samedi 31 août 2013

2011 – Guei Fei (Concubine Oolong), Camellia Sinensis


Informations et provenance : Acheté au Camellia Sinensis. Leur version 2013 semble beaucoup plus oxydée que celle que j'avais ! Il semblerait que le producteur de ce Guei Fei serait aussi celui du Luku Hong Cha, un thé rouge/noir roulé (et plutôt intéressant, gustativement)... mais ce n'est pas le sujet de cet article.


Détails d'infusion : 4 gr. / 90 ml en Gaiwan "Poissons". Eau filtrée Brita à 95°C. Rinçage flash. Temps d'infusion: 15s. - 30s. - 45s. - 60s. - 1m.25s. - suite au jugé. Total de 10 infusions.

(Première infusion, 15s. - jaune translucide)

Vue : À première vue, il y a lieu de s'inquiéter un peu. Les feuilles sont foncées, rouge violacé et vert forêt -- or, je me souviens distinctement les avoir achetées beaucoup moins oxydées ! Mais l'odeur de sucre dans le sac est trop tentante pour passer à côté et, honnêtement, ces feuilles sont superbes.
Puisque les temps d'infusion ont été poussés à fond, la couleur du thé évolue énormément -- d'un jaune translucide à de l'ambre doré, pour terminer au fil des infusions en orangé franc.

(Deuxième infusion, 30s. - jaune vif)

Odeur : Les feuilles sèches en gaiwan chaud dégagent un parfum gourmand de miel, de cassonade, de sucre... plus une étrange pointe de quelque chose qui me rappelle la torréfaction des wulongs cuits, mêlée de compote de pommes chaude... aux épices ? Un peu de cannelle dans la compote, peut-être. L'odeur se perçoit dans la gorge. Les feuilles après rinçage ont une odeur de fruits cuits -- croustade de pommes et... rhubarbe ? fraises ? J'y retrouve également des raisins secs, ou peut-être l'odeur des confitures d'automne dans la cuisine de ma mère... La tasse vide, une fois refroidie, évoque le jus de raisin blanc puis, une fois ce parfum dissipé, quelque chose de très sucré, à mi-chemin entre le sirop d'érable et la cassonade (québécoise -- vergeoise pour vous les français).


Goût : La première chose qui me frappe, à la première gorgée, c'est cette saveur de muscat -- sucré, légèrement acidulé, à mi-chemin entre raisins et limes, une pointe d'épices... Honnêtement, il ne manque que la brûlure de l'alcool. Même la couleur y est ! Les trois premières infusions ont un goût assez consistant -- muscat et cassonade, évoluant vers les raisins frais et les épices (oserai-je parler de muscade ?) au fur et à mesure du retour en bouche. Les suivantes s'adoucissent progressivement vers le sucre fruité. Au final, pas une grande endurance, mais quel plaisir pour les papilles le temps que ça dure !

(Troisième infusion, 45s. - ambre foncé)

Texture : Liqueur souple et aromatique -- quitte à parler de vin, autant en emprunter le vocabulaire ! Le tout est plutôt liquide -- ce sont les saveurs qui demeurent sur la langue, bien plus que la texture de la liqueur elle-même. Le tout s'estompe rapidement pour laisser place à une certaine sécheresse en bouche qui ne donne envie que de reprendre une nouvelle gorgée.


Sons : "Geboren Um Zu Leben" d'Unheilig, qui est un groupe allemand. Le titre se traduit approximativement par "Né pour Vivre" -- une mélodie triste et joyeuse à la fois, d'une mélancolie soulevante. Contradiction ? Sémantiquement, peut-être... Allez, je vous laisse l'écouter, on en reparlera.


Couleurs : De flamboyantes feuilles d'automne ! Honnêtement. Ça explose comme un feu d'artifices, mais au lieu d'étincelles, ça a la forme de nuées de feuilles d'arbre, avec les couleurs des arbres de ma rues autour de mon anniversaire -- rouge, orange, jaune, vert, brun... C'est vivant !


