samedi 28 septembre 2013

Juin 2010 – Gan Ko Cha, Gan Kou, Taiwan, Teamasters


Informations et provenance : Il s'agit, comme le titre de cet article l'indique, du Gan Kou Oolong de l'été 2010 fourni par Stéphane (du blog Teamasters) en échantillon d'environ 12-15 gr. Je lui cède la parole, il en parle mieux que moi !
L'échantillon est demeuré dans son petit paquet sous vide pendant trois ans, ce qui a freiné son évolution -- ça me permettra de refaire un comparatif avec au moins une autre infusion lorsque ce qui reste aura séjourné quelques jours dans une jarre de porcelaine.


Détails d'infusion : 5 gr. / 100 ml en Glass Teapot et tasse de Julie Lavoie. Eau filtrée Brita, chauffée en continu à 100°C en bouilloire de verre. Pas de rinçage. Temps d'infusion : 10s. - 20s. - 25s. - 30s. - 35s. - 40s. - 50s. - 1m.15s. Total de 8 infusions.


Vue : Les feuilles roulées sont d'un vert étonnamment clair pour le niveau de torréfaction que l'on goûte ! Probablement est-ce l'effet "ajout de sel marin par vent interposé" dont parle Stéphane sur son blog... Les feuilles mouillées, pour la plupart intactes et bien déployées dans la petite théière de verre, sont à peine plus pâles. La liqueur, très limpide, passe de jaune clair à jaune vif à mesure que passe le fil des infusions.


Odeur : Étrangement sucrée et salée à la fois, j'ai l'impression de retrouver l'odeur laiteuse du caramel à la fleur de sel dégusté en Bretagne dans les feuilles sèches, dans la théière préchauffée et également dans la tasse une fois l'infusion bue. Je croyais que l'odeur en serait atténuée par tout ce temps passé sous vide, mais non, les parfums sont capiteux ! Dans les feuilles mouillées et la liqueur, je retrouve le boisé de la torréfaction qui se trouvent également dans les arômes.


Goût : La torréfaction est présente, mais plutôt comme l'odeur d'un quartier de bois posé près du feu et réchauffé/asséché par la flamme -- rapidement fleuri puis fruité-laiteux, mais aussi résineux/boisé, sucré et salé, les arômes changent d'une gorgée à l'autre dans la même infusion. Ce n'est pas désagréable, mais c'est très déconcertant. Je suis loin du soleil dont parle Stéphane sur son blog... même si je peux parfaitement voir de quelle façon une saveur comme celle-là peut rappeler un séjour à la mer.


Texture : Ce thé fait saliver ! Littéralement, ce qui aide à propager les goûts et arômes. La torréfaction gratte un peu la gorge, mais ce n'est pas désagréable -- elle a été bien réalisée. Longtemps après la gorgée avalée, le bout de la langue picote des réminiscence du sel qui, ma foi, est très présent dans l'ensemble de la dégustation -- en fait, plus de vingt minutes après, ça picote encore... Les dernières infusions sont plus douces, comme si l'agressivité râpeuse de ce thé s'était atténuée avec l'eau.


Sons : "Coma" d'Apocalyptica. Une musique sombre, lente mais "pleine", qui donne l'impression de posséder une lourdeur et une force qui pourraient faire bouger les montagnes. Puisque c'est l'impression que m'a donné ce thé, je trouve que c'est tout à fait approprié.



Couleurs : Le premier mot qui m'est venu à l'esprit en tentant de décrire ces couleurs, c'est "pointu". Je ne sais pas quoi d'autre en dire ! C'est bourré de couleurs, ça en est même un peu confus, mais c'est la texture surtout qui ressort... pointue.


vendredi 27 septembre 2013

2006 – Ming Feng Shan Organic, Zi Yu Yongde Tea Factory, Yong De, Lincang


Informations et provenance : Il s'agit d'un échantillon fourni gracieusement par Nicolas (du blog Le Thé et le Chemin). On peut aujourd'hui trouver la galette entière ainsi que des échantillons de 25 grammes sur Yunnan Sourcing. (Edit de 2014: Elle n'est malheureusement plus disponible à la vente. Une chance que j'ai fait des réserves ! ^^)
À en croire ce qui est écrit, il s'agit d'une galette bio produite par la compagnie Zi Yu Yongde Tea Factory avec du matériel provenant de la région de Yong De à Lincang.
C'est également la fameuse galette chouchou de Sébastien (du blog Vacuithé)... ^^


Détails d'infusion : 3.4 gr. / 100 ml en Lin's Purion. Eau filtrée Brita, chauffée en bouilloire de verre à 100°C. Rinçage flash. Temps d'infusion : 10s. - 20s. - 30s. - 40s. - 50s. - 60s. - 70s. - (pause) - 1m.10s. - 1m.30s. - 2m. Total de 10 infusions.


