vendredi 10 février 2012

2009 – Banna Zi Ya Cha, Ximeng, Lancang, Xishuangbanna, Lancang Tea Factory


Informations et provenance : Il s'agit d'une galette de 357 gr. issue de théiers violets, datée du 18 avril 2009, produite par la compagnie Lancang avec du maocha en provenance de la région de Menghai et achetée chez Cha Wang Shop.


Détails d'infusion : 4 gr. / 100 ml en Purion. Temps d'infusion : 10s. - 25s. - 45s. -1m. - 1m.30 (pause) 2m. - 2m.30 - 3m. - suite au jugé. Total de 10 infusions.


Vue : De belles feuilles, plutôt petites et noir-violet très sombres avec quelque chose de lustré. Elles ont visiblement été très peu compressées parce qu'il suffit de soulever un peu la galette pour que se détachent une myriade de feuilles. La liqueur est jaune doré et les feuilles humides sont essentiellement constituées de morceaux de feuilles et de tiges plutôt que de feuilles entières.


Odeur : L'odeur des feuilles sèches dans la théière chaude est sucrée et fruitée, ça rappelle beaucoup l'abricot sec. Le parfum des feuilles mouillées a quelque chose d'assez raffiné, toujours cette odeur d'abricot sec mêlé cette fois de gâteau à la vanille. La liqueur a une odeur indéfinissable (bien qu'agréable) vaguement citronnée.


Goût : C'est plutôt léger, difficile de déterminer un goût particulier. Les arômes sont plutôt fruités, mais tout se passe vraiment en rétro-olfaction avec une belle amertume qui porte des saveurs fraîches et citronnées. À partir de la cinquième infusion, la liqueur est plutôt équilibrée entre sucre et amertume et la dégustation en devient, sinon complexe, du moins beaucoup plus agréable.


Texture : C'est plutôt rond et doux, assez enveloppant, soyeux avec quelques aspérités en finale qui assèchent la bouche.


Sons : C'est la BO du film "The Fountain", composée par Clint Mansell, qui accompagne ma dégustation aujourd'hui. Je n'ai pas vu le film, mais la mélancolie lente de l'atmosphère évoquée dans les pièces correspond pour moi à la fois à ce thé et à la journée grise, froide et humide à laquelle on a droit en ce moment.


Couleurs : Un soleil froid, bleu, vert, violet et gris, entouré d'une farandole de formes qui donnent l'impression de nager autour, en cercle, avec des mouvements qui rappellent ceux des poissons.

jeudi 9 février 2012

2005 – Ximeng Zi Ya Cha, Lancang Tea Factory, Ximeng, Lancang, Xishuangbanna, Cha Wang Shop


Informations et provenance : Il s'agit d'une galette pressée à la main de 375 gr. provenant de théiers de la fameuse variété "violette", issus de la région de Ximeng où vit la minorité Wa, produite par la compagnie Lancang et achetée chez Cha Wang Shop.


Détails d'infusion : 4 gr. / 100 ml en Purion. Temps d'infusion : 5s. - 15s. - 30s. - 1m, et je m'arrête là, les infusions ne sont pas assez à mon goût. Peut-être suis-je passée à côté de ce thé, ou alors l'adolescence le rend ingrat... mais une chose est sûre, il ne m'a pas plu !


Vue : Les feuilles plutôt petites, très sombres et brillantes (fait typique de la variété violette), sont très faiblement compressées et la galette se défait à mains nues. Les teintes varient du brun-violet au noir. La liqueur, elle, est jaune d'or se transformant en orangé soutenu dans les infusions subséquentes. Les feuilles mouillées, une fois les infusions passées, semblent être constituées d'un étrange mélange de feuilles vertes, souples, et de feuilles noires rigides, ce qui me laisse penser qu'il s'agit peut-être d'un mélange sheng/shu.


Odeur : L'odeur des feuilles sèches est totalement inidentifiable. Dans la théière chaude, le parfum est étrange -- ça m'évoque à la fois le cuir (comme si c'était un shu) et quelque chose de vaguement conifère, du cèdre ou de l'échinacée. L'odeur des feuilles mouillées ressemble définitivement à du sapino, cette tisane médicamenteuse mêlée d'aiguilles de sapin et d'échinacée. L'odeur de la liqueur, elle, rappelle celle des animaux de ferme, qui se transforme lorsque la tasse est vide en quelque chose de sucré qui rappelle le jeune puerh.
  