2007 – Purple Bud, Terre de Ciel

(Notes de 2012)


Informations et provenance : Voilà le problème, lorsque je néglige de prendre immédiatement en note toutes les données requises. Je sais qu'il s'agit d'un puerh violet de 2007 -- je sais qu'il vient de Terre de Ciel et qu'il avait autrefois une page à cette adresse (qui ne fonctionne plus)... et que je suis incapable de le retrouver autant sur le site lui-même que dans ma thé-o-thèque. Était-ce un échantillon ? Peut-être bien... le grammage excessif (7 gr. au lieu de mes 4 ou 5 habituels) aurait tendance à l'indiquer. S'il s'agissait d'une galette, il me faudra la redécouvrir dans mes placards (sans aucun doute dans le tiroir "thés violets et autres curiosi-thés", sous une ou deux autres galettes du même genre !). J'éditerai ici lorsque j'aurai plus d'informations, en attendant je vous laisse avec la nouvelle adresse de la boutique Terre de Ciel.


Détails d'infusion : 7 gr. / 100 ml en Purion. Temps d'infusion : 5s. - 5s. - 5s. -5s. - 10s (pause) 15 - 25 - 35 - 50 - 1m.30. Total de 10 infusion.


Vue : Je dois avouer qu'à première vue, les feuilles m'ont fait penser qu'il s'agissait uniquement de tiges ! Petites, torsadées au point d'en être enroulées sur elles-mêmes, elles sont d'une couleur très sombre allant du rouge brunâtre au noir violacé. Comme tous les thés Zi Ya, cependant, les feuilles mouillées deviennent rapidement d'un vert olive -- celles-ci sont plutôt abîmées, même s'il est possible d'y retrouver quelques fragments de feuille reconnaissables. Contrairement à ce que son nom indique, je n'ai pas vraiment l'impression qu'il y ait tant de bourgeons... La liqueur est orangée et trouble, on ne voit ni le fond de la tasse, ni même de l'autre côté du pichet de verre ! L'ensemble est semblable à du miel qui aurait commencé à cristalliser.


Odeur : L'odeur des feuilles sèches est très douce -- on y décèle à peine quelque chose d'agrumé. Celle des feuilles humides développe un parfum fruité, un peu terreux -- on sent que c'est un thé qui a des origines terrestres. Et sous le couvercle, est-ce de la pêche ? La liqueur, sous une pointe légèrement iodée, laisse toujours percevoir un arôme de pêches, de nectarines -- quelque chose de vert, de légèrement fumé et en surprise finale, des pâtes de fruit !


Goût : Très rond, ce pas du tout comme l'odeur -- c'est moins sucré, un peu poivré, avec une amertume douce résiduelle qui porte et transforme les arômes. Le retour est long en bouche, avec des saveurs camphrées qui deviennent de plus en plus fumées et... écorcées ? à mesure que les infusions s'enfilent. Un peu monolithique au final, mais l'évolution est intéressante.


Texture : La liqueur tapisse la bouche d'un filin lisse, un peu âcre -- c'est une texture pleine d'aspérités mais curieusement douce, faite de contrastes. Impossible de blâmer cette douceur sur un grammage trop faible, il faut donc en déduire que c'est celle du thé lui-même. 


Sons : J'ai accompagné cette dégustation d'une chanson que j'écoutais beaucoup à cette époque (!) -- "The Lightning Struck Tower" par un groupe de Wizardtronic nommé Ministry of Magic. (Le concept du Wizard Rock, et donc du Wizardtronic qui en est une évolution, c'est de rassembler des fans de la saga Harry Potter et de composer des chansons rendant y hommage. Souvent, ça donne quelque chose qu'en bon québécois on appelle "broche à foin"... parfois, on fait de jolies trouvailles.)