Vue : Des feuilles sombres à l'apparence sèche constituent cet échantillon. Difficile de juger sur un si petit morceau de feuilles... Enfin, sur Yunnan Sourcing, les photos de la galette sont magnifiques ! La liqueur est jaune vif à tendance orange selon les infusions, j'ai eu l'impression qu'elle était un peu trouble mais c'est peut-être l'effet du gris de cette coupe "antique" d'EoT et de la lumière qui sort toujours bleutée chez moi... en tout cas dans les coupes "témoin" elle est bien claire, pas même un débris. Au final, les feuilles humides se révèlent majoritairement intactes et solides, d'une belle nuance olive foncé.


Odeur : Même après avoir passé tout ce temps en sachet de plastique, les feuilles ont une belle odeur de puerh cru -- le parfum est subtilement musqué et boisé. Étonnamment, je retrouve pratiquement la même odeur lorsque les feuilles sont chauffées ! Un peu plus "sec" peut-être, l'équilibre est différent avec un parfum plus axé sur le pôle "bois", mais il s'agit bien du même mélange. S'il y a une composante résineuse/fumée pour les feuilles humides, la liqueur quand à elle dégage des parfums fruités et épicés. Et le parfum du fond de la tasse ! Musqué et sucré, un vrai régal.


Goût : La première gorgée est très douce, probablement à cause de la relation grammage/temps d'infusion que j'ai un peu mal dosé. Cela dit, on perçoit déjà une grande subtilité d'arômes et de parfums. C'est doux et fin, presque élégant. On a quelque chose de légèrement -- j'hésite à dire "mentholé" parce que ce mot me rappelle le menthol, qui est très différent de la menthe que je perçois dans cette boisson. Bois résineux, menthe sucrée, avec un pôle de quelque chose de fruité que je ne suis pas certaine de reconnaître... des épices, mélange de cardamome et d'autre chose, plus terreux... et du musc ! Ce fameux musc que normalement je ne perçois qu'au parfum ici est présent sur la langue.


Texture : Lisse et coulante, avec une amplitude étonnante qui n'envahit la bouche qu'une fois la liqueur avalée. Très peu d'amertume, elle apporte au corps une grande douceur, quelque chose qui pousse à la méditation et donne envie de prendre de grandes inspirations pour chasser la grisaille (métaphorique ou littérale).


Sons : "Little Bird" de Greendjohn sur son album Loophole -- lui aussi trouvé sur Jamendo il y a quelques années, je dois avouer que j'ai un faible pour cet artiste qui manie la musique instrumentale "épique" avec une efficacité fulgurante.
Ici un morceau calme et fort à la fois, des sonorités de tête virevoltantes et une ligne de fond soulevante. Elle mérite bien son titre de "petit oiseau" !



Couleurs : C'est un vrai petit soleil, ce thé ! Des cercles/ovales/formes circulaires qui gravitent autour d'un centre irradiant une lumière éblouissante, le tout dans des teintes allant du jaune crème clair au rouge-brun foncé (en passant par le vert et l'orangé aux deux extrémités du spectre). Les mouvements sont vifs et soudains, entrecoupés d'échos comme des vagues.

lundi 23 septembre 2013

2006 – Da Xue Shan Ye Sheng Cha, Da Xue Shan, Mengku, Lincang (Évolution)

(La première dégustation, faite en 2011, se trouve ici.)

Informations et provenance :Cette galette, une fois de plus obtenue via Olivier de Puerh.fr, est très semblable dans son origine à celle du compte-rendu précédent : comme elle, elle provient de la montagne Da Xue Shan (大雪山, "Big Snow Mountain") du terroir de Bing Dao dans le Shuangjiang et elle a également été pressée en 2006 par Mengku Tea Factory. À vrai dire, la seule différence que je peux voir, c'est le fait que le maocha de celle-ci provient d'arbres sauvages et non seulement anciens ! Enfin, détrompez-moi s'il y a lieu...
Comme la précédente, elle peut se trouver sur Yunnan Sourcing à un prix ma foi assez raisonnable (c'est à dire, encore une fois, exactement le même que l'autre galette...).


Détails d'infusion : 4.5 gr. / 125 ml en Duan Ni jaune (théière Xishi). Eau filtrée Brita, chauffée en bouilloire de verre à 95°C, rinçage de 10 secondes. Temps d'infusion : 15s - 25s. - 30s. - 30s. - 35s. - pause - 45s. - 50s. - pause pour la nuit, reprise le lendemain. Suite : 60s. - 1m.15s. - 1m.25s. - 1m.45s. - suite au jugé. Total de 13 infusions (les deux-trois dernières étant essentiellement de l'eau sucrée, mais il me restait de l'eau chaude, j'en ai profité...).