Goût : Dès la première gorgée, on perçoit quelque chose d' "off" -- il n'y a pas de goût ! La texture est tellement présente en bouche, le minimum d'amertume auquel on s'attend dans un puerh est pratiquement absent, si bien que le goût passe totalement inaperçu. Il faut vraiment pousser les infusions pour trouver enfin quelque chose d'identifiable... et encore. Ça goûte vaguement, très vaguement l'échinacée, un petit arrière-goût médicamenteux/herbal, un arrière-goût encore plus estompé de cuir ou de ferme... et c'est tout, ça disparaît tout de suite.


Texture : La texture est très ronde, elle tapisse la langue d'une pellicule presque grasse et plutôt lourde. La totale absence d'amertume rend la liqueur étrange -- c'est tellement rond qu'il n'y a aucune aspérité, rien qui accroche en bouche, et pourtant il y a quelque chose de sec là-dedans. C'est assez difficile à expliquer, mais ce qui est certain, c'est que ça diffère totalement de tous les autres puerh que j'ai bu jusqu'ici.


Sons : J'accompagne ma dégustation de la chanson Analyse, de Thom Yorke. Il y a quelque chose de paresseux, de sinueux dans la façon dont il chante qui m'évoque la texture de ce thé. J'ai aussi choisi cette version radiophonique au lieu de la version de l'album parce qu'elle est à la fois plus nette et moins soignée, avec des notes étranges et des accords un peu flous -- à l'image de ce que je bois, finalement.


Couleurs : De minces lignes orangées et bleues traversant un magma indigo, brumeux, qui semble à la fois en ébullition et totalement immobile.

2008 – Bao Yan Jin Cha, FT, XiaGuan Tea Factory


Informations et provenance : Fourni par Olivier Schneider de www.puerh.fr, ce champignon fait 250 grammes et a été pressé le 18 avril 2008 par la très connue firme XiaGuan, qui l'a labellisé sous la série "FT", c'est à dire le "haut-de-gamme" de cette compagnie.


Détails d'infusion : 4gr. / 100 ml en Purion. Temps d'infusion : 5s. - 15s. -15s. - 15s. - 20s. - 30s. - 45s. - 1m. - 2m. - suite au jugé. Total de 16 infusions.



Vue : Ce champignon est très fortement compressé, si bien qu'il est difficile de déterminer exactement de quoi il est composé (ou de dégager des feuilles entières !). Les couleurs sont plutôt foncées, allant du marron chaud au brun chocolat noir. La liqueur, elle, est d'un jaune très soutenu plutôt limpide.


Odeur : Des odeurs sucrées, amères, épicées -- quelque chose de typique du "jeune puerh" avec un petit plus. C'est un parfum très frais avec des nuances qui rappellent étrangement l'odeur envoûtante du copal. Les feuilles mouillées m'évoquent une odeur de fumée issue d'un feu de bois mouillé, quand à l'infusion, elle dégage une distinctive odeur de bois sec d'épinette coupé à la scie.


Goût : Dès la première infusion, un puissant arôme de conifère prend à la gorge -- l'espace d'une seconde, c'est l'unique chose perceptible. Ensuite viennent les nuances : fumée d'un feu de bois, écorce humide, tapis d'aiguilles de pin, j'ai l'impression de sucer une branche d'épinette récemment coupée. Il y a également quelque chose qui rappelle la pluie -- une saveur amère qui se transforme rapidement en fraîcheur très agréable. Les infusions subséquentes portent des arômes semblables, bien qu'amoindris au fil des passages, et l'on retrouve ce très léger parfum de copal mêlé d'épinette au bout de la sixième ou septième infusion -- ce qui laisse espérer une évolution des parfums vers l' "encens" lorsque ce champignon atteindra son "adolescence". Quoi qu'il en soit, son endurance est extraordinaire !


Texture : Riche et lourde, elle s'infiltre partout dans la bouche -- sur la langue, à l'intérieur des joues, dans le voile du palais. Son arôme demeure longtemps dans la gorge et la rétro-olfaction, portée par une belle amertume, est particulièrement longue.