Couleurs : Feux d'artifices blancs sur fond texturé mauve/orangé. Difficile à décrire -- c'est riche et atténué à la fois, les mouvements sont complexes mais comme au ralenti. Est-ce une vision verticale, que l'on regarde devant soi en levant un peu la tête, ou est-ce plutôt un reflet que l'on perçoit en regardant à ses pieds, d'un point de vue en hauteur ?

vendredi 23 août 2013

2011 – Lao Banzhang, Chen Sheng Hao, Banzhang (Bulang Shan), Xishuangbanna




Informations et provenance : Alors j'espère franchement ne pas m'être (encore) emmêlée les pinceaux dans mon attribution de provenance (quoique je suis positive, c'est bien un carré de puerh de Lao Banzhang). Ayant obtenu ce thé par l'entremise d'Olivier Schneider de Puerh.fr, je lui laisse la parole de bon gré (et comme ça s'il y a des erreurs c'est pas de ma faute !).


Détails d'infusion : 4 gr. / 100 ml en Purion. Eau filtrée Brita à 95°C. Rinçage flash. Temps d'infusion: 10s. -10s. - 15s. - 20s. - 25s. - 30s. - 40s. - 55s. - 1m. 15s. - suite au jugé. Total de 12 infusions.


Vue : Ce carré est tout simplement magnifique. Les couleurs, difficiles à voir sur les photos par cause de mauvaise luminosité (et je ne suis pas une photographe assez douée pour savoir comment améliorer le tout sans devoir investir dans un équipement pour lequel je n'ai vraiment pas les fonds), vont du blanc crème au violet, en passant par le jaune, le vert clair, le vert olive, le vert profond, le brun-rouge... Les feuilles sont longues et duveteuses, peu abîmées par le pressage qui semble certainement avoir été fait manuellement vu la facilité que j'ai eu à entamer ce carré. La liqueur qu'on en tire est d'un jaune très clair, presque crémeux et définitivement translucide.


Odeur : L'odeur des feuilles sèches est particulière -- on a l'impression de respirer une bouffée d'air revigorant, le matin à la campagne ! Dans la théière chaude, le côté frais demeure mais un parfum musqué se développe, c'est très animal -- dans le bon sens, sans être envahissant, ça demeure naturel. Si j'ignorais de quoi il s'agissait, je lui donnerais certainement 3 à 5 ans supplémentaires, voire plus. Fruits mûrs ? Mangue, papaye... fumée, bois fraîchement coupé, une odeur que j'associe à la nature. Il faut que les feuilles mouillées aient refroidi pour laisser apparaître un arôme légèrement acide, citronné.


Goût : Subtil et précis, très végétal avec une pointe de fumée à peine perceptible, étonnamment fruité et sucré. Le rendu est très différent de ce que j'attends généralement d'un puerh -- alors que le goût est souvent perçu directement sur la langue, un peu brut, celui-ci est léger, diffus, plus présent derrière le voile du palais que dans la bouche elle-même et de plus en plus sucré à mesure que passent les infusions. Ce n'en est pas pour autant un thé morne, bien au contraire -- chaque fois que je prends une nouvelle gorgée, je ne peux m'empêcher de m'exclamer à quel point c'est bon !


Texture : Enveloppante, aérienne, avec un arrière goût qui n'en finit pas de revenir et de se complexifier. La liqueur passe dans la gorge avec moins d'aspérité qu'une gorgée d'eau, mais apportant avec elle quelque chose de fort, de puissant qui s'étend au corps entier. Alors que la température est très raisonnable aujourd'hui, ne dépassant pas les 20°C, je me retrouve à ouvrir le ventilateur après quelques gorgées seulement.


Sons : "Still Have A Soul" d'Epic Score -- une compagnie spécialisée dans la musique de films. Cette pièce particulière, je l'écoute maintenant parce que j'ai toujours l'impression de l'entendre non pas par les oreilles mais par le plexus solaire... ce qui est exactement où se situe le centre de cette impression de puissance que donne ce Lao Banzhang.