Vue : Cette galette aux teintes sombres d'ocre doré, de vert bouteille, de brun sombre et de noir violacé est constituée de feuilles de taille moyennes -- difficile d'en juger, cependant, car la galette a été pressée avec beaucoup de force et, à première vue, il y a beaucoup de feuilles brisées. La liqueur qui en découle est d'un jaune foncé tirant sur l'orangé, spécialement sur les dernières infusions. Quand aux feuilles mouillées ? Je vous laisse regarder par vous-même la dernière photo !


Odeur : Beaucoup plus "sombre" que celle que j'ai goûté plus tôt dans la journée et surtout que la dernière fois que j'ai touché à cette galette -- musc presque cuiré, bois, épices... L'odeur dans la théière chaude a quelque chose de minéral -- cette galette a définitivement entamé son voyage vers la maturité. Une fois les feuilles mouillées, on a la surprise de découvrir un parfum très très frais et mentholé ! L'odeur dans le couvercle de la théière est ex-tra-or-di-nai-re -- et accessoirement indescriptible -- riche et profond, musqué et épicé, cuiré et boisé... Les feuilles elles-même dégagent un parfum légèrement végétal, citronné peut-être ? mais surtout très fumé, même un peu désagréablement pour moi. Dans le parfum de la liqueur elle-même, on retrouve cette pointe de minéralité découverte un peu plus tôt.


Goût : Attaque sucrée presque florale, qui s'évapore presque immédiatement pour donner place à quelque chose de définitivement boisé -- je n'arrive pas à identifier l'arbre en question, mais définitivement un feuillu, ça n'a pas l'acidité d'un conifère. En poussant un peu la deuxième infusion, je trouve une amertume assez présente, mais celle-ci se transforme très rapidement en langueur sucrée... Par contre ce n'est pas du tout le sucré d'un fruit ou du miel, plutôt celle de la sève de bouleau (qui est également mentholée, donc ma comparaison tient le coup !). C'est très frais, moins raffiné que la Mu Shu Cha de ce matin (j'ai un peu l'impression que ce thé me fait du rentre-dedans en fait, d'où le commentaire) mais très bon tout de même !

En tiédissant, en revanche, la liqueur prend une saveur de boisé-fumé plutôt forte et astringente qui me plaît un peu moins... En fait, je me demande s'il ne s'agit pas du "typé arbres sauvages" dont tout le monde parle et que je n'arrive jamais à identifier du premier coup ! Ça expliquerait le fait que je ne perçoive que rarement le côté "citron" que j'identifie en fait comme l'astringence dont je parlais plus tôt... mais c'est vrai qu'il y a quelque chose de citronné dans cette saveur... Si je conserve les infusions courtes, en revanche, j'ai le (très grand !) plaisir de retrouver le "foin" que j'avais découvert lors de ma première dégustation de cette galette.

Peut-être ce thé est-il adolescent, en phase un peu ingrate, à mi-chemin entre la minéralité de l'âge et la fraîcheur de la jeunesse ? On se redonne rendez-vous dans trois ans, quand il en aura 10...


Texture : Plutôt ample en bouche, avec une épaisseur qui reste longtemps sur la langue. Je parlais de texture crémeuse la dernière fois ? Elle y est encore. Il y a également quelque chose d'asséchant -- ça ne prend pas cinq secondes pour avoir envie de prendre une nouvelle gorgée (ou de se rincer les papilles à l'eau pour apaiser la soif).
Cependant, petit bémol : dès la troisième infusion, mon estomac commence à crier grâce...Je dois m'arrêter un moment pour manger quelque chose avant de reprendre ma dégustation...

(Que c'est coloré !)

Sons : Découvert grâce au site Jamendo, qui propose une plateforme de musique libre de droits, Roger Subirana Mata est un artiste particulièrement prolifique, qui se spécialise dans la musique de film. Cette pièce intitulée "Queen of the Wind", sur l'album "The Dark Symphony", est particulière en ce sens qu'elle est très changeante -- tour à tour sombre et menaçante, légère et insouciante, profonde et mystique, brutale et prête au combat, calme et apaisante... Elle a autant de facettes et de complexité que ce thé que je viens de boire.