Sons : J'ai été initiée très tôt aux groupes The Police et plus particulièrement à la musique de Sting, lorsqu'il a démarré sa carrière solo. L'album Best Of de 94, intitulé "Fields of Gold", m'a suivi pendant des années. C'est cet album que j'écoute en dégustant ce thé aujourd'hui, avec une prédilection pour la première piste, When We Dance.


Couleurs : Un puits entouré d'épines orangées, au fond duquel flotte une fleur sombre sur une eau bleu électrique.

2011 – Banpen Maocha, Camellia Sinensis


Informations et provenance : Il s'agit ici du matériel des jardins de Banpen sélectionnés par la maison de thé Camellia Sinensis pour produire l'une de leurs galettes maison. On m'a offert un échantillon du maocha de 2011 avant pressage en galette, au moment où les employés venaient de le recevoir afin d'y goûter en pré-vente.


Détails d'infusion : 4 gr. / 100 ml en Purion. Temps d'infusion : 5 - 10 - 10 - 20 (pause) 30 - 45 - 1m. -1m.30 - (pause) suite des infusions en continu dans un grand verre. Total d'infusions : 8 + celle en continu.


Vue : De très belles feuilles entières, torsadées comme un DanCong, jouant dans des teintes allant du vert clair jaunâtre au vert forêt dé-saturé. La liqueur est jaune très clair et légèrement trouble.


Odeur : Les feuilles sèches dans la théière chaude dégagent un sucré végétal typique aux jeunes puerh, une odeur qui reste dans le voile du palais. On y trouve également du pois mange-tout ainsi qu'un parfum légèrement pâtissier qui rappelle le gâteau au kiwi. L'odeur au fond de la tasse est particulièrement puissante et sucrée.


Goût : Le goût est assez conforme à l'odeur -- sucré végétal, pois mange-tout, gâteau au kiwi. La rétro-olfaction est particulièrement magnifique et la liqueur est très longue en bouche. Les arômes sont particulièrement endurants pour un ratio eau / feuilles si faible.


Texture : Très liquide, un filin huileux tapisse la gorge d'une belle amertume qui se transforme en sucre et qui porte les saveurs du bout de la langue au fond de la gorge, en passant par le voile du palais.


Sons : Aucune chanson cette fois, faute de me décider. J'apprécie le souffle du vent d'hiver qui balaie les toits enneigés et la musique urbaine que l'on entend dans les rues au loin. Faute de titre, un rythme de jazz paresseux me trotte en tête...


Couleurs : Un vent de vert frais, balayé d'orangé et d'autres teintes chaudes, qui se balance comme les branches d'un arbre parsemé de feuilles d'été.

dimanche 5 février 2012

1997 – "A", Camellia Sinensis / Vrac 23, M3T


Informations et provenance : En termes de "manque d'information", ce puerh se pose là ! Acheté à la maison de thé Camellia Sinensis, il était apparemment depuis si longtemps sur la carte que personne n'était en mesure de me dire d'où il provient. Cela dit, il est apparemment très semblable au Vrac 23 de la Maison des Trois Thés -- grandes feuilles de type Daye, même année, même pôle légumier... malheureusement, je n'ai pas (encore ?) goûté le Vrac 23 et je ne peux donc pas moi-même affirmer ou infirmer cette théorie.
EDP du blog Clarthé confirmant la chose, il s'agit bien du Vrac 23.


Détails d'infusion : 4.5gr. / 100 ml en Purion. Temps d'infusion : 10s. - 25s. - 40s. - 1m. - 2m. - 5m. - suivantes au jugé. Total de 13 infusions.


Vue : De très grandes feuilles d'un brun foncé assez uni, dont beaucoup sont ouvertes et complètes, avec quelques tiges en plus. La liqueur, elle, est d'un magnifique rouge-orangé foncé un peu trouble qui fonce et (paradoxalement) devient plus translucide à mesure que passent les infusions.


Odeur : Odeur minérale des feuilles sèches qui se transforme en terre chaude et vivante dans la théière préchauffée, avec quelque chose qui rappelle les pois chiches. Les feuilles mouillées dégagent quelque chose de terreux et étrangement fumé, un parfum amer de légumineuses en train de cuire sur un feu de bois. La liqueur, elle, a indubitablement une odeur d'asperges !