Couleurs : La première chose qui m'est sauté en tête lorsque j'ai goûté à ce thé, c'est "jaune !". Je ne savais pas comment décrire cette liqueur autrement et j'ai dû me mettre à y réfléchir sérieusement avant de trouver des termes plus compréhensibles et nuancés.
Mais les éclats jaunes demeurent bien présents, comme autant d'éclats de lumière sur un fond ample et complexe de teintes fraîches -- non pas froides, car l'impression générale est accueillante et généreuse.


jeudi 22 août 2013

2011 – Jin Shuan, Taiwan, Camellia Sinensis


Informations et provenance : Acheté au Camellia Sinensis. Il n'y a pas énormément d'informations sur la provenance exacte de ce thé... On sait qu'il vient de Taiwan, c'est déjà ça ! Sa note de dégustation se trouve ici.


Détails d'infusion : 5 gr. / 100 ml en théière Lin's Ceramics. Eau filtrée Brita à 95°C. Pas de rinçage. Temps d'infusion: 15 - 25 - 35 - 45 - pause - 45 - 55 - 1m. 15s. - suite au jugé. Total de 12 infusions.


Vue : De belles feuilles roulées serrées, formant des boules d'une taille respectable allant d'un bleu ardoise foncé à du vert moyen. Les feuilles humides, elles, reprennent rapidement leur couleur vert forêt, vert clair -- plusieurs d'entre elles sont intactes, à peine effritées sur les côtés, ce qui n'est pas mal du tout pour un thé qui séjourne depuis deux ans dans son sachet ! La liqueur est d'un jaune verdâtre très clair, limpide avec très peu de dépot, qui tend vers le beurre frais au fil des infusions.


Odeur : Gâteau à la vanille ! Dulce de leche, pâtisseries, sucre caramélisé -- c'est très doux et sucré avec une pointe fraîche d'acidité végétale une fois les feuilles mouillées (la note de vendeur parle de "pissenlit" -- de mon côté, je préfère parler de pois mange-tout !). L'odeur dans le couvercle et dans la tasse vide est à se damner -- on en mangerait la céramique.


Goût : La première gorgée est surprenante -- d'abord on a l'impression de boire de l'eau chaude légèrement sucrée... on avale... et l'arrière-goût arrive en coup de poing pour développer une complexité et une ampleur étonnante dès que la liqueur n'est plus sur la langue. Peu à peu, au fil des infusions, les saveurs pâtissières s'estompent pour laisser place à des arômes de sève, de pois sucrés... les mots me manquent -- c'est doux, c'est vaguement légumier et sucré à la fois, je ne sais pas le décrire mais ça se boit tout seul. Le sucre caramélisé revient sur les dernières infusions pour une finale toute en douceur.


Texture : Limpide, avec une texture presque laiteuse -- liquide et coulante, mais soyeuse en bouche. C'est très typique de ce type de thé, mais celui-là a une tenue en bouche qui n'a rien à envier à un Gao Shan ! Le très vague souvenir que j'ai de mes premières dégustations ne m'avaient pas laissé l'impression que les parfums demeuraient aussi longtemps sur la langue.


Sons : J'ai eu un mal de chien à me décider sur une musique qui accompagnerait bien un thé comme celui-là... j'avais envie de jazz sans avoir envie d'écouter du jazz, j'avais envie de voix traînantes sans l'effet nasillard qui les accompagnent trop souvent...
Au final, je me suis décidée sur "Soldier", d'un duo du sud de l'Angleterre nommé Bitter Ruin. C'est particulier -- c'est fort, passionné et d'une douceur presque insidieuse. Ça colle !



Couleurs : C'est bleu, c'est vert, c'est étalé et chaotique... C'est surtout très difficile à décrire ! Le visuel bouge lentement et rapidement à la fois -- dès que l'on se concentre sur un point, il ralentit, mais dès qu'on se remet à regarder l'ensemble, on réalise qu'on se retrouve maintenant avec un tout nouveau motif qu'on n'a pas vu arriver. L'ensemble me rappelle vaguement les prismes aux arrêtes fendues d'une aigue-marine qui aurait passé quelques temps dans l'océan.


