peter Hollens.
Au moment de trouver une pièce pour accompagner ma dégustation, j'avais déjà bu deux infusions et j'étais au milieu de la troisième. Un mot s'est imposé à moi comme une évidence : VERT ! Il me fallait une chanson verte. Le problème, c'est que je ne connais pas beaucoup de chansons vertes...
Bref, après quelques aventures synesthésiques, j'en suis arrivée à cette interprétation par un violon et une voix, accompagnés d'une vidéo assez originale qui retranscrit bien l'ambiance du jeu... et de mon thé ! (L'originale, pour la petite histoire, m'apparaît vert-de-gris, rouge et bleu sombre, avec des éclats de blanc crémeux. ^^)



Couleurs : Et pourquoi une chanson verte ? Parce que les teintes de ce thé sont vertes, bien sûr ! Des formes sombres et confuses, brusquement illuminées de lignes vert clair et jaune éclatantes en motifs géométriques.