Couleurs : Mes couleurs ont évolué depuis la dernière fois ! Et comment... Autrefois je voyais ceci, et maintenant, bien que la "base" y soit toujours, fini la douceur épurée et bonjour la complexité ! C'est même à la limite d'être un chouilla trop encombré, on a du mal à déterminer ce qui se passe exactement...

dimanche 22 septembre 2013

2006 – "Mu Shu Cha", Mengku RongShi, Bing Dao, Da Xue Shan, Shuanjiang, Lincang, Puerh Asia


Informations et provenance : Obtenue par l'entremise d'Olivier Shneider en 2011, cette superbe galette a été pressée avec du matériel de 2006 provenant de la montagne Da Xue Shan (大雪山, "Big Snow Mountain") du terroir de Bing Dao dans le Shuangjiang. Yunnan Sourcing possède cette galette que l'on peut se procurer là (Edit 27/02/14 : plus disponible) et Sébastien du blog Vacuithé en a aussi parlé là.


Détails d'infusion : 4.5 gr. / 150 ml en XiShi DuanNi. Eau filtrée Brita, chauffée en Glass Kettle à 95°C. Rinçage flash. Temps d'infusion : 15s. - 25s. - 25s. - 30s. - 45s. - pause pour refaire chauffer l'eau - 50s. - 60s. - 75s. - suite au jugé. Total de 14 infusions.


Vue : Une belle galette aux feuilles de taille moyenne, dont les couleurs vont de l'ocre doré au brun sombre. Juste la vue de cette galette me donne soif ! La liqueur elle-même est d'un jaune lumineux assez surprenant vu l'âge de ce thé (7 ans, on pourrait s'attendre à ce que ça soit un peu plus orangé depuis...), teinte qui s'éclaircit encore au fil des passages (voire la dernière photo qui croque la 12ième infusion !). Mais puisqu'elle est pleine de saveurs, je ne vais pas me plaindre...


Odeur : L'odeur de la galette, avant même de l'ouvrir, dégage un parfum merveilleusement épicé... presque musqué. Dans la théière chaude, du fruit (compote de poire peut-être ?) se mélange aux épices -- c'est sucré et enveloppant, une respiration et on se retrouve dans un monde vert et jaune, empli d'arbres croulant sous le poids de leurs fruits et de bruits de la jungle. Il se développe même une odeur de sucre chauffé dans le couvercle de la théière ! L'odeur des feuilles mouillées est un peu plus végétale et acidulée, mais on ne perd pas ce fruit exceptionnel ni ces épices à tendance boisées -- celle de la liqueur elle-même suit la même tendance. On retrouve un parfum très particulier dans la tasse vide -- le sucre chauffé de la théière est bien là, mêlé d'un boisé-musqué très semblable à l'odeur de la galette sèche mais en plus frais, presque mentholé. Joli clin d'oeil !


Goût : Au premier abord, on est surpris -- on a une texture exceptionnelle en bouche, mais le goût est plutôt faible... on s'inquiète, peut-être n'a-t-on pas assez dosé ? Mais bien vite on réalise qu'on aura été distrait, trompés par l'amplitude de la présence en bouche de thé. La texture est tellement prenante qu'elle en éclipse presque les saveurs ! Et pourtant -- musc, épices boisées, fine amertume végétale mais sans excès, l'ensemble est fort et doux à la fois. Difficile de décrire un thé pareil !


Texture : Rond et soyeux, ample et enveloppant... Fluide, la liqueur s'insinue pourtant dans tous les recoins de la bouche pour y déposer un filin comparable aux huiles les plus fines. Il est clair dès la première gorgée que ce thé a perdu la fougue de la jeunesse, mais en revanche il en a gagné en force -- l'effet sur le corps est puissant, ça monte comme une vague qui apaise et fortifie à la fois. Bref... c'est riche, c'est bon, c'est fin -- ça se boit sans fin !


Sons : Aussi rigolo que ça puisse paraître, j'invoque une version piano sortie tout droit de mon jeu vidéo d'enfance ! L' "Ending Theme" du jeu "Zelda: A Link to the Past" -- un moment de nostalgie avec cette pièce interprétée de façon magistrale, définitivement la meilleure que j'ai entendu à ce jour (et croyez-moi, je l'ai entendue et réentendue à force d'en chercher une version écoutable...). Je trouve qu'elle correspond parfaitement à cette galette -- la mélodie est douce et calme, mais quelque chose en elle est soulevant... et quand elle change de registre, elle en devient majestueuse. À vos oreilles...



Couleurs : Comme je mentionnais sur le Forum des Amateurs de Thé... "C'est un ballet de jaune et de vert sur fond lumineux" -- à ceci près que les tasses subséquentes ont apporté une note de rouge orangé qui n'était pas présente dans les deux premières tasses. C'est vif et coloré, mais sage à la fois, et le mouvement n'est ni lent ni rapide, juste simple, concis et élégant.