2011 – Dong Ding de Mme Lin, Camellia Sinensis (Évolution)

Le premier compte-rendu de dégustation peut se trouver ici
 

Informations et provenance : Rien de nouveau, hélas. Acheté à la boutique Camellia Sinensis en 2011. Il n'y a pas vraiment plus d'information données sur ce thé, hormis qu'il vient de Taiwan et qu'il provient des plantations de Mme Lin. Sa note de dégustation se trouve ici.


Détails d'infusion : 5 gr. / 100 ml en "Prosperity" Lin's Ceramics. Eau filtrée Brita, maintenue entre 90°C et 100°C en bouilloire de plastique. Pas de rinçage, histoire de comparer avec les mêmes paramètres qu'en 2012. Temps d'infusion : 15s. - 30s. - 45s. - 45s. - 1m.15 - suite au jugé. Total de 10 infusions. 


Vue : Les feuilles ont foncé ! C'est la première chose que je remarque en comparant les photos d'il y a 18 mois. Elles ont l'air moins sèches, aussi, et la liqueur elle-même tend nettement plus sur l'orangé. Belle différence à l'oeil nu ! Voyons le reste, maintenant.


Odeur : Les feuilles sèches dégagent une odeur difficilement identifiable -- est-ce de la mélasse, des fruits cuits, des épices ? Tout cela à la fois ? Dans la théière, en revanche, c'est définitivement un parfum chaud et miellé, la torréfaction incluant une légère pointe acidulée de citron (?) et de pommes cuites... avec de la cassonade, peut-être ? (Je crois que la cassonade québécoise est plus proche de la vergeoise que de la cassonade française.) Une fois mouillées, ces feuilles deviennent incroyables -- fruits cuits, fraise et rhubarbe, compote de pommes, fruits caramélisés, charbon miellé ?!, ça fleure bon l'automne, le feu de bois, les confitures de saison tardive et le retour des temps frais. 


Goût : Première infusion trop faible, mais on y distingue bien le miel, déjà, ce qui change agréablement de ma dernière expérience. La seconde, en revanche, prend d'assaut les papilles comme si elle allait à la guerre ! C'est citronné et sucré à la fois, un arôme de fruits cuits que l'on perçoit surtout dans le voile du palais. Lorsque la force des premières infusions s'atténue, passé le goût de torréfaction qui est tout de même encore bien présent, on a la surprise de retrouver un bouquet d'épices indiennes -- mélange de coriandre, de cardamome verte, de bois de santal -- et de café qui s'adoucit progressivement sur la langue en finale vanillée.


Texture : Ronde et enveloppante, ça n'a pas changé. L'évolution des arômes me semble moins franche, tout se fait en douceur sans que l'on perçoive réellement où se termine une saveur et où commence la suivante. Le tout fait saliver, en revanche, et la persistance est relativement bonne -- ce n'est pas celle d'un puerh, mais c'est plutôt correct pour un wulong torréfié.


Sons : Autant la dernière fois je percevais des notes de tête, autant cette fois ce sont des notes de coeur. Le temps donne à ce thé une profondeur qui n'était pas présente 18 mois plus tôt (et c'est tant mieux !).
Et donc cette fois, passé l'envie de présenter un morceau classique, je me rabat sur "The Islander" de Nightwish -- une chanson à la fois forte et douce, puissante sans être agressive... toute à l'image de ce Dong Ding de Mme Lin.


Couleurs : Essentiellement les mêmes que la dernière fois, pour être honnête. Allez, disons des jaunes un peu plus clairs, des couleurs un peu plus vives -- et cette fois, elles restent au lieu de s'estomper ! La dernière fois, tout était assombri par la torréfaction, cette fois les saveurs sont un peu plus franches, mais le mouvement, les formes sont les mêmes. Voilà qui me rassure, tiens -- ma synesthésie est bel et bien persistante !