Goût : La première gorgée me rappelle un mélange d'écorce de chêne et de cuir craquelé à force d'utilisation. Il y a une pointe d'épices terreuses, comme du cumin peut-être... Les arômes sont puissants et la rétro-olfaction est particulièrement longue. Quelque chose de sucré-fruité-camphré apparaît au bout de la cinquième infusion et demeure pour les infusions subséquentes.


Texture : Étrangement sablonneux, comme si l'on buvait dans les mains à même un cours d'eau -- pas au point d'en être désagréable, cependant. Plus les infusions avancent, plus la texture devient lourde, épaisse, ronde... plus la dégustation est agréable. Au bout de quelques gorgées à peine, on se sent ragaillardis par une sensation d'énergie calme et centrée.


Sons : Le nouvel album String Theory de l'artiste Greendjohn. Plus particulièrement sa pièce Contact, qui parvient à mêler légèreté des touches et poids des cordes dans un duo étrange, un peu surréel, dont on ne sait s'il est harmonie ou duel.


Couleurs : Du bleu et de l'orangé, principalement, en taches de lumière paresseuses, qui apparaissent et se meuvent sur fond sombre de feuilles d'automne comme sous les coup de pinceau d'un peintre indécis.

2010 – Shu Ya, Lan Ting Chun, Zhaiguoting, Yong De, Lincang


Informations et provenance : Il s'agit d'un vrac de bourgeons fermentés particulièrement intéressant produit à Yong De par Zhaiguoting. Encore une fois, de nombreuses informations au sujet de ce thé se trouvent dans l'article d'Olivier Schneider sur "Lan Ting Chun, l'excellence méconnue de Yong De", que je recommande chaudement.


Détails d'infusion : 5.5 gr. / 150 ml en XiShi DuanNi. Temps d'infusion : 30s. - 45s. - 1m.15 - 3m. - 5m. - suite au jugé. Total de 9 infusions.


Vue : Les feuilles sèches, duveteuses et légères, donnent envie de les caresser du bout des doigts pour voir si elles sont aussi douces qu'elles en ont l'air. Leur camaïeu de brun doré, lorsqu'on les mouille, prend brusquement une teinte de brun foncé, presque noir, constellé de petits éclats jaunes. La liqueur jaune-orangé clair, plutôt limpide, est particulièrement peu foncée pour un puerh shu.


Odeur : La première odeur qui me frappe est celle de champignons sucrés. Ensuite vient celle de boulangerie, pâte à muffins, entremêlé de quelque chose de semblable à du tabac. Les feuilles mouillées, elles, dégagent un parfum de gâteau aux fruits ! L'odeur de tabac des feuilles est renforcée après la première infusion, s'y mêle un arôme d'abricots séchés ou du moins de fruits secs, ainsi que d'une pointe épicée qui rappelle la cannelle ou le quatre-épices.


Goût : Immédiat, très présent mais d'une grande douceur, on y trouve d'abord un léger goût de noix et un arôme un peu fumé en rétro-olfaction. La persistance est assez longue sur la langue mais curieusement peu perceptible dans la gorge. Au fil des infusions, on découvre un pôle piquant-épicé, un arôme d'écorce de feuillus, ainsi qu'une petite pointe sucrée de pruneaux secs en troisième infusion. Les infusions subséquentes persistent dans cette voie et développent également des goûts terreux.


Texture : Ronde, lourde, prenante en bouche, la consistance est épaisse comme de la crème et particulièrement soyeuse.


Sons : Il y a quelque chose dans ce thé qui me rappelle la sonorité du violoncelle -- d'ailleurs beaucoup de puerh shu me font cet effet. Le violoncelle est un instrument qui, entendu de près, grince horriblement -- l'archet est muni de crins raides, les cordes sont grosses et difficiles à faire résonner. Chaque coup d'archet est une gageure. Mais dès que l'on s'éloigne un peu, le violoncelliste parvient, presque par magie, à donner une autre dimension à ce qui pourrait autrement être une texture de son grossière.
Violoncelle, donc ! Suite 1 de Bach, interprété par Pablo Casals -- parce qu'il prend son temps, qu'on entend toutes les aspérités de ses cordes et que chaque coup d'archet est comme une caresse à l'âme.



Couleurs : Filets bleu clair/turquoise sur fond orangé avec quelques éclats rouges/blancs -- c'est doux, c'est éthéré, ça laisse l'impression d'une couverture chaude et moelleuse dans laquelle on s'enroule sans vergogne lorsqu'il fait froid.