2011 – Dong Ding de Mme Lin, Camellia Sinensis

(Notes de Mars 2012)


Informations et provenance : Acheté à la boutique Camellia Sinensis en 2011. Il n'y a pas vraiment plus d'information données sur ce thé, hormis qu'il vient de Taiwan et qu'il provient des plantations de Mme Lin. Sa note de dégustation se trouve ici.


Détails d'infusion : 5 gr. / 100 ml en "Prosperity Teapot" de Lin's Ceramics. Eau non-filtrée de Québec, maintenue entre 90°C et 100°C en bouilloire de plastique. Temps d'infusion : 15s. - 30s. - 45s. - 45s. - 1m.15 - suite au jugé. Total de 12 infusions.


Vue : Les feuilles sont foncées et donnent l'impression d'être sèches. On retrouve quelques brindilles, mais surtout des boules roulées de taille moyenne qui s'ouvrent au fil des infusions pour prendre une teinte olive. La liqueur est d'un jaune vif qui tire sur l'orangé au fil de la dégustation.


Odeur : Les feuilles, dans leur sac, dégagent paradoxalement un parfum frais avec une pointe de torréfaction légèrement miellée. La torréfaction est très présente dans la théière chaude, à laquelle s'ajoute quelque chose d'agrumé rappelant les oranges confites et le jus de lime après la première infusion. La liqueur, elle, dégage une odeur florale opulente (est-ce du lys ?), très torréfiée et miellée, toujours accompagnée de cette pointe d'agrume à la fois douce et piquante.


Goût : Malheureusement, au goût se développe peu les saveurs -- je crois que ce thé est encore trop "jeune", sa torréfaction est trop récente, on ne goûte quasiment que ça. Cela dit, si ce thé se bonifie avec le temps, au moins, il a déjà une excellente tenue en bouche qui présage bien de la suite.


Texture : La texture elle-même est ronde et très enveloppante -- que le goût me plaise ou non, je n'ai rien à reprocher à sa limpidité et à sa tenue.


Sons : J'accompagne cette fois ma dégustation d'un album de musique instrumentale classique, interprété par un orchestre de musique de chambre québécois nommé "Les Violons du Roy". Comme leur nom l'indique, ce sont essentiellement des musiciens d'instruments à cordes -- violons bien sûr, altos, violoncelles... et quelques autres. Ici, deux flûtes traversières afin d'interpréter "Le Ballet des Ombres" de Berlioz sous la direction de leur chef, Bernard Labadie. L'album en question s'appelle "Bonbon" -- n'est-il pas bien nommé ?


Couleurs : Un splash de couleurs qui explose comme un ballon d'eau ! Du vert, du rouge, de l'orange, du jaune... et le tout, après avoir bien ébahi les rétines, s'estompe rapidement pour ne laisser qu'une toile noire, où l'on ne distingue plus que quelques filaments de rouge sombre.


J'ai eu l'excellente idée d'attendre 18 mois avant de regoûter à ce wulong... le compte-rendu de son évolution peut être trouvé ici.

mercredi 21 août 2013

1958 – Bai Hao (Oriental Beauty), Camellia Sinensis


Informations et provenance : Acheté au Camellia Sinensis en 2011, conservé depuis dans son sac, lequel est rangé dans un tiroir de bois non-traité (je songe cependant à le transférer dans une jarre prochainement -- porcelaine ou terre cuite ? je penche vers la porcelaine, mais si quelqu'un a une meilleure idée, faites-moi signe !). Je soupçonne cependant une origine française, communément nommée la M3T... qui possédait un thé de ce genre il y a quelques années, je crois ?


Détails d'infusion : 4 gr. / 100 ml en Glass Teapot afin de pouvoir bien observer le développement des feuilles. Eau filtrée brita à 95°C. Deux rinçages. Temps d'infusion: 10s. - 15s. - 25s. - 45s. - 60s. - 1m.20s. - suite au jugé. Total de 9 infusions.


Vue : Des feuilles sombres, entortillées, presque réminescentes d'un thé de Wu Yi. Quelques branches, quelques bourgeons sombres et minces, faciles à manquer... Dans la théière, ça prend du temps à se déplier (normal, après avoir été courbé pendant plus de 50 ans !). Quand à la liqueur -- quelle étonnante limpidité ! On pourrait s'attendre à ce qu'elle soit beaucoup plus foncée, presque semblable aux puerh shu, mais non -- un orangé foncé mais brillant dans lequel on retrouve parfaitement l'évolution visuelle d'un jeune Bai Hao.


Odeur : Étonnamment, les feuilles à sec dégagent très peu d'odeur -- à peine devine-t-on une très faible note anisée si l'on se colle littéralement le nez dedans. Peut-être le stockage en est-il la cause... En revanche, après rinçage et dans la tasse, les parfums explosent ! D'abord le charbon, difficile à manquer. Puis un étonnant mélange de bois de conifère (mais pas seulement ? c'est difficile à identifier...) et d'anis, des notes de mélasse et, à la suite d'infusions subséquentes, définitivement une odeur de miel.


Goût : On retrouve à la première infusion cet étrange mélange d'essences de bois -- sapin, épinette/épicéa, érable ? Il y a aussi quelque chose de l'arôme poudreux, poussiéreux du tilleul (à noter qu'il y a un monde de différence entre le bois de tilleul qui sent poussiéreux et l'odeur de la poussière elle-même !). On y retrouve également des notes cirées -- paraffine, cire d'abeille... un peu comme une chandelle qui brûle, odeur de feu comprise. En fait, c'est simple -- une gorgée à peine et je me retrouve projetée en atelier de lutherie ! Dès la quatrième infusion, une saveur diffuse de miel se déploie, mais elle est tellement infime qu'il est aisé de la rater -- c'est le clin d'oeil coquin d'une grand-mère qui raconte ses folles années de jeunesse. Heureusement pour nous, elle s'installe agréablement à son aise dans la cinquième et les suivantes.


Texture : L'effet sur le corps est incroyable -- une gorgée et le corps se détend, presque de lui-même. La liqueur tapisse la bouche, s'attarde surtout sur la langue et le voile du palais -- c'est riche, c'est noble, on perçoit l'ancienneté des matériaux qui retrouvent une nouvelle vie. Le bois dont on perçoit l'arôme gratte un peu la gorge après quelques temps... mais ce n'est pas désagréable, ça complète agréablement l'illusion de l'atelier. La cinquième infusion me monte à la tête -- est-ce cette sensation que l'on ressent lorsque l'on dit être ivre de thé ?! Peu de complexité et de persistance, au final, mais un beau voyage dans le temps et les réminiscences personnelles.


Sons : "Moonlight", par The Piano Guys, librement inspiré de la "Sonate au Clair de Lune" de Beethoven ainsi que d'un passage du deuxième mouvement (Allegretto) de la 7ième symphonie, toujours de Beethoven. Alors que "Moonlight Sonata" est un mouvement mélancolique, d'une langueur à faire pleurer, cette adaptation moderne est beaucoup plus fougueuse -- sans toutefois trahir l'ambiance de la pièce classique qui l'a inspirée. Par son dynamisme mélancolique, sa force tranquille et une ouverture enivrante apportée par l'Allegretto, je ne pourrais trouver mélodie correspondant davantage à ce thé surprenant.



Couleurs : Extrêmement différent de ce qu'on retrouve dans un Bai Hao jeune. Le bleu habituel est complètement absent, le jaune s'est étalé au point d'en devenir un halo, le rouge a foncé, on perçoit maintenant des traces de vert menthe ! Le tout en spirales lentes, qui montent du bas vers le haut et s'évacuent en vapeurs au haut de la colonne, comme une tornade.